‹ Le dimancheChapitre 13 sur 26 · TI · texte numérisé non relu

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À ce cri d'alarme , quelques boargeois du serment de l'arbalète , sorturent précipitamment du corps-de^arde et se disposèrent à fermer les portes. Mais Bertolphe était près d'eux ayant qu'ils eussent pu exécuter ce dessein.

— Un sorcier ! un sorcier ! — Et qui donc 9 maître Biaise? —-Celui que vous voyez là et que j'ai surpris tantôt faisant ses maléfices dans le cercle maudit où l'on brûla bier soir Margot la cbarmeresse : c'est un de ses nombreux amans , j'en suis certain ; arrétez-le , au nom de Dieu*

194 I£ FRANC-HAÇOH*

vn.

Effectirement le pays était en grand émoi pour cause de sorcellerie. Dans la plupart des villages de la Flandre, les femmes vieilles ^ panvres et hideuses passaient pour entretenir commerce avec le diable , et les bergers étaient tous réputés un peu magiciens. Cette croyance avait envahi également les villes : dans celle à l'entrée de laquelle se trouvait alors Bertolphe, elle exerçait une influence plus grande qu'ailleurs. Depuis plusieurs années on n'y entendait que plaintes sur les sorts dont les bourgeois se disaient victimes. Tantôt c'était une pauvre mère qui imputait à un nécromant la mort de sa petite fille , tantôt un brasseur qui prétendait que de mauvaises paroles faisaient tourner sa bierre; celui-ci jurait que le diable avait incendié sa grange, celui-là assurait que par l'effet d'un charme, sa maison pullulait de rats ou d'araignées. De jeunes filles pâles et hystériques se croyaient sincèrement possédées ; quiconque

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souffirait d'une indigestion , déchirait son surcot ou brisait son verre , ne manquait pas de s'en prendre à la magie ; les suites mêmes de certaines libertés prises avant le sacrement , étaient mises sur le compte de Fesprit malin : en un mot grands et petita faisaient chorus pour le honnir.

196 LS IftAKG-HAÇON.

vni.

Quand les magistrats, poi;ir rendre le repos à leurs administrés, procédèrent à une enquête , il se trouva que la moitié de la yille accusa Fautre et en fut accusée à son tour, car chacun dénonçait les objets de son antipathie , de sa haine ou de son envie. De sorte que s'il avait fallu accueillir toutes les délations, la ville entière eût été emprisonnée. Néanmoins un exemple étant indispensable , le choix impartial de la justice tomba sur une mendiante qui ne tenait à personne , et que tout le monde désignait. Cette malheureuse mise à la torture, s*avoua coupable , puis révoqua ses aveux, puis torturée de nouveau , se chargea elle-même et se donna une foule de complices : on se hâta de la brûler vive , de peur qu'elle n'inculpât jusqu'aux magistrats et aux bourreaux. Son supplice avait eu lieu la veille ; des patrouilles parcouraient encore la campagne pour saisir quelques-uns des prévenus les plus obscurs

LE VRAIVC-KAÇON. 107

qa'on disait cachés dans les bois^ et maitre Biaise avait été pose en sentinelle près des débris du bûcher, pour s'assurer si. d'autres sorcières ne viendraient pas y célébra les funérailles de leur sœur en Belzébut , ou essayer de la ressusciter. Voilà comment il avait vu Bertolphe et avait conçu à son égard une opinion si désavantageuse.

108 LE FRAUC-ltÀÇOlf.

CettQ opinion parut être partagée par les respectables membres du serment de Farbalète , lorsque maitre Biaise leur eut fait un rapport circonstancië de l'apparition de Bertolphe ; en conséquence , malgré ses remontrances , ils conduisirent l'étranger chez Fécoutette, en marmettant à chaque pas : P^ade retrô Satanasl arrière , monsieur Satanas ! arrière beau diable d'enfer ! — Le cortège passait entre une double haie de commères et de curieux, précédé et suivi d'une multitude de polissons , car le gamin du quinzième siècle était déjà un personnage important, redouté , réclamant sa part , sa large part, dans les affaires publiques, quoiqu'il n'eût pas encore l'initiative du pillage et de l'insurrection.

La troupe était conduite par un homme d'environ six pieds, noir comme un cydope ou plutôt comme ces mineurs saxons dont Jacques Gronovius , par une préoccupation digne d'un

sayant en us^ prit la représentation pour un prêtre germain portant le vaisseau d'Isis. Ce colosse brandissait un marteau d'enclume. C'était le doyen des maréchaux , et on ne l'appelait que JacqueS'le-Baiafré f à cause d*une cicatrice qui lui coupait diagonalement la figure ; fruit de cette yie dure , agitée , périlleuse , menée par les bourgeois d'autrefois , bien difierens de ces êtres mous et pusillanimes , de ces caricatures triviales dont on nous poursuit dans les livres et sur le théâtre.

A trois pas derrière le terrible Jacques se te* naît respectueusement maître Biaise qui, mariant l'orgueil à l'humilité, avait l'air de dire aux passans : voilà pourtant ma conquête !

200 LE FRANC-KÀÇOH.

L'écoutette , vieax chevalier de l'illastre maV son de la Gruthuse , était en compagnie dn père Anselme, prieur des Dominicains, et d'un homme Agé y d'un extérieur grave et noble , qui portait aussi à son bonnet une équerre d'argent presque imperceptible. — Monseigneur, dit le balafré en abaissant son marteau , en guise de salut , voici un fils du diable que cet imbécile de Biaise nous a fait prendre. On l'a vu qui causait avec le démon sur les cendres à peine refroidies de Margot la sorcière, et sans nous^ sauf votre respect , il se serait introduit dans notre ville en fraude , pour augmenter le désor^ dre qui y règne et auquel faut espérer que le châtiment de Margot apportera remède. — Cette phrase était bien longue pour le balafré ; l'ayant lâchée tout d'une haleine , il laissa couler sur le pavé son arme redoutable et se mit â regar* der l'écoutette, Bertolphe, Biaise et ses compa^

LE FRAlfC-XAÇOlf. Ml

gnons , de Tair d'un homme sorti à son honneur d'un pas très-ëpineux.

— Coquin , s'écria le prieur des Dominicains , en apostrophant Bertolphe , tu as heau vendre ton âme à Satan : nous te tenons , et ton maître sera hien malin s'il te tire de nos griffes. Monsdgneur, ajouta-t41 en s'adressant à l'ëcoutette, ne serait-il pas à propos de lui donner tout d'ahord la torture ordinaire et extraordinaire>, afin de découyrir ses complices et d'extermi* ner.*«. — Un moment, s'il tous plaît, beau père , répliqua le sire de la Gruthuse. Voyons , au préalable , si le rapport de l'honnête Jacques est exact et si Biaise, dont nous connaissons tous le peu de cervelle , n'a pas induit en er* reur le brave doyen du métier des maréchaux* Étranger, 'répond^moi , qui es-tu , d'où vienstu , qui t'amène parmi nous , ce qu'on raconte est -il vrai? — Le prieur des Dominicains se mordit les lèvres, et Bertolphe répondit avec autant de dignité que d'assurance.

202 LE IRANC-HAÇOH.

•— Je suis ne dans le Brabant, yassal de Jean , sire de Diest , et de Jeanne De Homes , sa noble épouse. Orphelin , au berceau , j'ai passé presque toute ma jeunesse en Italie et en Allemagne. Nouvellement j'ai quitté cette contrée 9 à l'entrée de votre ville y pressé par la faim et par la fatigue , j'ai préparé mon léger repas sur les débris d'un feu dont j'ignorab la destination primitive ; la peur de oet innocent a fait le reste : voilà tous mes maléfices.

— Mais quel motif vous appelait ici ? reprit avec bonté l'écoutette qui penchait évidemment pour Bertolphe.

— Je pourrais me dispenser de répondre , attendu qu'il n'est pas interdit par les lois divines et humaines de se mouvoir sans but. Maïs votre politesse qui me console de la violence de ce moine , me fait un devoir de vous déclarer la vérité. Je suis venu ici parce qu'une personne

LE FEANCnKAÇOIf. 208

qui a des droits sur moi , m'y avait domié rendez-vous.

— Son nom « demanda vivement Tinconnu qui jusque-là avait garde le silence. — Quelle bouche ne serait fière de le prononcer? Le vénérable Josse Dotzinger*

Aussitôt Finconnu, prenant un ton solennel, fit quelques signes singuliers à Bertolpbe qui lui répondit par des signes analogues ; tous deux murmurèrent des paroles étranges et finirent par se donner une accolade, embrassement aussi austère que celui de nos prêtres dans les cérémonies religieuses du catholicisme.

204 lE FRANC-HAÇOR.

— Monsieur, dit Josse Dotxinger au sire de ]a Gruthuse , c'est en effet le jeune homme que j*attendais : sans votre prudence peut-être qu'un des monumens les plus remarquables de la Flandre n'aurait pu être dignement terminé.

L'ëcoutette fit mille caresses à Bertolphe, qu'il contraignit de loger dans son hôtel avec Josse Dotzinger, Jacques le balafré , ne trouvant plus une seule parole, s'en alla, le marteau sur l'épaule , avec les autres membres de la confrérie de l'arbalète, généralement satisfaits* Quant au prieur des Dominicains , appuyé sur le bras de Biaise , son neveu et son filleul , il se retira non sans humeur : — Belle garantie, répétait-il , superbe témoignage que ce Dotzinger, vrai magicien lui-même , ainsi qu'il était aisé de le devinei^ à ses simagrées impies ; et , en vérité , puisque notre écoutette applaudit à tout cela , je ne suis pas éloigné de revenir au soupçon que j'ai toujours eu qu'il est lui-même en correspondance avec le diable...

i£ FRAHC-XAÇON. 206

XUI.

Une grande cite voisine , riche de son commerce j vaine de sa population et de ses privilèges conquis un à un par Témeute vraiment populaire, par Témeute échevelée, courageuse , voyait se terminer après un siècle , le plus beau de ses édifices sacres. L'érection des églises et des hôtels - de - ville , résumait, au moyen âge, les deux tendances caractéristiques de Tëpoque : l'intérêt religieux et l'intérêt de commune. Si nous regardons à la vie intérieure des bourgeois, elle était rude, humble, parcimonieuse* Mais la vie de cité était grande , forte , magnifique. On se logeait dans des maisons où l'on semblait avoir regret à l'espace et a la lumière , mais s'agissait-il du culte , s'agissait-il de l'expression matérielle de la loi , rien n'était épargné , et des villes les moins opulentes s'élevaient , par enchantement , des merveilles d'architecture que ne sauraient point payer les

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budgets de l'Europe libérale, malgré leur extravagante exagération.

Le temple commencé depuis tant d'années touchait donc à son couronnement. On avait fait venir de tous les pays les artistes et les ouvriers les plus habiles pour concourir à cet édifice qui s'achevait sous la direction de Josse Dotzinger de Worms , dont le nom s'est attaché à la cathédrale de Strasbourg. Cet architecte célèbre présenta Bertolphe à ses compagnons , qui l'accueillirent de la manière la plus distinguée. La plupart des artistes sous ses ordres formaient un corps mystérieux et invisible qui avait ses lois 9 ses moyens d'action , son langage. Ils se rassemblaient souvent, mais l'on ignorait en quel endroit , parce qu'alors la police n'avait pas les yeux ouverts sur toutes les démarches des citoyens et ne perçait pas de son regard inquisiteur les murs mêmes de leur asile domestique. Que si l'on ignorait également ce qui se passait dans ces assemblées , la conduite exemplaire de ceux qu'on croyait en faire partie , les aumônes fréquentes qu'ils distribuaient sans se nommer, la supériorité qu'ils déployaient dans leurs professions respectives, suffisaient pour

LE niAIfC-lAÇOIf. S07

fermer la bouche aux insinuations calomnieuses de quelques individus , et pour les rendre respectables à la multitude. D'ailleurs Dotzinger était bien en cour. Le duc Philippe en particulier lui témoignait beaucoup de considération, n comptait en outre pour protecteurs grand nombre de prélats et de seigneurs du premier rang , dont il était Foracle. Enfin , pour répondre aux raéchans , en cas de besoin , il avait en poche des constitutions impériales et des brefs de Rome qui l'investissaient d'un pouvoir étendu.

208 LE FRANC-IAÇOm.

Des personnes qui se yantaient de puiser aux sources, se disaient à l'oreille que Télite des architectes et des constructeurs de la haute et basse Allemagne , afin de se séparer des simples artisans dont le savoir se bornait à manier la truelle ou le ciseau , avait formé une grande confraternité maçonnique divisée en loges , qui toutes reconnaissaient une loge mère et veillaient principalement à la conservation des vrais principes de l'art de bâtir, ce qui les avait engagés à employer dans leurs rites Fallégorie da temple de Salomon ; qu'ils s'intitulaient Francsfnaçonsy parce qu'ils prétendaient ne relever que d'eux-mêmes; que parmi eux il y avait différens grades , tels que ceux d'apprenti, de compagnon et de maître , auxquels on ne parvenait qu'après une initiation sévère et des épreuves difficiles ; qu'enfin ils gardaient un secret inviolable sur leur institution et se reconnaissaient spécialement à trois choses qui les

LE IRANG-SÂÇOll. 90»

distinguaient des profanes,, la parole , le salut et Tattoucbement. Des politiques ajoutaient pesamment que ces loges tendaient à fonder un nouveau système moral et religieux , une république , peut-être j tandis que le vulgaire , ami du merveilleux , pensait qu'elles étaient fréquentées par des honmies versés dans les sciences occultes, ralchimie, la cabale, la magie blanche et noire.

210 LE F&ANC-MAÇOR.

Jeune , rempli d'ardeur, Bertolphe se faisait remarquer par son assiduité au travail, son intelligence extraordinaire et un incomparable talent de sculpteur. C'était lui qui découpait ces roses délicates aux mille corolles, diadèmes dont se pare le portail de nos gothiques cathédrales; qui enveloppait de feuilles de chêne, de lierre et d'acanthe , de gracieux enroulemens , ^'élégantes volutes , les chapiteaux des pilastres massifs et des colonnettes à la taille dégagée ; qui semait des myriades de figurines féeriques et de ravissans caprices sur les tympans des arcades en ogives et à trèfles, sur les clefs des voûtes en ressaut, les corniches , les moulures , les entablemens , les frises , les branchages 9 ou les dentelles des fenêtres et des galeries à jour ; ineffables créations , destinées sans doute à réjouir la vue des anges , puisque placées si haut elles échappent à celle de l'homme ; c'était lui qui faisait saillir ces bas -reliefs où,

de même qu'en un drame de Shakspeare , Timaginadon grotesque et satirique de CaHot, s'unit au mâle et fier gënie de Michel-Ange. Oniui deyaiit encore quantité de statues du plus beau caractère , du fini le plus précieux , quoique de formes un peu grêles et alongées : enfin, pour tout dire , c'était lui qui donnait la vie à cette forêt pétrifiée dont le dôme abritait la prière.

A côté de Bertolphe , travaillait volontiers , quand il en rencontrait l'occasion, Jacques le balafré , qui ne passait pas pour être initié , il s'en fallait , mais que son adresse dans le métier de forgeron et de serrurier, avait fait appeler de sa petite ville. Il savait qu'il avait obligation de cette lucrative faveur à Bertolphe et, quoiqu'il ne le témoignât jamais par ses discours , il lui en gardait une profonde reconnaissance.

Il était occupé alors à lier par des ancres de fer , les montans déliés et fragiles de la flèche , qui tout entourée d'échafaudages restait dérobée aux regards du public. On attendait avec impatience le moment où débarrassée de ce voile jaloux, elle détacherait sur l'azur du ciel ses formes sveltes et vaporeuses; car la construction de la basilique était un spectacle qui

Sia LE FRANG-HAÇOIf.

attirait non-seulement les bourgeois de la cité , mais les habitans des contrées voisines et des pays les pins éloignés.

L£ FRAPiG-HAÇOn. 213

Quel plaisir d'obseryer toute cette fourmillière active, intelligente, d'entendre le retentissement du marteau , le sifflement des poulies et le grincement de la grue, d*écouter les signaux du conducteur et la chanson de l'ouvrier, de suivre dans les airs les pierres sculptées, les blocs dégrossis , les statues des saints enlevées par les machines et montant vers le ciel par une glorieuse apothéose !

On s'arrêtait surtout avec empressement là où se trouvait Bertolphe. Attaché à une voûte comme les esprits bienheureux qu'y fixait son ciseau , guindé sur le dernier échelon d'une échelle aussi longue que celle de Jacob, cramponné à une galerie , juché sur un piédestal , hissé à l'extrémité d'une tourelle, toujours de bienveillans regards interrogeaient ses moindres mouvemens j et parmi les jeunes filles , combien en admirant sa dextérité , tremblaient à l'idée des dangers que lui faisaient courir ses attitudes audacieuses , ses ascensions inexplicables !

214 L£ FRAKG-IUÇON.

Il en était une plus émue que toutes les antres. Dès que Bertolphe l'apercevait dn haut des minarets ou des arcades , il laissait tomber près d'elle , sans affectation , des fleurs qu'il cachait dans son sein , ou entonnait quelque naïve chanson d'amour^ car il était musicien et poète. Malgfré son ingénuité , Marie comprenait ce double langage , et rentrée chez elle , il lui semblait bien affreux qu'on songeât à lui faire épouser un idiot comme Biaise*

Cependant le jour où cette union serait consommée devant l'Église approchait. Le prieur Anselme , oncle et tuteur de Biaise , pour lequel il se sentait d'autant plus d'affection qu'il lui découvrait moins de capacité , était venu dans la grande ville avec son protégé , afin de régler les articles du contrat Marie, l'innocente Marie^ éprouvait de» angoisses inexprimables.

u nunc-MàçoR. »is

XYDI.

Encore vingt-quatre heures, disait an soir, Anselme à Marie , et tu seras , ma nièce , réponse de Biaise 9 la fermière de la grande ferme des Dominicains. Que tu es enfant ! cette nouvelle ne doit point te causer tant de saisissement ; te voilà tout interdite ; la folle l elle est aussi de celles qui se figurent que le mariage est un paradis terrestre , comme si , dans ce cas , les Dominicains ne seraient pas mariés ! . . . • Pourtant c'est la condition la plus désirable pour ceux qui sont retenus dans les liens du monde , et je te permets d'éprouver de la joie y mais une joie modérée.

£t Marie pleurait. — Bon , bon , je t'attends à huit jours. — £t Marie sanglottait.

— Qu'est-ce cela? me serais*je abusé? y aurait-il opposition de ta part? Biaise n'est-il pas jeune? n'a-t>il pas du bien? n'est^il pas mon. neven?...* tu te tais.... songes-tu que tu n'es qu'une misérable orpheline et que tu n'as rien

S16 LE F&ANG-HAÇON.

à espérer que de ma bonté? songes-ta que ton père en mourant m'a laissé maître de ton sort? — Marie était près de se trouver mal.

— Allons 9 allons , calme-toi , dit le moine en se radoucissant ; explique-moi ce qui se passe dans ton esprit, déclare-moi franchement la vérité.

— £h! bien 9 mon père.«..

— Tu n'achèves pas?....

— Je n'ose.. ••

— Parle, je l'exige....

— Vous l'ordonnez.... je ne puis résister.... apprenez-donc que je suis fiancée à un autre.

— A qui ?

— A Bertolphe....

— La preuve , la preuv^ à l'instant.

— Ce bouquet... •

Marie tirait d'une amoureuse cachette les dernières fleurs que lui avait lancées Bertolphe. On eût dît qu'elle exhibait le contrat le plus authentique , l'acte le plus sacré.

— Fiancée à un devin , à un astrologue , à un enchanteur, à un bohémien.... ces fleurs ne peuvent être qu'un charme détestable , un gage

LE VRAIIC-IIAÇOII. SI?

de séduction impie. ... grand Dieu! que tu es mal servi. ••, Nous verrons... • I^e prieur Anselme partit furieux»

yÇME IJ.

St8 tB VRAlfCrMAÇOS.

C'était donc un homme bien religieux que ce Dominicain? Hélas! non.... et je rougis de le confesser. Respect profond de la divinité , foi vive dans l'équité de la Providence , sentimens qui m'avez si souvent consolé , soutenu , éloigné du mal, TOUS étiez inconnus au cœur d'Anselme. Ce moine avait placé entre Dieu et lui tant d'intermédiaires que sa pensée n'arrivait jamais jusqu'à rÉtemel. Une foule de petites croyances subalternes et rétrécies , lui tenaient lieu de cette conviction qu'il existe une puissance absolue d'où émanent la morale et la société. Dans cette disposition d'esprit , il se livrait avec sécurité à ses passions et se forgeait une vertu de son intolérance. Rien d'élevé dans son esprit 9 rien de généreux dans son âme. Force préjugés , un excessif amour de la domination , une basse jalousie, telles étaient les règles de sa conduite.

Du moment que Bertolphe ayait paru en sa

U SBAlfC-HAÇOir.

présence , il lui avait été odieux : les facultés supérieures qui s'accusaient dans ses regards , son air indépendant et assuré lui ayaient presque paru une insulte personnelle , et il s'était laissé aller d'abord à un emportement moins pardonnable à un moine qu'à tout «ufare.

Ce fat bien pis lorsque Bertolphe ^ aimé de Marie, contraria involontairènient les projeted'Anselme. De ce moiMnt la haine de oelm-ei n'eut plus< de bornes.

aso U FRÂHfl-K/lÇOK.

jdt.

On l'entretenait partout de la prochaine consécration de là basilique* Elle devait avoir lieu aussitôt que Bertolphe aurait achevé de sculptei* tUi groupe colossal destiné à occuper un des endroits le plus aperçus de Fcglise. En rendant justice au talent du jeune artiste ^ on croyait généralement qu'il s'était chargé d'un travail au-dessus de ses forces , et ses meilleurs amis lui reprochaient un excès de présomption d'auiant plus grand , qu'il n'avait deîiiandé que deui mois pour achever cette œuvre immenscé

— S'il s'en tire , ce ne sera qu'en vertu d'un pacte aVec Bélial , observait le prieur Anselme j toujours préoccupé de son aversion et du mariage de son neveu Biaise ; mais gare qu'il ne subisse la même punition que Simon le magicien ; gare à la chute après un vol si impertinente •^ Il s'en tirera , se disait tout bas avec de fortes palpitations de cœur, la tendre Marie.

Le sire de la Gruthuse avait fait un voyagé

ekprès pour visiter l'atelier de Bertolplie , auquel il s'intéressait. Mais depuis quelque temps on ne voyait plus ce sculpteur et on ignorait complètement où il travaillait. Dotzinger luimême se taisait sur ce point* Marie seule, peutêtre (notez que je n'affirme rien), aurait été à même de donnet des renseignemens à cet égard. Le prieur Anselme se frottait les mains en disant : — Il s'est lâchement sauve, faute d'être en état de tenir parole. Et cela veut supplanter mon neveu , mon Biaise ! —

at» LK TBARG-lKAÇOlf.

On faisait déjà des préparatifs pour la dédicace de réglise. 0t Ton attendait d'heure en heure Féréque de Tournay^qui derait présider à cette cérémonie. Dotunff^ parcourait l'édifice de haut en bas et donnait ses derniers ordres*

Tout à coup des vociférations partent d'un gros d'ouvriers. Ils avaient cru remarquer que ceux qui parlaient la langue mystérieuse de Dotzinger , recevaient une journée plus forte que les autres. Des menaces , mais mal articulées , témoignent de leur mécontentement. L'architecte qui s'était toujours appliqué à entretenir la discipline la plus sévère , se dirige vers les mutins pour leur ordonner le silence. A son approche ils se montrent animés d'une sorte de frénésie et l'un d'eux , s'élançant h la gorge du vénérable maître : — Ton secret , ou tu es mort, lui criet-il.

Ainsi l'on raconte qu'Hiram , l'architecte du

LE FRAHG-HÀÇOll. S»S

temple de Stlomoii ^ se vit on jour antailli par dies oampagnoAs perfides.

Mam si Stokm vengea Hiram, Dottiogeroat ft«69i an défenseur.

Le mot nekom (Tengeance) retentit d*iilie manière formidable et Bertûlpbeooayritdeion corps IjB ehèf des maçons libres. B'oà venait-il? Gomment se tronvait-il là en ee moment? C'est ce que personne n'a jamais pu expliquer.

Nekom I nekom/ répètent une foule d'initiés et les séditieux frémissent.

Cependant une partie de la populace s'était ralliée à eux ; on assure même que Biaise et le père Anselme , une croix à la main , exhortaient les bourgeois à chasser des étrangers dangereux, qui bâtissaient des églises en invoquant l'enfer.

La rage des assaillans se dirigea contre Bertolpbe , et il lui eût été difficile de résister , si le balafré , que suivait une jeune fille intrépide^ne se fût jeté entre les agresseurs et son ami.

D'un bras musculeux il fit faire à son marteau un moulinet terrible , et eut bientôt renversé les plus hardis.

Le tumulte n^eut pas de suite. Ces émeutes où se déversait le trop {ilein de la cité , étaient

2S4 LE FRANCSAÇOir.

fréquentes alors; mais si elles s'enflammaient facilement, elles s'éteignaient de même. De sorte que le lendemain on n'y pensait plus : Ton ne songeait qu'à la fête de la conàéération de l'é^se*

Dotzinger cependant n'avait pas oublié le ser-* Tice que Bertôlphe lui avait rendu. Il le proclamait hautement son sauveur et Bertôlphe renvoyait ce compliment au balafré.

LB fRARG-lAÇOff. 325

Quand les portes de Fëglise s'oumrent pour lu première fois au peuple , ce ne fut qu'un cri d'admiration. Tout le monde contemplait ayec enthonsiasme , les trois nefs profondes suritaontées de leurs Toutes dont les arêtes se coupaient à angle aigu; les vastes fenêtres d'où aurait plongé dans le temple une clarté mondaine , si des yitraux lyagnifiquement coloriés n'y eussent entretenu un jour religieux. Ces tableaux que les jeux de la lumière ren«» daient mobiles , ouvraient en quelque sorte une perspective dans le ciel et concouraient à ce système d'enseignement qui forme le caractère essentiel de l'architecture symbolique du moyen âge. Qui avait révélé à des siècles d'ignorance et de barbarie , cette géométrie sublime , cette mécanique puissante? qui leur avait appris ces proportions si justes , si belles , si harmonieuses, cet art de joindre la solidité à la délicatesse , l'élég^mœ à la majesté , à la ténuité la grandeur,

22» LB FRAIIG-IIAÇON.

la profusion à la simplicité ? Quel goût sur leur avait montré comment les temps , les costumes , les hommes , les idées s'assortissent aux monumens ?

Le sire de la Gruthuse était transporté. Tantôt il s'arrêtait devant le jubé .qui s'étendait devant le sanctuaire , tantôt il faisait le tour de la triomphante apside et s'abimait au pied du ta* bernacle. Rien en effet n'était plus propre à ajouter à la religion des peuples. Le Christ y sortait du sépulcre , au milieu de ses gardes endormis. Il y avait quelque chose de si divin dans cette image du Rédempteur^ elle semblait toucher si peu à la terre y qu'on se refusait à n*y voir qu'un bloc de marbre taillé par le ciseaa d'an homme.

Une chose frappait particulièrement , c'est que, par un artifice d'optique, cette miraculeuse figure rayonnait d'une resplendissante auréole, semblable à une étoile détadiée du trône de Jéhovah. L'Éooutette cherchait partout des yeux Bertolphe, afin de loi exprimer sa satisfaction, mais Bertolphe, plein de la conscience de son talent, n'avait pas attendu la saiiction de l'opinion publique, et il avait quitté

LE ihaug-maçoii. tsi

le pays tans en prérenir penonne que Dotzinger, ponmiiivmit son voyage d'artiste et de poète ^ et se préparant avec insouoiance h de noaTeaux okeis-d'œavre. Marie le cherchait aussi raineinent , fille «impie f à côté d'elle et du sire de la Cbruthuse y il n'y avait que le père Anselme et le stupide Biaise.

Le prieur des Dominicains tranchait du critique , du critique irapitoyahle. — Qu'est-ce que c'est, demandait-il d'un ton capable, qu'un édifice noir comme une caverne , où l'on n'aperçoit pas même les chasubles dorées des' prêtres?

Parlez«moi d'une église bien blanchie, bien claire où Ton n*est pas exposé à prendre Fencentoir pour le calice , l'aumusse pour le surplis , le roohet pour l'étole. Et puis toutes ces figurés à moitié nuea, cela sent le paganisme et le sabbat* Quant à ce Christ qui vous tient en extase , je suis sûr qu'il est mal modelé du dos et que la clarté qui le couronne est le résultat d'une faroe de jongleur. — Restes , mon père , répondait le sire de la G'ruthuse , restes dans le point de vue où s'est plaeé l'artiste. Qu'importe , ce que peutêtre la stetue du côté ou on ne doit pas la voir ? — n importo beaucoup , répliquait le moine

t88 LE IRANG-IIAÇOII.

acariâtre; et la plupart des carienx, charmes dd se procurer une opinion toute faite , entouraient les deux interlocuteurs.

— Il importe beaucoup , répétait Anselme , et je veux absolument savoir ce qui en est.

— Qu'y gagnerez -TOUS 9 reprit Fécoutette?

Vous ne parviendrez pas à empêcher que oe groupe aperçu d'ici , ne soit au-dessus de tout éloge'; quel ^avers de s'ob^iner à nier le génie et à lui demander plus qu'il n'a voulu faire !

— Je démasquerai un fourbe , dit Anselme, suffoqué de haine. — Traversant le chœur il passa derrière le tabernacle en enjambant une haute balustrade , au grand scandale de la plupart des spectateurs.

Il ne revenait pas et Ton commençait à trouver singulier qu'il tardât si long-temps. Enfin il reparut , mais pâle , (iancelant. Ses cheveux se hérissaient d'horreur sur son front; une* sueur froide en découlait, ses dents claquaient, ses muscles se contractaient affreusement ; tel Ninias sort du tombeau de Ninus.

Marie se cachait la figure dans ses mains* £h ! bien , dit en souriant le sire de la Gruthuse au prieur , pouvez-vous prpuver que Ber^

m nUlfC-HAÇON. 839

tolphe est sans talent , et son groupe sans mérite?

Anselme regardait tout le monde d*an air hébété.

La surprise était universelle. Biaise seul ne s'étonnait pas.

— Vous VQus avouez ^attu? ajouta Fécou-r ^ette.

— Pas de réponse.

Anselnie avec la raison avilit perdu la parole,

Obligé d'être moi-méiiM le Mathanasiu* de mei écriU.... Balzac , la pfy-stologie du mariage.

iS GAGE TOUCAÈ.

Imprimé déjà dans la Revue universelle , les Soirées littéraires de Paris et la France littéraire , mais tl^une manière très-inexacte.

P. 6. bataille de Médina 'de Riqséco»

Elle fut livrée le 14 juillet 1808. L'armée français , commandée par le maréchal Bessières, n'était forte que de 11,000 hommes. L'armée espagnole ohéissait aux or** drea des ^én^ao^ Cuesta et Bhike. Lç général f oy , dans son Histoire de la guerre de la Péninsule ^ fait une relation très-exacte de cette bataille dont il donne le plan. On ne peut trop recommander de pareils livres à nos officiers , dont la plupart , grâce à de longues années de paix et à dea circonstances qui changent toutes les positions sociales, étant arrivés aux grades les plus élevée , et ayant obtenu les décorations

de la Taleur sans avoir jamais assiste à de Trais combats en rase campagne , ne peuTcnt étudier la guerre que sur le papier , ou dans les rues , pendant le pillage et l'émeute.

PIEEKE DELSAULX.

Publié d'abord dans la Revue universelle»

P. 36. JVos inhumaines plaisanteries,

la Fontaine , en parlant dés écoliers , a dit : cet âge est sans pitié et c'est le bonhomme par excellence qui porte ce jugement sur l'enfance. Quant à nous , il nous parait démontré qu'une éducation mal dirigée est la cause la plus générale de cette dureté de cœur blAniée par le fabuliste ; nous regardons au contraire la bonté comme «ne Ae^ grâces naturelles de Tenfance et de la Jeunesse , lorsque ni l'une ni l'autre n'est perrertie', et qu'elles oonserrent leur pureté natiTe.

Maïs en avouant notre prédileotioii pour les jeunes gens , nous ne leur passerons pas cependant le dédain que 1» plupart d'entre enx affectent aujourd'hui pour l'expérience et la malorHé* €apaBleft de serrir utilement k société par leur active Tignenr, par la chaleur de leur âme et de leurs idées, Us compromettraieni

KOTBS. «86

mitémeiit éon Mhit par leur orgueil et lenr forfanteri*. Ponr ne parler ioi qua de littératiire ^ eei«-il penbU à des adolescens q«i n^ont encore rien pvoduH , d' ««aiif»' cer, par exemple, «{ne la Belgiipie intellectneUe ne date qvLé de 1880 ? On imprimait Pantre jonr, dana une brochure trèa-niparfioielle , qne depnif cette époque seulement on commençait parmi noua & s'oocnper d^hiitoire. Ainsi les trataui de JIM» Dewèa^ Raepsaet, Comelissen^ Raoux, Jules Van Fraat, Sieur y Pyoke, 'Willema, etc., ne sont plus comptés pour rien« Et pourtant, nous le demandons, qUe pourraitH>n leur opposer? Si pen de chose, ea térité,^ cpie non* en murions presque lionte.

LE FETIT JXtnV BE K. OUliïïCH.

Inséré d^aBord dans la Bévue universelle, et défiguré par Pincorrection typographique.

P. 77. Tout le temps qu'il n*aeàOfda€t pas nus affaires municipales , U le passait au milieu de ses Iv^ vres.

En retraçant les jouissances innocentes de H. Oldhuch , nous avons peint diaprés nature , et copié sur le TÎf , sur nous-mêmes : nosce te ipsum, L'amOur des livres fut en effet , après le goût des armes , la pre-

£96 HdTES.

tttère pasiion qoi te manifMta.en nous. Qa?on nous pardonne de dire qu'houe dut son principal développenent an bon et digne Charles Van Hulthem , qui a'amnsait à nous fatrê bégayer De. Bnre , à dix ans , et nous dommit des leçons dé bibliographie, quand BOUS ne savions pas encore lire couraralnent.

Charles-Joseph-Enunanuel Van Hulthem, né à Gandle n^avril 1764, d'une famille patricienne, fut emporté subitenient d'un coup d'apoplexie foudirc^yante , le 16 décembre 1863. Il mourut sur un tas de lÎTies comme un brave sur un champ de bataille.

Quoiqu'il se soit effacé le plte qu'il lui a été possible en qualité d'homme public, ilafait néanmoins preuve du caractère le plus honorable , chaque fois que la nécessité l'a, en quelque sorte, traîné sur la scène po* litique.

Député du département de l'Escaut au conseil des cinq-cents en 1700 , il préférait les ventes des bibliothèques, la fréquentation des cours des professeurs célèbres, et l'entretien des savans, artistes et gens de lettres aux débats parlementaires. Cependant il voia l'annulation de deux élections de l'Escaut , et présenta des observations sur la triple taxe ordonnée contre les nobles dans l'emprunt de cent millions.

Membre du tribunat en 1804 , il entretint principalemient ses collègues d'objets relatifs aux arts et aux lettres, sans négliger le commerce et l'industrie, et rendit, à cet égard, de grands services à, son pays. Présenté en 1804 au sénat con8erva|;eur par son dé^

itOTES. jfe87

IMutement et par te premier consul, il fitt raye de la liste, attendu qu'il avait déclaré aToir deux ou trois mois de moins que l'Age requis. Il siégeait e»- Gore au corps législatif en 1806.

Tan Hulthem, qui appartenait à une race d'hommes dont il reste à peine des Testiges , ne vivait que pour et par les livres. Dès sa jeunesse , il avait travaillé à •e former une bibliothèque qui réunit , à la fin , tout ce qu'on «pouvait posséder de plus curieux \Mi imprimés , en manuscrits et en estampe* , priikcipUllsment sur l'histoire et la littérature belgiques. La plupart des raretés de l'évèque De lïélis, de Hajor, Heu^ wens, etc. ^ %tc. , étaient passées entre ses mains. Ses amis se souviendront toujours que, lorsqu'on venait à parler devant lui d'un manuscrit précieux , d'tan livre introuvable , d'une édition' douteuse , il laissait dire quelque temps, donnait à son sourire une exprès^ sion malicieuse et toute particulière-, puis, d'un air de satisfaction intérieure , et avec cet accent gantoi» qu'il serait impossible d'imiter , terminait par ces deux mots : je l'ai.

Ce bibliomane ne possédait pourtant pas de bibliothèque proprement dite , car ses livres n'étaient point classés; ils restaient déposés dans des caisses ou empillés dans les vastes appartemens de deux maisons , l'une à Bruxelles et l'autre à Gand. Ce nonobstant j il savait par cœur toutes les richesses qu'il possédait. Souvent on le surprenait lavant des feuillets jaunis , en collant sur un volume élégamment restauré > l'Vine

de set joUee Tignettes «yiiiboliqae», wl enfin contomplant aTeo une enfantine telupté^ quelque beau torse de femme en graYture. G^était là tout son commerce «Tee Pautre sexe.

Pudique et simple comme le Simsan de Walter Seolt , facile à vivre quoique entier dans ses idées , il n^opposait , aux duretés du conmiandemr de Kieuporti son collégue^ à TAcadëmie , quVn silence complètement passif. Le commandeur ne faisait cas que des mathématiques et de la langue grecque qu^il s^était mis à étudier à soixante ans , comme Caton, Sn conséquence , il affectait un souverain mépris pour la bibliographie qu'il appelait la science des bouquins , et sans laquelle^ cependuit , il n'y aura jamais de véritable érudition.

Yan Hulthem, en renonçant à ste fonctions de secrétaire de. l'Académie , avait bien moins cédé aux petites persécutions de M. de If ieuport y qu'obéi à l'amour de l'indépendance. C'était par le même motif qu'il avait refusé d'être sénateur sous l'empire, et qu'il avait depuis abandonné sa charge de greffier des États-Généraux. D'ailleurs , tout instruit qu'il était , l'idée d'être obligé d'écrire s'offrait à lui sous les couleurs les plus fAchcuses. Il avait toujours des raisons toutes prêtes pour se dispenser de prendre la plume , et son antipathie sur ce point était si forte , qu'il lui arriva souvent , aux États-Généraux y de lire le compte rendu déjk imprimé dans les journaux | au Ueo do pcocèsverbal qu'il aurait dû rédiger.

De là vient que Van Hnlthem n'a rien publié , à l'exception d'un discours três-curieux sur l'agriculture et

NOTES. a99

la botanique , d^one antra pitea de oe genre récitée daaf nue réuaion d^artistes ^ et de quelques bagatelles •amblablef. Sas Téritables preuves , eomme savant , sont dans las notes dont il enriobissiit ses lîfras , et ifni attestent, la plupart, une lecture prodigieuse. Beaueoup de faits , de singularités , de circonstances minutieuses, Toilà ce qui formait le fonds de son saroir. Quant aux grandes tucs pbilosopbiques , il n^en avait cure, de sorte que pour parler le langage à la mode, son esprit manquait de puissance synthétique,

Yan fiultbem prit part à plusieurs discussions littéraires , telles que celles relatives à Pauteur de T^msiatiên de Jèsus^ Christ ei de rinvention de l'imprimerie. On lui pardonnait difficilement en Hollande de rejeter les prétentions de Harlem.

Un autre bibliomane que nous avons beaucoup connu , est Hicbard Heber , qui était également si bon et si simple , mais avec plus de finesse et de portée d'esprit. 11 recbercbait surtout la société des jeunes gens , et , amoureux de Vincognito , sendilait craindre qu'on ne le prit pour ce qu'il était réellement. Il y a encore des livres à lui dans tous les coins de l'Europe , où il les déposait avec la plus entière confiance, aussitôt qu'il les avait achetés.

Que dirai-je de mes collègues les bibliophiles français et de leurs conciliabules cbes le marquis de Chftteaur giron? Ailes le lundi dans un des plus beaux hôtels de la me de Castiglione ; montes bravement quatre ^gas , ?QU« trouvare» à votre droita un appartement

840 nOTES.

meublé vnc goui , et orné de tout ce ^e la typogra*» phie I la reliure et la graTure , peuvent offrir de plue exquifl. lÀBont toujours les plus fidèles au rendei-Tons le vénérable marquis de f ortia , dont Pinfiitigable vieillesse semble reverdir dans le travail; le. chevalier Artaud , oe philologue profond , ce diplomate plein de grâce qui a toujours une anecdote piquante à raconter^ un n|ot heureux à jeter dans les plus arides discussions ; Pftbbé de la Bouderie , grave sans sévérité , érudit sans pédantisme ; M, Hippolyte do la Porte , joignant siMAS effort les manières élégantes de la bonne compagnie à r^ttitude d'un homme de lettres j H. de .Gh&teaugiron , aimable et franc , solide et^ enjoué ; le marquis du Roure , d'un esprit si orné , si vif, si original; M. de Monmerqué, Pun des hommes qui connaissent peutrôtre len^eux la vieille langue française , la littérature des chroniques et des mémoires, eto.,etc» Quelquefois arrivent de l'étranger le n^^gnifique Spencer , l'opulent Labanoff, Dibdin avec son étourderie et, son enthousiasme , l'abbé Gostanzo Gaizera avec sa verve italienne ; on disserte y on regarde de beaux volumes, on projette des publications curieuses, on se livre à une facile et libre causerie , et un banquet joyeux termine cette fête de famille.

Ce morceau a été imprimé pour la première fois au

NOTES. »4t

commencement d^ne édition des nouvelles de Nodier. En affirmant quMl n^est pas dirigé contre le progrès , nous ayons le droit d'être crus, nous qui, des premiers dans notre patrie , élevâmes la voix en faveur des doctrines progressives, quand la plupart des hommes de talent qui les défendent, n'existaient pas encore pour les lettres et la chose publique j mais il est vrai que nous avons voulu distinguer le progrès du mouvement ; surtout du mouvement irréfléchi, brutal, effervescent , qui n'entaiise qde des ruines et se montre incapable de rien construire»

La société , au point où elle est , ne doit ji^mais avoiv de ces colères d'enfant qui ne savent o^ elles vont.

L'enfant qui vient de briser son jouet , se tait pour un morceau de sucre : tout à l'heure il recevra les étrivières à genoux et les mains jointes.

Est-ce là un rôle digne de l'humanité?

C'est sur le perfectionnement de l'intelligence et l'amélioration des mœurs qu'il faut fonder les changemens politiques. Toute institution qui n'a pour garantie qu'un chiffon de papier , toute liberté qui ne se fait grande qu'en grimpant, ivre et folle, sur de hideux débris , sont , par une loi de la providence , d'une éphémère durée.

, Et puis , si l'on se trompe sur des choses qu'on n'a point encore réduites à leur véritable expression , si l'on diffère d'affection , d'intérêt , de préjugés , qu'une tolérance réciproque émousse les aspérités des partis , calme le ferment des passions et empêche que d'igno«

ta NOTES.

Iilet haines ne privent la patrie de hautea capaoitét , de frandf et beaux earaetdres. Hélas ! il y a si pen d'avenir dans tontes nos eenvres , dans tontes nos combinaisons, que les Tainquenrs, non moins par pmdence que par équité , ne sauraient trop ménager les vainens j demain peut-être oeux-oi seront vainqueurs à leur tour. Le met mouvement en se plaçant sous notre plume , nous rappelle le douloureux souvenir d'un jeune homme que le mouvement fit grandir et que dévora Pinaction. Pierre Glaes, encore sur les hancs de l'université, s'é* tait jeté dans la polémique des journaux. Poursuivi , emprisonné pour un délit de presse , il parut avoir gagné en talent. Moins fait pour les batailles du raisonnement que pour les escarmouches de Tépigramme, il se rendit redoutable par sa verve inoisive et son originalité sarcastique. En 1830 , de journaliste nécessiteux il devint une puissance. Membre de la coterie appelée la Société des douée, il eut sa part au banquet politique; mais tout d'un coup prudent et circonspect, il la voulut moins belle qu'assurée. Après avoir figuré un moment au Congrès , il enterra dans le greffe d'une cour supérieure sa jeunesse , sa rare intelligence , son passé , son avenir. Le publiciste hardi , fougueux , impitoyable , se changea en épicurien timide , méticuleux , accommodant , l'apôtre ingénieux de l'insurrection , le spirituel démagogue , l'anarchiste amusant , se fit le champion vulgaire de la stabilité.*., des greffiers. L'honnête garçon , il prêchait l'ordre de peur qu'on ne troublAt ses plaisirs; hélas! le plaisir a creusé sa tombe,

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