LETTRE A M. FÉTIS
BIRSCTEVR DU CONSEKTATOIRE DE BRUXELLES , 80^ QUEL- QUES PARTICULARITÉS BS l'iIISTOIRE MUSICALE BE LA BELGIQUE ^.
Comme il m'a toujours été impossible de me résigner à feindre de savoir ce que j'ignore , je commence par vous déclarer que ^ tout en aimant la musique à la folie , je n'ai pas l'honneur d'être musicien. Mon penchant particulier, des dispositions assez heureuses peut-être , me portaient à cultiver sérieusement ce bel art ; mais, après avoir croqué quelques notes au collège , il me fallut aller, presque enfant , assister à ces terribles concerts où le canon faisait la partie principale. Plus tard , d'autres études m'absorbèrent entièrement. Toutefois , mon amour pour la musique ne fut point affaibli par mon
I Cette lettre est annoncée à la page 278 du premier Tolume.
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ignorance , et sembla même , à l'exemple des passions malheureuses , faire de nouveaux progrès. Aussi y comme je tous ai lu avec assiduité ! Comme je vous ai su gré de tos piquantes incursions dans les antiquités musicales ! Comme j'ai applaudi a l'ingénieuse idée de ressusciter les vieux maîtres de l'harmonie et de nous reproduire en action leur génie et leurs chefsd'œuvre ; idée dont , pour le dire en passant y j'avais déjà vu , il y a des années , un commencement d'exécution à H^delberg, chei un grave professeur de droit , le savant Thibaut, grand amateur d'andennes tàhulatureë !
Ah ! livrons-nous sans réserve au charme 'des arts ; eux sems peuvent consoler des iniquités des partis ; eux seuls sont assez forts pour calmer ce ferment de discorde , ce besoin de destruction qui n'ont déjà causé que trop de malheurs. A l'ambition , à l'intrigue , à la cupidité , les joies barbares que l'on goûte en entassant les ruines autour de soi ; à nous 1^ bienfaisantes jouissances de l'entendement et de la sensibilité 9 à nous la musique , non pas celle qui hurle ^ échevelée ^ des chants de haine et de mort , mais celle qui adoucit les mœui^ ,
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exalte rimagination j émeut dëlicieuieiKient les ccears!
Cette musique est celle que tous enseignez ; OTy on ne vous reconnaît pas seulement pour un compositeur plein de correction^ vous êtes encore ; ayeo l'estimable Choron , et de Faveu de tout le monde , un littérateur que ne rebute aucune des fatigues de Tërudîtion la plus épineuse. Yoilà précisément ce qui m'engage a TOUS écrire y non que je veuille me donner pour un érudit , à Dieu ne plaise ! mais parce que le goût des liTres et des recherches qui parait nous être commun , me rapproche de tous malgré mon incompétence musicale. C'est de re~ cherdiea et de liTres que je toux tous entretenir :^ |e ae suis pas tout-â««lait hors de ma sphère.
Depuis 181&, la face de la Belgique était changée. Uae plus grande actÎTité s'y mani* festaiit de jgiv en jour dans les esprits , et il est juste de eonTenûr que le pouToir fa* TQrisaât le vouTement autant qu'il était en loi» YiTant au mîUeu du tourbillon de Paris , TOUS n'aTe^ peut - être pas eu l'occasion de TOUS eouTaincre , comme moi ^ de œ pro-
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grès ; cependant tous êtes trop attache à voire patrie , pour qu'il vous ait totalement échappe. 11 y a plus : vous avez vous-même travaillé à Faocclérer en prenant part à nos travaux académiques .
L'Institut des Pays-Bas avait demandé pour le concours de 1828 , un tahleau des services rendus par les Belges h la science et à l'art de la musique , principalement aux XIV<^, XV* et ]S»VI*> siècles. Vous ayez répondu à cette intéressante question et, quoique votre concurrent , M. R. G. Kiesewetter ait obtenu le prix , vous n'en avez pas moins enrichi le public d'un mémoire instructif, auquel l'institut lui - même a rendu toute justice , mais • qui respire une certaine horreur de la synthèse, comme ils disent maintenant.
La lecture de ce mémoire m'a rappelé quelques détails dont les uns , probablement , n'entraient pas dans votre cadre , et dont les autres ne seront point arrivés à votre connaissance. Permettez ^que je les rassemble et passez-moi la fatiiitd naïve avec laquelle je me targue de vous apprendre quelque chose, moi à qui' vous en avez tant appris. Que voulez-vous ? c'est une
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faiblesse de bibliophile ou de hibliomane , ce qixi , je Favoue , et Firaseible abbë Rives n*aitrait pas manqué d*en faire la remarque , est essentiellement distinct du bibliognoste»
Vous pouYÎez débuter par de grands noms.
£n effet le roi Pépin ou Pipin, qui était belge, avait un goût prononcé pour le cbant romain , et Gfaarlemagne, son fils , le trouvant plus mélodieux et plus parfait que le chant à l'usage des Francs , mit tout en œuvre pour remplacer l'un par l'autre. De sorte que le chant Grégorien devint général au 43ommencement du IK^ siècle. N'est-ce. pas à Pépin que l'empereur d'Orient , Constantin Copronime , envoya en 757 çn instrument qui devait être un orgue. Étaitce un. orgue à vapeur, comme on l'assure dans YÉmanpipaHon du 27 mars 1834? c'est ce dont ks expressions mémo des. historiens me font douter, de même que les remarques du docte Huet . sur l'antiquité^ des orgues '.
Des princes , des rois, des empereurs ne vou9 sufiBsent-ils pas ? J'ai un saint à vous offrir^ Radbod , évêque d'Utredht qui laissa plusieurs hymnes et offices, pour les fêtes de l'Église.
t ITuetiana, Paris , 1822 , in-12 , pp. S83— 288.
«M UEnnE A M. itris.
Autrefois <m s'oeoupaît peu de constater les ini^eiitioDS et dëeouyertes les plus importantes ; a^jottrdllui^ au contraire , chaoHn fait enre* gistrer soigneusement ses moindres titres ^ et il n'y a pas jnsqu^aa moriier'-monstre dont l'apparition et le décès ne soient fixés de manière à préyeair tous les doutes de la postérité. Il existe doue des incertitudes sur llnvention de la musique mesurée. Quoique assez généralement on en fasse honneur à Jean de Murs, vous combattes cette opinion par des raisons qui sont pour moi convaincantes. Néanmoins, parmi ceux qui la soutiennent y j^aûrais roulu voir citer Ferreolns Locriua^dont le Chronieon Belgieum contient ce passage en faveur de Jean de Murs : « CœteruiB post Guidonem , Joaimes a Maris , « ixk eœteri» à se praoclarà adinventis, tooos a octo ab invîcem distinctos , oantès alternandi » gratift , ne wmspfst auribus par sonus insire- » peret,primu8exoogitavitvulgavitque,Thoma » Boaio aasertore in Eetknm sigmù, lib. VI ,
Ce Ferreoitts Loerîua était , vous le savez , de S*-Pa.ul en Artois; cependant je regarde sa famille comme n'ayant pas été étrangère au Hai-
UÏTAE A H. fÊnS. St7
naiil , car parmi les échoTins de llkinv , «e trempe , en 1540 et 1543 , on J^mn âm Loccrê^
A propos de mesure , il me revient en më* moire que , dans la chronique de Nicolas de Clerck, écrite de 1318 a 1350 et dont le gouveraenent des Pays-Bas avait confie la publication à M. J« F. Willems^ surpris dans ce trayail par la révolution du mois d'août 1830 , il y a des vers sur le brabançon Louis Van Vaelbeke , célèbre joueur ou fabricant de rebecs ( P^^deiare), qui florissait sous le duc Jean II^ cest-à-dire de 1394 à 1313 :
In deser tyt sterf menschelyc Die goede yedelare Lodewyo .
Bie de beste was die Toor diea In de werelt ye was ghesien Van makene ende metter h&iid Van Yaelbeke in Brabant AUoe was hy ghenant Ey was d'eerste die Tant , Van stampien die manieren Die men nocli hoert antieren.
passage que Des Roches a pris pour texte d'une dissertation où il soutient que Louis Van Vaelinventa rimprimerie en Brabant | avant