‹ Le dimancheChapitre 5 sur 26 · MAUDIT ARGENT · texte numérisé non relu

MAUDIT ARGENT

J'aurai les quinte mille francs que je demande?

BlouÈEK, t Avare,

Le 17 août 1369 , jour anniversaire de la bataille de Scheut, où les Brabançons furent rudement frottés parles Flamands sous les remparts mêmes de Bruxelles , jour appelé encore actuellement^ par les barbes grises , le mauvais

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mercredi y le duc Wenceslas était d'une humeur massacrante*

Il y avait plus d'une heure qu'il n'avait pris garde à l'ëperrier en chaperon a sonnettes , perché sur le dos de son siège , et qu'il n'avait caressé le magnifique lévrier , étendu à ses pieds.

C'était même en vain que Jean de Malines , son fou à titre d'office , venait d'essayer d'une des grimaces les plus comiques.

Le duc restait le menton dans la main gauche 9 le sourcil froncé , les lèvres pincées ; il semblait s'être donné sa pensée en spectacle hors de lui-même et la contempler avec dépit*

Dans une préoccupation si chagrine , si morose , on eût malaisément reconnu ce Wenceslas , en qui Froissart nous signale un gentil duc , noble ^ joli, fresque, sage y armeret et amoureiix y à moins que l'amour ( n'en déplaise à la duchesse Jeanne), ne fût la cause de ses ennuis.

Qui aurait osé entrer alors dans sa chambre ? Personne, à l'exception pourtant ie René de Schoonvorst , favori du prince et chargé de ses finances y c'est-a-dire de ce qui fait le principal

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soaci des sonveramd eoiame du dernier de leurs sujets.

Schoonrorst j ayant entr'otivert la porte sans être annoncé^ s'sfvança d'un air empesé et mys* térienx ; il portait sous le bras un énorme rouleau de parchemin , et tme écritoire d'argent pendait à sa ceinture à cbté d'une riche aumô* nière qui , par parenthèse, s'ouvrait moins sou* Tcnt pour donner que pour recevoir.

— Eh! bien, René, lui dit le duo réveillé par sa présence , où en sont nos affaires? M'apportes-tu les cent mille moutons d'or dont j'ai un si pressant besoin , ou suis-je décidément le prince le plus gueux de toute la chrétienté?

— Monseigneur, répondit Schoonvorst en appuyant sur toutes les syllabes , je vous apporte on compte détaillé de toutes les dépenses.

— Au diable les gens de plume! c'est de l'argent , de l'argent que je veux , entends^tu ^ et non de tes comptes inextricables que j'ai en abomination...

— Cependant , Monseigneur, la probité m'impose le devoir de vous instruire du véritable état de votre trésor. Je dois mettre ma responsabilité à couvert, car un homme honnête...

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— Sois un fripon, si tu veux, mais donnemoi deFargent*.,

— - Hélas l Monseigneur , je le désirerais de grand cœur ; malheureusement il n'y a pas un plack dans yos caisses; même, s'il faut tout vous dire , Toilà quinze jours que j'ai engagé ma propre vaisselle , oui , la mienne , aux Juifs de la Gantersteen , pour l'entretien de votre maison*. •

— Gomment pas un plack? Quoique j'abhorre tes calculs , il me parait que le revenu de mes seigneuries n'a pu encore être mangé entièrement, et qu'il me revient quelque bagatelle sur mes droits de thonlieu , de passage , d'afforage , de gabel, de m.orte-main, que sais-je?...

-— Le produit en a été engagé pour trois ans aux Juifs de la Gantersteen, afin de solder l'arriéré de la guerre contre les Flamands , que pieu confonde, de mêm» que celui de votre voyage à Metz , où l'empereur tint sa dernière cour plénière , et où vous disputâtes au duc de Saxe le droit de porter l'estoc impérial...

— Mais les sommes considérables levées sur les habitans de Louvain et de Bruxelles qui ont

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eu Vexoellente idée de se rëTolter pour me fournir roccasion de les mettre à l'amende...

— Vous Terrez dans ce compte , Monseigneur, à quel usage elles ont servi depuis long-temps : un moment , je vous supplie , m*y voilà. . . Hum :

Pour une ceinture d'or, un gros rubis balais, item un chaperon de velours garni de perles, envoyés par ordre de monseigneur à Suzanne Pu penpoy, jeune bourgeoise de Bruxelles , âgée de 16 ans, en considération de sa vertu,, *. 600 peeters de Louyain.

Item pour une robe fourrée de bonnes martres, dont monseigneur a jugé à propos de gratifier son humble et féal serviteur René de Schoonvorst, et pour autres menus^ coûts,,. 15000peeters de Louvain.

— Autres menus coûts , que le maulebec te trousse , traître , bourreau que tu es !

— /tem, pour frais de tournois et de banquets, 20,000 écus à la tour. Item ^ pour intérêt des sommes empruntées aux Juifs de la Cantersteen, 30^000 m4mtons d^or.

— Les Juifs de la Gantersteen! toujours ces damnés juifs ! je suis donc dévoré par cette engeance infâme , et puisque , grâce à ta probité

là

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et au diable, mon trésor est à sec , ce sera probablement aux Juifs qu'il me faudra encore aToir recours ?

— Précisément , mon très-redouté Seigneur , c'est ce que je Tenais vous proposer.

— Mais h ce train , un jour ou l'autre , quelqu'échappé d'Israël deviendrait à ma place duc de Luxembourg , de Lothier , de Brabant , de Limbourg et marquis du St.-Ëmpire...

— Au contraire , c'est tous qui succéderez aux fils d'Israël...

— Impertinent ! que veux-tu dire ?

— Je veux dire , Monseigneur , que pour rétablir vos finances , il faut faire ce qu'on a fait plus d'une fois en France , dans cette contréemodèle , expulser les Juifs de vos états , et vous

, mettre tout uniment en possession de leurs biens.

— Vraiment , mon loyal René , ce conseil sorti de ta grosse tète n'est pas mauvais ; les Juifs sont des chiens , cela est clair , mais un des ancêtres de ^a femme leur a donné des privilèges , et dans ce pays ils sont attachés d'une manière incroyable à tout ce qui s'appelle privilèges et chartes. . .

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— Je répondrai en toute humilité que d'abord , en thèse générale , je ne crois nullement qu'un souverain soit tenu de respecter ni chartes ni privilèges , et qu'en second lieu , s'il veut bien se regarder comme lié par un chiffon de parchemin envers ses sujets chrétiens , il ne l'est pas du tout envers des Juifs , que la malédiction divine a exclus de la communauté des hommes.

— Il me parait que tu as parfaitement raison , cependant , quoique tes idées cadrent avec les miennes, je crains de tomber dans un péché qui compromette le salut de mon &me , et , a moins que l'Église...

— Ces scrupules, Monseigneur^ font le plus grand honneur à votre piété , mais voici justement maître Jean de Witthem , chanoine-écolâtre de Ste-Gudule , l'un de vos' aumôniers ordinaires. II pourra éclaircir vos doutes et vous dire quelle est la doctrine orthodoxe sur le sujet dont j'ai pris la liberté de vous entretenir. —

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