‹ Le Dimethyl-Ether De La Chloro-Methyl-Bebeerine Curarisant Naturel - En TherapeutiqueChapitre 13 sur 47 · DER RES · texte numérisé non relu

DER RES

Expérimentalement, l'effet du curare sur le muscle strié comporte plusieurs étapes

Trente secondes environ après le début de l’injection intraveineuse, apparaissent le ptosis, des troubles de l’accommodation, un strabisme avec diplopie — par atteinte des muscles oculaires.

Puis, cette paralysie progresse selon un rythme constant atteinte des masticateurs, des muscles de la face, des muscles cervicaux; ensuite — vers la deuxième minute — des muscles des membres (en débutant par la racine des membres); vers la troisième minute, ce sont les intercostaux et les abdominaux qui sont paralysés à leur tour; et enfin, en dernier lieu, le diaphragme.

Mais l’action du curare sur le même muscle ne s'établit pas d’emblée; elle passe notamment par trois stades (LAPIC- QUE) :

a) le premier stade — c’est une atonie, décrite par BRE- MER. « Chez l’animal ayant recu une petite dose de poison, il « y à flaccidité totale contrastant avec la vivacité et la vigueur « des réflexes, la régularité de la respiration, la possibilité des « mouvements volontaires »;

b) ensuite, il y a un stade de paralysie incomplète (paralysie de VULPIAN). Les mouvements volontaires disparaissent ; la contraction indirecte, par excitation électrique des nerfs, - persiste;

c) enfin le dernier stade — c’est la paralysie totale de Claude BERNARD; le muscle ne réagit plus à l'excitation des nerfs. C’est la phase de curarisation vraie.

SMITH a effectué sur lui-même une expérience fort intéressante : il a recu 500 unités de curare en perfusion lente (sans anesthésie), dose très forte, nécessitant évidemment une intubation avec respiration contrôlée. Cette expérience a confirmé la succession classique des paralysies curariques, qui correspond schématiquement à l’évolution d’une myasthénie. Les muscles ne sont donc pas affectés tous en même temps, mais

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progressivement. Cette progression est d'autre part étroitement liée à la dose administrée. Une très petite dose n’agit par exemple que sur la musculature de l’œil et de la nuque : le sujet ne parvient pas à soulever sa tête, mais il est capable encore de remuer ses mains et ses pieds. Une dose plus importante affectera les membres, les muscles intercostaux et les muscles du larynx, mais n'arrêtera pas les contractions du diaphragme la respiration deviendra strictement abdominale. Pour provoquer l'arrêt respiratoire complet par immobilisation de tous les muscles, y compris le diaphragme, il faut injecter une dose relativement élevée du curare. Mais, fait important, le sujet demeure parfaitement conscient et cette paralysie est toujours réversible, à condition naturellement qu’une respiration artificielle soit assurée.

L'ordre dans lequel les divers groupes musculaires regagnent leur état normal est, en général, régulier et s'effectue dans le sens inverse — en débutant par le diaphragme. Après l'expérience, l’aspect du sujet qui a retrouvé sa respiration et ses mouvements spontanés demeure un certain temps très spécial : son visage est inexpressif, sa parole un peu embrouillée, ses paupières tombantes. Les auteurs sont unanimes à cons-

tater que les paralysies oculaires sont les dernières à disparaître.

De nombreuses théories ont été élaborées pour expliquer le mécanisme de la paralysie provoquée par les curares. Dans ce modeste travail, il nous est impossible de rentrer dans les détails de cette polémique. Nous nous bornerons seulement à signaler les deux principales théories :

a) La théorie de LAPICQUE, élaborée en 1908-1909 qui, rompant avec le classique « blocage neuro-musculaire » par intoxication de la « plaque motrice » (BRüCKE), admet que le curare agit en élevant la chronaxie musculaire, tandis que la chronaxie du nerf demeure inchangée. Il s'établit ainsi une différence de chronaxie (hétérochronaxie), l’onde électrique du nerf avec son intensité variable ne pouvant plus éveiller dans le

muscle le phénomène électrique indispensable à la contraction

musculaire normale.

b) Une autre théorie admet que la transmission de l’influx nerveux s'effectue par la sécrétion d’acétylcholine au niveau des terminaisons nerveuses. C’est l’acétylcholine qui exercerait une action excitante sur les fibres striées en provoquant leur contraction. Les substances curarisantes auraient, selon cette théorie, une action inhibitrice sur les fibres des muscles qui ne réagiraient plus à l’action excitante du médiateur chimique qui conditionne la transmission neuro-musculaire. Il y aurait donc antagonisme du .curare à l'égard de l’acétylcholine.

Récemment, le Docteur KERN, dans une conférence, exprime l'opinion que seule la théorie suivante doit être aujourd’hui admise

L’'influx moteur est susceptible de synthétiser un médiateur chimique au niveau de la plaque motrice. Ce médiateur est l’acétylcholine; c’est lui qui entraîne, du fait de sa présence, la contraction musculaire. Sa durée d’action est cependant très courte (2/10° de seconde), car elle est rapidement inhibée par la cholinestérase qui existe au niveau de cette plaque motrice. L'action du curare vise à élever le seuil d'action de l’acétylcholine, d’où le phénomène de relâchement musculaire.

On peut aboutir à un tel résultat d’autre facon, en inhibant, par exemple, l’acétylcholine ou en apportant un facteur à action pro-cholinestérasique. Inversement et théoriquement, pour combattre les effets du curare, dans ces conditions, on peut concevoir une substance anti-cholinestérasique abaissant le seuil d’impressionnabilité de la plaque motrice à l’acétylcholine, c’est le cas de l’ésérine et de la prostigmine.

En pathologie, ces faits trouvent leur confirmation dans des états tels que le syndrome d’Erb-Goldflam (myasthénie), l’intoxication botulinique, dans laquelle le taux de la production d’acétylcholine n’est pas suffisant pour agir sur la plaque motrice et aboutit à un état curariforme.

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