ACTION SUR LE SYSTÈME RESPIRATOIRE
L'effet sur le centre respiratoire est nul; si la curarisation entraîne des modifications profondes de la physiologie respi-
ratoire, c'est avant tout par son action sur les muscles respi-
ratoires. Selon la dose des toxiques, on observe soit une simple réduction des échanges gazeux, soit un silence de la respiration total — suivant le degré de la paralysie. C’est pourquoi le maintien d’un échange gazeux suffisant constitue le problème crucial au cours de toute curarisation (KERN).
Une réduction dangereuse de ces échanges respiratoires peut passer inaperçue chez un malade soumis à une double action : celle de l’anesthésique et celle du myo-résolutif. Si le malade reçoit une dose « suffisante » d'oxygène, il ne présente pas de cyanose, l’anoxie étant — tout au début du moins — relativement faible : mais l'élimination du CO* est absolument insuffisante. Cet état de choses peut — au cours de longues interventions — provoquer une situation grave, soit par un accident sur la table, soit par des. complications post-opératoires.
Les appareils modernes dont disposent les anesthésistes nous donnent fort heureusement une garantie satisfaisante, grâce à la technique d'absorption du gaz carbonique, combin#: à la respiration assistée.
Il est donc absolument nécessaire de disposer d’un appareil en bon état, ainsi que d’un nécessaire à inhalation — ceci est aussi valable pour l’Auxopéran que pour tout autre produit curarisant.
Mais les anesthésistes qui ont eu l’occasion d'employer le diméthyl-éther de la chloro-méthyl-bébéerine constatent à l’unanimité l’absence de toute hypersalivation et de toute hypersécrétion bronchique, si fréquentes et si gênantes avec les autres curares naturels.
POSOLOGIE — MODALITES D’ADMINISTRATION
L'Auxopéran n’est pas un anesthésique, mais associé au pentothal (ou éventuellement à d’autres anesthésiques) il contribue à donner une anesthésie de haute qualité, tout en permettant de réduire la dose du toxique. Les méilleures associations avec l’Auxopéran semblent être : Je pentothal, le cyclopropane, le protoxyde d’azote. Ether : exceptionnellement ; chloroforme : jamais (KERN).
En pratique, le choix de l’anesthésique dépend de très nombreux facteurs; l’anesthésiste peut toujours, excepté quelques règles intangibles, envisager telles modifications qui lui paraîtront motiver les exigences cliniques ou son expérience personnelle. Entre les mains d’un anesthésiste expérimenté, disposant d’un matériel moderne, l’Auxopéran est pratiquement sans dan- ger, l’arrêt respiratoire par curarisation ne présentant en clinique aucune gravité; les doses de ce produit qui seraient susceptibles d’entraîner une intoxication réelle sont environ vingt fois plus importantes que la dose qui provoque l'arrêt respiratoire (F. COLE).
La posologie est variable et dépend de facteurs multiples, dont les principaux sont : la durée de l’opération; l’état et la susceptibilité du patient; son âge; l’anesthésique associé; la nature de l'intervention, etc., etc. Il semble donc malaisé de codifier l’usage d’une médication d’un comportement aussi variable que l’Auxopéran; il faut adapter la dose à chaque cas particulier (J. PENDER). |
cb —
La meilleure méthode c’est d’injecter le myo-résolutif par doses fractionnées. On injecte une dose starter, qui est, dans les. cas moyens, de 4 cm’ de la solution à 0,25 %; lorsqu'on a obtenu l'effet désiré par cette première injection, on attend que le relâchement musculaire provoqué par le curarisant disparaisse (ou éventuellement faiblisse); c’est alors que l’on injecte une nouvelle dose — égale ou généralement plus faible que la première.
Cette dose de 4 cm” est généralement suffisante pour provoquer une résolution musculaire sans toutefois entraîner une paralysie respiratoire. Si l’on désire une immobilisation du diaphragme, il faut administrer une dose deux à trois fois plus élevée.
L’élimination de l’Auxopéran se faisant assez rapidement, il convient de réinjecter ce produit vingt-vingt-cinq minutes après la dose initiale. Cependant, une dose unique de 4 cm° est la plupart du temps suffisante dans les interventions de
courte durée : trente à quarante minutes.
La dose maxima d’Auxopéran est à peu près impossible à indiquer. Ce produit s’élimine rapidement et en cas de besoin (intervention de longue durée) on peut administrer des doses très élevées en maintenant la curarisation par réinjections « à la demande », mais les doses de réinjection sont généralement de plus en plus petites au fur et à mesure que l'intervention progresse.
De toute facon, ce n’est pas la dose du produit curarisant qui doit être appréciée, mais celle de l’anesthésique. Il s’agit de réduire au maximum ce dernier, et pour y arriver on a le droit d’administrer des doses considérables de curare (KERN).
Après la première injection d’Auxopéran-pentothal, on surveille avec vigilance les progrès du relâchement musculaire et lorsque les masticateurs ont perdu leur tonus, on procède (sous contrôle d’un laryngoscope) à l'introduction d’une canule trachéale. Cette intubation systématique (ou éventuellement la possibilité de la réaliser immédiatement) est une des conditions sine qua non à l'emploi de l’Auxopéran, comme à celui de tout produit curarisant.
CC, is
La prénarcose comporte généralement l'injection souscutanée, une demi-heure à une heure avant l'opération, d’un para-sympatholytique (atropine, scopolamine) aux doses moyennes. L’injection de morphine n’est point indispensable; cependant, elle paraît extrêmement utile, surtout chez des sujets résistants. Il est bon d’administrer, la veille de l'intervention et le matin même, une dose moyenne de gardénal, ainsi qu’un anti-histaminique (Phénergan).
On peut commencer l'anesthésie par l'injection de pentothal et administrer ensuite l’Auxopéran; cependant, l’action de l’anesthésique étant plus rapide que celle du myo-résolutif, il est bon d’injecter le pentothal après le curare, lorsque ce dernier commencera à agir.
On peut résumer la succession des gestes ainsi (KERN)
— injection de la dose initiale du curare;
— injection du pentothal (assez rapide pour éviter au malade la sensation désagréable que provoque la curarisation chez le sujet conscient) ;
— adaptation à la même aiguille d’un goutte à goutte avec un dispositif en Y dont un réservoir contient une solution de pentothal (par exemple 4 pour 1.000, soit 1 g dans 250 cm° de sérum physiologique) ; l’autre réservoir contient du sérum glucosé isotonique, du sang citraté ou éventuellement du plasma, que l’on laisse couler à un rythme voulu. Il est inutile d’insister sur les avantages de ce goutte à goutte en cours de narcose et, pour les réinjections, à travers le tube en caout- chouc, de curare, l’administration de coramine, etc.;
— application de la respiration contrôlée jusqu’à la reprise de la respiration spontanée qui se rétablit généralement en peu de temps; respiration assistée intermittente à partir de ce moment; | __ — surveillance rigoureuse du malade anesthésié et curarisé; mise en route de la solution faible de pentothal; éventuellement réinjections du curare, etc.
L'oxygène est administré continuellement en circuit fermé; la pression manuelle sur le ballon de l’appareil se fait, de facon intermittente, en fin d'inspiration;