HISTORIQUE
Le mot « curare » est une déformation phonétique de différents termes indiens de l'Amérique du Sud et qui signifient « liquide pour tuer les oiseaux ». Ce sont des extraits d’origine végétale — mais certains voyageurs racontent que les Indiens y ajoutaient parfois des produits animaux, comme des peaux de serpents et de crapauds, des crochets de serpents, etc. — Ces préparations essentiellement végétales — toujours très complexes, ont été utilisées depuis des temps très anciens comme poison de flèches par les tribus indiennes de l'Amérique du Sud.
Les Espagnols, au cours de leurs conquêtes, firent connaissance — à leurs dépens — avec ces flèches curarisées. Tes premiers échantillons de ce poison furent rapportés en Europe par RALEIGH, explorateur anglais. C’est l’astronome LA CoN- DAMINE qui rapporta du curare en France (en 1745) ; cet auteur nota que « le poison des flèches » était capable de garder sa toxicité pendant des mois. Depuis, peu de drogues ont suscité autant la curiosité des explorateurs et des savants.
En 1811, BRODIE réussit à prouver que la mort des sujets intoxiqués était due à une paralysie respiratoire et que la respiration artificielle prolongée pouvait maintenir en vie des oiseaux curarisés. Au début du siècle passé, on commence également à s'intéresser aux propriétés anti-convulsivantes et antispasmodiques du curare. On suggère par exemple son emploi dans le tétanos. Il faut pourtant attendre la seconde moitié du xIx° siècle pour qu’apparaissent les premiers travaux systématiques et les premiers essais thérapeutiques corrects sur les êtres vivants. Les expériences méthodiques de Claude BERNARD
EAN
avaient montré que chez l’animal curarisé les muscles restaient excitables directement, les nerfs n'étaient pas touchés non plus, et pourtant l'excitation du nerf moteur n'était pas suivie de la contraction musculaire habituelle ! Le célèbre physiologiste français note en outre que la drogue n’est point sans action sur le système nerveux végétatif. Avec son intuition géniale, Claude BERNARD pose la question de l’utilisation du curare en thérapeutique humaine. « Ne pourrait-on pas « faire de cette substance un médicament qui serait indiqué « là où il serait utile de diminuer l’action des nerfs moteurs, « par exemple dans les affections convulsives ? »
Les travaux de Claude BERNARD donnent une nouvelle impulsion aux recherches. VULPIAN, CHASSAIGNAC, Adolphe RICHARD et autres font des observations sur le tétanos; BENE- DICT, VOISIN, sur l’épilepsie, sur la chorée et sur la rage.
Mais cette drogue fut vite abandonnée en raison de sa toxicité, de sa composition instable et de son activité imprévisible. Ceci tenait à ce que les recherches furent effectuées avec des produits impurs et inconstants. On ne posséda longtemps qu’un mélange d’alcaloïdes divers, dont on ignorait souvent l’origine et dont on ignorait toujours la composition.
En effet, les produits bruts, importés d'Amérique du Sud, se présentent sous forme d'extraits résinoïdes, noirâtres ou brun-rougeâtres, devenant solides avec le temps, d’une saveur amère, contenus dans des récipients variables, d’où provient employée pendant longtemps une classification bizarre et peu scientifique : |
— curares-en-tubes:
— curares-en-pots; — curares-en-calebasses.
Pour les curares-en-tubes, l'extrait a été conservé dans des entre-nœuds de bambou; les curares-en-pots se trouvent dans de petits pots de terre cuite; la dernière variété enfin est éoulée dans des récipients en forme de bouteille.
Les curares-en-tubes, relativement les mieux connus depuis les travaux de BOEHM (1895-1897), contiennent un alcaloïde très actif, la tubocurarine (sous forme de l’isomère dextrogyre);