‹ Le dîner des gens de lettresChapitre 1 sur 39 · I.E DINEB DES OENfl DE UBtl BES I I · texte numérisé non relu

I.E DINEB DES OENfl DE UBtl BES I I

volumes in-8, malheureusement inachevé, de l'histoire de La France contemporaine, avait longtemps l'ait partie du Comité de la Société des

gens de lettres, et en avait été un an président. Il a rendu, surtout pendant cette année de présidence, de signalés services « à cette Société, qu'il a aimée — selon les ternies de la notio nécrologique que lui consacra Ernest Benjamin, rapporteur de l'exercice ïNr-1898, — d'une tendresse assez paternelle pour qu'elle lui témoigne un respect filial ».

D'abord, initié de longue date aux rites et coutumes des assemblées délibérantes, — avant d'être sénateur, Hamel avait été conseiller gênerai de la Somme et conseiller municipal de Paris. — il mettait au service du Comité cette expérience spéciale. J'ai ouï conter, par exemple, que, sous certains de ses prédécesseurs, il régnait quelque peu de laisser-aller et de sans-gène dans les séances hebdomadaires du Comité : elles s'ouvraient à des heures un tantinet variables ; au lieu de s'asseoir dans le fauteuil qui lui est

-Ment — surtout quand ce président s'apprlait Henri de Bornier — aimait à u plutôt à se tenir debout, devant la cheminée, le dos au feu ; le secrétaire allait le rejoindre, et ne rédigeait son procès-verbal que dans la huitaine et de mémoire. Avec Ernest Hamel, qui était l'ordre, la ponctualité et la correction même, rien de pareil. Chaque lundi, à deux heures sonnantes, il prenait place dans ledit fauteuil, suivait ligne à ligne et point par point l'ordre du jour, sans s'en laisser écarter d'un brin, procédait en tout avec méthode et scrupule, par compas et mesure. Ce n'est pas lui qui se serait permis d'allumer un cigare ou de griller une cigarette pendant la séance, — ni même après ; car il ne fumait pas, je crois bien.

I'"— esseur d'une fortune qui le dispensait de chercher ;t vivi a plume, il abandonnait

chaque année à la Société le montant de sa penétaire et l'affectait à un prix, — un prix «]ue le Comité, en considération du donateur et de son genre de travail et d'érudition,

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décernait d'habitude à un historien. MM. L. Ch. Ghassin, Alfred Duquet, Paul Marin, Emile Colombey furent, entre autres, lauréats du « prix Ernest llamel ».

Cette fortune lui venait de son père, qui. pendant trente ans, avait tenu le restaurant du Grand-Véfour, au Palais-Royal. De là. à diverses reprises, de faciles quolibets décochés par les réactionnaires au sénateur républicain, qui savait fort bien riposter et avoir le dernier mot. Ainsi une importante feuille monarchique et mondaine, alors patronnée par la duchesse d'Uzès. ayant un jour annoncé que M. le sénateur Hamel était sur le point de reprendre la direction de rétablissement paternel et de s'établir à son tour restaurateur au Palais-Royal, s'attira cette amusante réplique :

« Peu m'importe que la nouvelle lancée par vous ait ou n'ait pas une intention malveillante : loin de rougir de la profession exercée par mon père, je trouve qu'elle a, surtout quand on y réussit comme lui, quantité d'agréments. On s'y l'ait

notamment de belles connaissances. C'est ainsi que je me souviens d'avoir vu maintes fois la nd'mère de la duchesse d'Uzès.MmeClicquot, bonne et brave vieille dame toujours affublée de son cabas, venir talonner mon père pour placer son vin de Champagne. »

Ernest Hamel appartenait, d'ailleurs, à une ancienne et notable famille de la bourgeoisie de Picardie : il était le petit-neveu du grammairien Lhomond, natif de Chaulnes, dans la Somme.

Il avait été le camarade d'enfance ou l'ami de collège de M. Chauchard, et c'est à lui, à son initiative et à cette amitié, que la Société des gens de lettres est redevable des bonnes grâces du bien inspiré philanthrope, de cette « fondation Chauchard », allocation annuelle de dix mille francs, qui fut un des mémorables et joyeux événements de la présidence d'Hamel.

t également durant sa présidence et par lui

que furent entamées avec le Conseil d'Etat les

relatives à la reconnaissance de la

comme établissement d'utilité publique.

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El si ces ilnèrenl en Longueur, ne

réussirent qu'un an plus tard (décembre ifi sous la présidence d'Emile Zola, ce ne l'ut certes pas la faute d*Hamel. Il avait eu la malchance de tomber, au Conseil d'État, sur un président de section qui ne voulait entendre parler ni d'art ni d'artistes, encore moins de Lettres ou de gens de lettres, et à toutes les raisons qu'on lui exposait répliquait :

i Mais kékcékça, un homme de lettres? .!•■ ne comprends pas... C'est comme si vous me parliez d'une société de pianistes ou de joueurs d'orgue...

— Cependant, hasardait Hamel. Victor Hugo. Balzac, Alexandre Dumas. Edmond About.

Alphonse Daudet...

— Des individualités, voilà tout ! Des individualités sans mandat ! C'est-à-dire rien ! Les gens de lettres, ça n'existe pas. »

Il ne voulait pas en démordre, et jamais l'insondable mépris que certains politiciens affectent pour tout ce qui est littérature et littérateurs n'apparut plus clairement.

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Ainsi 1<* ministre Etonner répliquait jadis à ite-Beuve :

(( La littérature, qu'est-ce que cela nous fait ? »

Va ce même Sainte-Beuve, le plus fervent des littérateurs du xixe siècle, traité au Sénat impérial connue un intrus, « comme un paria », au point de déclarer un jour que, par dévoûment pour les Lettres, « il voulait avoir son allront jusqu'au bout ' ».

Et le grand Flaubert clamant, de sa voix tonitruante :

« La haine de la littérature ! La haine de la littérature ! C'est chez nos hommes politiques qu'on la voit dans toute sa splendeur 2 ! »

Et Emile Zola attestant, lui aussi, qu* « à ses yeux, le pire crime de la bande des politiciens, c'est de ne pas aimer la littérature,... cette littérature qu'ils osent régenter, et où nous ne leur permettrions pas même de cirer nos souliers, de

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