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et Laide, mais elle était pis que <ela : elle était bas-Lieu. Bile avait, a ce titre, tous les défauts de son sexe, avec tous les ridicules de son métier.... Par amour de l'art, notre Muse allait même jusqu'à chercher de l'esprit dans les petits verres de rhum et de kirsch wasser, dont elle hauffait son inspiration languissante....

Jeune, sa beauté avait été son diplôme littéraire.... Elle avait fini par se persuader que le coton qui remplissait son corset, faisait partie d'elle-même : « Ai-jc assez de gorge ? Et mes hanches ? » Etc.

Plu- loin, elle promet a un don Juan, baptisé Saint-Marc, de lui livrer « morte ou vive » une innocente enfant, Gabrielle de Beaulieu, qui habite non loin d'elle.

« Dan- Paris, les femmes sont reines : mais il faut savoir régner. Ma chère enfant, je veux vous lancer, comme on dit.... Il vous faut un protecteur.... Vous êtes femme, d'ailleurs: vous savez tromper ! »

Tel est le langage que tient cette horrible

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chouette à la jeune colombe, sa voisine : telles les levons qu'elle lui inili

Elle eu veut surtout à Gabrielle de l'avoir appelée « vieille » : c'est l'injure qui ne se pardonne pas.

On insinue un jour à Mme de Saint-Mégrin, qu'elle aurait dû se marier :

« Me marier ? Vous savez bien que le génie nu pas de sexe ! » répond-elle superbement.

Au dernier chapitre, nous trouvons Mme de Saint-Mégrin « balayant le devant d'une porte.... C'était une petite vieille, décrépite et déguenillée.... C'était le type de ces créatures galantes, qui, après avoir usé leur vie jusqu'à la corde, tombent dans une loge de concierge, comme un immondice dans un égout. »

Ainsi finit cette Muse. Et c'est une autre fille d'Apollon, sa sœur et consœur, qui trace d'elle ce joli portrait et lui décoche toutes ces aménités !

Les dernières années de Mme Adèle Esquiros turent plus sombres, plus lamentables que celles

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de son héroïne, vie son Vieua Bas-Bleu. La paralysie vint la frapper : puis elle perdit la vue. Dénuée de tout s, confinée dans une

tri - humble chambre de la rue de lîagnohL elle it morte d'indigence et de faim, sans la sollicitude de la Société îles gens de lettres et laide du Gouvernement. Elle traîna jusqu'à soixantehuit ans. cette triste existence.

Pins navrante encore fut la lin de Mme Mie d'Aghonne, qui, de 1860 a 1*70. avait vu le succès accueillir ses <» uvres. la renommée répandre son nom.

Après avoir énormément écrit, publié pré-, de cent romans, et un nombre considérable de nouvelles et de \ Mme Mie d'Aghonne avait peu à peu perdu sa vogue : le silence s'était fait autour d'elle, l'oubli était venu, et la misère

— i, — une misère que la Société des gens de

lettres s'efforçait de soulager, sans y réussir.

tte misère matérielle, il y en

avait une autre, bien autrement poignante, une

misère morale, qui échappait a tout remède et

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repoussait tonte guérison. Mme Mie d'Aghonne o'est pas morte dans un complet dénûment, comme l'ont imprimé Les journaux en décembre 1 895 : elle touchait de la Société des cens de Lettres une pension de retraite de >ix cents francs et «1»' fréquentes allocations supplémentaires : elle était, en outre, titulaire «l'un bureau de tabac : mais elle n'avait ni su ui voulu vieillir: — et je préfère n'en pas dire davantage, et couvrir d'un voile cette ultime et Lugubre aventure.

Mme Nelly Lieutier, poète et romancière, qui était tante de M. Pierre Loti, l'académicien qui ne lit jamais, n'aimait pas non plus qu'on dit son âge. Klle se brouilla irrémédiablement avec je ne sais plus quel critique, — Charles Buet peut-être, — qui avait osé assigner à sa naissance une date précise. Elle 11 avait, au surplus, jamais eu de chance avec les journalistes. Lorsqu'elle publia son recueil de vers Chemin faisant, une gazette de L'époque, une gazette de modes

rédigée par des daines, pour comble . termina son élogieux compte-rendu de ce livre par cette coquille mémorable : « L'Olympe de la poésie compte une BUSE de plus. » Jamais Mme Lieutier ne voulut admettre que sa consœur avait écrit musb et non buse : elle resta invinciblement persuadée que — in caudà venenum — c'était une flèche de Parthe et une perfidie de cette rivale.

A partir de vingt-cinq ans. Mme Nelly Lieutier avait cessé de se faire photographier, et, ayant franchi la soixantaine, elle donnait encore, lorsqu'il s'agissait de reproduire ses traits, — dans la Revue Encyclopédique de 1896, par exemple, — cet ancien daguerréotype, datant du règne de Louis-Philippe, ou elle est représentée la bouche mi-close et souriante, la tête gracieusement inclinée et encadrée, selon la mode du temps, d'une double masse de nnglets ou tire-bouchons. Elle était très Hère de ce portrait, où elle apparaissait, en effet, en pleine beauté et avec tous ses avantages. La vieillesse venue, elle avait conservé

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une physionomie particulière, très caractéristique : avec sa haute taille, sou nez en bec de corbin, son épaisse et superbe chevelure, non

plus disposée en repentir*. mai> séparée en deux bandeaux tout frisottants et moutonnants, elle évoquait l'idée de quelque fée de Perrault ou de Mme d'Aulnoy, faisait songer à une antique sibylle ou pytbonisse. Invitée un jour à un bal masqué et ayant à se choisir un déguisement, elle s'était habillée en magicienne, avait enroulé un serpent dans ses cheveux et autour de son Iront, et ce costume, qui lui seyait à merveille, avait obtenu le plus grand succès.

Bien que Mme Lieutier ait légué à la Société des gens de lettres une somme « dont les revenus doivent servir à constituer un prix destiné aux femmes écrivains ». et qu'elle ait ainsi voulu « engendrer, même dans l'autre monde, des femmes de lettres », de peur sans doute qu'il en manque, elle n'était pas aimée des coryphées du parti féministe, qui l'accusaient de tiédeur. N'avait-elle pas déclaré que « la femme ne

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doit pas se masculiniser ». qu' <( elle doit rester femme ». femme aimable, élégante et gracieuse, voire coquette ?

Ce programme était aussi celui de Mme Jules Paton, née Pacini, en littérature Jacques Rozier. Après avoir écrit de nombreux romans, empreints de sentiments délicats et de noblesse d'esprit, la Princesse Clio, Sarah Moore. la Justicier*, les Oiseaux bleus, etc., elle avait rêvé la gloire du théâtre et composé une comédie quelle était allée porter à Dumas fils. Dans une de nos réunions, elle parlait un jour de cette visite ot répétait les paroles que Dumas lui avait adressées :

« Mon enfant, m"a-t-il dit, — notez que Mmi Jacques Rozier était alors sexagénaire et ne pesait pas moins de quatre-vingt-quinze kilos, — mon enfant, voilà une scène qui fera sensation ! Oui, mon enfant, je vous le prédis sans crainte, vous tenez là un succès.... »

Ce mot, « mon enfant », qui revenait à chaque phrase et s'appliquait à une personne

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de cet âge et de ce calibre, nous amusa bien Mme Anaïs Ségalas, dont le nom figure dans toutes les chrestomathics et dont les strophes émues et touchantes ont bercé tant d'enfances, s'est toujours montrée toute dévouée à la Société des gens de Lettres, et elle en était, à quatrevingt-deux ans. une dt-s doyennes. Celle qui a écrit que « le6 morts de la terre sont les vivants du ciel » ne redoutait pas le passage de ce monde dans l'autre, et elle vit approcher ses derniers moments avec « une sérénité bienheureuse », selon l'expression d'Ernest Benjamin, qui eut mission de lui adresser le suprême adieu.

Moins célèbre, mais non moins attachée à notre ociété, Mme Alexandrine Riom, qui a signé ses .ivres Comte de Saint-Jean, puis Louise d'Isolé, partageait ses croyances. Elle était originaire des environs de Nantes, et, bien qu'elle habitât cette ville, elle assistait très fréquemment à nos banquets, oii elle avait recueilli toutes les sympathies et tous les respects. D'elle, pas plus que de Mme Anaïs Ségalas, — toutes les deux toujours

douces, réservées et discrètes, — je n'ai gardé souvenance d'aucune particularité, et je ne puis qu'inscrire ici leurs noms et m'incliner devant leur mémoire, — en adressant un dernier et cordial salut à tous ces confrères, tous ces camarades ou ces maîtres défunts, dont je me suis plu à rappeler les paroles et les gestes et à retracer la physionomie.

Et je termine en exprimant aux organisateurs actuels du Diner des Gens de Lettres, à Léo Claretie, à Félix Jahyer et à Léonce de Larmandie, tous mes souhaits pour la prospérité de nos amicales, fructueuses et excellentes réunions.

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