‹ Le diplomateChapitre 11 sur 50 · LE COMTE, CHAVIGNI · texte numérisé non relu

LE COMTE, CHAVIGNI

le comte. Maintenant, que nous voilà seuls, parlons franchement ; car vous savez que par état nous avons toujours deux vérités.

chavigni. Oui, l’une qui n’est pas vraie. le comte. C’est la première ! Mais il sagit ici de la seconde, et vous entendez bien que je ne suis pas dupe du motif qui vous amène.

chavigni. Je vous ai pourtant dit ce qui en est... je vous l’atteste sur l’honneur... je viens pour un costume de bal... Après cela, comme je ne veux pas jouer au fin avec vous1 qui êtes plus habile que moi, je conviendrai que je me suis chargé de cette afiaire, qui me donnait six semaines de congé, pour avoir le plaisir de suivre vos traces... Il faut à peine quelques jours pour venir

ïS

ici, et voilà plus d’un mois que je suis parti de Paris... Mais j’ai pris, pour remplir ma mission, le chemin que choisissait Lafontaine pour aller à l’académie... j’ai pris le plus long. Vous étiez à Milan... cela m’a fait passer quelques jours en Italie... Vous êtes revenu à Genève par le Simplon, cela m’a fait voir la Suisse... Vous avez traversé le Rhin, cela m’a remis dans mon chemin, ce qui est fort heureux... C’est donc vous, mon honorable maître, à qui je devrai tout, depuis les premières leçons qui ont commencé mon éducation diplomatique, jusqu’aux voyages qui l’ont perfectionnée.

le comte, souriant. Vraiment ! écoutez, mon cher Chavigni, vous êtes un fort aimable jeune homme, que j’aime beaucoup, fort gai, fort spirituel...

chavigni. Votre Excellence est bien bonne. .* est-ce sa première vérité ?

le comte, souriant . Non, c’est la seconde.. . nous sommes convenus entre nous de n’employer que celle-là ; car il ne s’agit ici que d’affaires de famille... Vous aimez beaucoup ma fille, et j’en suis fâché pour vous, car je ne veux pas vous laisser concevoir de fausses espérances ; et pour vous faire connaître ici tout le fond de ma pensée, je vous déclare que vous ne serez jamais mon gendre...

chavigni. Je vous remercie de votre franchise... c’est un extraordinaire1 que vous faites pour moi et dont je suis bien reconnaissant... je sais que j’ai fort peu de fortune, et que vous en avez une immense... mais je ne tiens pas à vosrichesses..* je ne vous les demande pas.

le comte. Pouviez-vous croire, monsieur,

Page 1