‹ Le diplomateChapitre 2 sur 50 · RODOLPHE · texte numérisé non relu

RODOLPHE

Ordonne de mes jours • ••

LA MARQUISE

Ah ! je voudrais, si j’étais reine,

T’ordonner de m’aimer toujours.

Rodolphe. Ne crains pas que nous soyons jamais séparés.

la marquise. Je vous avouerai que, dans ce moment, j'ai quelque espoir.

Rodolphe. Il serait vrai !... Dites-moi vite.

la marquise. Mais il est trop tard... Retournez au palais.

Rodolphe. On ne m'y attend pas... Il y a ce matin une partie de chasse dans ces environs... je dois y rejoindre le Grand-Duc... Ainsi, j'ai encore quelques instants ; c'est bien 1 le moins que nous parlions un peu de nos affaires, je ne viens que pour cela.

la marquise. Et c'est au moment de partir que vous y pensez !

Rodolphe. A qui la faute ?... Parlez vite.

la marquise. Vous vous rappelez qu’il y a quelques années, quand vous vîntes en France avec votre gouverneur.

Rodolphe. Oui, pour y faire mes études.

la marquise. Et que vous m’y faisiez la cour ; j’étais alors dame d’honneur de la plus aimable et de la meilleure des princesses... Je ne vous ferai pas son éloge... Il nous mènerait trop loin. D’ail-

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leurs, je ne vous apprendrais rien, vous la connaissez... Eh ! monsieur, c’est à elle seule que j’avais appris notre mariage... Depuis, et quoique éloignée 1 d’elle, j’ai continué à lui confier mes inquiétudes, mes craintes pour l’avenir... Jugez si j’avais raison de compter sur son amitié... dans ce moment elle agit en notre faveur.

Rodolphe. Il se pourrait !

la marquise. Elle m’écrivait, dans sa dernière lettre, que, d’ici à peu de jours, arrivera de la cour de France quelqu’un en qui nous pourrons avoir confiance, quelqu’un de fort habile, qui, sans aucune mission apparente, sera chargé, en secret, de pressentir le Grand-Duc2 sur notre mariage... et de l’amener, par tous les moyens possibles, à y donner son consentement.

Rodolphe. Ah ! c’est mon seul espoir î Et jamais protection ne sera arrivée plus à propos3... Si vous saviez dans quel embarras je me trouve !

la marquise. Qu’est-ce donc ?.. . Achevez, je vous en conjure... Mon cœur ne connaît... ni la défiance, ni la jalousie... Mais quel est ce portrait... qu’hier vous avez caché, à mon arrivée? Rodolphe. Quoi ! vous auriez vu ?

la marquise. Oui... et je n’osais vous en parler.

Rodolphe. Ni moi non plus; car ce portrait... ce ne serait rien encore... Mais si vous saviez... Apprenez qu’il y en a deux.

la marquise. Que dites-vous ?

Rodolphe. Silence... on vient...

la marquise. Ne craignez rien... C’est un de nos gens, c’est Herman qui nous est dévoué...

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