SCÈNE II
Les Précédents, HERMAN.
herman. Une lettre pour madame la marquise, et Ton attend la re'ponse.
Rodolphe. Qu’est-ce donc ?
la marquise, en la lui donnant . Voyez vousmême...
Rodolphe, lisant. “ Un ancien ami, qui arrive de France, demande à madame la marquise de Surville la permission de lui offrir ses respects. Il a des nouvelles à lui donner de Paris et des amis qu’elle y a laissés ; mais il n’ose se présenter ce matin à la campagne sans sa permission.” Signé : u Le chevalier de Chavigni.”
la marquise. Le chevalier de Chavigni !... Il est au service de la princesse, il vient de sa part... c’est celui que nous attendons. ( A Herman.) Qu’il vienne ce matin, sur-le-champ... le plus tôt qu’il pourra.
herman. Oui, madame...
Rodolphe. Herman, un instant.1
herman. Oui, mon prince.
Rodolphe. Ne vaudrait-il pas mieux lui donner rendez-vous au palais ? Car il faut absolument que je cause avec lui d’une affaire importante que vous ignorez.
la marquise. Au palais ? quelle idée !... Songez donc qu’il vient ici en secret s’entendre avec nous, avant de parler au Grand-Duc... Et vous, dont toutes les démarches sont observées ?
Rodolphe. Oui, vous avez raison... il serait imprudent... J’aviserai 2 à quelque autre moyen... Adieu, je vous laisse... Et maintenant quand pourrai-je vous revoir?
la marquise. Je l’ignore.
Rodolphe. Par quel moyen me le ferez-vous savoir ?
la marquise. Cela dépendra de vous.
Rodolphe. Comment cela ?
la marquise, baissant les yeux . Ces deux portraits dont nous parlions tout à l'heure... Rodolphe. Eh bien !
la marquise. Eh bien, vous pourrez venir... le jour où ils me seront remis.
Rodolphe, vivement . Vous les aurez aujourd'hui. la marquise. Vraiment! Adieu... adieu...
partez vite. Herman, suivez son Altesse, et voyez si rien ne s’oppose à son départ.
herman. Monseigneur sera obligé de sortir par la porte du parc, car de ce côté, au salon, il y a du monde.
la marquise. Déjà, et qui donc ?
herman. Un homme d'un certain âge, et sa fille... le comte Moréno.
Rodolphe. L’envoyé d'Espagne ?
la marquise. Quand donc est-il arrivé ? Rodolphe. Hier soir... Vous le connaissez? la marquise. Je l’ai reçu quelquefois à Paris.. •> Mais prenez garde qu’il ne vous voie... Il a tant d’habileté et de finesse, qu'il aurait bien vite deviné notre secret.
Rodolphe. Ne craignez rien... Herman, faitesle entrer... Moi, pendant ce temps, je traverserai le parc... Adieu, tout ce que j’aime.
la marquise. A ce soir...
Rodolphe. Et plus tôt, si je le puis.
(Il sort par la porte à droite .)