Meiieval, Swr le retour de Bonap», etc., p
apportait l'avis menaçant que lord Keith s'approchait de ce port avec vingt-deux vaisseaux. Le lendemain, les Anglais étaient signalés devant Saint-Tropez. Il était clair qu'ils voulaient, 5oit combattre à forces égales, soit refouler les Français sur Nelson pour les envelopper. En tous cas, il devenait imprudent de s'attarder à Vado. Bruix, gardant son sang-froid au milieu de ce croisement d'ordres et de nouvelles, consacra la journée du 7 et la nuit suivante h mettre à terre mille hommes avec un amas de munitions. Le 8, au matin, il fit appareiller. Il combinait dans sa tête une manœuvre hardie, qui devait lui faire rebrousser chemin en évitant l'ennemi. Il ne se confie à personne. Profitant du vent d'est qui chassait vers l'Espagne, et cal- -culant chacun de ses mouvements, il se couvre de voiles et serre de près la côte au milieu de la brume. Il coupe ainsi les eaux de l'escadre anglaise, sans être découvert. Pour effacer toute trace de son passage, il se dirige pendant la nuit, de manière à se trouver au jour à grande distance de Toulon, et se contente d'y expédier une corvette pour donner à ses deux vaisseaux réparés l'ordre secret de rejoindre. Sa marche
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était si rapide, que le 10 il dépassait Barcelone, fier à juste litre d'une manœuvre aussi habilement conçue qu'heureusement exécutée.
Il avait maintenant la liberté de faire sa jonction avec la flotte espagnole, dont il vénal l d'apprendre les dommages ainsi que la relâche à Carthagëne. Cette nouvelle opportune lui était parvenue au moment même où il quittait Vado.
Elle arrivait de Paris, et le commentaire qu'ajoutaient les Directeurs prouvait à quel degré ils s'abusaient sur la force des Anglais. On prétendait savoir à Paris que Jervis avait souffert de la tempête autant que Mazarredo; on recommandait à Bruix de ne plus s'occuper ni de cet allié ni de cet ennemi également désarmés, de quitter Gênes en toute hâte, de toucher Malle, ek d'accomplir sa mission en Egypte. « Songez, lui disait-on, que c'est à l'audace que la République a dû la plus grande partie de ses victoires. » Ce conseil, imité des déclamations de Danton, était singulier dans la circonstance. Sans s'y arrêter, l'amiral, persuadé qu'une conduite différente serait approuvée plus tard, tour, na ses vaisseaux vers Carthagëne et y fit annoncer son arrivée.
JUIN 1799. Ui
La cour d'Espagne, prévenue dans le même temps de la prochaine réunion des deux marines, s'étudiait de son mieux à ménager ses intérêts. Elle s'était convaincue que s'associer aux entreprises des Français sur la Méditerranée, c'était augmenter gratuitement le nombre de ses ennemis. En réalité, c'était aux Anglais seuls qu'elle voulait faire la guerre. Elle n'avait point rompu avec les autres Etats ligués contre la France, et par une inconséquence réciproque, ^ ou par Tespoir d'un changement de politique, ces Etats observaient à l'égard de l'Espagne les dehors de la neutralité. Comme gage de leur esprit pacifique, la Russie venait de faire des offres de rapprochement, et l'Autriche, plus cauteleuse avec plus d'arrogance, maintenait cependant son ambassadeur à Madrid. Mais on provoquait directement ces deux puissances, si l'on déployait sur les côtes italiennes le pavillon espagnol auprès du drapeau républicain. En s'étendant en Italie, la lutte rendait l'Espagne solidaire de nos défaites sur terre ; elle compromettait l'infant de Parme et son duché, qui était maintenant à la merci des coalisés. Voulait-on se borner à suivre les Français jusque dans le
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Levant? on obligeait la Porte à se déclarer, et par suite les Barbaresques, dont les corsaires seraient si redoutables. La Méditerranée semblait donc aux politiques de Madrid toute semée d'écueils, au milieu desquels ils ne voulaient point s'aventurer. Ils exceptaient, il est vrai, l'entreprise contre Minorquo, mais parce qu'ils, n'y trouvaient à combattre que l'Angleterre, et avaient à cœur de réparer une perte cruelle faite par la monarchie. Aussi le ministère avait rassemblé 5,000 hommes à Barcelone, pendant le printemps, et venait de les diriger sur Alicante, pour les rapprocher de sa flotte qui se réparait activement à Carthagène. Grâce à quelques ressources, arrachées à un trésor épuisé, on espérait que Mazarredo serait bientôt capable de protéger une descente : on se flattait même du concours de Bruix. Après cette opération, réclamée par l'opinion espagnole, M. de Urquijo aurait volontiers envoyé les deux escadres poursuivre leur campagne commune du côté de l'Irlande ou de la Batavie, dans des parages où les Anglais seraient les seuls ennemis à rencontrer. Cependant, pour engager Bruix à prendre part à Fattaque de Minorque,
il faisait une double concession; il autorisait Mazarredo, par réciprocité, à seconder le ravitaillement de Malte ; il consentait aussi à révoquer Tordre de rappel de la division de Rochefort et à la laisser conduire à Brest. Le roi écrivit dans ce sens au Directoire, et le chevalier de Azara fut chargé d'expliquer ces desseins, que depuis nos revers sa cour ne se mettait plus en peine de déguiser.
L'amiral Mazarredo était loin de partager la sécurité du roi et de son ministre sur un débarquement àMinorque. L'œil fixé vers les escadres anglaises, il savait que deux divisions, l'une de cinq, l'autre de douze vaisseaux, arrivées de rOcéan, avaient fait voile au nord; il était instruit de la présence de lord Keith avec vingtdeux vaisseaux sur la côte de Provence. Si, depuis quelques jours, il avait perdu de vue ces ennemis, il ne doutait point qu'ils ne demeurassent tous à portée de secourir Mahon. C'était donc trente-neuf bâtiments de ligne qui pouvaient en défendre l'accès. En tenant compte de la division plus éloignée de Nelson, on devait s'avouer que les Anglais avaient maintenant soixante vaisseaux à opposer aux quarante des
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amiraux français et espagnol. Et même dans co nombre, on omettait la flotte combinée des Russes et des Turcs, qui, maîtresse de Corfou, commençait à bloquer Ancône. Inquiet de son infériorité, Mazarredo était d'avis de renoncej* à toute opération sur la Méditerranée, sans excepter celle de Minorque ; par des raisons de prudence militaire, il confirmait donc, en la développant jusqu'au bout, Tabstention politique de sa cour. Selon ce qu'il écrivait à Madrid, il fallait retourner à Cadix et attendre là des renforts qui élevassent les deux marines au niveau de celle des Anglais. A tout le moins, il était nécessaire d'abandonner au plus tôt la Méditerranée, où l'on ne pourrait se mouvoir sans péril, où l'on manquait en ce moment d'un port sûr pour s'abriter; car la rade de Carlhagène, resserrée et incommode, exposait les flottes à un blocus très difficile à forcer.
Ces raisonnements, peut-être sincères, furent répétés à Bruix, lorsqu'il entra le 22 juin dans Carthagène. L'amiral français les écouta sans d'abord essayer de les contredire. Il convint que le séjour au port ne pouvait sans danger se prolonger, au delà des huit jours, encore nécessaires
pour achever de remettre à flot les vaisseaux espagnols. Il feignit même d'admettre que les deux flottes devraient par précaution, regagner rOcéan. Au. fond, il se sentait obligé de négocier avec Mazarredo. Si jamais il avait pu s'imaginer que le Directoire obtiendrait pour lui la direction suprême des deux marines, il devait voir par l'accueil aff'able mais assuré de M^izarredo, qu'il traitait avec un égal, qu'on pouvait persuader et non commander. D'un coup d'œil Bruix sut apprécier cette situation délicate. Se séparer des Espagnols, c'était risquer d'être accablé; mais sortir de la Méditerranée sans avoir fait un effort pour remplir sa mission, c'était faillir au premier de ses devoirs : d'autant que sa flotte avait alors la plus belle tenue qu'on pût espérer dans un temps de décadence maritime. Les équipages et les soldats, bien pourvus, pleins de la confiance que donnent l'obéissance et la bonne santé, commençaient à se former après deux mois de navigation; sauf la solidité éprouvée des Anglais, ils étaient maintenant en état d'affronter les chances d'une bataille navale. Une nouvelle lettre que Bruix reçut de Paris le 23 juin, affermit encore sa vo-
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lonlé de persévérer jusqu'à la fin dans Taccom pliss(îmont de ses instructions. Les Directeurs ignorant du reste sa dernière manœuvre, re venaient avec insistance sur la nécessité de ravi tailler Malte et d'aborder en Egypte. Aussilù Bruix se rend auprès de Mazarredo. Rieu n prouvait, disait-il, que les dix-sept vaisseau anglais venus dernièrement de FOcéan eusseï déjà rallié Keith ou Nelson. Il fallait s'avanci il Test, en s'éclairant de tous côtés par des frt gâtes. Si Tennemi était réellement concentré, ne restait, en effet, qu'à se retourner vei l'Océan : mais s'il était encore séparé en ph sieurs divisions, il fallait poursuivre Tun t l'autre de ces détachements pour Técraser. Li victoire partielle rétablirait l'égalité des fore et piu'mcttrait de tenter les opérations de M norque et de Malte. Bruix s'arrêtait là, se U saut à dessein sur l'Egypte, parce que Mazarre( l'avait déjà entretenu, en termes généraux, t la répugnance préconçue qu'aurait sa coi contre toute entreprise dans le Levant. Ma s'il gardait aujourd'hui le silence, il se prome tait bien, après un succès, d'entraîner son ail à Alexandrie, et au besoin de s'y rendre sei
Ges propositions, quoique chaudement soutenues, ne; parurent point du goût de l'amiral espagnol, qui s'obstina à redire qu'une campagne sur la Méditerranée ruinerait les deux pays. Au sortir de cet entretien inutile, Bruix, sans se rebuter, manda à Guillemardet de rappeler au roi ses engagements avec la France, et d'obtenir que Mazarredo exécutât bon gré, mal gré le plan proposé. Le moment parut même venu de faire parvenir un avertissement à Bonaparte. Bruix trouva un grec, et lui promit 800 louis pour remettre en Egypte un billet de sa main. Dans cette lettre, il mandait ses démarches auprès de Tamiral et du gouvernement espagnol. « Je ne perdrai pas un instant, ajoutait-il,pour me porter sur Alexandrie immédiatement après le combat. Faites donc vos dispositions pour retenir le moins de temps possible la flotte sur les côtes d'Egypte. Vous devez compter, général, sur tous les eff*orts dont je suis capable pour renverser tous les obstacles, et me rendre aussi promptement que je le pourrai auprès de vous. Néanmoins il m'est impossible de vous préciser l'époque de mon arrivée. Et, comme il n'y a rien de moins certain que le
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résultat d'un combat naval, ni même que je réussisse à attaquer l'ennemi avant sa réunion complète, je dois vous engager, citoyen général, à ne prendre les dernières mesures pour rembarquement de votre armée, que lorsque vous serez prévenu, par des frégates que je détacherai sitôt après l'événement, de l'arrivée prochaine de l'armée navale... * »
La lettre se perdit, et le projet de Bruix fut désapprouvé à Madrid. L'adresse de Mazarredo réussit à le faire avorter. Ce gentilhomme était né avec un esprit délié, qui se pliait aisément aux intrigues sans y perdre de sa dignité. Fidèle à sa parole, mais trop fin pour l'engager mal à propos; homme d'honneur, mais à la façon des politiques, il avait l'art de suivre l'intérêt de son pays sans paraître manquer à la France.
Son expérience sur mer, la sagacité de ses avis, et jusqu'à sa bonne mine lui avaient donné à la cour un crédit mérité. Lorsque Guillemardet se fit auprès du ministre Urquijo l'avocat du plan de Bruix, on lui montra des lettres de Mazarredo dont les raisons spécieuses et les réticences
1. Meneval, p. 7. La date de cette lettre, que M. de Meneval fixe au 11 juin, doit être certainement reportée ap 24.
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apprêtées le remplirent d'incertitude. La pénétration faisait défaut à Guillemardet, qui par bien d'autres côtés ne se montrait guère propre à faire un diplomate. Il se laissa persuader que Bruix demandait avant tout à ne point aller à Minorque, et il s'imagina avoir assez obtenu quand M. de Urquijo déclara qu'il renonçait à cette entreprise mal vue du Directoire, et qu'il commandait à la flotte espagnole de rentrer surle-champ dans l'Océan.
Mazarredo reçut, le 28 juin, ces instructions, si conformes à ses désirs. L'amiral français, pourtant, ne fut pas pris au dépourvu, et dans cette lutte de souplesse, prouva qu'il avait autant de ressources d'esprit, avec plus de ténacité. Pressant son interlocuteur : «Avouons, lui disait-il, qu'en vous permettant de sortir de Cadix, le dessein du roi était de reprendre Mahon, comme celui du Directoire en m'envoyant ici, était de porter des secours à Malte. Pourquoi renoncer à cette double mission? Si vous trouvez dangereux de rester sur cette mer, même avec la chance d'envelopper des divisions isolées de l'ennemi, quittons la Méditerranée; mais que cette retraite devienne une
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feinte pour dérouter les Anglais. » Et Bruix expliquait son nouveau projet, qui ne manquait ni d'invention ni de hardiesse. Il s'agissait de semer partout le bruit que les flottes alliées se rendaient à Brest, et d'aller croiser au large dans rOcéan, sous quelque latitude écartée où Ton ne rencontre aucun navire. Lorsque les Anglais, courant à leur poursuite dans une fausse direction, se seraient éloignés vers la Bretagne ou Tlrlande, les deux amiraux devaient reparaître soudainement dans la Méditerranée, et, libres d'agir pendant plusieurs semaines, achever les entreprises qui leur étaient ordonnées. Ce langage insinuant ne put vaincre la froideur calculée de Mazarredo, qui renouvela ses objections, et, comme de guerre lasse, finit par offrir de reprendre des ordres à Madrid. Cependant, puisque ses vaisseaux étaient réparés, et que chaque heure inutile passée à Carthagène exposait au blocus des Anglais, il conseillait d'appareiller dès le lendemain, pour aller attendre à Cadix la réponse demandée à sa cour. L'adroit Espagnol annonçait en même temps la nouvelle du jour, le coup d'Etat qui venait à Paris de bouleverser la composition du Directoire.
Treilhard, Merlin et Révellière - Lépeaux avaient été contraints de céder la place *. Harcelés par des discussions sur les finances, ce moyen d'attaque familier à toutes les assemblées; rendus responsables de dilapidations qui épuisaient nos armées ou les avilissaient; convaincus d'attenter chaque jour à la liberté et à la fortune des citoyens, ils avaient été sommés de rendre compte de tant de maux accumulés sur la France. Ils étaient trop affaiblis pour mutiler de nouveau le Corps législatif; ils tombaient sous ses coups, sans qu'il se fût élevé dans le public une seule voix pour les plaindre ou les défendre.
On devait croire que la journée du 30 prairial mitigerait la politique française ; que, pour les affaires du dehors comme pour l'intérieur, les nouveaux Directeurs chercheraient à sortir des errements tracés. Qu'allaient devenir les projets sur la Méditerranée, sur Malte et l'Egypte?
Cette secrète incertitude, inspirée à propos par Mazarredo, acheva d'entraîner le consentement
1. Dépêche de Sandoz-Rollin, du 21 juin (Bailleu, n" 263); — Dépêches de Brinkman, des 21 et 27 juin (Lcouzon-Leduc, Corresp. de Staël et Brinkman, p. 282 et s.).
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de Bruix. Le 29 juin, les deux escadres levèrent donc Tancre, et le 10 juillet, elles mouillèrent à C.adix avec l'imposant appareil de quarantequatre vaisseaux naviguant de conserve.
Sur leur route, elles n'avaient recueilli aucun indice de Tennemi. Depuis quelque temps, Anglais et Français étaient mal renseignés sur leurs mouvements mutuels. Lord Keith, ne soupçonnant point la manœuvre qui, de Vado, avait conduit l'amiral Bruix en deux jours à Barcelone, inquiet d'autre part sur le rassemblement des troupes espagnoles préparées contre Mahon, avait longtemps croisé entre la Corse et les Baléares. Le 18 juin, il eut la bonne fortune de capturer la division du contre amiral Perrée, qui revenait de Syrie. Puis il reparut devant Toulon, et, de plus en plus persuadé que Minorquc allait être attaquée, il adressa le 27, à Nelson Tordre de détacher tous ses bâtiments disponibles pour seconder la défense de Tlle. Nelson n'avait pas obéi. Ce génie bizarre et intempérant, dominé par son courage le jour de la bataille, et le lendemain par les lâches passions de la cour napolitaine, avait de sa propre autorité disposé de toutes ses forces. Fatigué
JUILLET 1709. lî»
d'attendre la flotte française pour se jeter sur elle au passage, il était sorti de Palerme le 24 juin, et mettait tous ses emportements au service de la reine de Naples. Il s'était donné pour tâche de reconquérir les places fortes du royaume; et il poursuivait son œuvre, au mépris du droit des gens et sans respect pour la volonté de son chef, comme s'il comptait par l'éclat de ses succès se faire pardonner cette inconcevable témérité ^ Ainsi laissé à lui-même pendant deux semaines, lord Keith aurait couru les plus sérieux dangers, si les Français avaient obtenu des Espagnols d'aller à sa rencontre. Il ne rallia que le 7 juillet les douze vaisseaux arrivés d'Angleterre. Le 9, il vint relâcher à Mahon et s'y arrêta seulement deux jours, la rumeur commençant à se répandre que la flotte alliée voulait rentrer dans l'Océan et attaquer l'Irlande. De nouveau, il écrivit à Nelson pour lui confier la garde de Minorque, et lui répéter un ordre qui devait être suivi d'une seconde désobéissance. Il apprit au cap de Gâte que les alliés venaient de franchir le détroit, et