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Bonaparte, qui menace ruine do tous côtés, s'écroule aujourd'hui, et Tévacuation de TÉgypte par la France serait un malheur d'autant plus grand que nous verrions, de nos jours, cette belle province en d'autres mains européennes. » Mais, si Kleber n'avait reçu de la République aucun secours, s'il voyait son armée décimée par la peste, s'il apprenait de nouveaux revers de la patrie, « je pense, ajoutait Bonaparte, que dans ce cas, vous ne devez point vous hasarder à soutenir la campagne prochaine, et que vous êtes autorisé à conclure la paix avec la Porte ottomane, quand bien même l'évacuation de l'Egypte devrait en être la condition principale. Il faudrait simplement éloigner l'exécution de cette condition, si cela était possible, jusqu'à la paix générale. »> Ainsi, lorsqu'il écrivait au grand vizir, Bonaparte se proposait seulement de tenir une négociation ouverte avec les Turcs, pour attendre la suite des événements. Il persévérait à croire que TEgypte ne devait être abandonnée que le jour où il serait impossible de la conserver, se promettant d'employer à Paris tout son crédit, pour faire envoyer à l'armée d'Orient les renforts et
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is munitions qui pouvaient la rendre inexpunable dans sa conquête, et ^supérieure aux atrigues d'une négociation.
L'arrivée de Bonaparte a Paris avait fait sureoir à toute expédition de lettres pour la Turquie et l'Egypte. Il devenait cependant irgent d'arrêter une réponse aux propositions e paix transmises par M. de Bouiigny. Reinard demanda donc do nouveaux ordres aux •irecteurs. Dans son rapport, trois systèmes ifférents étaient passés en revue. D'abord on 3uvait décider do renforcer l'armée, pour se laintenir en Egypte et garder définitivement jtte colonie; mais on retombait dans l'objection rdinaire : point d'hommes, point d'argent, 3int de vaisseaux capables de s'ouvrir un pasige. Il était possible, en second lieu, d'évacuer fes à présent la vallée du Nil ; mais on savait ar Bonaparte que l'armée, bien qu'aflaiblie, ouvait pendant longtemps défier toutes les ttaques. Restait une troisième solution : c'était e promettre aux Turcs la restitution de l'Egypte >rs de la paix- générale, et de la conserver iisque-là comme moyen de compensation vis-
-vis l'Angleterre. Reinhard penchait vers ce
dernier sens, et semblait croire qu'il n'était pas possible d'obtenir mieux. C'est pourquoi il proposait d'envoyer en Égjrpte un plénipotentiaire, afin d'y nouer la négociation avec les Turcs, et il désignait Descorches, qu'on pourrait par cette mission consoler d'avoir autrefois manqué son ambassade. Quant à M. de Bouligny, s'il n'était pas encore expulsé de ConstantinopleS il suffirait de l'informer amicalement de la tournure nouvelle que prenaient les affaires.
Avant de rien décider, les Directeurs voulurent consulter Bonaparte : il n'était déjà plus loisible de se dispenser de connaître son opinion, ni même de la suivre. Le général déclara nettement qu'il fallait rester sur le terrain diplomatique, limité et choisi par sa lettre au grand vizir et les instructions de Kleber. Il ne pouvait admettre que le premier des systèmes exposés par Reinhard dût être abandonné. Il était nécessaire, au contraire, de mettre tout en œuvre pour secourir les braves qu'il avait laissés en Egypte et y consolider notre établissement. Il fallait envoyer des renforts de France ; il fal-
i. L'expulsion de M. de Bouligny, ordonnée par le Divan le 29 septembre, ne fut connue à Paris que le 14 novembre.
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lait en exiger de l'Espagne. C'était rintérêt du pays, et pour lui-même une obligation d'honneur. Du reste il appuya la mission de Descorches, qui fut approuvée par arrêté du 5 novembre*. Une dépêche devait avertir Kleber du départ de cet agent, et de l'envoi des secours que Ton allait tenter de faire parvenir en Egypte.
Cette lettre partit en effet quelques jours plus tard. Mais alors le Directoire avait disparu, et la révolution du 18 brumaire avait changé le régime de la République. C'était désormais à Bonaparte tout-puissant, qu'il appartenait de décider du sort de l'Egypte et de veiller sur ses vieux compagnons d'armes. Il allait consacrer à cette tâche toute la persévérance, toutes les ressources de son génie. Si tant de moyens essayés se trouvèrent inutiles, si les mouvements de nos flottes et l'occupation des ports napolitains ne purent sauver l'Egypte, c'est
1. Descorches reçut le 7 décembre ses instructions, quitta Paris vers le 10 et se rendit à Toulon. Après une longue attente, il s'embarqua le 20 mars 1800 sur la frégate l'Égyptienne; mais, retenu par le vent au mouillage d'Hyères, il y apprit le 6 avril la convention d'El-Arish, et rentra le 9 au port. Il trouva à Toulon l'ordre de revenir à Paris ; quelques mois plus tard, il obtint la préfecture de la Drôme.
que, pour conserver ce pays, il fallait être maître de la mer, et la marine était peut-être la seule force en France que le Consulat ne pouvait ressusciter à temps.