‹ Le Directoire et l'expédition d'Égypte: étude sur les tentatives du Directoire pour communiquerChapitre 68 sur 98 · BAPPOBT DU MINISTRE DR LA MARINE · texte numérisé non relu

BAPPOBT DU MINISTRE DR LA MARINE

Affaires politiques de la Bép. française dans VInde,

Paris, 2* complémentaire an VI [18 septembre 1793].

On voit dans les dépêches parvenues deTîle de France et apportées par le cit. Séguin, adjudant de place, que Tipou-Sultan a envoyé des ambassadeurs dans cette colonie, pour faire de nouveau des propositions d'alliance offensive et défensive avec la République française contre les Anglais'.

En expédiant ces ambassadeurs pour Tlle de France,

Barras désire de vous envoyer un de ses cousins, dont il croit les lumières et les talents utiles pour faire réussir l'entreprise : si vous pensez pouvoir remployer, il pourra partir aussitôt » (Talleyrand à Bonaparte; Paris, 8 octobre 1797). — Sur les intrigues qui ont précédé la prise de Malte, on a publié récemment les mémoires de Doublet ; il serait curieux de les comparer avec un récit adressé par celui-ci au Directoire, en lévrier 1799 (Affaires étrangères, Malte, vol. 24).

1. La minute porte les signatures de Rewbell, Barras, Merlin, et Fr. de Neufchâteau. Les phrases relatives aux Russes et aux Anglais ont été ajoutées sur la minute par Talleyrand; d'où il résulte que c'était l'Autriche que le Directoire voulait tout d'abord devancer à Malte.

2. La lettre de Tippoo-Saïb était ainsi conçue : « Sio-Gangamme, 8 octobre 1797. — - Citoyen Sercey, salut et amidé. Je

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ce prince a arboré le pavillon tricolore, et Ta salué de 2000 coups de canon et d'un nombre de salves de mousqueterie. Par ces marques éclatantes de distinction el d'honneur rendues à notre pavillon, il a voulu montrer combien il est attaché à la République française.

Ces propositions portent en substance :

Article premier. — Le sultan Bassader Tipou fera la guerre de concert avec la République française contre les Anglais, jusqu'à ce qu'il n'en reste pas un seul dans rinde."

Art. 2. — Il fournira aux troupes françaises des vivres et tous leurs besoins, du moment où elles auront fait leur apparition dans l'Inde, excepté du vin et des liqueurs spiritueuses, qu'il n'a pas à sa disposition.

Art. 3. — Il leur fournira des bœufs pour les charrois, des chameaux, des palanquins pour les blessés, et des chevaux pour les cavaliers.

Art. 4. — Pour 3000 hommes de cavalerie et 3000 hommes d'infanterie, il faudra 200 canons et les canonniers, les ustensiles et munitions nécessaires.

Art. 0. — 11 fournira de son côté une armée de troupes noires bien aguerries, etc.

Art. 6. — Attendu que les généraux français, quoique expérimentés dans les guerres d'Europe, ne connaissent

renvoie le citoyen Ripeaud que j'avais retenu, avec Mire Siphealis ambassadeur, pour parler de mes affaires. Vous pour rez avoir foi en ce qu'ils vous diront : c'est de ma part. Il est urgent que vous m'envoyiez promptement la réponse de l'alliance que je vous propose : vos intérêts et les miens le demandent. S'il y a eu retard dans mon expédition, c'est la mousson qui en est cause. » Cette lettre fut apportée le 18 janvier 1798, à l'ile de France, par Ripeaud, commandant le corsaire V Apollon. A cette occasion, le gouverneur Malartic et le contre-amiral Sercey décidèrent d'envoyer les frégates la Vertu et la Régénérée t qui partirent le 21 janvier et abordèrent à Rochefort le 5 septembre.

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pas aussi bien que lui la mauièFjlP^e la faire dans llnde, il demande que le tout soit à* ses ordres et que rien ne se fasse que sous sa direction.

Art. 7. — Les forces combinées feront la guerre jusqu'à ce que toutes les côtes maritimes soient en la possession de la France, et les pays intérieurs à Tipou.

Art. 8. — Les prises faites sur l'ennemi, en tout genre, seront partagées également entre Tipou-Sultan et la République française.

Art. 9. — Si la République française faisait la paix avec les Anglais, Tipou-Sultan devra y intervenir et être compris dans les conditions du traité.

Art. 10 et dernier. — Si ces conditions conviennent, la République dépêchera un aviso à Tipou-Sultan pour l'avertir, afin qu'il fasse ses dispositions ^

Telles sont les mesures renfermées dans le traité d'alliance offensive et défensive proposé par Tipou-Sultan.

On croit devoir observer que c'est pour la troisième fois, que ce prince cherche à établir des liaisons politiques avec la République française.

Au mois de vendémiaire an III [octobre 1794], le cit. Lescallier, commissaire civil, étant alors dans l'Inde, avait fait connaître des propositions absolument semblables, de la part de ce prince. Au mois de germinal an IV [avril i796] les mêmes propositions ont été renouvelées; elles ont été mises, dans le temps, sous les yeux du Directoire exécutif. Enfin, dans un rapport fait au mois de vendémiaire an VI [octobre 1797] sur le même objet, on observait que l'apparition des Français

1. Malartic, ne pouvant affaiblir les deux régiments casernes dans l'ile, afficha le 29 janvier une proclamation, pour annoncer les propositions de Tippoo-Saib et faire appel aux volontaires (Cf. Testa, t. I, p. 520). On réunit une centaine d'hommes, qui partirent le 5 mars pour l'Inde sur la frégate la Preneuse.

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dans rinde eu^^ijpittit plusieurs partis français, répandus chez les princes de Tlndoustan, à se réunir; qu'il n'y avait rien de mieux à faire que de suivre le plan de campagne tracé par Tipou-Sultan ; que la réussite en paraissait certaine en lui laissant la direction supérieure et lui donnant, pour le seconder dans le commandement des forces européennes de terre et de mer, de bons généraux de Tun et l'autre service, et des chefs également bien choisis pour rartillerie et le génie. On conseillait aussi de faire en Europe des dispositions, qui eussent mis à nos ordres les forces et les divers moyens que TEspagne et la République batave ont dans Tlnde.

Ces réflexions s'appliquent parfaitement aux propositions actuelles de Tipou-Sultan. Ce prince ayant toujours eu pour but unique de détruire la puissance des Anglais dans rinde, il est de l'intérêt de la République française (ie le seconder dans ses desseins, et le courage qui a toujours distingué les républicains français est d'un bon augure pour le succès de nos entreprises, dans des contrées où le nom français est chéri autant que le nom anglais est eu horreur.

J'observerai au Directoire que la correspondance annonce de plus que la position des Anglais dans l'Inde est très précaire.

Les préparatifs de Tipou-Sultan leur donnent beaucoup d'inquiétude. Dans le Bengale, un prince du nord, à la tête de 300,000 hommes commandés, dit-on, par un Français, les inquiète beaucoup. Le souba du Decan se lasse d'être sous leur dépendance. 11 y a, au service de ce mAnie prince, un Français nommé Raymond qui commande un parti d'environ ^ 0,000 hommes, et qui a témoigné dans le temps aux commissaires civils son dévouement, et le désir le plus vif de trouver une occasion d'être utile à sa patrie dans le poste qu'il occupe. A Ceylan, ils sont à la veille d'avoir la guerre avec le

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roi de Candie; les forts ^I^^'il^^^AMlP^ sont sans défense; peu de forces suffiraient pouirTC^rendre Trinquemale. Sur la côte de Malabar enfin, ils ont la guerre avec le raja de Caliacàte, qui leur a détruit 7 à 8,000 hommes.

(Arch. Colonies, Ife de Francti.)

3. INSTRUCTIONS POUR LOUIS MONNKRON (approuyebs par lb directoire)

Paris, 5 brumaire an VII [26 octobre 1798].

« Les forces navales de Tîle de France sont aujourd'hui réduites à 3 frégates et quelques petits bâtiments*. Un certain nombre de corsaires avaient été armés dans cette colonie au commencement de la guerre et avaient obtenu des succès; mais il paraît que la course s*est ralentie faute de marins, de vivres et d'argent. Cette situation, précaire relativement à celle des Anglais dans l'Inde, ne permet pas de se livrer à de grandes entreprises : mais on peut encore inquiéter le commerce ennemi par des croisières multipliées, et c'est à ce seul but qu'on doit s'efforcer d'atteindre.

Il sera nécessaire que le cit. Louis Monneron, aussitôt après son arrivée à l'île de France, envoie un ou

1. Au commencement de 1799, deux des frégates, la Prudente et la Forte furent prises par les Anglais. L'autre frégate, la Preneuse et la corvette le Brûle-gueule, après une campagne dans les mers de Chine, réussirent à regagner l'ile de France, le 22 mai 1799. Aucun de ces bâtiments ne tenta de pénétrer dans la mer Rouge. La croisière anglaise aurait d'ailleurs empêché toute communication avec Coseir ou Suez.

plusieurs bâtiments ftgers dans la mer Rouge pour connaître ]a situation du général Bonaparte, et établir des communications avec lui*. Cet objet exige des détails particuliers, et le ministre de la marine et des colonies lui remettra un mémoire dans lequelles mesures qu'il devra prendre à cet égard lui seront indiquées.

Le cit. Louis Monneron devra chercher à se procurer des renseignements sur la position des princes de rinde, particulièrement sur celle de Tippoo-Sultan, et à entretenir nos anciennes relations avec le nabab. Il lui donnera l'assurance que le Directoire exécutif compte sur lui, lorsqu'il sera possible d'agir efficacement contre les Anglais, et qu'il sera prévenu à temps des mesures qui seront prises, pour qu'il dispose tous ses préparatifs. S'il a les moyens de rendre quelques services à Tippoo-Sultan, ou de faire quelque chose qui lui soit agréable, il ne négligera pas d'en saisir l'occasion*... »

(Arch. nat., et Arch. colonies.)

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