‹ Le Directoire et l'expédition d'Égypte: étude sur les tentatives du Directoire pour communiquerChapitre 83 sur 98 · RAPPORT DE REINHARD AU DIRECTOIRE · texte numérisé non relu

RAPPORT DE REINHARD AU DIRECTOIRE

Paris, 12 vendémiaire an VIII [4 octobre 1799].

Je me suis empressé de faire sentir à l'ambassadeur Espagne que, la négociation que nous allions ouvrir ec la Porte ottomane allant devenir inutile par la pro-

i. On voit par une « feuille de travail », que cette dépêche a é communiquée au Directoire le 4 octobre.

position mise en avant par la Porte elle-même, il snffîrait d'envoyer à Constantiuople un courrier espagnol, an lien d'agents.

M. de Musquiz s'est montré disposé à faire tout ce que le Directoire exécutif pourrait désirer. Mais il se présente iiîi; difficulté. Le gouvernement autrichien ne permet pas aux courriers espagnols allant à Gonstantinople, le passage sur son territoire. La dernière lettre de M. de- Bouligny n'est parvenue que par la poste ordinaire.

Cette voie serait impraticable, attendu que les instructions à donner à M. de Bouligny, devant être communiquées au ministère ottoman, ne sauraient êtretransmises en chiffres; ce qui lui ôterait les moyens d'en constater l'authenticité. Se bornera-t-on à renvoyer unsimple courrier à l'ambassadeur d'Espagne à Vienne ? Chargera-t-on celui-ci de trouver les moyens de faire franchir le territoire autrichien, aux dépêches qui lui seront confiées ? Mais cet ambassadeur aura' besoin de savoir beaucoup de choses, qu'on ne peut dire dans une dépêche; il aura peut-être besoin de se concerter avec l'ambassadeur turc à Vienne; peut-être le concours de l'ambassadeur turc à Paris sera-t-il nécessaire.

En prenant une autre voie que celle de terre, on s'exposerait aux hasards, aux lenteurs, aux dangers de la navigation. La voie de Venise aurait les mêmes inconvénients, et quelques-uns de plus.

Après une mûre réflexion, je persiste à penser que la voie de Vienne est la seule qu'il convienne de prendre; qu'à cet effet, un simple courrier ne suffit point, et qu'oie ne saurait envoyer un Français. ^

Quant à M. Bardaxi, je puis le peindre au Directoire exécutif tel que je l'ai connu à Florence : jeune homme ayant de l'esprit, aimant le plaisir, attaché aux principes monarchiques sans fanatisme, s'occupant de politique juste autant qu'il le faut pour sa placé, n'ayant d'autre

système que celai de son oncle, qui passait alors pour être attaché à celui de Talliance française.

La disgrâce dans laquelle M. d'Azara est tombé auprès de M. d'Urquijo, et dont le choix qu'on a fait de Bardaxi est une conséquence, doit nécessairement le porter à bien mériter du gouvernement français.

Je pense donc qu'on pourrait, à la rigueur, confier cette mission à M. Bardaxi, à moins qu'on ne voulût écarter entièrement M. d'Azara d'une négociation à laquelle il parait avoir coopéré beaucoup.

La négociation elle-même est de la plus haute importance, et comrfle il n'y a point de moyens pour parvenir à ce but qui ne soient hérissés d'inconvénients,il ne faut pas cependant que ces inconvénients fassent manquer le but.

Si, d'un côté, des trahisons sont à craindre dans une affaire, qui ne peut être conclue sans le concours des coalisés; de l'autre, par ce concours même, Bonaparte, chargé de conduire la négociation lui-même, trouvera une plus grande latitude pour déployer son génie; il pourra semer, dans le terrain qu'il aura à cultiver, les germes d'une pacification générale.

Enfin, si le Directoire exécutif se décide à préférer^ pour la transmission de ses ordres à Constantinople, la voie de Vienne, il y aurait peut-être un moyen de mettre en défaut la surveillance ombrageuse du cabinet de Vienne et des ministres de la coalition : ce serait de profiter de la dernière victoire remportée en Suisse, et des bruits que la cour de Vienne semble faire répandre à dessein sur ses dispositions pacifiques, pour faire demander par l'ambassadeur d'Espagne à Paris, à, son collègue à Vienne, des éclaircissements sur les intentions réelles du gouvernement autrichien. Cette démarche, faite en l'air, couvrirait le véritable objet de l'envoi soit d'un courrier, soit d'un agent; elle produirait en même temps le bon effet d'inquiéter les autres puissances.

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Je propose au Directoire exécutif de m'autoriser à me concerter avec M. de Musquiz sur le choix, soit d'un coarrier, soit d'un agent espagnol, pour faire passer ses instructions à Constantinople par la voie de Vienne.

(Ârch. nat., et Aff. étr., Espagne, vol. 657.)

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