LA PERSÉCUTION FRUCTIDORIE.WE
maire an II, .qui a conféré ce droit aux districls seuls, jusqu'au 2S germinal an III, le sont définitivement. Ceux qui ont été proscrits par les districts seuls, soit avant la loi du lA frimaire, soit après celle du -2H germinal, qui a rendu aux départements la plénitude de leurs attributions, ont droit d'en appeler aux administrations centrales, qui statueront définitivement.
Toutes ces mesures ont pour but d'expulser les prêtres; mais, une fois expulsés, s'ils veulent rentrer en France pour exercer leur ministère, d'après la loi du 25 brumaire an III, sur les émigrés, ils seront mis à mort, après constatation de leur identité.
Le prêtre qui a rétracté le serment de vendémiaire ne peut être admis à la nouvelle déclaration « c'est à V administration et non aux tribunaux à instruire et à juger ce délit politique. » Ainsi les prêtres assermentés seront, sous le prétexte d'avoir commis le délit politique de rétractation, livrés sans garantie aucune à l'arbitraire administratif et policier (1). Ce sont de véritables suspects 1 toujours les prêtres même jureurs sont en dehors du droit commun. Des menaces sont adressées aux administrateurs insouciants.
Dans une autre circulaire du :2o nivùse, le ministre insiste encore sur l'inadmissibilité des insermentés au nouveau serment de fructidor; et quand bien même ils l'auraient prêté, ils n'en doivent pas moins être proscrits. Pour prêter serment à la constitution de 1795, il faut donc l'avoir prêté à celle de 1791 dont il est défendu de demander le rétablissement sous peine de mort! Leministre rappelle quelesfrères convers, lais, quin'ont
(J) Ainsi le 4 frimaire le ministre de la police écrit à l'adminisUation de Lot-et-Garonne que la reclierclie des rélraclalions ne regarde pas les trihunaiix. mais que celte en<|uéle doit êlre faite par les administrations; l'administration centrale statue déûnitivcment. (Arcli. AK. 7. 7."iM).) Et, le 8 nivùse, il écrit encore à la même administration : « Tout prêtre qui. après avoir i)rèti; les divers serments, a rétracte lun d'eux, est nécessairement compris dans la loi. et doit être déporté s'il n'est sexagénaire ou inlirme. • Il déclare ensuite qu'il ne faut tenir aucun compte du fameux avis du comité de législation. Certains prêtres de ce département s'étaient rétractés, en invoquant cet avis, et déclarant qu'ils maintenaient le serment, non condamné, de liberté, égalité. Le ministre répond que cette réserve est nulle, et que ces ecclésiastiques sont des rétractes, et par conséquent dcportables. (Archives. F, VU, 73VJ.)
pas prêté le serment de liberté égalité, doivent être déportés.
Le ministre de la police ne cessait, dans sa correspondance, de stimuler le zèle des autorités pour la persécution. On voit qu'immédiatement après le IS fructidor, elles eurent une triple tâche à remplir à l'égard du clergé :
D'abord, elles durent faire prêter le serment de haine, d'après les principes posés par le ministre; en second lieu, ces autorités furent chargées de surveiller étroitement les prêtres infirmes ou sexagénaires. Enfin elles durent donner la chasse aux insermentés, tout en espionnant les jureurs.
Presque en même temps le ministre de la police, pour stimuler le zèle des administrations, publiait une note dans laquelle il annonçait que, jusqu'alors, le département des Vosges seul s'était conformé à la circulaire du 17 vendémiaire , en envoyant la liste des prêtres turbulents : « Aussi, d'après les mesures prises (50 déportations!) ce département jouit-il depuis, de la tranquillité la plus parfaite ». Les autres sont invités à agir de même pour « le repos et le bonheur » de leurs administrés. Ainsi qu'aux plus mauvais jours de la Terreur, la persécution est une panacée universelle!
11 n'avait pas prescrit d'emprisonner les prêtres sexagénaires, ou infirmes laissés en surveillance, par raison d'économie. On devait seulement les surveiller de très près. Mais cesvieillards pouvaient tromper l'espionnage des autorités, parler religion, quelquefois même confesser furtivement : aussi beaucoup de révolutionnaires réclamaient avec rage leur emprisonnement comme sous la Terreur. Le ministre répondait que leur mise en surveillance avait l'avantage « à' économiser les finances de la république. » Mais les autorités les emprisonnaient sur le moindre soupçon de parler religion, et le ministre les approuvait ; on ne laissait les vieux prêtres en surveillance qu' « à raison de la pénurie du trésor public. » Aussi le H nivôse l'administration de Saône-et-Loire envoyait en prison des ecclésiastiques en surveillance, coupables d'exercer leur ministère, et le ministre de la police lui répondit le 22 qu'elle avait fort bien fait {\).
(1) Comme la seule présence des prêtres en surveillance soutenait la foi tles populations, cette administration pour en finir, les envoya tous en prison
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Une fois seulement certains députés convaincus que les rigueurs de la loi de fructidor ne serviraient qu'à troubler inutilement le pays sans anéantir le catholicisme, essayèrent d'enrayer la persécution. Le 8 brumaire an VI, aux Cinq-Cents Barailon déclama avec fureur contre les prêtres qui n'avaieni pas prêté le serment du 19 fructidor en disant qu'ils renonçaient à exercer leur ministère : il les déclara « plus coupables que ceux qui avaient refusé de reconnaître la constitution civile du clergé, constitution si absurde dans notre système, qu'il n'est pas un de nous qui ne la repoussât aujourd'hui, si elle nous était présentée. » Mais il en retenait soigneusement la proscription en masse du clergé! Il demanda qu'une commission fût nommée pour décider du sort de ces prêtres, et que les instituteurs publics ou particuliers fussent en outre astreints au serment. Philippe Delleville lui répondit qu'il ne fallait faire ni des médecins malgré eux, ni des ministres du culte malgré eux, et qu'on ne pouvait empêcher ces derniers de renoncer à leurs fonctions. Boulay de la Meurthé fît observer que la loi du 7 vendémiaire exigeait le serment des prêtres qui voulaient exercer, mais que celle du 19 fructidor semblait exiger le serment de tous, et l'on nomma une commission chargée de faire concorder ces deux lois.
Le 14 frimaire Chollet présenta au nom de cette commission un rapport qui excita une vive surprise, car il proposait la refonte des lois de persécution. Tous les instituteurs de morale, de législation, etc., devaient prêter le serment de haine du 19 fructidor. Tous les ministres d'un culte quelconque étaient compris dans cette disposition, sous le nom de professeurs de morale. Ceux qui refuseraient ce serment devraient quitter la France dans le mois, et s'ils rentraient ils seraient déportés au delà des mers. Ceux qui enseigneraient sans avoir prêté
par un arrclo du 7 ventosc, en les accusant de préi)arer les élections, et déclarant « que leur prrsence j)lus loiujlemps continuée peut produire les effets les plus dangereux à l'époque des assemblées primaires. » A Langres, l'administration ordonna aux prêtres en surveillance de ne recevoir chez eux que leurs parents, et de ne communiquer arec anrun ciloyen, et aussi avec leurs confrères, et awcMH ministre d'un culte quelconque. Le îi venlOse l'administration de la Haute-Loire prenait un arrête très violent contre ces proxénètes incorrigi/)les de la contre-révolution.
IGO LE niRECTOIRE.
serment seraient condamnés à une amende de 300 livres, et au bannissement en cas de récidive. Mais par compensation , les lois antérieiu'es qui reconnaissaient des ministres du culte, et exigeaient d'eux des serments en cette qualité, étaient rapportées. L'article 16 du projet les abrogeait complètement pour les prêtres qui n'avaient pas quitté le territoire, ou y étaient rentrés en vertu d'arrêtés des comités, ou des commissaires de la Convention. Les lois concernant les émigrés, ceux qui s'étaient déportés eux-mêmes, et ceux dont la déportation avait été réellement etrectuée, étaient maintenues.
Le système consistant à ne tenir compte (|ue des déportations effectuées n'était pas nouveau. Le projet maintenait celles qui avaient été déjà faites en vertu de la loi du 11) fructidor, mais cette loi se trouvait abrogée pour l'avenir, aussi bien que les anciennes, à la grande colère des prêtrophobes qui firent repousser cette proposition par la question préalable. Néanmoins la commission demanda le 22 nivôse que le refus de serment à la Constitution civile ne fût plus opposable aux prêtres non déportés en fait et ayant prêté serment de liberté et égalité, ou celui du 7 vendémiaire, qui voudraient prêter le serment du 19 fructidor; ce serment une fois prêté, ils ne pourraient plus être poursuivis en vertu des anciennes lois, mais le droit de déportation d'après la loi du 19 fructidor était maintenu. Celte proposition fut jugée encore trop favorable et repoussée parla question préalable; l'apostat (iay- Vernon réclama avec fureur le maintien des lois de persécution : « là, dit-il, réside le Palladium, de la liberté; » et le Conseil lui donna raison, et les modérés relatifs ne troublèrent plus les prêtrophobes.
Nous avons expliqué précédemment que depuis le 18 fructidor, deux systèmes de déportation du clergé fonctionnaient simultanément en France. Le Directoire déportait directement, d'après la loi du 19 fructidor, tous les ecclésiastiques catholiques et constitutionnels qui lui déplaisaient, qu'ils fussent frappés ou non par les anciennes lois; et les administrations continuaient à déporter les prêtres fra])pés par les lois de la Législative et de la Convention, et à les faire fusiller par des commissions militaires comme au temps de la Convention.
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A cause de tous les mensonges intéressés qui ont été mis en circulation par les révolutionnaires et acceptés avec une singulière facilité parles libéraux, il importe d'établir que la terreur fructidorienne n'a pas eu seulement recours à la guillotine sèche, mais qu'elle a fait couler le sang des prêtres.
Le 24 octobre (3 brumaire), en vertu d'un jugement d'une commission militaire, siégeant à Douai, Benoit Lempereur, ancien prieur de l'abbaye de Moroilles près Landrecies, était exécuté comme émigré ; bien qu'il n'eût jamais quitté le territoire français, il avait été inscrit sur la liste d'un district autre que celui de sa résidence : on en profita pour l'assassiner (1).
Le 28 novembre suivant (8 frimaire), l'abbé Mathieu de Gruchy arrêté, à Nantes, fut mis à mort pour être rentré en France après en avoir été banni.
Le 31 décembre 1797 (11 nivôse), la commission militaire de Nancy condamnait à mort Collet, curé non assermenté de Voinémont, dans le diocèse de Nancy déporté rentré ; le lendemain elle prononçait pour la même cause, la même condamnation contre un autre prêtre, Poirot, vicaire à la Bresse, dans les Vosges. Ces deux prêtres furent exécutés le même jour, 1^^" janvier 1798).
Dans le courant de janvier, un prêtre nommé Mascard fut mis à mort par la commission militaire de Bordeaux.
A Marseille, Baudin, ancien vicaire à St-Ferréol, qui avait d'abord prêté serment puis s'était rétracté bien vite, et le père Donadieu âgé de près de quatre-vingts ans, ancien directeur du petit séminaire, furent tous deux mis à mort le 3 février 17!)8 (lo pluviôse an A'I) comme émigrés rentrés.
La commission militaire de Besançon fit mettre à mort cinq prêtres en fort peu de temps, savoir : P M. Patenaille, curé d'Arley ( Jura), exécuté le 9 décembre ( 19 frimaire \- 2" M. Galmiche, curé de Dampierre-les-Montbozon (Haute- Saône), fusillé le 23 janvier 1798 i '( pluviôse), âgé de cinquante-
(1) M. Victor Pierre, dans la Ten-cin- sous le Dirortoirc (Ketaiix et nra>. IHS") donne les détails les plus intéressants sur les martyrs.
trois ans; 3" le 27 janvier (8 pluviôse), M. Jacquinot, vicaire, âgé de quarante ans; ï" 0 Février (21 pluviôse), M. Marlelet, lazariste : par un ralîinement de cruauté on eut soin, la veille de l'exécution, de le séparer des prêtres qui étaient enfermés aveclui, pourqu'ilne pût recourir à leur ministère, ni recevoir aucune consolation; o" 17 février (2!) pluviôse), M. Perrin, vicaire, âgé de trente-trois ans ; blessé de trois coups de fusil par les gendarmes qui l'avaient arrêté, il fut conduit au supplice dans une chaise â porteur (1 ). Il ne devait pas être la dernière victime de cette commission.
Cette suite d'exécutions causa une vive émotion à Besançon. On affichait pendant la nuit des placards contre ce régime de sang. Le célèbre jurisconsulte Proudhon publia une brochure pour soutenir que les prêtres déportés ne pouvaient.être assimilés aux émigrés, bien qu'inscrits sur les listes ; cette inscription, suivant lui, n'était destinée qu'à régler le sort de leurs biens : c'étaient des déportés et non des émigrés, et les commissions militaires, tribunaux d'exception, chargés de juger spécialement les émigrés, devaient se déclarer incompétentes â leur égard. Cet écrit très habilement rédigé, produisit une grande émotion : on dit qu'il sauva la vie à beaucoup d'ecclésiastiques, en inspirant aux membres des commissions militaires des doutes sérieux sur leur compétence. Les prêtrophobes furent très irrités contre Proudhon (2).
La commission militaire de Tours lit fusiller le 8 ventôse (2(> février) Pierre Denais, ancien vicaire à Laval, âgé de quarantedeux ans.
L'odieuse assimilation qui avait été faite entre les déportés et les émigrés ainsi que les fausses inscriptions sur les listes d'émigrés, entraînaient les consé(iuences les pUis effroyables. Peu importait aux révolutionnairesque des prêtres en fussent victi-
(1) En marge de l'expédition du jugement de M. Perrin on lit : « Je cerliffie que le présent jugement a été mit à exécution, dans le jour. L'adjudant général, chef d'état-major de la division HI. » Mit se retrouve encore dans la lettre d'envoi. (Archives, F. Yll, 73!»8.)
(2) Pour le punir de son audace, Rriot, accusateur public de Besançon, essaya de l'impliquer dans une prétendue conspiration, et fit faire cliez lui une visite j domiciliaire. Plus tard, a la trihune des Ciiui-Cents, il fil contre lui une sortie i indécente.
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mes ; mais les inscriptions frauduleuses sur les listes pouvaient être exploitées contre eux ou leurs amis pour servir soit dos vongeances particulières, soit même les rancunes de certains gouvernants. Aussi, quelques mois après le coup d'État, lorsque les deux factions qui s'étaient coalisées pour le faire cessèrent de s'entendre, certains révolutionnaires se permirent d'adresser quelques timides critiques à ces lois sur l'émigration.
Il y eut aux Cinq-Cents, le 11 ventùse, à leur sujet, un débat fort curieux. Pérès du Gers déclara hautement à la tribune qu'avec de pareilles lois les citoyens les plus innocents étaient exposés à être fusillés dans les vingt-quatre heures pour avoir été inscrits à leur insu sur des listes d'émigrés, si le Corps législatif ne s'empressait pas de rendre une loi pour restreindre à leur égard celle du 19 fructidor, et empêcher ainsi une série d'assassinats.
« Dans beaucoup de départements des administrations des ci-devant districts ont inscrit sur la liste des émigrés, des prêtres sexagénaires, insermentés qui étaient enfermés dans des maisons de réclusion du chef-lieu de ces mêmes départements, en vertu des lois qui avaient été rendues contre eux par la Convention nationale.
« En preuve de cette assertion, je vous citerai celle du ci-devant district de Mirande, dans le département du Gers, qui à cet égard a mis en usage une tactique vraiment inquisitoriale, en ce que seule dans ce département elle a maintenu des actes aussi pervers, quoi qu'elle connût sciemment que les individus contre lesquels elle les dirigeait étaient enfermés à Auch.
« Elle a même poussé la barbarie jusqu'à en inscrire un qui y était reclus depuis quinze mois.
« Ce malheureux sexagénaire, courbé sous des infirmités qui l'ont rendu, pour ainsi dire, perclus après une détention de plus de deux ans, et qui n'a obtenu sa liberté que par un arrêté d'un représentantdu peuple qui était en mission dans ce département en messidor an III, vient d'être arrêti' en vertu de cette perfide inscription : L'administration centrale du département du Gers, malgré la certitude qu'elle a de la non émigration de ce citoyen, ne peut point, aux termes de l'art, -i.) de la loi du 10 fructidor, sous peine de deux années de fers, s'empêcher de l'envoyer à la commission militaire de Perpignan. » {Débats et dccrcti^, ventôse VI, p. 143.)
Pérès fît valoir que malgré la caste àlaquello il appartenait,
ce malheureux, était homme et Français et non émigré, et qu'on ne pouvait le laisser fusiller ainsi. Bien des gens inscrits à leur insu sur les listes couraient le même danger : il demanda en conséquence : 1" qu'on chargeât une commission spéciale de s'occuper promptement de cet objet; 2° qu'il fût fait un message au Directoire pour l'inviter à surseoir au jugement du prêtre en question, et de tous autres individus qui pouvaient se trouver dans le même cas, jusqu'à ce qu'il eût été voté une loi sur ce sujet.
Ces propositions furent très bien accueillies : Tallien les appuya énergiquement, déclara que les citoyens étaient inscrits sur les listes des émigrés avec la plus grande légèreté, et en donna des exemples (1) frappants. Sans doute, ajouta-t-il la malveillance va déclarer qu'on veut ainsi sauver les émigrés, mais il faut avant tout s'inquiéter de l'humanité et de la justice. Philippe Delleville, modéré oublié en fructidor, signala les conséquences atroces des lois sur l'émigration, et demanda qu'il y fût immédiatement porté remède. Il fit remarquer de nouveau, qu'on avait fréquemment confondu les absents avec les émigrés. « Dans mon département, un individu fut inscrit parce qu'il était gentilhomme; on croj'ait qu'émigré et gentilhomme étaient synonymes. » Beaucoup de gens sont inscrits à leur insu, certains mêmes, « quoiqu'ils soient depuis quinze ans retenus dans leurs lits par de grandes infirmités. » Enfin il y en a qui, faute d'argent, n'ont pu quitter la France, comme la loi l'ordonne, en attendaut leur radiation définitive : s'ils sont pris ils seront fusillés. Savary seul défendit le système en vigueur, mais sans succès. Crassonsde l'Hérault déclara connaître un individu qui depuis dix-sept ans n'était pas sorti de sa chambre, et cependant était porté sur la liste des émigrés et n'en était instruit que depuis trois mois. I.e Conseil renvoya la [troposilion à une commission et adressa un message au Direc-
(1) « Osselin. raitpoiieur de la loi des oiiiigrés, qui n'est sorU de i)rison que pour monter sur r('(liaraud. est inscrit sur une liste d'émigrés. Saint-Huruge qu'on a pu voinliaciue jour depuis la révolution, a été obligé de sortir de France comme inscrit sur une liste d'émigrés. Il n'y a i)as plus de quatre jours que Condorcet et sa veuve étaient inscrits sur une liste d'émigrés, on pouvait prendre cette veuve infortunée et la lusiller . » (Ibid.. j). M',.) Il déclare qu'il est parvenu à sauver des tribunaux militaires certains malheureux aussi innocents.
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toire. Quelques mois plus tôt, une telle demande aurait soulevé les plus violentes colères. Sans doute la consultation de Proudhon était déjà connue, mais les élections devaient avoir lieu bientôt, et de nombreux révolutionnaires entrés en lutte avec le Directoire craignaient qu'à leur occasion on ne se servit contre eux ou leurs amis d'inscriptions frauduleuses sur la liste des émigrés.
Le Directoire fut à la fois très inquiet et très irrité de cette discussion et de l'attitude nouvelle que les Cinq-Cents venaient de prendre. Il leur répondit le 16 par un long message. Il ne pouvait, disait-il au début, « concevoir sur quoi les émigrés fondaient lespoir de leur rentrée en France, et ne se donnaient plus la peine de dissimuler » , mais la motion d'ordre qui lui a été envoj'ée explique tout. Il se livra à des déclamations violentes contre les émigrés, prétendit que Ton ne pourrait sans s'exposer aux plus grands dangers, modifier sur aucun point la législation qui les frappait; et qu'on affectait des craintes exagérées pour favoriser les émigrés véritables. Mais qu'on se rassure! le Directoire veille à ce qu'il n'y ait point d'exécution injuste; « il a pris un parti qu'il a cru conforme à la loi : il a décidé que dans les départements où il n'a pas été fait de distinction entre prêtres émigrés et prêtres déportés, et où on les avait tous inscrits sur la liste comme émigrés, l'inscription ne vaudrait provisoirement que comme déportés (1 ). » C'était se rallier en apparence au système de Proudhon! Il adjura les Cinq-Cents en style patelin de ne prendre aucune précaution pour que les lois de l'émigration fussent appliquées aux seuls émigrés, et se montra fort scandalisé de les voir reproduire contre les défectuosités des listes d'émigrés et les dangers dont elles menaçaient des innocents, ces mêmes reproches qui leur étaient adressés par les modérés avant le 18 fructidor i :2;. Ce furieux appel aux passions révolutionnaires, eut un plein succès auprès de ceux des partisans du Directoire qui avaient un instant hésité; les autres se sentant rivés par
(I) Débats et décrets, venlôse VI, p. 20t;.
(i) n osa pérorer contre le trafic des cerlilicals de ri-sideiice. Ce tralic l'iail surtout l'œuvre de ses protégés et de ses agents, qui parfois après avoir empoche le prix dénonçaient ensuite leurs acheteurs.
lOf) LE DIRECTOIRE.
leur passé, à toules les odieuses absurdités de là législation sur les émigrés, se déclarèrent satisfaits des prétendues explications du Directoire. L'arrêté par lequel les Cinq-Cents avaient créé une commission fut rapporté, et il ne fut plus question de chercher à distinguer par une loi les faux émigrés des vrais. Le Directoire pour escamoter une proposition qui l'inquiétait, avait pris un engagement formel au sujet des prêtres, mais il n'en tint aucun compte. Cette discussion eut peut-être pour résultat de sauver la vie au prêtredont il était question, mais il n'en est pas moins certain que le message du Directoire ne changea rien à la manière dont les prêtres étaient jugés, et (jue dix-neuf ecclésiastiques déportés furent encore fusillés par les commissions militaires. Quelques jours après le message du Directoire, le i germinal an VI, l'abbé Glalier, vicaire à Précigné (Sarthe) était mis à mort par la commission de Tours , bien qu'il n'eût jamais quitté la France, et le 10 l'abbé Hervieu, qui avait été déporté en Angleterre, subissait le même ^ort. Bien plus tard, le ministre de la police Duval fit, le 13 brumaire an VII,' (4 novembre 1798), une circulaire sur la mise en .jugement des prêtres. Il reconnaît que ceux qui ont préféré la déportation à la réclusion ne doivent pas pour cette seule cause être traités comme émigrés. Les prêtres sont inscrits sur les listes ou bien, l** Avec le mot déporté, ou bien 2° avec la qualification d'émigré, ou bien encore 3° sans aucune qualification. Ceux qui sont inscrits comme dép(»rtés doivent être traités comme tels, et non comme émigrés. Ceux qui sont désignés comme émigrés, doivent être traités comme tels et non comme déportés. Quant à ceux qui sont inscrits sans désignation, les autorités administratives jugeront d'abord s'ils ont émigré, et le Directoire décidera en dernier ressort s'ils sont déportés ou émigrés. Ainsi tout dépend de la qualification d'émigré portée sur la liste par sottise ou par méchanceté ! Avec cette circulaire, le prêtre dont il était question dans la discussion du 11 ventôse aurait du être fusillé par ordre de la commission mihtaire. Le prêtre inscrit sans désignation est fusillable sur les dénonciations des administrations, ou d'après la volonté sous contrôle du gouvernement. Les Directeurs sont comme des souverains d'Orient, absolument maîtres de sa vie. On
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voit que cette circulaire hypocrite dans la forme ne remédie point à l'horrible abus du terme d'émigré qui avait soulevé les protestations des révolutionnaires eux-mêmes, et maintient l'arbitraire des administrations et du Directoire.
On a vu que le Directoire avait destitué une multitude d'administrateurs, ainsi qu'une partie importante des commissaires nommés par lui-même auprès des administrations diverses. Il les avait remplacés par des terroristes et des prétrophobes enragés, aussi les anciennes et les nouvelles lois de persécution furent appliquées avec fureur par toute la France.
Nous avons dit plus haut que le Directoire déportait les prêtres, de son propre aveu, pour des questions purement religieuses, et non pour avoir excité aucun trouble.
En voici des exemples frappants. Le 18 ventùse, le Directoire déportait le prêtre Corneville, de Poilay, canton de Droué (Loir-et-Cher); son crime était d'avoir refusé de baptiser un enfant parce que ses parents étaient mariés civilement. Le Directoire déclare « que par ce refus ainsi motivé, ledit Corne ville a manifesté son mépris formel pour les lois de la République, qu'il adonné l'exemple dangereux de les enfreindre! et compromis l'ordre public », (Juelle loi a-t-il enfreinte? Le Directoire peut-il citer une loi quelconque qui l'oblige à baptiser? L'arrêté ne dit pas si ce prêtre était catholique ou constitutionnel ? Peu importait au Directoire; car les deux église^ étaient d'accord pour soutenir la nécessité du mariage religieux !li. Le 24 ventôse an Vl il déportait un autre prêtre pour les motifs suivants :
« Considérant que le nommé Josepli-Dominique Genêt, ministre du culte catholique à Voise, département dliure-et-l-oir, s'est permis, dans l'exercice public de ses fonctions, d'itablir des distinctions dans le mariaije, et de déclarer à ses auditeurs que le mariage à l'cglise catholique était le meilleur, et que sa conduite et son influence dans le canton compromettent l'ordre puiilic
" Ku vertu de l'article 24 de la loi du l'J fructidor, arrête : le
I; Az-cAifes K, vu. T.tST.
nommé Genêt ci-dessus désigné, sera mis en état d'arrestation et déporté. » {Archives, V,\U, 7397.)
On voit d'après des arrêtés motivés que l'exercice des fonctions de grand vicaire d'un évêque chassé de son diocèse était un crime irrémissible aux yeux du Directoire. On voit aussi que tout en méprisant, et parfois même persécutant les constitutionnels, il déporte les catholiques qui osent faire de la controverse avec eux, surtout ceux qui ont reçu des rétractations : les apostats repentants, les constitutionnels rétractés sont poursuivis avec beaucoup d'acharnement.
Les arrêtés de déportation ont tous en réalité, un seul et même motif. Le Directoire en les prenant veut empêcher l'exercice du culte. Dans les deux que nous venons de citer, il a été un peu plus franc que d'habitude ; mais d'ordinaire, s'il déporte un prêtre coupable d'avoir rappelé aux fidèles qu'ils doivent se marier à l'église et que le divorce n'est pas permis, il dit dans l'arrêté que ce prêtre « prêche des doctrines contraires à la république », si les fidèles affluent à l'église d'un prêtre zélé, il est déporté parce que « sa présence peut occasionner des troubles » ; si le prêtre a prêché contre l'improbité, l'usure, sur la nécessité de restituer le bien mal acquis, et si quelque pêcheur en eau trouble, influent auprès des autorités, en a été choqué, il sera déporté comme un homme d'une moralité détestable.
Les chiffres d'arrêtés de déportation que nous avons donnés d'après les registres mêmes des séances du Directoire, démontrent que les lois persécutrices ont été appliquées avec une atroce rigueur dans toute la France et dans les pays réunis. Nous tenons à constater ce fait indéniable, car il nous est impossible d'entrer dans les détails de cette persécution qui s'exerrait jusque dans les hameaux les plus reculés (1). Nous en rappor-
(I) Voici par exemple comment les arrêtés de déportation sont répartis en France pendant les trois premiers mois. Le 3 \cnd6im3L\TC : seize prctrcs des Vosges. Le G deux autres des Vosges, et un de la Haute-Marne. Le i't, sept prêtres de Soissons. Le 10 deux delà Meuse Inférieure, un de l'Aisne, et quatorze des Vosges. Le 20 encore seize prêtres des Vosges, un des Hautes-Pyrénées, un de la Côte-d'Or. Le 28 trois prêtres de la Dyle, quatre des Forêts, deux de l'Aisne.
Le 4 -brumaire, vingt prêtres, d'Eurc-el-Loir, de la Marne, et de plusieurs
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terons simplement quelques traits qui peuvent donner une idée des procédés employées par les persécuteurs, et des souffrances éprouvées non seulement par le clergé, mais aussi par les fidèles constamment opprimés dans leur liberté religieuse, parfois même absolument privés de leur culte.
Le 3 vendémiaire, le Directoire commence ses opérations ; il déporte pendant ce mois quarante-huit prêtres du seul département des Vosges et procède par fournées comme le tribunal révolutionnaire : plusieurs de ces prêtres des Vosges étaient des constitutionnels rétractés, ou simplement suspects de s'être rétractés. Dieudonné, commissaire près l'administration centrale, montrait le plus grand acharnement contre les catholiques. Malgré la violence de la persécution, des prêtres courageux exercèrent en secret pendant toute la durée du Di-
départements. Le (j, deux de Sambre-et-Meusc, un de l'Hérault, un de Saoueet-Lpire. Le i3, trois des Forêts, un de l'Eure, un de l'Youue, quatre du Cher, un de l'Isère, un du Finistère, un de la Meuse, un d'Eure-et-Loir. Le 14, un prêtre du Gard, un autre de Louvain. Le 10, un de l'Yonne et sept de l'Orne. Le 22, dix-huit de Maine-et-Loire, quinze A&s Côtes-du-Nord, un des Deux-Sèvres, un d'Eure-et-Loir, un des Hautes-Alpes, un de la Marne, quatorze de l'.\isne. Le 27. un prêtre de Seine-et-Marne. Le 28, onze du Nord, du Jura, de la Sarlhe, du Morbilian et de l'Isère.
Le \" frimaire, fournée de cinquante-sept prêtres, dont quarante-cinq du Mont-Blanc, un d'Eure-et-Loir, un de Lot-et-Garonne, un des Landes, cï'ju/ de la Dyle, deux des Forêts. Le 8, treize de la Vendée, un de la Marne, deux de de l'Aube, un du Var, loi de la Charente, un du Loiret, cinq de l'Aveyron, six de Scine-et-Oise, deux de la Meurthe, un d'Argentrè {sic), un de Limoges, se^it de la Seine-Inférieure. Le 22, un de la Nièvre, un de l'Eure, un de l'Yonne, douze de l'Escaut, un de Seine-et-Marne, cinq de Langres, deux de la Dromc, un de la Haute-Garonne, un de l'Ariège, un déjà détenu à Namur. Le 25 nu de la Haute-Vienne, un d-e la Vienne, un de la Vendée, sept de la Haute-Saône, onze des Deux-Nèthes, deux Ae l'Yonne, seize A& Loir-et-Ciier , un d'Arras, un d'Auxerre, un de la Moselle. Le 27 un du Puy-de-Dome, un de la Meuse, un de Loir-ct-Clier, deux de la Somme, un dont le domicile n'est pas indiqué. Le 28, vingt-six du Finistère, un du Kliùne, un de .Icmmapes, deux des Vosges, t«H de \d^\\c\\i%e, quarante-trois du Mont-Blanc, ^/ctta; du Loiret, vinijl-liuil de l'Orne. Arcii. AF3. Pendant deux ans, les départements seront constamment épurés et rèépurés de cette manière.
(1) Nous avons, dans la Constitution civile du clergé (t. IV), donné d'assez grands détails sur la persécution fructidorienne, d'après des documents ofliciels conservés aux archives, et montré les agissements des traqueurs de prêtres. Nous ne pouvons ici que constater le fonctionnement complet, incessant, impitoyable par toute la France, de l'effroyable législation persécutrice dont nous venons seulement d'exposer au lecteur les traits principaux : car elle comprend encore une multitude de dispositions odieuses, vexaloircs, inhumaines, qu'il serait trop long d'exposer en détail !
rectoire. Le 1^^" prairial, l'un d'eux nommé François-Xavier Fouquet, fut arrêté au val d'Ajol, « dans un souterrain, entouré de tout l'attirail nécessaire à l'exercice du culte » , dit un rapport de l'administration des Vosges. Le 2i messidor, le Directoire prit contre lui un arrêté de déportation. Il y est dit :
«... Que sans avoir fait aucune soumission aux lois de la république, il parcourt les montagnes et exerce son ministère dans les forêts, dans les caves et dans tous les lieux où il est assuré de trouver des partisans du fanatisme et de la royauté. >> (Ibid.)
Les beaux jours de la Terreur étaient revenus pour les prêtres et pour les fidèles (1).
Le 8 frimaire an VI le Directoire déporte six curés de Seine-et-Oise coupables d'avoir fait imprimer qu'ils rétractaient leur serment à la Constitution civile, et reconnaissaient pour évêque M^'"" de Juigné.
Le i brumaire il déporte quatre ecclésiastiques de l'Eure-et-
(1) L'abijé Tliumery, grand vicaire de l'évêque de Saint-Dit- fut un des premiers déportés : l'administration lui reprochait vivement de traiter les conslilutionnels de schismatiques. François de Neufcliâteau qui était du département poussait très activement à la persécution. Le ministre delà |)olice félicita publiquement l'administration des Vosges de son zcle contre les prêtres et la donna aux autres comme modèle.
Le H brumaire, Dieudonnc, adresse aux commissaires cantonaux des Vosges une circulaire très violente contre les prêtres. 11 fait l'éloge des constitutionnels; il les recommande même aux autorités, mais il est facile de voir qu'il est avant tout antireligieux :
» Recommandez donc aux ministres des cultes de ne se servir de leur iiilluence dans les écoles primaires, qur pou?' en exclure les livres que l'on appelle livres de piété, et y substituer la déclaration des droits et des devoirs de riiomme, la constitution de l'an III (Archives, V, AIL 7300). »
Et d'autres livres du même genre qui enseignent la « morale républicaine •>. On ne s'étonnera point de voir des répul)licains de cette espèce déporter ies constitutionnels (lui osent prendre leur sacerdoce au sérieux!
De nombreuses pétitions avaient été i)résentées en faveur du prêtre Rovel compris dans la fournée du 1(> vendémiaire. L'administration écrivit le 22 frimaire au ministre une lettre très violente contre lui ; elle voyait dans le nombre des pétitionnaires la preuve de sa funeste influence, et lui reprochait d'être rétracté.
« Depuis deux ans, disait-elle, les fonctionnaires publics'du canton où il exerçait le culte l'accusent de tonner dans ses sermons contre les jjrêtres constitutionnels auxquels il donne la dénomination de schismatiques ; de déclarer que leurs sectaires sont également dans le schisme. » {Archives, F, VII, 7303.)
LA PERSÉCUTION FRUCTIDORIENNE. ili
Loir, comme ayant formé un comité épiscopal, c'est-à-dire exerçant les fonctions de grands vicaires et ayant reçu des rétractations de prêtres constitutionnels. L'abbé Dubois Crancé, grand vicaire de Châlons-sur-Marne, fut le même jour condamné à la déportation; mais son frère l'ex-conventionnel, obtint qu'il lui serait confié et mis en surveillance hors de son diocèse. L'abbé Maydieu, vicaire général de Troyes, aux talents et aux qualités duquel les républicains rendaient hommage, fut déporté ainsi que plusieurs prêtres de l'Aube.
Dans le département de l'Yonne, le Directoire condamna à la déportation soixante-dix-sept prêtres, dont trente-deux en l'an VI et le reste en l'an VII; la persécution activée par une lettre du ministre de la police du 1 frimaire y fut extrêmement violente (1)!
En Alsace, la persécution fut aussi très cruelle. Le 19 vendémiaire Rewbell dénonçait à ses collègues les prêtres du Bas- Rhin, et faisait décider qu'il serait pris des mesures contre eux. Aussi le 2i brumaire André, commissaire du Bas-Rhin, écrivait que de concert avec Augereau, il faisait une chasse très active aux émigrés et surtout aux prêtres. Il se plaignait beaucoup du fanatisme des populations. Le 28 nivôse, il écrivait au ministre de la police :
« De nombreux prêtres rebelles, au mépris de la volonté nationale, continuent à se tenir cachés dans le département du Bas-Rhin. Trop de précaution et surtout trop de dévouement de la part des
(1) Dans ce département, les iconoclastes piolitêrent de la révolution de fructidor pour compléter les profanations de la Terreur, briser les croix et les statues qui restaient encore. Le 18 nivôse, l'agent de la commune de Quincerot canton de Crusy, rendait compte au ministre de la justice, d'une expédition contre les croix et les statues. Nous conservons scrupuleusement son orthographe :
' Citoyen ministre, j'ai Thonneur de vous adresser cinq prosest-verbaux de la suppression part moi faite, en r/uallité de commissaire de l'administration «le mon canton, des croix qui hcssitait encore dans sept communes de ce canton. Vous verrez avec satisfaction que cette oppcration s'est faite sans trouble et sans murmure, et (|ue les croix ont été remplacé par des hnrbre de la liberté. (Archivea V. VU, 73i."i).
Le LS brumaire l'administration écrivait à Paris que plusieurs citoyens étaient inscrits sur les listes d'émigrés • et qui notoirement n'ont jamais quitte leur commune pendant la révolution. » (,Ibid., 73Vi.)
aveugles agricoles leur assurent une impunité funeste à la patrie. ... Ils savent échapper à toutes les mesures générales et partielles que nous ne cessons de prendre. » [Archives, F, VII, 7363.)
Le 13 venlûse, l'administration centrale prend un arrêté contre les prêtres.
La persécution était égaleinent très active en Franche- Comté, et sur les frontières de la Suisse. A Besançon et dans le département du Doubs, le commissaire Quirot traquait les prêtres avec une rigueur impitoyable. En fort peu de temps soixante-dix ecclésiastiques, au moins furent frappés (1) et de nombreuses déportations furent encore prononcées en l'an VII; le département de la Haute-Saône fut aussi ravagé par la persécution. Nous avons déjà parlé des exécutions qui eurent lieu à Besançon.
En Savoie, la loi du 19 fructidor fut appliquée avec le plus grand zèle. Le 28 frimaire an VI, quarante-trois ecclésiastiques étaient déclarés déportables. Cependant l'église constitutionnelle était tout à fait perdue dans cette contrée ; le commissaire du département, Garin, le constatait avec dépit dans ses rapports, notamment dans celui de pluviôse an VL
« Les prêtres soumis aux lois n'exercent plus le ministère du culte ; 071 ne veut pas plus de ceux qui ont prêté le premier serment que de ceux qui ont abdiqué; les réfractaires et les déportés rentrés exercent seuls, et furtivement; où il ne s'en trouve pas, on s'assemble à l'église pour chanter comme autrefois les offices sans messes. » [Archives, V, \'II, 7407.)
Partout il fait détruire les signes extérieurs du culte, les croix. L'instruction publique est dans un état déplorable,
(I) I.e 27 nivôse, cinq prêtres furent condamnes à la déportation par la commission militaire de licsancon. Le li pluviôse, sur la demande de Quiiot, le Directoire en déporta trente-quatre, mais dix-neuf ne purent être arrêtés. Plusieurs autres étaient malades; neuf seulement furent expédiés à Roclieforl, le 12 ventôse, avec huit prêtres du Jura et de la Haute-Saône. 11 fallut en route, laisser à Dijon un vieux curé nommé Viénot, déporté malgré ses soixanteseize ans, et qui mourut peu de temps après à l'hôpital do cette ville.
Le 17 llorcal, huit prêtres furent envoyés de IJesaneon. Il y eut un convoi bientôt après. Le 22 llorcal, trente-cinq prêtres furent encore frappés par des arrêtes de déportation, et, le 4'i messidor, Quirot en envoyait douze à Kochefort; la moitié venait de la Haute-Saône.
LA PERSÉCUTION FRLCTIDORIENNE. 173
les parents recherchent des maîtres chrétiens. Les gendarmes qui arrêtent des prêtres ont quelquefois à lutter avec les paysans. Mais on avait beau arrêter des prêtres, il en rentrait d'autres par les montagnes. Comme il fallait absolument mettre les catholiques dans l'impossibilité de pratiquer leur religion, Talleyrand, enjoignit au roi de Sardaigne de faire sortir de ses États les émigrés et les prêtres déportés. Le gouvernement sarde n'était pas assez fort pour résister. De nombreux prêtres savoisiens furent envoyés en Guyane. Le président de l'administration centrale écrivait au député Philippe, le 5*^ jour complémentaire an Yll :
" L'arrestation et la traduction à l'île de Ré de plus de soixantetreize prêtres, et la réclusion de douze autres comme sexagénaires, prouvent bien que cette administration n'est pas en retard de remplir ses obligations. » (Cardinal Billiet. Mémoires, p. 316.)
Dansle département de l'Ain, à Lyon et dans les campagnes environnantes, les agents du Directoire constatent la force de l'esprit religieux l'I".
Le département de l'Isère était un de ceux où la révolution avait été accueillie avec le plus d'enthousiasme. Néanmoins les fonctionnaires (2), du Directoire se plaignent de l'influence des prêtres et de l'esprit antirépublicain des populations. Les administratrons ont été épurées presque toutes et cependant
(I) Vers la fin de pluviôse, cinq prêtres condamnés à la drportalion étaient conduits à Lyon par un détachement d'une vingtaine d'hommes. Au sommet de la montagne de Tarare, dans un hameau appelé la Chapelle, les soldats furent attaqués par trois ou (jualre cents paysans, qui délivrèrent les prisonniers. L'escorte eut deux hommes tues et plusieurs blessés. Débats et Dicrfts. ventôse an VI, p. i"i.
2) L'instruction pul)lique est dans un <tat pitoyable; à Grenoble et dans les communes importantes, les écoles ofliciellcs sont désertées : « Un citoyen tant soit peu aijé, dit le commissaire du département, rougirait d'y envoyer ses enlants, tant les prêtres réfractaires et leurs partisans ont décrié ces institutions. » Le i thermidor, le même commissaire écrit qu'une partie importante des citoyens, surtout dans les campagnes, ne songe guère à la Kepubli<iue : • Ces derniers surtout semblent avoir oublié depuis longtemps les bienfaits dont les a comblés la Révolution. Le souvenir des vexations féodales est effacé; leur indifférence, pour ne pas dire leur haine pour la Révidution. est le fruit des prédications des prêtres déportés rentrés. (Archires, K. Vil, ":k»9. lùid., 7391). Voilà des aveux bien graves!
l'esprit public ne s'est pas amélioré. Quant aux prêtres réfractaires, « les communes qui les décèlent leur offrent autant de -protecteurs que d'habitants : Ils ne couchent jamais deux nuits de suite dans le même lieu, ne changent de gîte que pendant la nuit ». Aussi, malgré tous ses espions, il ne réussit pas ù s'en emparer. Il se plaint aussi que les prêtres sexagénaires et les infirmes trouvent moyen d'exercer le culte la nuit.
Cette administration déporta beaucoup de prêtres. Le 24 pluviôse, elle en fît conduire à Grenoble quatre-vingt-deux pour leur faire subir un interrogatoire, et, le 8 vendémiaire an VII, elle y fit conduire encore par la gendarmerie cinquante-neuf prêtres accusés de s'être rétractés.
Dans le département du Gard, on bloquait les villes et les villages (1) pour chercher les prêtres, et on faisait fouiller les maisons par les soldats comme au bon temps de la Terreur.
Dans le Puy-de-Dôme, écrivent les autorités, le 11 germinal an VI, « le fanatisme est à son comble ». Un prêtre d'une commune de ce département vient d'être mis à mort à Lyon.
Dans le département de l'Aude, un prêtre constitutionnel nommé Pélissier fut déporté par le Directoire, le 28 brumaire an VI, dans des circonstances spéciales (2). L'arrêté, longuement motivé, lui reproche d'avoir violé la loi du 7 vendémiaire, en faisant des processions hors de l'église, sans tenir compte des remontrances de l'adjoint municipal. Cet arrêté punit donc de la déportation en Guyane, un acte pour lequel la loi du 7 vendémiaire ne prononce qu'uneamende de cent àcinq cents livres, et un emprisonnement d'un mois à deux ans. Mais le Directoire n'hésitait pas à commettre contre les prêtres les plus monstrueux abus de pouvoir. Son arrêté est d'autant plus caractéristique, que ce prêtre revendique hautement dans un mémoire, sa qualité de constitutionnel, et fait valoir les services que son église a rendus aux révolutionnaires.
(d) Saint-Gilles, Bcaucaire,Villeneuvc-les-Avignon, Nîmes lurent aussi fouillés avec peu de succès (lettre du général Petitguillauue dC pluviôse). On procéda de même dans d'autres villes, à Angouléme par exemple ou l'on arrêta trois prêtres. {Afchives F, VII, 7415).
(2) Archives, F, VII, 7326.
LA PERSÉCUTION FRUCTIDORIENNE. 1 7o
Mais toute procession, catholique ou constitutionnelle, faisait bondir de rage les directeurs.
Le 3 pluviôse an YI, l'administration de la Haute-Garonne envoyait une curieuse circulaire aux municipaux pour leur enjoindre de poursuivre les rétractés appelés dans ce pays prêtres lavés : « ces êtres aussi vils que dangereux, » et « ces êtres républicides ».
« Nous ne vous commandons pas la persécution, nous ne voulons point que la terre soit souillée du sang des individus qui font l'objet de la présente, mais les vomir du sol français après les avoir convaincus de leur culpabilité. »
La terre de la Guyane recevra leurs cadavres !
La guillotine sèche impressionne moins les masses et ne leur rappelle pointla Terreur, aussi les persécuteurs comptentils sur l'insalubrité bien connue des prisons de l'ile de Ré, les fatigues et les tourments de la traversée, et les lièvres de la Guyane. On fit une chasse très active aux réfractaires et aux rétractés. Le G vendémiaire an Vil un commissaire écrivait à Paris :
« Déjà un grand nombre de ces êtres odieux ont été envoyés à la citadelle de l'ile de Ré; j'espère que peu à peu la race s'en perdra pour le bonheur de l'humanité. » i Archives, F, VII, 7399.)
Dans l'Ouest les colonnes mobiles commettaient toujours les plus horribles excès.
Cependant des milliers de prêtres condamnés à mort exerçaient le culte en secret, grâce à la complicité des populations. Dans beaucoup de communes on vit les paysans privés de prêtres se réunir dans leurs églises comme pendant la première terreur, et célébrer leurs olïices comme ils pouvaient, avec le maître d'école ou le bedeau (1). Les autorités voulu-* rent aussi les en empêcher. Le S frimaire an VI le ministre de la police déclara aux administrations, que tous les laïques qui dirigaient ces cérémonies devaient prêter le serment du 19 fructidor !
(1) Le 29 vendémiaire an VI le commissaire du Bas-Rhin écrit <iue ces réunions ont lieu dans presque toutes les communes.
ITG LE DIRECTOIRE.
A Paris, aussitôt après le coup d'État de fructidor, les persécuteurs travaillèrent à priver les catholiques, et de leurs prêtres et de leurs églises. Le culte était exercé dans quinze églises rouvertes en vertu de la loi du 11 prairial. Les catholiques en possédaient huit, et comme elles ne pouvaient suffire aux besoins des fidèles, ils avaient loué en outre un grand nombre de chapelles desservies, en générai, comme ces églises, par des ecclésiastiques en règle avec les nouveaux serments. Plusieurs d'entre eux s'étaient rétractés sans bruit, et les agents du Directoire ne savaient pas au juste s'ils étaient catholiques ou constitutionnels. Les persécuteurs un peu embarrassés dans leur chasse aux prêtres, résolurent d'enlever presque toutes leurs églises aux catholiques, en faisant violence à la loi du 11 prairial, et soutenant tout à coup, avec une prodigieuse impudence, qu'elle ne permettait pas de louer des chapelles dans les communes où l'État concédait l'usage d'anciennes églises.
Ils commencèrent par arrêter et déporter immédiatement quelques prêtres; puis ils fermèrent des oratoires sous divers prétextes. Celui des Carmes fut interdit, parce que la fête des rois y avait été célébrée le 0 janvier (1)? les rois mages étaient proscrits. Fallait-il donc célébrer la fête des dh^ectcurs mages? la police espérait en fermant les oratoires, contraindre les catholiques à se rendre dans les églises constitulionelles : elle le déclare dans ses rapports; et soutient hypocritement comme en 1791, au temps de la Constitution civile, que ce n'est nullement pour persécuter, mais pour forcer catholiques et constitutionnels à fraterniser, mais lorsque ces derniers se croiront lri(jmphants les persécuteurs comptent les écraser pour mettre les théophilanthropes à leur place. La police convenait elle-même que les oratoires étaient parfaitement en règle
(1) Et aussi parce que des l'(.'mmes qui demandaient l'ainnone à la porte n'avaient pu retenir un mouvement d'Indignation, en reconnaissant le counni»sairc de police du Luxembourg, pour l'un de ceux (|ui, aux Carmes, dépouillaient les cadavres pendant les journées de septembre.
LA PERSÉCLTIOX FRUCTIDORIENNE. 177
avec la loi; mais il fallait inventer un prétexte pour s'en débarrasser. Le 3 floréal le ministre de la police ordonna de les supprimer tous, en leur reprochant assez franchement d'être desservis par des prêtres séparés des constitutionnels : il faut donc supprimer les oratoires autres que ceux de dix personnes, alors on « parviendra à anéantir l'influence des prêtres papistes ».
Le 14 floréal, l'administration centrale prit un arrêté par lequel elle déclarait que les oratoires n'avaient été ouverts que par une fausse interprétation des articles 1G et 17 de la loi du 7 vendémiaire an IV ; que là où des édifices ont été concédés par la loi du 1 1 prairial, on ne peut choisir une enceinte pour le culte, d'après la loi du 7 vendémiaire. En conséquence, le culte ne pouvait être exercé à Paris que dans les quinze églises ouvertes en vertu de la loi de prairial, et aucun oratoire particulier ne pourrait recevoir plus de dix personnes. L'illégalité de cet arrêté est évidente (1). Il faisait dire à la loi de vendémiaire ce qu'elle n'avait jamais dit, et ce que le Directoire avait mis deux ans à découvrir. Mais il s'agissait bien de légalité! On voulait faire un petit coup d'État contre le culte catholique. Les constitutionnels possédaient sept des quinze églises : c'était plus qu'il n'en fallait pour leur clergé et leurs sectateurs; mais les catholiques beaucoup plus nombreux, allaient être horriblement gênés dans leurs huit paroisses, où il serait d'ailleurs beaucoup plus facile de les espionner et de susciter des troubles, qu'au temps où ils étaient éparpillés dans un grand nombre d'oratoires.
(1) I,es églises Saint-Gcrvais, Saint-Tliomas d'A(|uiii. Saint-I'liilippc ilu Rdulf, Saint-Laurent, Saint-Eustaclie, Saint-Jacques-dii-Hautpas, étaient desservies par (les prêtres rotraclés. Celles de Saint-Hocli,de Salnt-Mcolas-des-Cliaini)spar des insermentés (lui avaient prêté seulement, comme les premiers, le serment alors non condamné du 19 fructidor. Notre-Dame, Saint-Sulpice. Saint-Mcrry, Saint-Oermain-l'Auxerrois, Sainte-Marguerite, Saiiit-Médard, Sainl-Élienne-du- Mont, étaient aux conslitulionnels.
Le propriétaire de l'oratoire des Missions étrangères, nommé Salmon, adressa au Directoire un mémoire très énergique et, à l'appui de sa réclamation, une lettre de Merlin, du i" pluviôse, dans laquelle ce fameux jurisconsulte déclarait que le culte pouvait se célébrer dans n'importe quoi oratoire, dés que les formalités de la loi de vendémiaire étaient accomplies : l'objection récemment inventée [tar le Directoire ne lui était même pas venue à l'esprit.
En faisant celle perséculion, le Direcloire se trouvait favoriser les constitutionnels. Ceux-ci songèrent aussitôt à profiter de ses bonnes dispositions, pour expulser complètement les catholiques des églises qui leur restaient à Paris, et s'y faire installer à leur place par le gouvernement, qui les reconnaîtrait publiquement pour ses protégés et ses agents. L'un des plus fougueux constitutionnels, l'abbé Audrein qui avait vivement insisté auprès du ministre de la police Dondeau pour obtenir la fermeture des oratoires (1), soumit au même ministre un plan complet d'expulsion des réfractaires et d'alliance entre les constitutionnels et le gouvernement, comme aux beaux jours de la Constituante et de la Législative. Il affecte de mêler la politique à la religion, appelle les constitutionnels les ministres républicains, ne parle que d'organiser républicainement les églises catholiques. Il n'oublia point de demander au Directoire, d'enlever les vases sacrés et les ornement des églises catholiques achetés des deniers catholiques, et de les donner aux constitutionnels. Le ministre de la police Dondeau parut d'abord assez favorable à ce projet; mais le Directoire, bien qu'il eût pour système d'opposer les constitutionnels aux catholiques, ne voulait pas favoriser aussi ouvertement les premiers : et d'ailleurs il était décidé à battre en brèche cette église et à lui substituer peu à peu son culte décadaire. Cependant Audrein- revint à la charge, et invita Duval, successeurdeDondeau, àréaliser son projet et à « républicaniser enfin le culte dans Paris. » Mais le Directoire n'entendait pas persécuter au profit des constitutionnels et se compromettre avec les violents pour des prêtres partisans du célibat ecclésiastique et ennemis du divorce. Il entrait aussi dans ses vues de tolérer pour les badauds français et surtout pour les gouvernements étrangers, quelques églises catholiques à Paris, afin qu'il ne fût pas possible de dire qu'on en était revenu à la tyrannie de Robespierre. 11 aimait mieux
(I) Il s'en esl vanté liautement. Et son pian et ses lettres sont dans la Constitution civile du clergé, tome IV, p. 020 et suiv. Dans sa lettre du 15 messidor il annonce qu'il va partir comme évêque constitutionnel pour le Finistère « où je ne cesserai de prêcher la république comme la religion. « {Arc/i. F, VU, 7379).
LA PERSÉCUTION FRUCTIDORIENXE. 170
procéder plus discrètement, en fermant les oratoires et diminuant tous les jours le nombre des prêtres suspects de catho^ licisme, par des arrêtés de déportation. Ainsi, le 24 floréal, l'abbé Portalier était déporté. C'était un ancien constitutionnel, qui s'était compromis pendant la Terreur, car il avait accepté, du comité de Salut public, la mission de faire descendre les cloches dans les départements de la Haute-Garonne, de l'Aude, de l'Hérault, de l'Ariège et des Pj^énées-Orientales. Par extraordinaire, l'arrêté précise les griefs que le Directoire avait contre lui :
a Considérant que le nommé Portalier, prêtre, exerçant le culte catholique dans la ci-devant église de la Madeleine de la Ville l'Évêque, canton de Paris, a signalé son amour pour la royauté, en célébrant, le 2 pluviôse de Tan V (21 janvier), une fête funèbre religieuse avec les attributs de la royauté: que si dans la même cérémonie religieuse qu'il a répétée le 2 pluviôse an \'I, il a évité de placer sur le sarcophage aucun signe extérieur de royauté, ses intentions contrerévolutionnaires ne peuvent être méconnues. » {Archives, F, VII, 7391.)
Le ministre de la police fit faire une enquête sur les prêtres qui existaient à Paris, et le io messidor (3 juillet il envoya à ses subordonnés des instructions fort détaillées sur la chasse aux réfractaires et aux rétractés.
Les théophilanthropes étaient hautement protégés par le directeur La Révellière : tout en se défendant d'avoir été leur chef, il a reconnu dans ses mémoires (1) que sous une Constitution qui défendait de salarier aucun culte, le Directoire les subventionnait. Ils avaient été autorisés à partager plusieurs églises avec les catholiques. Ces sectaires comptaient bientôt former une sorte d'église officielle, et se montraient très arrogants à l'égard des chrétiens, catholiques ou constitutionnels : aussi la communauté des temples donna lieu bientôt à des scènes scandaleuses, que les autorités eurent grand soin d'exploiter contre les chrétiens. Un arrêté du 1 i frimaire an \l,
(1) T. H, p. 16«. « Certes, dil-il, les fonds secrets des soi'venicraoïils n'ont pas toujours un emploi .lussi lionnèlc, et aussi utile. » Déjà le l" thermidor an V les théopliilanthropcs domandaicnt l'église du collège des Quatre Nations ; leur demande était, disaient-ils. appuyée par le ministre de l'Intérieur.
du département de la Seine, assurait aux théophilanthropes la jouissance de l'orgue pendant leurs cérémonies. Ils se servaient de l'église Saint-Laurent avec les chrétiens, et l'administration avait décidé qu'à 11 heures, ceux-ci devaient avoir terminé leurs cérémonies pour laisser l'église aux théophilanthropes. Ces derniers portèrent plainte, parce qu'un dimanche, l'oflice n'avait été terminé, disaient-ils, qu'à H heures 35 minutes; et qu'on avait ensuite fait un mariage dans la sacristie et dit la messe de midi. En conséquence, l'abbé Margarita qui faisait les fonctions de curé à Saint-Laurent, fut poursuivi. On l'accusa d'abord de s'être rétracté, car il avait offert le serment du 7 vendémiaire, en déclarant qu'on ne pouvait rien lui objecter, puisque la Constitution civile était supprimée : et cette déclaration avait été accueillie par erreur, disait-on. Puis on lui reprocha, sur la plainte des théophilantliropes, d'avoir contrevenu à la loi du M prairial, en administrant les cérémonies du culte « dites sacrement de mariage », dans la sacristie, pendant l'exercice du culte théophilanthropique, et de n'avoir pas terminé les offices à l'heure fixée. Pour tous ces crimes, le directoire prit, contre lui le 4 pluviôse, un arrêté de déporlalion. A Saint-Roch, les théophilanthropes faisaient leurs cérémonies les premiers. Le 5 nivôse, ils venaient de célébrer un service à leur manière pour le général Hoche ; un prêtre catholique, avant de commencer la messe, fit une aspersion d'eau bénite autour du chœur. Les théophilanthropes entrèrent dans une fureur épouvantable^ prétendirent que le prêtre avait procédé aux cérémonies de l'exorcisme pour outrager leur culte, et envoyèrent au bureau central une dénonciation aussi sotte que violente : « Le démon du fanatisme, disaient-ils, agile les torches de la guerre civile, et appelle les poignards de la proscription sur l'exercice du culte théophilanthropique » ; et tout cela au sujet d'une aspersion d'eau bénite! Des déclamateurs aussi ineptes et aussi impudents avaient le droit de se dire républicains à la mode du Directoire! Le bureau central de police fit comparaître devant lui le curé de Saint-Roch, le 1 1 nivôse an VI, et rendit ainsi compte de son interrogatoire
" A répondu qu'il y avait eu profanation faite vers le matin, par
LA PERSÉCUTION FRUCïlDORIENNE. 181
différentes femmes qui étaient assises sur le tabernacle, et ([ue c'est le motif qui a déterminé à faire une aspersion autour du cmir isic) qu'il n'en jette pas dans la nef parce qu'il ne l'occupe plus, que d'ailleurs cette cérémonie tient à leur culte, et que la loi leur permet d'exercer dans leur enceinte tout ce qui y est relatif.
« Sur ce qui lui a été demandé si l'aspersion dont il est question a été cause de quelque trouble, a répondu qu'il ne s'en était point aperçu, et a signé avec nous. Signé : Mary et Letellier. » {Archices na^,' F, VII, 7.367.)
Il n'y avait eu aucun désordre, les Ihéophilanthropes euxmêmes avaient été forcés de le reconnaître; et celte scène était la conséquence inévitable de la promiscuité des Églises. La liberté de conscience exigeait qu'un culte, obligé de célébrer ses offices dans une enceinte qui venait d'être occupée par un culte ennemi, pût, sans être inquiété, procéder à une cérémonie purificatoire, si son rituel l'exigeait. Ceci était tellement évident, que l'autorité n'osa point sévir pour ce motif contre le prêtre de Saint-Roch. Mais elle se réservait bien de le frappera la première occasion. Aussi le 17 nivôse, le ministre de la police écrivait au bureau central : « Je vous charge de faire surveiller rigoureusement cet individu, et de me rendre compte du premier sujet de plainte qu'il donnera contre lui. »
Les théophilanthropes, soutenus par les fonds secrets, se montraient alors aussi insolents que les constitutionnels en 1701 et 1792. Ils étaient tellement en faveur auprès du gouvernement, que certains fonctionnaires faisaient ouvertement de la propagande au profit de leur religion. Ainsi, le 10 frimaire, le commissaire près l'administration de Seine-et-Marne, adressait aux commissaires des cantons une très longue circulaire remplie de déclamations furieuses contre les prêtres, le fanatisme, la superstition, avec d'hypocrites protestations de tolérance. Il reprochait aux autorités locales leur lenteur à détruire tous les signes extérieurs du culte et à enlever les cloches. Les circulaires de ce temps sont toutes dans le même esprit et le même style, mais celle-ci a [mur luit de recommander aux autorités de propager le culte théophilanlhropique.
LE niRKf.Tou'.r.. — T. m. H
182 LE DIHECTOIBE.
« Je ne saurais assez vous inviler à favoriser de tout votre pouvoir, les réunions théopliilanthropes qui voudraient se former dans votre arrondissement. La propagation de ce culte raisonnable, serait peutêtre le moyen le plus sur d'extirper toutes les superstitions religieuses, ' sans aucune crise violente, et d'identifier la morale si défigurée jusqu'à ce jour avec les rapports sociaux, et le système politique. En attendant cette heureuse rccolution, il est bien essentiel de protéger la liberté de tous les cultes, d'encourager même à la réclamer ceux que le dorainantisme intolérant de la secte catholique avait em[)êché jusqu'à présent, et de les préserver de toute atteinte. Plus les sectes seront multipliées, moins aucune d'elles pourra se rendre dangereuse, et le ridicule de leur nombre, deviendra l'argument le plus victorieux pour consolider sur toutes le domaine de la raison. {Archives nat., F, VII. 7:^27.)
Celte dernière phrase, dans l'intention du commissaire, est destinée à amadouer ces l'onclionnaires ennemis de toute religion, qui trouvent le culte de La Révellière aussi ridicule que celui de Robespierre (1).
Immédiatement après le 18 fructidor, les prètrophobes se ruèrent avec transport sur la malheureuse Belgique. Appartenant à un pays conquis, son clergé avait beaucoup moins que t celui de France à se préoccuper de la légitimité du pouvoir.
Cette demande d'un serment n'était point pour lui la con-
(I) Un iiuliviclii (|iii sigiR' lî., cliol di' dixision i(U conseil des mines, rend eoiiiple au Diiectoirc, le; -2ti veiit(isc an VI, des eii'crls (|u'il a lails i)our établir eotle religion dans le déparlemcnl du Gard :
« Ce qui parait incroyable, c'est que j'ai éprouvé moins de diflicultcs de la part des catlioli(|nes (jue des protestants, (jui cependant professent un culte bien moins absurde que le romain, et qui a pour base |)rincipale la liberté de j/rnser. On me lait espérer (ju'aprés les élections, si elles sont vraiment rcpuhlicaines, il sera plus facile de ramener ces esprils trop fanatisés au culte do la raison et des lois. » {Archives nat., F, Vil. 73iti.)
Cet homme a bien tort de trouver suiprenant que des protestants sérieux soient plus difliciles à convertir à celte religion nouvelle que des catholiques passés au jacobinisme. Du reste, sa manière de comprendre la liberté de p('ns(,'r est tout à fait rt'volutionnaire : les protestants (|ui en usent |)our rester chrétiens sont j)Our lui des fanatiques, et l'on sait comment les républicains directoriaux ou non traitent ceux qu'ils qualifient de fanatiques!
LA l'ERSECLTlON l'IRCTIUORIENNE. IH.'j
tinuation des exigences schismaliques de Ja révolution: et comme aucun de ses membres n'était proscrit par des lois uiitérieures, il était tout entier appelé à le prêter, et le seul refus tlu serment de haine devait entraîner l'abolition du culte en Belgique. 11 avait donc des motifs sérieux de se montrer plus accommodant que le clergé français. Le Directoire le savait : aussi, tout en réclamant ce serment, il ne négligea rien pour le rendre odieux, dans l'espoir de déterminer ainsi un nombre immense de refus, ce qui lui permettrait de déporter beaucoup d'ecclésiastiques, et d'abolir le catholicisme en Belgique. Une fraction du clergé belge accepta le serment, mais elle n'eut pas à s'en féliciter.
Les évêchés de Bruges, Gand, Tournay, étaient alors vacants, et administrés par des vicaires capitulaires. Les évéques d'Ypres et de Ruremonde étaient retirés en AVestphalie, lévèque d'Anvers en Italie.
Le vénérable cardinal de Frankenberg, archevêque de .Malines, était alors le seul membre de l'épiscopat présent en Belgique; il était revenu en 179'). Ses dispositions conciliantes étaient bien connues. Sommé, le troisième jour complémentaire de l'an VI de prêter le serment du 19 fructidor, il répondit que la rehgion lui défendait positivement de prêter un serment de haine, « soit que cette haine se rapporte à la personne d'un roi, soit qu'elle regarde l'état de la royauté même ». C'est une action que Dieu défend rigoureusement sous des peines éternelles; mais « ni moi ni aucun membre de mon clergé n'aura la moindre difficulté de promettre à la République, même sous serment, de coopérer ni directement, ni indirectement au rétablissement de la royauté en France. » Le ministre de la police déclama avec fureur contre la doctrine antisociale professée par le prétendu archevêque de Mulinos. cl réclama sa déportation; et, le i" vendémiaire, le Direrloirc prit un arrêté de déportation contre « le nommé .Jean-Hi-nri Frankenberg. se disant archevêque de }Ialines{l). » Qu'importait
I) Il olait îigc de soixante-douze ans cl infirme. On n'eul pas m<ini; en\ors lui les menasements que la justice observe d'ordinaire à l'égard des plus vils criminels. Le Uireeloire, suivant l'Iiahilude des révolutionnaires, se vengea lâchement. Le -i'J veudéniiaire, Auger. son agent vint signitier au car-
184 LI:: DIRlil.TOIRE.
à ces gens-là qu'on leur donnât toutes les garanties imaginables en refusant leur serment par scrupule de conscience, puisque leur but en l'exigeant était de blesser la conscience! Ils voulaient d'abord l'expédiera l'île de Ré.
L'université de Louvain se prononça contre le serment. A Gand il fut accepté par deux vicaires capitulaires ; à Bruges, à Tournay et à Liège, par un seul. Les acceptants furent très blâmés par la majorité du clergé et des fidèles, et dans la suite très mal récompensés par le Directoire de leur soumission à ses exigences.
Toutes les lois françaises qui vexaient la religion devinrent exécutoires en Belgique. Dès le 5 vendémiaire, il est interdit très sévèrement au clergé et aux congrégations de porter leur costume religieux. Tout signe extérieur du culte fut détruit à la grande indignation des populations. Le 5 brumaire (26 octobre) le Directoire fait mettre sous séquestre, les biens, les presbytères, les églises des cures non desservies, et de celles où le culte serait exercé par des prêtres qui n'auraient pas prêté le serment du 19 fructidor; le 4, l'Université de Louvain est supprimée el toutes ses ricliesses scientifiques confisquées (i . I^e 15 brumaire an VI (5 novembre 1797), le Directoire, pour faciliter la persécution, prend un arrêté ordonnant aux administrations centrales de lui envoyer des tableaux indiquant les noms, prénoms, âge, demeure et ci-devnnt qualités de tous les prêtres, avec mention de la prestation ou non prestation du serment de baine du 19 fructidor : elles devaient désigner spécialement « les prêtres qui, à raison de leur ci-devant
dliiid l'aritHc de (lê|)i)rlalioii avant (|iiatrc liourcs du malin, cl les soldais le saisirent dans son lit, sans lui laisser le temps de s'iiabilier convenahlement. U était gravement malade; on lui permit seulement de se couvrir d'une roho de cliamhre, et on le jeta dans une voiture avec un frère infirmier. Il fut ainsi ronduit à lîruxcllcs, on il fallut absolument interrompre le voyage. Le commissaire près l'administration municipale de cette ville cerlilia au Directoire • Itiil avait (•l<' impossible à ses gardiens d'agir autrement.
« Il se trouvait fort mal lors de son arrivée. Son arrcstalion l'a tellement siiisi qu'il a fallu, nonobstant son grand âge, le .saigner deux fois pour prévenir une attar|ue d'apoplexie, dont trois officiers de santé le déclaraient menacé ». {Archives, F, VU. 7302.) Deux jours plus tard, après de nombreuses avanies, son escorte le conduisit à Kevelaer, en Prusse, où elle le laissa.
(1) La loi du a frimaire supprima les congrégations éfiargnécs.
LA l'EHSÉCLTIO.N FRUCTIDORIENNE. IS'i
supériorité, ou par tout autre moyen, avaient influencé les antres prêtres dans le refus de serment dont il s'agit. - Tout prêtre qui depuis la publication de la loi du 19 fructidor, aura quitté son domicile ordinaire, devra déclarer aux autorités son nouveau domicile et en justifier par des certificats en bonne forme; sinon il sera inscrit sur la liste des émigrés, et fusillable par ce seul fait.
Le Directoire prit bien vite contre le clergé belge un nombre immense d'arrêtés de déportation. Les prêtres qui avaient prêté le serment du 19 fructidor, mais avaient ensuite exercé leur ministère sans se plier à certaines exigences anticallioliques, furent traités comme les autres. Ainsi le 18 nivôse, Laurent Mille, ex-pléban de Sainte-Gudule de Bruxelles, est déporté par le Directoire, bien qu'il ait prêté le serment, et même publié une brochure pour prouver qu'il était parfaitement licite. Dans cette écrit il se donne bien du mal, on peut dire qu'il sue sang et eau, pour donner au mot haine un sens que les chrétiens puissent accepter. Et le Directoire récompensait ce brave homme de toutes ses subtilités par un arrêté de déportation! 11 est vrai qu'en rappelant aux chrétiens leurs devoirs envers un gouvernement de fait, il avait écrit : « Le catholique doit obéir à l'autorité qui commande, fut-elle discole, usurpatrice ou tyrannique. » Or, le directoire ne voulait pas de soumission passive, le prêtre devait se prosterner devant son autorité et l'encenser publiquement. Mille dut sa déportation à Mallarmé, ex-conventionnel devenu commissaire près le département de la Dyle. Pendant la Terreur, ce jacobin avait été un proscripLeur acharné et il voulait traiter les prêtres belges comme il avait iraité les prêtres français.
Un chanoine de Gand nommé Degrave, fut déporté, le 22 frimaire avec de nombreux ecclésiastiques dont sept chanoines et six curés de Gand. Il avait prêté le serment du 19 fructidor, et même écrit pour engager ses confrères à le prêter; sou dossier démontre que son vrai crime est de n'avoir pas soutenu aux élections les candidats officiels. Comme il était septuagénaire, le Directoire, eu égard à son âge et à son zèle pour le serment, décida qu'il serait seulement déporté au delà >U\ Hhin.
Mallarmé avouait dans sa correspondance que les populations élaient extrêmement irritées. Le 15 frimaire, il écrivait au ministre de la police :
« Ce n'est pas seulement au milieu de la fange sacerdotale, que s'élève une secte désobéissante; mais il est certain que cette secte a des disciples au milieu du peuple ».
Et il propose des déportations; le 0 nivôse, il écrit encore :
« Vous verrez quel est l'esprit public qui y règne, combien peu les lois françaises sont exécutées. Les prêtres, les horribles prêtres de Rome, ein]ioisonnent tout, ils infestent les cantons, et entraînent les individus, les fonctionnaires à la désobéissance. » {Archives, F, VII, 7308.)
Le Directoire déporta avec grand fracas, le 28 vendémiaire, Havelange, recteur de l'université de Louvain , et deux oratoriens, pour avoir exorcisé une fille qu'ils croyaient possédée du démon, « considérant que ces trois ax-prôtres, en employant les moyens les plus honteux pour égarer le peuple et le mettant sous le joug du fanatisme, troublent l'ordre public, etc. » Havelange, envoyé en Guyane, fut bientôt tué par le climat. Le Directoire en l'an VI déporta au moins quatre cent cinquante-sept prêtres belges (1), il procéda beaucoup par fournées ; ainsi le 14 pluviôse, il déporte vingt-neuf prêtres à la
(1) 1,0 28 vondrmiairc il déporte deux prêtres de la Meusc-Inlërieure et trois de la Dyle; leO brumaire, deux de Sainl)re-el-Meuse; le 13, trois licis Forêts; le 1'' frimaire, cinq de la Dyle. deux des Forêts; le 2-2. douze de l'Escaut, un de Namur; le 2'>, onze des Deux-Nèlhes; le 28, un de.)cmmapcs;le 14 nivôse, (|iiatn; de la I)>le; le 18, Mille de Saintc-Gudulc; viennent ensuite (luelques arrêtes individuels, mais le l'p pkniôse une fournée de vingt-neuf prêtres de l'Escaut, et le 28 une autre de ti-ente-liuil prêtres de la J.ys ; le 2i ventôse, le Directoire en déporte encore deux de ce déparlement, et deux autr(;s de la Dyle.
En germinal, il déiwrte seulement le 12 deux prêtres de la Dyle, et trois autres le 15, avec cinq prêtres de la Meuse-Inférieure, etlclCun de l'Escaut; le 2'< noréal un jirêtre de la Dyle, et un de la Meuse Inférieure. Le 12 prairial, grande fournée comprenant soixante-cinc) prêtres des Dcux-Nêlhes, deux de l'Escaut, un de la Meuse-Inférieure.
Le !'"• messidor, deux des Forêts, deux de .lemmapes, un de la' Dyle; le 12 '/ uati-e-tnnf/t-deux prvln^s de Sambre-el-Meuse ; le 28, liuit encore de ce déparleiiient et huit de l'Escaut. Le 2 thermidor, un de .Iemma|)es, treize des Deu\- Nethes, sejjt de la Dyle. Le i fructi<lor nouvelUî fournée ; six de la Dyle, vingtneuf do la Meuse-Inférieure, vingt-et-un de Sambre-et-Mcuse, cinquante-six de l'Escaut; le 22, liste supplémentaire de trois de .lemmapes, deux de la Lys, un (le la Dyle, neuf de Sambrc-et-Meuse, et le 4" jour complémentaire , un prêlre de Sanibre-ct-Meuse et huit de la Lys. {Arch. nat., A. F3, reg. 9, 10, H, 1-2.)
LA PERSECCTION FRUCTIDORIHN.NE. JS7
fois , le 28 trente-huit, le 12 prairial soixante-dix, le 12 messidor quatre-vingt-dix, le 4 fructidor cent douze, et tout cola n'est rien à côté des déportations de l'an VIL Fort heureusement la plus grande partie des condamnés, grâce à la connivence des populations, échappa aux persécuteurs. Tous ces prêtres fugitifs allaient de cachette en cachette, et exerçaient leur ministère nuitamment au milieu des plus grands dangers.
Pendant la seconde moitié de Tan VI, le Directoire sans tenir compte de la consultation de Proudhon à laquelle il avait paru d'abord se rallier, fit encore fusiller plusieurs prêtres par les commissions militaires ; ainsi, le 14 mars (24 ventôse) par la commission militaire de Grenoble : Bertrand curé de Notre-Dame du Lons près Briançon; par celle de Nancy, le 10 avril (21 germinal), SigisbertThouvenin,prémonlré, et le l""" mai (12 floréal), Antoine Lothinger, chartreux, à Lyon ; le 1 1 juin (23 prairial), Antoine Boutelier; à Besancon, le 27 juin [U messidor), Delapierre, chantre du chapitre de Baume, elle 30 juillet (12 thermidor), Bertin-Mourot, vicaire àDarney ; à Colmar, le24jniIIiM (0 thermidor), Jean Bochelé , vicaire; le 12 août (2o Ibermidor) l'abbé Nicolas, curé de Saint-Baudier, et le lendemain l'abbé Maucolin; au Fuy, l'abbé Mermet, curé de Saint-Ferréol, à Marseille; le 31 août (14 fructidor), l'abbé Garagnon, et le 3 septembre, Antoine Emeric, vicaire à Aix; et le 7 (21 fructidor), à Grenoble, l'abbé Lunel, curé du Bois, tous déportés en 1792 et rentrés depuis pour exercer le culte i I i.
Malgré toutes ces exécutions, et plus de quinze cents déportations directoriales, sans compter celles qui étaient effectuées d'après les anciennes lois, malgré la chasse aux prêtres exercée avec rage dans toute la France par des autorités recrutées exclusivement parmi les prêtrophobes les plus exaltés, le Directoire fut obligé à la fin de l'année d'avouer que sa furieuse campagne contre la catholicisme n'avait abattu le courage ni des prêtres ni des fidèles.
Le 18 messidor an VI, les Conseils voteront nn.> loi sur les visites domiciliaires afin de faciliter la chasse aux prêtres et demandèrent en même temps un rapport sur r.tpplic.ition de
(I) V. Viclor Pierre, La Terreur sous le Direrlnirr. y. Lis.
1<S8 Lli inilECTOIHE.
la loi du 1!) fruclidor. Ce rapport fut présenté le 29. Le Directoire reconnaît que beaucoup de personnes favorisent les proscrits, et que la loi du 22 germinal an II sur les receleurs de prêtres est inapplicable à cause de son extrême rigueur. Le voleur, l'assassin sont des ennemis publics, ils ont toujours des dénonciateurs, « qui trouvent leur récompense dans l'espoir de délivrer leur pays du fléau qui les ravage; mais, fléaux plus redoutables que les voleurs et les assassins, les prêtres fanatiques sont 7nallieureusement loin (V inspirer les mêmes sentiments » (1). Cette théorie n'est pas tirée d'un discours de clubiste, ou d'un député prêtrophobe qui devrait être seul rendu responsable des extravagances et des infamies qu'il lui a plu de débiter; mais d'un rapport officiel du gouvernement, signé par son président Merlin, et qui a pour but de répondre à une interrogation posée dix jours auparavant ! Toui cela est prémédité et fait à froid! Le Directoire reconnaît qu'il est parvenu seulement à faire arrêter la moitié des prêtres qu'il a condamnés à la déportation. Le nombre des ecclésiastiques frappés par les anciennes lois , et qui se cachent est encore plus grand. Imposer une amende à toute commune où un prêtre est arrêté serait peut-être un bon moyen. En un mot, le Directoire, après dix mois de persécution à outrance, avoue que la loi du 19 fructidor n'a pas produit les résultats attendus, et qu'il en faut encore une nouvelle, dont l'efficacité est problématique. Mais ce gouvernement, non content de persécuter les catholiques dans leur foi, de s'ingénier à rendre l'exercice de leur culte impossible, voulait en outre leur imposer son culte ollicicl, le culte décadaire. Gomme ce mode de persécution a donné lieu à des lois très importantes, à de nombreux arrêtés, qui ont été cause d'une multitude innombrable d'actes tyranniques et de vexations, nous serons obligé de l'étudier à part. En attendant, nous allons essayer de donner une idée du sort des prêtres déportés en Guyane.
Les ecclésiastiques qu'on avait pu arrêter étaient conduits
(1) Débats et décrets de messidor, an Vf, ji. .'JOO.
LA rKRSÉnrriON fhcctiimirienm^ 181)
par la gendarmerie de tous les points de la France, ù Hocliefort ou à la Rochelle, de brigade en brigade, souvent à pied, avec des menottes aux mains, ou entassés dans des charelles; ils étaient jetés, pour passer la nuit, dans une prison infecte, souvent volés de leurs pauvres effets, presque toujours indignement pressurés. Le temps de la Terreur était tout à fait revenu pour les prêtres : souvent les malheureux proscrits étaient traités avec une barbarie ingénieuse par des misérables, déjà très exercés àla persécution, et aussi par des lâches qui tremblaient de peur à l'idée d'être notés comme favorables aux prêtres et au fanatisme. En revanche, on vit aussi des actes admirables de tnurage et de dévouement.
Les prêtres condamnés à la déportation, soit en vertu des anciennes lois, soit par le Directoire, furent d'abord expédiés à Rochefort. Bientôt l'encombrement fut grand dans les deux prisons de Saint-Maurice et de l'hùpital de la marine. Les détenus, prêtres pour la plupart, y étaient absolument entassés; ceux de la chapelle Saint-Maurice vivaient dans une atmosphère tellement infecte, que la municipalité leur avait permis de prendre l'air deux heures par jour dans le jardin. On leur donnait du pain noir plein de gravier, qui leur cassait les dents, et un peu de mauvaise viande (Ij qu'ils auraient été obligés de manger crue, ou de laisser, si des personnes charitables de la ville ne l'avaient pas fait cuire pour eux. Ceux qui pouvaient acheter quelque chose aux geôliers étaient obligés de subir les extorsions les plus odieuses.
Le 7 frimaire an VI (27 novembre i7!17 , le ministre de la marine prévint le commandant des armes de faire secrètement tous les préparatifs nécessaires pour embarquer les prisonniers sur la frégate la Charente, et la corvette la îlcrgère qui devaient les conduire à Cayenne. On attendit asse/. longtemps. Le \ mars suivant, trois journalistes proscrits : Isidore
(1) . On nous sert, dit le chanteur Ange Pitou, enferme avec les prêtres, un I)ain noir dans le(iuel nous trouvons du gravier (lui nous l>risu les dents, des l>ailles, des elieveux et cin(|uantc immondices : on croirait «|ue le hnulanger l'a iiélri dans le panier au\ balayures. On apporte en nuMue temps une t.le de biruf, quelfiucs fressures, et un gigot de vaciiequi parait tuée d.-puis .|uin/e jours, et arracliée à la gueule des chiens voraces <|ui se la dispulaieni à la voirie... • (Voyage â Caycnnr. I. I. p. M-)
11)0 LE DIRECTÛIHE.
Langlois, Jardin, et llicher Serisy, qui avaient acheté le concierge, s'évadèrent de la prison. Il était temps, car dix jours après, le 25 ventôse, un convoi de cent quatre-vingt-deux déportés parlait pour la Guyane.
Quelques jours avant le premier embarquement, les prêtres entassés dans leurs prisons avaient demandé à être détenus moins étroitement, et la municipalité leur avait répondu ironiquement qu'ils seraient l)ientôt plus au large. Soixante-quinze prêtres étaient entassés les uns sur les autres dans la chapelle ; l'air était à peine respirable. La veille de l'embarquement, ils ouvrirent vers le soir leurs fenêtres pour le renouveler: une sentinelle cria : «Fermez, ou je fais feu. » Ils répondirent : « L'infection nous tue. » Le soldat les menaça une seconde fois, et tira au moment où ils fermaient les fenêtres. Le lendemain, ils furent embarqués (I).
(' Le jour de l'onibarquemenl, une troupe armée et nombreuse conduisit les prisonniers au port. Us furent mis sur la frégate la Charente, destinée à les transporter. Les chambres n'étaient pas assez spacieuses pour recevoir tout le monde; il fallut y placer deux plans ou étages de hamacs. Us étaient trop courts, et ils se touchaient. On peut juger de l'infection qu'on y éprouvait, et de la difficulté de se mouvoir dans un tel encombrement.
« Dès la première nuit, des hamacs supérieurs furent arrachés par le poids de ceux qui se couchèrent. Ceux qui étaient dessous furent bless('S. Les habits, les sacs, les valises étaient épars de tous côtés. Le jour parut, mais sans pénétrer dans ce cachot, et la confusion ne fut pas diminuée; quelques-uns perdirent plusieurs fois connaissance (2). »
Le commandant traita les déportés avec humanité ; il renvoya
(1) « Voici, dit Ange Pitou, le tableau de notre local et de notre existence. I.a salle a 4^2 pieds de long, et «Ode large, pour so personnes qui n'en sortent (|ue deux heures par jour; elle est entourée d'un marais pestilentiel. Dans l'intélieur ne se trouv(uit point de lieux d'aisances ■. on est forcé d'y vaquer à ses besoins : jour et nuit un nuage rougeàtre s'élève des senlincs; il gène la respiration, nous occasionne des lassitudes et des sueurs : il rend le sommeil accablant et nuisible. Nous sommes ensevelis à demi-vivants dans l'omre de la mort. » [Voyage a Caycnne, p. .'>3.)
(-X) BAKBii-MAiinois, Journal d'un drporlé. Ces détails lui furent racontés en Guyane par ces prêtres devenus ses compagnons de captivité.
LA rERSÉClTIOX FRUCTIDORIKN.NE. Ifl|
à Ruchefiirt l'un deux qui était fou, et avec lui sept infirmes; mais le commissaire du Directoire les remplaça par dix-neuf autres détenus, dont six étaient sexagénaires. Le nombre des embarqués fut doncporti' à cent ([uatre-vingt-treize, dont cent cinquante ecclésiastiques ; l'un d'eux était simplement tonsuré et déporté à la place de sitn frère. Deux des membres des Cinq- Cents, proscrits le 19 fructidor, J. Aymé et Gibert des Molières, arrêtés depuis peu, étaient déportés avec eux ainsi que lejournaliste Perlet, et le fameux chanteur des rues Ange Pitou. On avait joint au convoi plusieurs émigrés rentrés, ofTiciers pour la plupart, et une vingtaine d'hommes d'une situation modeste, déportés les uns comme émigrés, les autres comme chouans; on avait, en outre, mis avec eux cinq voleurs ; à bord on les appelait les cinq directeurs.
Le \^' germinal (21 mars), la Charente leva l'ancre, mais elle fut à la fin de la journée attaquée par trois vaisseaux anglais. Après un combat très opiniâtre, la Charente démâtée, horriblement maltraitée, fut obligée de rebrousser chemin. Le ministre de la police écrivit qu'il ne voyait « qu'une impérative urgence pour effectuer la déportation fl* ». Les proscrits furent donc laissés dans ce vaisseau, et y vécurent un mois, absolument comme sur un ponton; le 22 avril seulement, ils furent empilés de nouveau sur la Décade. Comme ce navire était plus petit que la Charente, le capitaine fit observer qu'il lui serait difficile d'y faire tenir le môme nombre de condamnés; les autorités répondirent que bientôt la mort éclaircirait les rangs des prisonniers, et qu'au bout d'un certain temps ils seraient beaucoup plus à l'aise. Pendant la nuit, quelque--uns -échappaient pour respirer sur le pont, car l'intérieur du navire était une véritable fournaise; mais les matelots les chassaient brutalement et les faisaient redescendre, en chantant ce refrain : « Descendez, tyrans, au tombeau. » La Décade arriva à Cayenno le 0 juin 17i)8 (21 prairial an VI . On ne commença à débarquer les déportés que le L'L Mais il leur fut permis de rester quelque temps à Cayenne pour se remettre des fatigues de cette dure traversée.
(1) Arch. nal. F. 7-7.'$80.
102 LE DIIIKCTOIUE.
D'après les ordres qui lui furent apportés parla Bécade[i), Jeannet assigna pour résidence aux déportés Gonamana, l'un des endroits les plus malsains de la Gu3'anne. On ne pouvait éviter ce séjour pestiféré qu'en trouvant un colon de bonne volonté qui se rendait, par acte authentique, responsable de ceux dont il se chargeait, et leur assurait leur subsistance. De généreux colons sauvèrent ainsi une partie des déportés. En attendant, on mit les autres à Sinamary, à Kourou, à Oyapock, et plusieurs d'entre eux furent rapidement enlevés par la fièvre. Havelange, le dernier recteur de l'université de Louvain, mourut à Sinamary (2).
Rien n'était prêt à Gonamana : on y construisit à la hâte des carbets, et le 5 août quatre-vingt-deux déportés furent empilés sur le pont d'une goélette, la traversée dura trois jours. Dès leur arrivée à Gonamana, les malheureux proscrits ne purent conserver aucune illusion sur le sort qui les attendait. L'aspect seul du pays était lugubre, leurs cases n'étaient pas terminées, on leur donna pour unique nourriture du biscuit et des salaisons. Bientôt Gonamana, suivant l'expression de Barbé Marbois, ne fut plus qu'un cimetière!- Le 30 novembre 1799, vingt et un mois après, il ne restait plus que 39 déportés de la Décade sur 19.'} !
Le 30 germinal an VI, le ministre de la police, Dondeau, annonça aux administrateurs que les déportés seraient transférés à l'île de Ré, parce que la citadelle de Rochefort avait besoin de réparations et que les évasions étaient fréquentes. Les pa-
[\) La Z>('(;«d(? reparlildc la Guyane, amenant prisonnier rAmcricain Tilly(|iii avait secondé la luilc de Pieliesru et de ses compagnons, mais elle l'ut pi-iso par les Anglais le 0 fructidor (2.'î août 1708); son commandant fut ensuite destitué i)ar le conseil maritime de Kocliefort, pour impéritie.
(-1) On envoya dix prêtres de la Décade à Sinamary : ils furent tous dangereusement malades. Le i)liilosophe mod(^ré Barix; Marbois fait le i)lus grand éloge d'IIavelang(! : « C'était un homme de mœurs simples et douces et d'une conduite austère; avare à l'excès lorsqu'il s'agissait de dépenses que son ûgeetsa maladie demamlaient, il prodiguait son superflu et donnait même une partie de son nécessaire aux pauvres. » H le vit mourir saintement comme tant d'autres prêtres. « Jamais on ne vit plus de résignation, de f<!rmetê et de vcritaltle piété; j'en ai entendu qui, à l'article de la mort, mentionnaient dans leurs prières leur laiialiquc! |)ersécut('ur la Kévcllière, le fondateur de la secte épliémèrc des Tliéophilanlhropes, et invoquaient le Dieu des chrétiens pour lui ». [Journal d'un itrjtorir, t. II. a't-25).
LA l'EHSKCrTION FRlTTiriORlENNE. lO.'}
rents des détenus, disait le ministre, affluaient à Roclit-f.irl, et rendaient la surveillance très difficile. Cependant, il y eut encore des évasions de l'île de Ré (1). Dans cette île, les prêtres avaient pour compagnons de captivité des laïques condamnés à la déportation pour des motifs politiques, ou des crimes de droit commun. Mais ces derniers, du moins, avaient comparu devant des juges!
La vie des prisonniers de l'île de Ré était extrêmement pénible, et les préparait trop bien à la misère affreuse qui les attendait en Guyane. Les documents officiels en fournissent la preuve. Ainsi, le commissaire Bouju, écrivait le 10 floréal an î VI, au ministre de la police, à l'occasion du transfèrement de Rochefort à l'île de Ré, qui avait été ordonné tout à coup sans qu'on eût fait le moindre préparatif :
« ... La sûreté des prisonniers est ce qui nous donne le moins
d'inquiétude : il n'en est pas de même des subsistances à fournir.
D'abord, citoyen ministre, nous ne pouvons donner que delapailh',
\ du pain et de l'eau. L'intention du gouvernement est-elle qu'ils soient
réduits à ce traitement? Jusqu'à ce jour, ceux qui ont été envoyés ici
n'ont reçu que la ration d'une livre et demie de pain, et daiis un pays
où l'air dévore ses habitants, cette ration est insuffisante. Ce fait bien
reconnu par notre administration municipale, elle a arrêté qu'à
compter de demain, la ration serait portée à deux livres. A I\oche-
; fort, ces détenus sont nourris au compte de la marine, et ils y recoi-
i vent sa ration de bord, qui est d'une livre et demie de pain, d'une
ij portion de viande et d'un verre de vin. Je vous prie, citoyen minis-
' tre, de vouloir bien me transmettre des ordres qui m'autorisent dans
ma conduite à cet égard. Je vous observe encore que nous n'avons
nimatelas, ni draps^ ni couvertures à noire disposition, et crois devoir
vous prévenir que, sans ordre du ministre de la guerre, nous n'ob-
.• tiendrons rien des effets de casernement qui sont ici . » {Archices nat. ,