EUGÉNIE, ALPHONSE
eugénie, vivement.
D’abord, Alphonse, je dois vous prévenir que ce que vous avez pu prendre pour un consentement tacite est l'effet d’un hasard, d’une maladresse, et non de ma volonté.
ALPHONSE
Vous refuseriez de m'entendre !
eugénie.
Je suis fort en colère contre vous... j’espère, mon cousin, que ce sera la dernière fuis que vous aurez l’imprudence de m'écrire, je n’ai point autorisé une correspondance.
ALPHONSE
Et qu’a-t-clle donc de si coupable, cette correspondance?
EUGÉNIE
Il faut bien qu’elle le soit, puisque je n’oserais la montrer à mon mari.
ALPHONSE
Votre mari!... quand j’entends prononcer ce mot-là j’ai de l'humeur pour toute la journée ! et encore, là, tout-à-l'heure, devant moi, vous aviez pour lui des attention»; il ne vous manquait plus que de l'embrasser.
EUGÉNIE
C’est ce que j'aurais fait s'il me l’avait demandé.
ALPHONSE
Mais vous voulez donc me faire mourir?
EUCÈNIE.
Je veux que vous soyez raisonnable, et que vous cessiez de me tourmenter.
ALPHONSE
Pourquoi ne pas dire tout de suite que vous me haïssez, que vous me détestez ?
EUGÉNIE
Vous savez bien le contraire.
ALPHONSE
Si je le savais!...
EUGÉNIE
Quand ai-je manqué d'amitié pour vous? Vous seriez fort embarrassé de le dire, et peut-être ai-je à me reprocher de vous avoir témoigné trop d'intérét.
ALPHONSE
A moi ?
EUGÉNIE
D'avoir eu la faiblesse d’écouter des paroles que je ne devais pas entendre, d'encourager par mou silence des sentimens que je ne puis partager.
Il y a six mois, vous parliez différemment.
EUGÉNIE
Il y a six mois, il entrait dans les projets de ma mère de vous nommer son fils.
ALPHONSE
Et vousn'avez pas eu de peine à changer comme elle!
EUGÉNIE
J'ai dû lui obéir. 9
ALPHONSE
Et moi, je suis resté fidèle A un amour que vous avez oublié, trabi. ..
Eugénie, avec douceur.
Tenez, mon cousin, je vous en conjure, ne revenons plus sur le passé : il n'est pas en notre pouvoir de rien changer A ce qui existe; des circonstances que vous ne jugeriez pas avec impartialité ont décidé ma famille A accepter ce mariage; n'oubliez donc plus que votre cousine sc nomme maintenant M m0 de Courcelles, et que ce nom lui impose des devoirs.
alpuonse.
Vous n'étiez pas libre quand vous avez contracté ce mariage; c'est malgré vous que vous avez épousé M. de Courcelles : vous n’avez pas pu lui promettre de l'aimer.
EUGÉNIE
Si.
ALPHONSE
Eh bien! celte promesse...
EUGÉNIE
Je la tiendrai, monsieur.
ALPHONSE
Mais songez donc que je refuse tous les partis qui me sont offerts.
eugénie, avec bonté .
Pourquoi?... puisque mon sort est fixé?
ALPUONSE.
Pourquoi? parce que je vous aime, parce que je suis sûr qu’au fond du cœur vous êtes plus touchée de ma tendresse que vous ne voulez le paraître.
EUGÉNIE
Oh! que j'ai donc eu tort d’avoir cédé aux instances de M. de Courcelles ! car c’est lui qui m’a pressée de vous écrire pour que vous vinssiez passer les vacances avec nous... moi, je m’y étais opposée: je craignais de vous revoir, je tremblais que votre vue ne réveillât en moi des souvenirs...
ALPUONSE.
Ah ! vous ne les avez point oubliés !
eugenib, avec abandon.
Alphonse, je ne m'appartiens plus, contentezvous zle mon amitié.
ALPHONSE
Yotre amitié... quand mon amour pour vous est plus violent, plus sincère que jamais !... Oh! non, vous n’avez pu baunir de votre pensée ces jours de noire enfance, où, destinés l’un A l’autre, nous échangions des noms si doux ; où, dans la coufiancela plus intime, nous rêvions ensemble un avenir de paix et de bonheur... alors vous ne sépariez pas votre existence de la mienne... votre coeur partageait toutes mes espérances ; assiso A mes côtés, vous vous «nissicz A mes projets, vous en formiez vous-méme...
eugénie, émue, voulant l'arrêter.
Alphonse, mon ami...
ALPUONSE.
Ah! que do fois vous l'avez prononcé, ce mot qui m'enivrait des plus douces illusions ; que de fois j'ai pressé dans la mienne cette main qui devait un jour m'appartcuir . .
ecgenie, encore plus émue.
Ah! taisez- vous, taisez-vous de grAce !... si l'on vous entendait..
ALPHONSE
Eh bien ! oui, oui, je me tairai... promettez de m’écouter ce soir.
Mais c’est ma perte 'que vous me demandez!
ALPHONSE
Votre perte! moi qui vous respecte autant que je vous aime ! qui donnerais ma vie pour vous épargner un chagrin, Eugénie... Eh! ne savezvous pas que le mystère le plus profond enveloppera celte entrevue .. qu'un serret inviolable, que ! personne au monde ne pourra soupçonner... (Avec i passion.) Eugénie...
eugénie, ù demi-vaincu*.
Eb bien ?
Alphonse, la pressant.
Eh bien !...
Au moment où l’on voit qn’elle va dire : J'irai , arrive
M. de CahriiIIn.