‹ Le Discours de rentrée, comédie vaudeville en 1 acteChapitre 9 sur 25 · TOUS LES TROIS · texte numérisé non relu

TOUS LES TROIS

Tué !•■

EUGÉNIE

Lai !

M. DE COURCELLES

Et sait-on la cause?

GERMAIN

Ah I dam! on Tait courir bien dos bruits; mais il parait que c'est une affaire de ménage.

M. DE COURCELLES

On se tue aujourd'hui avec une facilité... Au fait, quand on n’a pas le courage de sa position t...

ALPHONSE

Ahl monsieur de Courcelles... y pensez-vous, se tuer est une lâcheté.

M . DE COURCELLES

Pas toujours.

ALPHONSE

Air :

Alt ! c est toujours uu acte de («ibln»

Que de creuser ioi-niéme son tombeau.

M. DE CO U ICE LL ES

Combien de gens plongé* dans la tristesse.

Pour qui U vie est un bien lourd fardeau!

ALPHONSE

Quand oous ployons sous le fais du bagage,

brt a cent fois plus de courage humain

A le porter jusqu'au bout du Voyage

Qu i le jeter au milieu du ebemiu.

M. DR COL’ (SCELLES

C’est singulier; je n’ai pas connu d'homme plus gai que ce pauvre Ducbàtel... et Unir aussi tristement !... il règne je ne sais quoi dans l’air... Le suicide est deveuu une épidémie.

ALPHONSE

Dont nous nous garantirons, je l’espére.

H . DR COURCELLES

Ma foi, on ne peut plus répondre de soi.

Ah ! mon ami, que dites-vous là?

M. UE COI'RCELLES.

Après un exemple pareil!... qualre-vingt mille livres de rente, soixante ans, une belle sauté... delà considération... une femme jeune et jolie... ni pair de France, ni député... L'homme le plus heureux!... on n'y conçoit rien.

germain, apportant la labié au milieu de la scène.

11 laisse une belle furtunc à sa veuve!... ( entre ses dents ) ça fera le bonheur d'un jeune.

On ae place.

M . DlB COL* tic ELLES.

Allons, c’est un tuai sans remède... toutes nos doléances n’y feront rien... le plus sage est de n’y pas penser, (iu domestique, tendant son verre.) J’ai une soif... un appétit... de chasseur malheureux.

eugénie.

Vous avez donc bien couru ce matin ?

M. DR COl’RCRLLES.

Moi!

Ata du ■vaudeville de T Avare.

A cinq heures j 'étais en plaine.

Kl, malgré met efforts confiant.

Je n’ai fait qu'une course vaine.

J'ai perdu ma poudre et mon temps ; (bis)

Je u'ai rien pria dan* ma tournée.

Rien pris!... voua convieodrcs, je ervi.

Que pour un procureur du roi C'est mal commencer l« journée.

M. DR CÔL-RCRLLBS.

On so rattrapera, monsieur le faiseur d’épigrammes; et pour commencer, je le mets en accusation devant ta cousine.

ALPUONSS.

Moi!

eccénib, contrainte.

En accusation devaul moi !

M. DE CoenCBLLES.

L’affaire est de votre ressort et rentre parfaitement dans vos attributions.

ALPHONSE

J’espère que ma cousine aura plus d’indulgence que vous.

EUGÉNIE

Vous savez donc de quoi vous êtes accusé?

U. DR COl'RCRLLES.

S’il le sait!

ALPIIOHSS.

Imaginez-vous, ma cousine, qu’il est passé par I la tête de ma (ante Ducray l'idée la plus folle, la plus extravagautc... elle veut me marier.

EUGÉNIE

Vous marier!

ALPHONSE

À une personne que je connais à peine.

M. DE COL’RCRLLES.

À M ,,# Lefèvre, la lille de l’avoué d'appel chez | lequel nous avons été en soirée l’hiver dernier... une jeune persouue pleine de talens, qui chaule adinir.iblcmentle petit François... le premier avoué de Paris .. pour la fortune.

EUGÉNIE

El vous refusez?

ALPHONSE

Quand elle aurait uu million! du reste, elle n’esf pas jolie.

H . DE COl'RCRLLES.

Je comprends, il te faudrait uuc femme comme la mienne, par exemple; aticuds qu'elle soit veuve.

ALPHONSE

Je ne suis pas disposé à me marier maintenant.

M. DE COURCELLES

Alors, U y a quelque aüiouretle sous jeu.

ALPHONSE

Dites un amour profond, véritable.

Eugénie , cherchant û 1‘ excuser.

Ah I s’il est vrai que mon cousin...

m. de courcelles, à sa femme.

Ëst-ce que vous croyez cela? S’il éprouve un amour profond, véritable, ce doit être pour une personne libre et digne de cet amour-là... Eb bien, qu’il la nomme! si elle est d'une bonne famille, n’eût-clle que vingt-cinq mille livres de rente, je me charge de la lui faire épousér.

Alphonse, souriant.

Pardon; mais ce secret-là n’est pas le mien.

M. DE COURCELLES

Alors je reviens à ma première idée; c'est un caprice, une amourette, une de ces passions d* vingt ans, dont on rougit à vingt-cinq.

ALPHONSE

Ah ! monsieur !...

H. DE COCRCELLES.

Tout le monde a eu de ces malheurs-là une foi» dans sa vie... elles sont quelquefois si séduisantes!

ALPHONSE

La femme que j’aime est digne des hommage*..»

M. DE COURCELLES

De l’univers; c'est passé en proverbe.

ALPHONSE

Jamais ou n'eut plus d'attraits, d'eepïif.

MAGASIN THEATRAL

grâce».. . Oh! ma vie, ma vie! elle me la demanderait, et je lui dirai» : Prenez-la!

On se lève.

M. DE COL'RCELLRS.

Et c'est pourtant avec ces grands mots qu’on leur tourne la tête, f A sa femme.) Prenez garde, Eugénie, vous laissez tomber votre mouchoir.

EUGÉNIE , troublée.

Aht monsieur 1 ( regardant Alphonse ) c’est bien sans le vouloir.

M. DF. COl'RCE LLtS

C'est une chose toute simple quand on n'y fait pas attention... Eh bien ! j’ai vu dans le monde plus d'une femme se servir de ce moyen- là pour donner un rendez-vous.

ALPHONSE

Vraiment î

H. DE COURCELLES

Vous ne concevez pas cela, vous autres! surtout Eugénie... Eh bien, encore aujourd'hui, les ruses les plus simples sont celles qui réussissent le mieux I... Comment voulez-vous qu’un pauvre diable de mari aille s'imaginer qu’un mouchoir qu'on laisse tomber, là. devant lui, veut dire: Oui, j’irai, ou, je n’irai pas? On serait depuis vingt ans de l'Académie des sciences morales qu’on ne se douterait pas du sens caché de ce mouvement télégraphique! Mais nous autres, procureurs du roi, nous attachons une pensée, une pensée criminelle aux actions les plus insignifiantes, c'est notre état, et voilà pourquoi nous arrivons quelquefois à découvrir les secrets les moins extraordinaires. (A Alphonse.) Je ne te demande pas le tien, entété, mais je le saurais bientôt si je voulais m’en donner la peine.

alphohbb , souriant.

Mais vous ne chercherez pas à le savoir.

H. DE COURCELLES

A condition que tu le diras à ma femme.

EUGÉNIE

A moi!

M. DK COURCELLES.

Oui, ma bonne auiie.

germain , entrant.

Monsieur, le maçon est là, qui dit que monsieur lui a donné rendez-vous.

m . dr courcrlles , regardant sa femme.

C’est vrai, qu’il aitcndc. (Germain sort; Courbettes continue à sa femme.) Écoulez: vous avez «le l'amitié pour Alphonse, c’est tout naturel litre jeunes parens, et dans cette occasion vos conseils peuvent lui être fort utiles; lâchez de lui faire entendre raison; moi, je vous tiendrai compte de tout ce que vous aurez fait pour le guérir d'un caprice qui lui ferait manquer un mariage superbe. (A Alphonse.) J’espère que je te livre à un juge «l’instruction dont la sévérité n’est pas â craindre; les nôtres ne sont pas si aimables.

IJ tort.

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