TOUS LES TROIS
Tué t
EUGÉNIE
Lui!
M. DE COUnCELLBS.
Et sait-on la cause?
GERMXIN. niOJl htHl
Ah ! dam! on fait courir bien des bruits; mais il paraît que c'est une affaire de ménage.
M. DE C0URCELL"ES.
On se tue aujourd'hui avec une facilité... Au fait, quand on n'a pas le courage de sa posi-, tion !...
ALPHONSE
Ah! monsieur de Courcelles... y pensez-vous^ se tuer est une lâcheté.
M, DE COCRCELLES.
Pas toujours.
alphonse. ^
Air : ^
Ah ! c'est toujours un acte de laiblessr
^^^eb^e'^^' '^^^^^v\
(^ue dé creuser soi-même son tombeau.
M. DE COURCELLES
ComLien de gens plonge's dans la tristesse, Pour qui la vie est un Lien lourd fardeau !
ALPHONSE
Quand nous ployons sous le faix du bagage, On a cent fois plus de courage liumain A le porter jusqu''au bout du voyage Qu'a le jeter au milieu du chemin.
M. DE COURCELLES
C'est singulier; je n'ai pas connu d'homme plus gai que ce pauvre Duchàtel... et finir aussi tristement !... il règne je ne sais quoi dans l'air... Le suicide est devenu une épidémie.
Dont nous nous garantirons, je l'espère.
■■■• ' >'■ M. DE COURCELLES
Ma foi, on ne peut plus répondre de soi.
EUGÉME.
Ah ! mon ami, que dites-vous là?
M. DE COLUCELLÈS.
Après un exemple pareil 1... quatre-vingt mille livres de rente, soixante ans, une belle santé... delà considération... une femme jeune et jolie... ni pair de France, ni député... L'homme le plus heureiix'!,.. on n'y conçoit rien.
GRi^yiWTH, apportant la table au milieu de la scène.
*i\ laisse une belle fortune à sa veuve ! . .. ( entre ses dents) ça fera le bonheur d'un jeune.
On se place.
M. DE COURCELLES
^ Allons, c'est un mal sans remède... toutes nos doléances n'y feront rien... le plus sage est de n'y pas penser. {Au domestique, tendant son verre.) J'ai u»è soif... un appétit»., de chasseur malheureux.
EtJGti^IE.
Vous avez donc bien couru ce matin ?
M. DE CÔUnCËLLES.
Moil
Air dit vaudeville de l'Avare.
A cinq heures j'e'tais en plaine, Et, maigre' mes efforts conslans, Je n'ai fait qu'une course vaine, '' J'ai perdu ma poudre et mon temps ; {bis) ■ I Je n'ai rien pris d'ans ma tourne'e. AÎ/PHONSE.
Rien pris!... vous conviendrez, je croi, Que pour un procureur du roi C'est mal commencer la journe'e.
M. DE COURCELLES
On se rattrapera, monsieur le faiseur d'épigrammes; et pour comnDencer, je te mets en accusation devant ta cousine.
ALPHONSE
Moil
EUGÉNIE, contrainte.
En accusation devant moi !
M. DE COURCELLES
l'affaire est de votre ressort et rentre paï'faitetnent dans vos attributions.
ALPHONSE.'
J'espère que ma cousine aura plus d'indulgence que vous.
EUGÉNIE
Vous savez donc de quoi vous êtes accusé?
M. DE COURCELLES
S'il le sait!
Imaginez-Vous, ma cousine, qu'il est passé par la tète de ma tante Ducray l'idée la plus toile, la plus extravagante... elle veut me marier.
EUGÉNIE
Vous marier 1
ALPHONSE
A une personne que je connais à peitie.
M. DE COURCELLES
A Mlle Lefèvre, la fille de l'avoué d'appel chez lequel nous avons été on soirée l'hiver dernier... une jeune personne pleine de lalens, qui chanté admirablementle petitFrançois... le premier avoué de Paris... pour la fortune.
EUGÉISIE.
Et vous refusez?
ALPHONSE
Quand elle aurait un million! du reste, elle n'est pas jolie. .
■ •' ilU «p JiO.
M. DE COURCELLES
Je comprends, il te faudrait une femme comme la mienne, par exemple; attends qu'elle soit veuve.
ALPHONSE
Je ne suis pas disposé à me marier maintenant,
M. DE COURCELLES
Alors, il y a quelque amourette sous jeu.
Dites un amour profond, véritable.
EUGÉNIE, c^ercftanf à l'excuser.
Ah 1 s'il est vrai que mon cousin...
M. DE COURCELLES, à stt femme.
Est-ce que vous croyez cela? S'il éprouve un
amour profond, véritable, ce doit être pour une
personne libre et digne de cet amour-là... Eh bien,
qu'il la nomme! si elle est d'une bonne: famille,
n'eût-elle que vingt-cinq mille livres de rente, je
me charge de la lui faire épouser.
ALPHONSE, souriant.
Pardon; mais ce secret-là n'est pas le mien.
M. DE COURCELLES
Alors je reviens à ma première idée; c'est un caprice, une amourette, une de ces passions de vingt ans, dont on rougit à vingt-ciû(^^
ALPHONSE
Ah ! monsieur !...
M. DE COURCELLES. '
Tout le monde a eu dé ces malheurs-là une foi» dans sa vie. ..elles sont quelquefois si sécluisaQtesf
ALPHONSE
La femme que j'aime est digne deshomma^ges..^
De l'univers ; c'est passé en proverbe.
ALPHONSE
Jamais on n'eut plus d'attraits, d'esprit, de
MAGASIN THEATRAL
t'ràccs... Ohl ma vie, ma vie! elle me la demanderait, cl je lui dirais : Prenez-la !
On so U-\i-..
M. DE COUnCELLF.S.
Et c'est pourtant avec ces grands mots qu'on leur tourne la léte. {A sa femme.) Prenez garde, Eugénie, vous laissez tomber votre mouchoir. EUGÉNIE, troublée.
Ah! monsieur 1 {regardant Alphonse) c'est bien sans le vouloir.
M. DE COURCEI.LËS.
C'est une chose toute simple quand on n'y fait pas attention... Eh bien 1 j'ai vu dans le monde plus d'une femme se servir de ce moyen- là pour donner un rendez-vous.
ALPHONSE
Vraiment 1
M. DE COURCELLES
Vous ne concevez pas cela, vous autres! surtout Eugénie... Eh bien, encore aujourd'hui, les ruses les plus simples sont celles qui réussissent le mieux!... Comment voulez-vous qu'un pauvre diable de mari aille s'imaginer qu'un mouchoir qu'on laisse tomber, là, devant lui, veut dire : Oui, j'irai, ou, je n'irai pas? On serait depuis vingt ans de l'Académie des sciences morales qu'on ne se douterait pas du sens caché de ce mouvement télégraphique! Mais nous autres, procureurs du roi, nous attachons une pensée, une pensée criminelle aux actions les plus insignifiantes, c'est notre élat, et voilà pourquoi nous arrivons quelquefois à découvrir les secrets les moins extraordinaires. {A Alphonse.) Je ne te demande pas le tien, entêté, mais je le saurais bientôt si je voulais m'en donner la peine.
ALPHONSE , souriant.
Mais vous ne chercherez pas à le savoir.
M. DE COURCELLES
A condition que tu le diras à ma femme.
EUGÉNIE
A moi!
M. DE COURCELLES
Oui, ma bonne amie.
GERMAIN , entrant.
Monsieur, le maçon est là, qui dit que monsieur lui a donné rendez-vous.
M. DE COURCELLES, regardant sa femme.
C'est vrai, qu'il attende. {Germain sort; Courcelles continue à sa femme.) Écoutez: vous avez de l'amitié pour Alphonse, c'est tout naturel ntre jeunes parens, et dans cette occasion vos conseils peuvent lui être fort utiles; lâchez de lui faire entendre raison; moi, je vous tiendrai compte de tout ce que vous aurez fait pour le guérir dun caprice qui lui ferait manquer un mariage superbe. {A Alphonse.) J'espère que je te livre à un juge d'instruction dont la sévérité n'est pas à craindre; les nôtres ne sont pas si aimables.
Il sort.
VV»V\'VWVV»VVWWVV'\,'\»WVVV\'VW\W\A'V»'\VWVt.V\\'V\-V».VV\'»