‹ Le discours de rentrée, comédie-vaudeville en un acteChapitre 9 sur 25 · EUGÉNIE, ALPHONSE · texte numérisé non relu

EUGÉNIE, ALPHONSE

EUGÉNIE, vivement.

D'abord, Alphonse, je dois vous prévenir que ce que vous avez pu prendre pour un consentement tacite est rcITet d'un hasard, d'une maladresse, et non de ma volonté.

ALPHONSE

Vous refuseriez de m'entendre !

EUGÉNIE

Je suis fort en colère contre vous... j'espère^ mon cousin, que ce sera la dernière fois que vous aurez l'imprudence de m'écrire, je n'ai point autorisé une correspondance.

ALPHONSE

Etqu'a-t-elledonc de si coupable, ^.cttu towes- 4i(M)daQûe?

EUGÉNIE

Il faut bien qu'elle le soit, puisque je n'oserais la montrer à mon mari.

ALPHONSE

Votre mari I... [quand j'entends prononcer ce mot-là j'ai de L'humeur pour toute la journée I et encore, là,j tout-à-l'heure, devant moi, vous aviez pour lui des attentions; il ne vous manquait plus que de l'embrasser.

EUGÉNIE

C'est ce que j'aurais fait s'il me l'avait demandé.

ALPttONSE. ^

i Mais vous voulez donc me faire mourir?

EUGÉNIE

Je veux que vous soyez raisonnable, et que vous ^cessiez de me tourmenter.

ALPHONSE

Pourquoi ne pas dire tout de suite que vous me haïssez, que vous me délestez 7

EUGÉNIE

Vous savez bien le contraire.

\ ALPHONSE

Si j(^^savais!...

EUGÉNIE

Quand ai-je manqué d'amitié pour vous? Vous seriez fort embarrassé de le dire, et peut-être ai-je à me reprocher de vous avoir témoigné trop d'intérêt.

ALPHONSE

A moi ?

EUGÉNIE

D'avoir eu la faiblesse d'écouter des paroles que je ne devais pas entendre, d'encourager par mon silence des sentimens que je ne puis partager.

Il y a six mois, vous parliez différemment.

EUGÉNIE

Il y a six mois, il entrait dans les projets de ma mère de vous nommer son fils.

ALPHONSE

Et vous n'avez pas ou de peine à changer comme elle!

EUGÉNIE

J'ai dû lui obéir.

ALPHONSE

Et moi, je suis resté fidèle à un amour que vous avez oublié, trahi...

EUGÉNIE, avec douceur.

\\ Tenez, mon cousin, je vous en conjure, ne re- ■ venons plus sur le passé : il n'est pas en notre pouvoir de rien changer à ce qui existe ; des circonstances que vous ne jugeriez pas avec inipartialité ont décidé ma famille à accepter ce mariage ; n'oubliez donc plus que votre cousine se nomme maintenant M™^ de Courcelles, et que ce nom lui impose des devoirs.

ALPHONSE

Vous n'étiez pas libre quand vous avez contracté ce mariage; c'est malgré vous que vous avez épousé M. de Courcelles : vous n'avez pas pu lui promettre de l'aimer.

Si.

ALPHONSE

Eh bien! cette promesse...

EUGÉNIE

Je la tiendrai, monsieur.

ALPHONSE

Mais songez donc que je refuse tous les partis qui me sont offerts.

EUGÉNIE, avec bonté.

Pourquoi?... puisque mon sort est fixé?

ALPHONSE

Pourquoi? parce que je vous aime, parce que je suis sûr qu'au fond du cœur vous êtes plus touchée de ma tendresse que vous ne voulez le paraître.

^ '•^f EUGÉNIE.

Oh 1 que j'ai donc eu tort d'avoir cédé aux instances de M. de Courcelles I car c'est lui qui m'a pressée de vous écrire pour que vous vinssiez passer les vacances avec nous... moi, je m'y étais opposée: je craignais de vous revoir, je tremblais que votre vue ne réveillât en moi des souvenirs...

ALPHONSE

Ah ! vous ne les avez point oubliés 1

EUGÉNIE , avec abandon.

Alphonse, je ne m'appartiens plus, contentezvous de mon amitié.

Votre amitié... quand mon amour pour vous est plus violent, plus sincère que jamais 1... Ohl non, vous n'avez pu bannir de votre pensée ces jours de notre enfance,^où, destinés l'un à l'au-" ire, nous échangions des noms si doux j où, dans la confiance la plus intime, nous rêvions ensemble un avenir de paix et de bonheur... alors vous ne sépariez pas votre existence de la mienne... votre cœur partageait toutes mes espéranqj^i; assise à mes côtés, vous vous unissiez à mes projets, vous en formiez vous-même...

EUGÉNIE, émue, voulant l'arrêter.

Alphonse, mon ami...

ALPHONSE

Ahl que de fois vous l'avez prononcé, ce mot qui m'enivrait des plus douces illusions ; que de fois j'ai pressé dans la mienne cette main qui devait un jour m'appartenir ..

EUGÉNIE, encore plus émue.

Ah! taisez-vous, taisez-vous de grâce î... si l'on vous entendait...

ALPHONSE

Eh bien 1 oui, oui, je me tairai... promettez de m'écouter ce soir.

EUGÉNIE

Mais c'est ma perte que vous me demandez!

ALPHONSE

Votre perte! moi qui vous respecte autant que je vous aime ! qui donnerais ma vie pour vous épargner un chagrin, Eugénie... Eh! ne savezvous pas que le mystère le plus profond enveloppera cette entrevue... qu'un secret inviolable, que personne au monde ne pourra soupçonner. .. {Avec passion.) Eugénie...

EUGÉNIE, à demi-vaincue.

Eh bien?

ALPHONSE, la pressant.

Eh bien!...

Au moment où Ton voit qu'elle va dire : J'irai j arrive M. de Courcelles.

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