‹ Le discours de rentréeChapitre 3 sur 26 · M. DE COURCELLES, ALPHONSE · texte numérisé non relu

M. DE COURCELLES, ALPHONSE

M. DE COURCELLES

Ah! te voilà, Alphonse ! j'étais sûr de te trouver ici !

Je ne fais que d'arriver.

M . DE COCRCELLES.

Au petit jour, moi, j'étais sur pied : c'est un plaisir si vif que celui de la chasse I et puis on a une vieille réputation à soutenir I j'ai toujours passé pour un des meilleurs chasseurs du parquet, et je tiens à honneur de ne pas déchoir.

ALPnONîiE.

Mais vous êtes encore fort adroit.

M. DE COURCELLES, avcc bonhomie.

Oli ! ce n'est pas l'adresse qui me manque! {Â part en allant déposer son fusil.) Et pourtant je ne peux pas l'attraper, ce diable de... {Revenant à Alphonse.) Mais la vue n'est plus ce qu'elle était; l'œil se fatigue à lire des dossiers indéchiffrables, et la justice finit par y voir trouble.

ALPHONSE

On n'est pas procureur du roi pour son plaisir.

M. DE COURCELLES

Ni pour celui des autres; mais enfin c'est une carrière... nous avons en perspective la cour de cassation et la Légion-d'IIonneur, et un ruban rouge fait toujours bien sur un habit noir.

ALPHONSE

Oh ! la croix vous tombera d'un moment à l'autre...

M DE COURCELLES

Tout en chassant ce matin, je me suis encore occupé de ce diable de discours de rentrée I

Eh bien ?

M. DE COURCELLES

Je suis dans mes jours de malheur!

Air : De sommeiller encor, ma chère.

A mon discours dès que je |)ense.

J'aperçois un lièvre qui part.

Surpris par cette circonstance, J'ajuste et je lire au hasard.

En agissant de celle sorte.

Je manque tout, perdrix et plaidoyer, El tour à tour le vent emporte Mon éloquence et mon gibier.

ALPHONSE

A votre place, je me renfermerais dans mon cabinet une journée entière s'il le fallait.

M. DE COURCELLES

J'en ai essayé, cela ne m'a pas réussi; je n'ai pas d'idées quand je suis seul ; il me faut le grand air, la société... avec ma femme, j'en ai beaucoup! (Il s'est débarrassé de son attirail de chasse.) A propos, je ne suis pas fâché <)ue nous soyons seuls ; j'ai à causer avec toi.

ALPHONSE

Avec moi!

M. DE COURCELLES

Oui, et sérieusement.

ALPHONSE

C'est une plaisanterie.

M. DE COURCELLES

Tu as vingt-cinq ans, avec l'éducation que tu as reçue, tu trouveras facilement à te caser. Mai» avant tout, mon ami, il faut renoncer à la vie de garçon. Un homme marié offre plus de garanties à la société : le mariage, c'est un cautionnement moral. M™« Ducray, cette bonne vieille M™* Ducray, ta tante et celle de ma femme, veut avant de mourir te voir établi. Elle t'a trouvé un excellent parti : bonne famille, belle fortune, la jeune fille très-bien élevée... deux cent mille francs de dot 1

ALPHONSE

Et vous croyez que cela me tente?

M. DE COURCELLES

On te trouvera une belle place.

ALPHONSE

Je n'en ai pas besoin.

M. DE COURCELLES

Raison de "plus : il n'y a que ceux qui n'en ont pas besoin qui en obtiennent.

ALPHONSE

D'ailleurs je ne me sens aucun goût pour lo ' mariage.

M. DE COURCELLES

Tant pis, il faut se marier jeune. C'est un grand avantage de vieillir ensemble, les goûts, les humeurs continuent de s'accorder. Si tu attends trop tard pour te marier, tu seras exposé à bien des chances! Si tu savais comme l'emploi de vieux mari est triste à exercer! Au surplus, tiens, prends; lis la lettre de ta tante, {il la lui donne) et consulte-toi bien avant de me donner ta réponse.

ALPHONSE

Elle sera conslammenl la même; dans dix ans je ne dis pas... mais voici ma cousine.

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