SCENE III
Les Mêmes, EUGÉNIE.
EUGÉNIE
Ah 1 déjà de retour de la chasse?
M. DE couRCELLEs, soitriattt.
Déjà!... Comment, ma chère amie, est-ce que mon retour vous contrarierait? ma (irésence dérangerait-elle quelque projet, quelque partie de plaisirT
EUGÉNIE
Vous savez bien , mon ami, que je ne forme point de projets sans vous , et que je n'ai de plaisirs que les vôtres.
M. DE C0UUCELI.es.
Ceci souffre des exceptions : j'ai été ce matin en chasse tout seul; avant-hier vous êtes allée au bal sans moi. (Eugénie fait un mouvement.) Mon Dieu I mais c'est tout naturel! les plaisirs d'un vieux mari ne s'accordent pas toujours avec les désirs d'une jeune femme. Heureusement que le cousin est un sigisbé donné par la nature, qui s'exerce aux fonctions conjugales dans le ménage d'autrui, et nous en possédons un dont la complaisance est inépuisable I
EUGÉME.
Mais, mon ami, c'est vous qui avez exigé que j'allasse à ce bal avec mon cousin.
M. DE COUnCELLES.
Certainement, je ne suis point assez égoïste pour vous priver d'un plaisir que je ne puis pas partager!... ( Gaiement. ) Qu'avons-nous fait ce matin T
EUGÉNIE
J'ai achevéxe roman de Michel Masson, qu'Alphonse m'avait apporté l'autre jour; puis, en vous attendant , j'ai fait un tour sur la terrasse du clos. J'y voulais cueillir quelques fleurs, je n'en ai pas trouvé.
M. DE COUHCELLES.
Vous vouliez des fleurs!... mais ce n'est pas vers la terrasse qu'il fallait vous diriger; je sais un endroit du jardin où il y en a de superbes! dignes de vous être offertes. Alphonse?
ALPIIO^^SE.
Plaît-il?
M, DE C0U1ICEL1.es.
Tu déjeunes avec nous!
ALPHONSE
Oui, monsieur.
M . DE COniCEl.l.KS.
Eu attendant, viens avec moi au jardin.
ALPHONSE
Pourquoi faire?
M. DE COURCELLES
Tu le sauras en m'accompagnant. (A EuyCnie.) Pardon , ma bonne amie, si je vous l'enlève ; la privation ne sera pas longue... je vous le ramène dans l'instant.
Il sort avec Alphonse.