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le régretté Dr Gibert, qui créa au: Havre, en 1875, le premier Dispensaire n’ait pas été immédiatement suivi. En 1883 seulement
fürent fondés presque le même jour, pour ne parler que de Paris, le Dispensaire Dubrisay, rue Jean-Lantier, et le Dispensaire de la. Société philanthropique, rue de Grimée, puis en 1884, le Repose
saire Furtado-Heine.
Malgré la sollicitude des pouvoirs le pour ce nouveau mode d'assistance, malgré la circulaire ministérielle du 25 janvier 1881,
M. Fallières alors ministre de l'Intérieur, pouvait écrire à juste
raison en 1887, que « cette forme de bienfaisance était encore ignorée de nos institutions charitables (4). » Les idées si justes, si précises et si nettement exprimées dans cette circulaire et le remarquable rapport du D° Foville (2) sur la valeur hygiénique,
médicale et économique des Dispensaires, étaient toutefois bien .près d'être mises en pratique. A partir de cette époque, « cette
grave lacune dans l'organisatien de notre Assistance publique » s’est rapidementcomblée. Le 10 octobre 1887, s'ouvrait aux enfants de nos quartiers le premier des deux Dispensaires du VIe arrondis-
sement. En 1889, le D'‘Dubrisay, dans un article de la Nouvelle Revue, comptait déjà à Paris sept Dispensaires pour enfants (3). fl
désirait en voir créer un par arrondissement; ses espérances ont été dépassées, Paris possède aujourd’hui trente-trois Dispensaires.
S'ils ont été partout et toujours bien accueillis : s'ils ont immédiatement rendu de grands services à toute une classe de la population parisienne, comme les rapports et les statistiques le démontrent, c’est qu'il ne semble exister aucune forme d'assistance qui se
prête aussi bien aux multiples exigences de l'hygiène et de la thérapeutique spéciale de l'enfance.
OŒuvres d'initiative privée encouragées et soutenues par les pou- kÉ SEA voirs publics, les Dispensaires n’ont pas été dès leur origine enfermés dans les limites rigides d’un règlement d'administration publi- Ke
(1) Circulaire ministérielle in Fovicue, p. 203.
(2) Fovicce. Les nouvelles institutions de bienfaisance. Paris, 1888, J. 2B° Baillière. , s
(3) En réalité, il en existait onze.
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que. Cette indépendance leur a donné la possibilité de se modifier, de se compléter, de-se transformer même, suivant les besoins de leur clientèle, et de devenir à l'heure actuelle, pour la classe laborieuse, ce qu'est le médecin de la famille pour la classe aisée.
Gibert, Foville les premiers, Dubrisay (1), Traverse (2) et enfin tous ceux qui ont traité ce sujet. insistent sur les avantages que présentent les Dispensaires, comparés aux hôpitaux d'enfants, aux service de crèche des hôpitaux d'adultes où la mère est admise avec son-enfant. enfin, aux consultations des Bureaux de bienfaisance, lorsqu'il s’agit du traitement de la plupart des maladies infantiles.
Les hôpitaux d'enfants sont indispensables, mais destinés avant tout à traiter, soit les enfants atteints de maladies particulièrement graves, soit ceux dont la famille, dénuée de toute ressource, manque même du strict nécessaire. En dehors de ces cas spéciaux, les hôpitaux d'enfants, aussi bien que les services de crèche, par leur petit nombre, ne peuvent suffire au traitement de tous les malades ; et malgré les immenses progrès accomplis dans l'hygiène hospita- Jlière, les dangers de contagion inhérents à toute agglomération d'enfants malades y sont encore à redouter.
= Enfin, au point de vue moral, l’hospitalisation relâche forcément
les liens de la famille et les parents s'habituent vite à considérer le traitement de leurs enfants malades comme une tâche incombant à d’autres (Foville).
Quant aux consultations externes des hôpitaux d'enfants, elles imposent aux familles une trop grande perte de temps, pour pouvoir être utilisées par d’autres que celles qui habitent dans le voisinage de-l’hôpital.
Les consultations des Bureaux de bienfaisance, si elles présentent l’avantage d’être plus à la portée des malades, ne sont cependant pas accessibles à tous; seuls les indigents et nécessiteux, pour employer le terme administratif, y sont admis. On y délivre des ordonnances donnant droit à des médicaments gratuits, mais aucun
(1) Dusrisay. La Nouvelle Revue, 1° mars 1889 ; — Revue philanthropique, 10 novembre 1897.
(2) Traverse. Les Dispensaires pour Enfants malades à Paris. Carré et Naud,
traitement sur place, aucun. pansement n'est appliqué, etie 'est le point essentiel, on ne s'y occupe pas Res des maladies de l'enfance. : se Nous devons cependant reconnaître que l'administration de. l'Assistance publique fait depuis quelques années de louables efforts pour améliorer ce service, Les anciennes maisons de secours ont été transformées, dans plusieurs quartiers, en véritables Dispensaires dont l’organisation, prévue et souhaitée ‘dès 1888 par Foville, est la même que celle des Dispensaires d’enfants entretenus par la Bienfaisance privée. 3
Placés au milieu des quartiers populeux et en nombre suffisant pour que les parents puissent, sans perte de temps, y conduire … leurs petits malades, les Dispensaires accueillent indistinctement les enfants de tout âge, le nourrisson aussi bien que l'adolescent. Parmi ces enfants, les uns sont porteurs d’une affection subaiguë ou chronique ne nécessitant même pas le séjour à la chambre; un traitement médicamenteux, des pansements et surtout des soins hygiéniques quotidiens, sont indispensables, mais impossibles dans ï la famille. Ce traitement, ces pansements, ces bains sont donnés È chaque jour au Dispensaire où l'enfant peut aisément être amené = régulièrement, où même il viendra seul s'il est déjà d'un certain + âge. à
D'autres malades, tout en étant transportables, sont attéints d’ af x fections aiguës (bronchite, broncho pneumonie, coqueluche, gastro-entérite, ete.) qui nécessitent un tout autre genre de thérapeutique. Il devient alors indispensable que les prescriptions du médeein soient exécutées par les parents eux-mêmes. D'ailleurs, tel. enfant déjà soigné au Dispensaire y sera amené un jour atteint d'une affection aiguë pour laquelle des soins urgents et répétés sont # incessants ; nous ne pensons pas qu'il vienne à l’idée d’un médecin … de renvoyer cet enfant à l'hôpital ou au service médical du Burea de bienfaisance, si la mère veut à tout prix et à juste raison le soi
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caments nécessaires, on lui indiquera la manière de les faire prendre à son petit malade et cette exception, à force de se renouveler, passera dans les habitudes. C’est ainsi que, par la force des choses, les Dispensaires ont été amenés à donner des médicaments pour le traitement à domicile (1).
Le Dispensaire distribue ainsi à certains de ces malades, en quan- __ tité suffisante pour plusieurs jours de traitement, les médicaments nécessaires ; ces médicaments sont, il va sans dire, délivrés dans de telles conditions qu'une mère de famille, même peu expérimentée, ne puisse commettre d'erreur préjudiciable au malade, et l'expérience nous a appris que ces conditions étaient faciles à réaliser.
On voit par ce qui précède que, dans la pratique, il est absolument impossible de limiter l'action du Dispensaire à l’administration de médicaments, de pansements, de bains-douches sur place ; il semble, au contraire, que les deux modes de traitement dont nous venons de parler, doivent être employés concurremment dans un Dispensaire où l’on tient à traiter tous les malades qui viennent consulter. On a objecté à la distribution de médicaments à domicile « la négligence des parents, leur misère, leurs occupations incessantes, l’indocilité des enfants » mais ces arguments peuvent être invoqués avec autant de force contre le traitement au Dispensaire ; les parents négligents n’y conduisent on n’y envoient pas leurs enfants et les enfants indociles n’y peuvent être efficacement soignés. Il n’est croyons-nous, pas plus difficile, en y mettant un peu de patience, d'apprendre aux mères à faire prendre convenablement des potions, des sirops, ou même à donner des bains plusieurs fois par jour à leurs enfants malades, que de leur enseigner les règles générales de l'allaitement au sein ou biberon.
Quant aux interventions chirurgicales de peu d'importance, elles sont sans danger pratiquées au Dispensaire, où l'on pourra conserver le malade pendant quelques heures après l'opération, dans une chambre de repos spécialement aménagée dans ce but. Il est entendu
(4) Les choses ne se passent pas autrement au Dispensaire Furtado-Heine.
Voy. la Statistique de ce Dispensaire, p. 45. Paris, 1900, chez Hannequin, 54, avenue de Clichy.