Arch. Municip. Saint-Lo, D. 28, Reg. cit. Fo
comme des intrus les curés qu'on leur imposait. Traditionalistes et croyants, inquiétés dans leurs consciences, les gens de ce calme pays ne se soulevèrent point, mais les rancœurs s'amassèrent au fond de leurs âmes frustes, et plus d’une fois dans leurs villages, cette guerre silencieuse dût être un fléau quotidien. La loi du 7 mai permettait bien aux réfractaires de dire une messe basse dans l’église constitutionnelle, mais combien n'allait-il pas surgir de difficultés entre ces deux catégories de prêtres, lune, puissance d'hier, l’autre, puissance du jour, se considérant toutes deux comme manquant de civisme où manquant d’orthodoxie.
En juin, es différends éclatèrent de toutes parts.
Le sieur de la Baronnière, desservant de Rampan, avait lu de sa stalle une lettre du pape. Quelques fidèles avaient perçu le mot « Intrus ». Un autre déclara qu'il était question des curés qui prêtaient serment. Le curé avait fini par exhorter les fidèles à méditer les vérités de la lettre.
En même temps les incidents de Placy étaient déférés devant le tribunal da district. Le 1* juin l’accusateur publie exposait ainsi les faits : Un sieur Delahaye ayant montré de la fermeté pour la Constitution et l'exécution des lois avait été pris en haine par les habitants endoctrinés par Les prêtres réfractaires et violemment maltraité à coups de crosse de fusil ; pendant une procession, plusieurs femmes de la commune avaient scan dalisé le public en aflectant du mépris non seulement pour le curé constitutionnel mais pour le Saint-Sacrement qu’il portait. Sur l'invitation qui leur fut faite de se prosterner au moment où il passait, elles s'étaient retournées et avaient craché « avec un ton marquant un souverain mépris ». Plusieurs personnes avaient conseillé à d’autres et même à leurs enfants de prendre des pierres et de les jeter sur les fidèles
et surtout au curé lorsqu'il ferait la procession du Saint-
Sacrement. Ces conseils avaient eu pour effet de faire maltraiter un des notables de la commune qui avait montré de la fermeté pour l’exécution des lois constitutionnelles !.
Le curé de Placy, Duval, s'était plaint d’injures proférées contre lui. A la suite de cette plainte, le 28 juin, le maire et les officiers municipaux de la commune défendirent aux habitants toute insulte, interdirent les irrévérences devant le St Sacrement et dans les lieux saints sous peine de dix livres d'amende, Les gens coupables d’irrévérence au St Sacrement pendant la procession, devraient faire amende honorable au curé. En cas de refus, ils seraient envoyés au tribunal du district. ?. Les troubles persistant, Duval renouvela ses doléances. Son prédécesseur, disait-il, « excite des fanatiques et des gens qui n’ont d’autre tâche que de troubler entièrement l’ordre, d’enlever la confiance au pasteur et de le représenter comme un intrus, un excommunié et un homme indigne de remplir les fonctions sacerdotales. » Il rappelait les scènes de la procession; des femmes sifflaient et criaient : « l’intrus » n’était pas digne de mettre le bon Dieu dans le St-Sacrement. Aller à la messe de cet excommumié, c’est comme si.on allait à la messe du chien. Il fallait prendre des pierres et les jeter sur le dais et sur ces bougres et ces jean-foutre qui étaient autour. » Une femme avait méchamment ajouté : « Vas-tu à la messe du chien de cet excommunié? Tu es damné sans rachat. » « Cruelles expressions dont s'était servi le prédécesseur non assermenté de Duval qui disait en parlant
de l’assermenté etde ses gens : « Avec ce fouet, je vais tous
4. Arch. Manche, L 14892, Tribunal du district de Saint-Lo, affaires criminelles (1791-1792). | : |
2, Arch. Manche, L 14892, Tribunal du district de Saint-Lo, affaires criminelles (1791-92).
les chasser. »! Au mois d'août, l'affaire du Placy durait encore. On iaterrogea le ci-devant curé Lecordier qui avait été arrêté sans obtenir de lui des indications précises. Avant son remplacement, il avait reçu un imprimé intitulé Bref du pape, et l'avait lu à ses paroissiens. Mais il avait ensuite fait imprimer une « Adresse à la Nation française désavouant cette lecture ?. Dans une lettre au tribunal, il se plaignait de la persécution dont étaient l’objet les insermentés ?.
Le 11 juin, Louis Durand, accolyte de la paroisse de Coudeville, fut arrêté pour avoir dit «qu’il ne fallait pas aller à la messe des assermentés, que pour lui, il s’en passerait, qu'il y avait une bulle du pape excomuniant les assermentés ».
Deux jours plus tard, on s’occupait de l'affaire d'Hébécrevon. L’ex-curé, Rolland des Angles, dans une lettre à ses paroissiens écrivait : « Je ne cesserai pas d'être votre curé selon Dieu et selon la religion de vos pères. Je n'ai pas donné ma démission et je suis toujours votre curé. Je n’ai pas juré et je n’ai pas fait de crime... La nation m'’arrache à mon église et à mon troupeau, et l'Église catholique du monde entier me conserve. Je ne serai pas corporellement au milieu de vous dans la célébration des choses saintes, mais je serai partout avec vous. Vous me haïrez si vous voulez et je vous aimerai. Je prierai de tout mon cœur pour vous. Je dirai la messe pour vous et, si j'ai une peine, c’est celle de votre salut qui m'occupe. Aimez-moi comme je vous aime)» #.
Le sieur Rolland des Angles, déclarait l’accusateur publie du district,a inscrit des propos contre la Constitution sur des
feuilles du registre des baptêmes et inhumations, il a supprimé
1. Arch. Manche, 14892, Tribunal du district de Saint-Lo. Affaires criminelles (1791-92).