‹ Le District de Saint-Lo Pendant la Révolution 1787 – An IVChapitre 137 sur 314 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

messe, ni à aucun office Elle allait avec ses partisans dans des paroisses vassales où le clergé n'était pas assermenté. Ces prêtres ne cherchaient qu'à fomenter le désordre dans la paroisse en général et dans les familles en particulier, les uns, en plus grand nombre, s'étant prononcés pour eux, les autres pour le curé légitime. Ils n'avaient encore remis les clefs ni de la sacristie, ni du presbytère, ni de la bibliothèque. Enfin ils effrayaient les consciences timorées par des menaces d’excommunication.

Sous les murs du cimetière, des vendeurs de cidre et d’eau-de-vie rassemblaient auprès d’eux pendant l'office constitutionnel les mauvais citoyens. Ils insultaient les patriotes.

Les quatre ofliciers municipaux réclamaient la révocation des deux ofliciers qui ne s'étaient pas ralliés à eux, des poursuites contre plusieurs habitants, l'expulsion des réfractaires de la commune, la comparution de la maîtresse d'école devant le District, l'envoi de 25 hommes pour les processions de la Fête-Dieu. Le Directoire, avec approbation du Département, envoya la troupe demandée, poursuivit les citoyens coupables, obligea les ex-desservants à remettre les clefs et la maîtresse d’école à prêter serment !.

Les dépositions de deux témoins, le « custos » et une femme, peignent l’état de la commune de la manière la plus pittoresque. Les officiers municipaux qui étaient « dans les bons principes » avaient ordonné au « custos » de remonter les cordes des cloches pour empêcher les insermentés « d'appeler à leur messe leurs affiliés, ennemis de la Constitution ». Un de leurs émissaires demanda au ( eustos » les clefs de la tour. Il refusa et aurait été maltraité sans sa fermeté. « Tu es un bougre de bedeau, lui répondit l’ami des réfractaires, je t'éventrerai

1. Arch. Manche, 14892, Tribunal du district de Saint-Lo. Affaires criminelles (1791-02).

avec mon couteau ». Le « custos » déclara à l’un des .exdesservants qu’en s’élevant contre ceux qui allaient à la messe du constitutionnel, il provoquerait un massacre pareil à la Saint-Barthélemy. « Si mon bras n'était pas affaibli, ajoutait le témoin, je lui ferais sentir mon bâton ». D’après les exdesservants, disait la femme Douchin, les prêtres jureurs étaient des excommuniés, des scélérats. Ils détournèrent les électeurs de participer à l'élection des curés. Un père de famille entendant les propos tenus par les ci-devant curés chez lui, à sa fille et à sa bru, s’éleva contre la conduite de ces prêires et menaça ceux de ses enfants qui agiraient selon cette morale, de la colère paternelle. Alors sa bru qui avait un enfant de neuf mois « invoqua la mort de cet enfant afin qu’il mourût pendant qu'il était chrétien ». Il la fit sortir de chez lui. L'un de ces prêtres, dans une circonstance publique, déclara:aux assistants qu'ils étaient tous une troupe de démocrates, qu'on allait crucifier les insermentés. On lui répondit qu'il avait tort de se comparer au Sauveur du monde, qu’on se contenterait de Le fouetter par les carrefours et qu'on le chasserait à coups de pied dans le ec... f.

Le tribunal du district le 16 août, envoya un ordre de comparution aux deux prêtres non assermentés Martin et Osmond pour « avoir mis le trouble dans une famille en inspirant à la mère et à ses filles des scrupules contre la religion, de l'éloignement contre leur mari ou père parce qu'il était électeur et devait nommer des curés constitutionnels, d’avoir fait croire que les curés constitutionnels ne pouvaient administrer les sacrements, qu’ils étaient des intrus, que les électeurs qui nommaient des curés étaient excommuniés et enfin d’avoir colporté dans la paroisse la prétendue

1. Arch. Manche, 14892, Tribunal du district de Saint-Io. Affaires criminelles (1791-92).

bulle du pape ». Leur émissaire Rouelle fut assigné pour avoir menacé le « custos » de la paroisse, secrétaire de Ja municipalité, de l’exécuter à coups de couteau s'il remplissait ‘son devoir ou les ordres à lui donnés !.

Le curé et le vicaire de Rouxeville furent incarcérés, comparurent devant le tribunal du district ainsi que deux femmes qui éta:ent venues à leur aide pendant une altercation avec un officier municipal.

Chaque année, à l’occasion des Rogations, les paroissiens de Précorbin et de Saint-Jean-des-Baisants venaient à l'église de Rouxeville en procession. Or, les curés et vicaire de Rouxeville, réfractaires non encore remplacés, se trouvèrent en face de deux constitutionnels. Laville, curé de Rouxeville, refusa l’entrée de son église à la procession de. Saint-Jean-des-Baisants. D'où altercation. Il fit ensuite un sermon en chaire. Un officier municipal lui interdit de continuer en vertu du décret sur les prédicateurs ?. Le curé deinanda à l’assemblée s'il devait continuer. Les deux femmes, ses complices, répondirent qu’on lui prêterait main-forte. L’officier municipal fut insulté, et des assistants voulurent lui jeter des pierres. Comme Laville critiquait la Constitution civile, le représentant de l'autorité lui dit : « Si vous n'avez pas autre chose à prêcher, descendez et finissez votre messe, ou bien préchez-nous l’évangile et n’effrayez pas le monde par vos discours ». Puis il lut le décret au curé qui descendit, retourna à l'autel et acheva sa messe. On s’ameuta à la sortie contre l’officier municipal qui fut hué. Une autre déposition rapportait une altercation violente entre Laville et le curé de Saint-Jean-des-

. Baïsants. Quant au curé de Précorbin, il trouva l’église ouverte

1. Arch. Manche, 14892, Le jugement prononcé dans cette affaire ne figure

pas au dossier, 2 Le décret du 5 février 1791 les obligeait au serment.

mais la sacristie fermée. Faute d’ornements sacerdotaux, il dut s’en retourner !. Pour raison de santé, Laville fut mis en liberté ?.

Deux prêtres de Saint-Lo, Montcuit et de la Bruyère, furent poursuivis en juillet pour propagande de la bulle chez diverses personnes qu’ils cherchaient à détourner des constitutionnels et chez des prêtres assermentés dont ils s’efforçaient d'obtenir une rétractation 3%. Au cours des dépositions, furent dénoncés le curé des Moitiers qui avait empêché son frère malade, demeurant à Esglandes, de recevoir les sacrements des mains du curé assermenté, et une demoiselle qui exerçait la médecine dans le canton, et était « un vrai fléau contre la Constitution ». Le vicaire de Cavigny # ne se comportait pas autrement que son confrère des Moitiers.

Le curé de Quibou, Gilles Guillotte, avait été insulté en allant le soir administrer les sacrements. Le 9 août, il adressa au District un mémoire demandant un garde 5. Le District acquiesça à celte demande qui reçut l'approbation du Département 6. En conséquence, le 17 août, un détachement de la garde nationale de Saint-Lo de 40 hommes, fut mis en marche afin de maintenir l’ordre à Quibou et d’assurer la süreté du curé 7. Le Directoire du district, le 19, entendit les officiers municipaux et les citoyens de la petite commune. Deleurs déclarations, il résultait que les troubles provenaient des opinions diverses à l'égard du remplacement des curés. Les compagnons exprimèrent leur désir de maintenir l’ordre et le respect envers le «légitime curé de la paroisse ». En promettant de former 1. Le décret du 5 février 1791 Tes obligeait au serment.

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