‹ Le District de Saint-Lo Pendant la Révolution 1787 – An IVChapitre 222 sur 314 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

= 338 — d'avoine, de 150 à 166! ; de sarrasin, de 16 à 21?; de seigle,

de 18 à 30% ; de mouture ou méteil, de 27 à 344. La douzaine d'œufs variait entre 1 livre 4 sols et 1 livre 8 sols5; le couple de chapons maigres entre 14 et 15 livres f.

Le 4 floréal, on manquait de pain à Torigni?; le 5, la disette régnait aux marchés de Torigni et de Tessy. Le Directoire prit des mesures à ce sujet $. Avec l'autorisation du District, le Conseil de la commune de Torigni envoya des commissaires (4 à 8) dans les communes de Montaigu, Guilberville, Saint-Amand, Saint-Symphorien, Placy, pour obliger les municipalités de ces communes à exécuter les réquisitions de blé dont elles avaient été l'objet. Ces commissaires resteraient trois jours dans chaque commune. Accompagnés d’un officier municipal ils perquisitionneraient chez les cultivateurs et au besoin feraient battre d'office les grains. Ils seraient payés 5 livres par jour plus la nourriture et le logement ?. En raison de la situation misérable où se trouvaient les habitants de Tessy dont le marché n’était pas approvisionné, il fut en outre décidé l'envoi à Fervaches de trois commissaires de Tessy qui resteraient trois jours dans la commune. Alors seulement le Conseil de Fervaches adressa au District les listes des cultivateurs qui n'avaient pas satisfait aux réquisitions afin qu’ils fussent poursuivis et que leurs grains fussent confisqués

conformément à la loi du 6 pluviôse. Les commissaires seraient

1. Arch. municipales Saint-Lo. Reg. des mercuriales des marchés de Saint-Lo.

Ibid.

Ibid.

Ibid.

Ibid...

Ibid.

Arch. Municipales Torigni-sur-Vire, Reg. arrêtés et délibérations municipalité Torigni D I n°5, fo” 19.

8, Arch. Manche, L II 1021, Reg. directoire district, fo 52.

9. Arch. municipales Torigni-sur-Vire. Fragment du registre du conseil général de Torigni, F0 1.

payés à raison de 5 livres par jour, plus la nourriture et le logement !.

Les craintes exprimées par l’Agent national n'étaient point chimériques. Dès le 18 floréal, elles trouvaient leur réalisation dans une émeute : Ce jour-là, « sur Les trois heures et demie de relevée », le maire de Saint-Lo, Du Hutrel et le citoyen Durand, officier municipal, se présentèrent au procureur syndic du district plongé dans son travail. Plus de 800 femmes les suivaient et une partie de cette troupe s’introduisit de force malgré les réclamations du maire qui leur rappelait la promesse par elles faite de n’entrer dans le bureau qu’au nombre de 12 au plus. Etonné de se voir ainsi assailli, le procureur syndic se transporta dans les bureaux de ses collègues du Directoire et les invita à se rendre dans le lieu des séances où se trouvait ce prodigieux rassemblement. Dès l’arrivée de ces administrateurs, le maire prit la parole. Il venait au nom de l’humanité souffrante, au nom des malheureuses femmes souffrantes, et de beaucoup d’autres qui étaient dans les cours, réclamer du pain. Il s’étendit sur la triste situation créée par la disette des subsistances. Son discours fut maintes fois interrompu par les cris et les menaces de ces femmes réclamant l’ouverture des magasins.

En vain, les administrateurs employerent-ils tous les moyens possibles pour convaincre ces mégères de l’insanité de leur demande. Avec d’énergiques serments, elles jurèrent de ne pas quitter le siège du District avant d’avoir obtenu l’accès des magasins militaires et la délivrance de six charretées d'avoine qu’elles avaient arrêtées sur la place du Champ-de- Mars au moment de leur départ pour Granville, lieu de leur destination.

1. Arch. municip. Fervaches, Reg. délibérations Conseil général Fervaches, fo 30.

Pendant quatre heures, on tenta de persuader ces furies. On leur lut et relut Je texte des lois. Peine inutile. Elles criaient qu’il leur fallait du pain et juraient de nouveau d’enfoncer les portes du magasin. Elles s’emparèrent de la porte du bureau afin qu'aucun administrateur ne disparüt. Elles en retinrent même un par le bras, environnèrent le citoyen Boniface préposé aux subsistances, qui s'était rendu au bureau du procureur syndic, au point de l’incommoder. Ces femmes lui demandaient à grands cris de leur ouvrir les portes du magasin dont il avait certainement les clefs. Déposant les clefs sur le bureau du procureur syndic, Boniface déclara qu'il ne consentirait jamais à pareille chose, düt-on lui ôter la vie.

De minute en minute, le tumulte augmentait. Dans un but d’apaisement, l'Administration promit d'envoyer des commissaires dans les communes avec ordre de faire parvenir sur le champ une quantité de grain susceptible d’approvisionner le marché du surlendemain. En attendant, un boulanger fabriquerait du pain dont on leur distribuerait une légère portion. Après quoi les administrateurs, accompagnés du corps municipal, se rendirent dans la salle des séances. Ils croyaient avoir calmé le trouble. Quelle ne fut pas leur surprise en apercevant dans cette salle les femmes jusque-là restées dans la cour, qui étaient entrées par les fenêtres ouvertes ! Avec des menaces elles recommencèrent leurs réclamations, prêtes à s'emparer par la force de ce que les autorités leur refusaient.

L’Administration leur offrit alors de leur faire délivrer par tête trois livres de farine qu’elle allait autoriser la municipalité à prendre à titre d'emprunt dans le magasin du citoyen Boniface. Cet arrangement que l’Administration « dans la cruelle situation où elle se trouvait réduite n’avait proposé que dans l'espoir d'empêcher le pillage et de sauver les grains et farines du magasin parut acceptée ». Le District chargea la

Ur. CET

municipalité de l'exécution de cette concession, et le corps municipal sortit, suivi de la populace. Quelques instants après, les autorités apprenaient que le peuple s'était porté aux pires excès, qu'il avait frappé le citoyen Boniface et déchiré sa redingote, que le malheureux préposé n'avait sauvé sa vie qu’en se réfugiant à la maison d’arrêt, et que la foule était en train de piller le magasin. L

À cette nouvelle, les administrateurs, revêtus de leurs insignes, se transportèrent au lieu de l’émeute. Sur leur ordre, la municipalité fit battre la générale et réunit ainsi 50 gardes nationaux, quelques gardes territoriaux et de la gendarmerie. Le président du District proclama la loi du 1” germinal et réitéra les trois sommations règlementaires. Cette proclamation apaisa un peu le tumulte. On réussit à faire rentrer plusieurs sacs de farine et à fermer les portes du magasin. À 10 heures du soir, l’ordre était rétabli. La municipalité et les administrateurs se rendirent au siège du District et rédigèrent une lettre mettant le représentant du peuple Bouret alors à Coutances au courant des évènements. Le Directoire prit ensuite les mesures propres à assurer le ravitaillement de la ville 1.

L'ordre rétabli à si grand’peine fut troublé de nouveau le lendemain. Une multitude de femmes, dont une partie d’une commune étrangère, revinrent demander à grands cris la délivrance des farines, blés, suif, bois et fagots déposés dans les magasins des citoyens Boniface et Chodron. Le refus formel qui leur fut opposé les rendit furieuses. Elles se précipitèrent vers les magasins et tentèrent d'empêcher de partir les voitures arrêtées la veille. On parvint à frayer un passage aux charrettes. Le Directoire transmit à la municipalité

plusieurs exemplaires de l’arrêté reçu le jour même du repré-

1, Arch, Manche L II 1021, Reg. directoire district, fs 65, 66, 67,

sentant du peuple près les armées des côtes de Brest et Cherbourg sur la police et sûreté générale dans les départements de son arroñdissement. Le Conseil de la commune, en écharpe, se rendit au bureau du procureur syndic et demanda des instructions au Directoire. Les administrateurs laissèrent les mesures à la sagesse de la municipalité. Malgré le peu de succès que l’on en attendait, la générale fut battue.

La gendarmerie déploya le plus grand zèle et la plus louable fermeté pour repousser l’attroupement, mais les rares gardes nationaux qui s'étaient rassemblés, abandonnèrent leur poste. On craignit un moment que la gendarmerie et les quelques bons citoyens qui s'étaient joints à elle ne fussent pas maîtres d'empêcher le pillage. Dans cette extrémité, le Directoire délégua auprès de Bouret, le secrétaire du District en le chargeant de réclamer du secours. L’après-midi fut des plus orageuses. Finalement la fermeté de la gendarmerie et l'énergie de la municipalité vinrent à bout de la foule. Les magasins ne furent point violés. Le peuple se retira en jurant de reprendre son projet de pillage si la halle n’était pas assez approvisionnée le lendemain.

A sept heures du soir un courrier remettait au Directoire une lettre et un arrêté de Bouret. Le représentant du peuple prescrivait, conformément à la loi du 1° germinal, des poursuites contre les auteurs et instigateurs des excès commis !.

Les affaires de Saint-Lo furent suivies d’une amnistie. L’arrêté du représentant du peuple Bouret du 13 prairial mit fin aux poursuites et rendit la liberté aux coupables incarcérés ?.

Tandis que le chef-lieu du district était le théâtre d’émeutes, Torigni était en proie à une effervescence qui menaçait de dégénérer en insurrection. « Faute de subsistances, déclarait

1. Arch. Manche, L II 1021, Reg. directoire district, fo 68, 69. 2. Arch, Manche, L II 1021, Reg. directoire district, fo 91,

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le Conseil de la commune le 20 floréal, les citoyens souffrent. Si l’on ne procède pas à de nouvelles réquisitions, il n’y aura pas une chopine de blé par personne au prochain marché. Le peuple montre chaque jour de la mauvaise humeur et paraît disposé à se soulever ». Le Conseil désigna des commissaires pour perquisitionner chez divers cultivateurs du ressort de la municipalité. Le 23, il résolut de s'adresser au District et de prier de parer à cette pénurie si effrayante « en envoyant des commissaires dans les communes les plus en retard pour réquisitionner et perquisitionner ». « Le dénuement, disait-il, peut avoir des suites malheureuses. Les distributions ne peuvent se faire que par portions si médiocres que les indigents ne peuvent pourvoir à leur subsistance jusqu’à la distribution suivante, ce qui expose la municipalité aux plus grands dangers ».

Le 8 prairial, le peuple ne voulait plus recevoir aucune remontrance du corps municipal et déclarait que si on ne lui procurait pas d'ici peu de jours un peu plus de subsistances pour l’empêcher de tomber d’inanition, il allait sans tenir compte d'aucune observation envahir les communes voisines de Torigni et prendre du blé de force. Le seul moyen d’empêécher cette insurrection, écrivait la municipalité éplorée, c’est que le District permette au Conseil de la commune d’envoyer des commissaires dans les communes pour procéder aux réquisitions « Cette pénurie, ajoutait-elle, n’est que l'ouvrage de l’égoïsme et de la méchanceté des communes et non d’une véritable pénurie ». Le 26, le Conseil nommait des commissaires dont l’action fut sans effet. Désespéré, il envoya au District un de ses membres pour montrer aux administrateurs. l'étendue du danger dans le cas où les communes ne se soumettraient pas |.

4. Arch. municipales Torigni, fragment reg. conseil général Torigni, 0 1 et suivants,

Le 24 floréal, le Directoire prescrivit des perquisitions de grains à Marigny et environs !. Les communes chargées du ravitaillement de Ihôpital de Saint-Lo étaient en déficit dans leur apport ?.

Torigni continuait à étre insuffisamment approvisionné. Non contents de ne pas apporter des quantités suffisantes de grains, les gens des campagnes les fournissaient de mauvaise qualité. Le 25 prairial, le maire et le capitaine de la garde nationale de Saint-Amand apportèrent des grains « incapables d'entrer dans le corps humain ». La municipalité de Torigni vérifia la fourniture. On représenta aux délinquants, qu'en leur qualité de maire et de capitaine ils auraient dû donner l'exemple de l’humanité et ne pas apporter des mélanges de grains € dont voudraient à peine leurs bestiaux ». Ils répliquèrent qu'ils n’en avaient point d’autres. La municipalité décida de faire sceller les coffres où seraient enfermés les grains et de les envoyer à l'Administration du district 3. Le 4 messidor, les 9 communes qui devaient fournir un total de 870 quintaux de grains n’en avaient fourni que 115. Saint-Amand en avait apporté 53 au lieu de 162 et c'était du blé mêlé d'avoine et de résidus impropres à faire du pain. Un commissaire fut de nouveau envoyé au District avec un échantillon de grain. Le District débordé par cette terrible crise n’écouta-t-il point les doléances de Torigni ? On ne sait. Les registres sont muets au sujet des mesures prises en faveur de la petite ville. Tout ce que l’on peut affirmer, c’est que les communes voisines persistèrent à refuser des secours. Le 22 messidor, le Conseil

«de la commune engageait les citoyens ayant plus que le néces-

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