Arch. Manche L I
l’envahisseur, et sa période « Vendéenne » fut celle où l’unanimité et l'enthousiasme atteignirent le plus haut degré. La lutte contre les Rebelles prend vraiment place dans la Défense nationale.
Dès le 20 octobre 1793, par une dépêche, la Commission administrative du département de la Manche venait d'annoncer que les Rebelles de la Vendée approchaient de Rennes où elle était obligée d’envoyer des forces. Le District était requis de rassembler de suite les hommes enrôlés et ceux de la première réquisition, de pourvoir à leur subsistance et de faire moudre et transporter partout où besoin serait les grains nécessaires. Le Conseil du district prit de suite les mesures nécessaires. Il arrêta qu'il serait écrit aux municipalités de Saint-Lo, de Torigni pour que la garde nationale se tint prête à partir en prenant les armes de ceux qui restaient pour ceux qui partiraient. Il décida que les municipalités du district fourniraient en plus de ce qui avait été déjà requis 800 boisseaux de grain pour le magasin militaire. De simples citoyens comme Le Carpentier et Le Venard offrirent deux selles, des brides et des pistolets « en cas de troupes à cheval » !. Le neuvième jour de la 3° décade du 1* mois de l’an II, en séance extraordinaire, à minuit, lecture fut donnée d’une proclamation du représentant du peuple appelant les patriotes au secours de la ville de Rennes menacée d’un déluge’de Rebelles ?.
Les mesures allaient succéder aux mesures pour arrêter le flot ennemi. Menacée d’un danger tout proche la population se levait donc avec une énergie toute nouvelle.
Le dernier jour de la 3° décade du 1° mois de l'an IH, il y eut séance du Conseil du département de la Manche, en présence du représentant du peuple Garnier. Heudeline sy
1. Arch. Manche, L II 1006, registre cité fo 68. 2. Arch. Manche, L 50, reg. conseil départemental, f° 91.
présenta, encore sous le coup de l’enthousiasme « J’arrive de Torigni, s’écriaitul. À ma voix tout Torigni s’est levé ; partout on a crié : marchons aux Rebelles » !. « Nous avons, ajouta le procureur général syndic, un amas de cloches inutiles; je demande qu'on les convyertisse en canons, qu'on nomme des artistes chargés de surveiller et d'activer la fonderie de Saint- Lo et qu’on requière tous les districts de mettre en réquisition tous les armuriers » ?.
Le premier jour du 2° mois de l’an IT, le représentant du peuple Le Carpentier réquisitionnait 1.200 quintaux de blé dans chaque district. Chaque district, sous trois jours, par arrêté du Département devait fournir de la farine pour l'étape de 4.000 hommes à.
Le troisième jour du même mois, le représentant du peuple Garnier de Saintes donnait pouvoir au citoyen Houlès de se rendre sur le champ à Caen pour « requérir tous les secours en canons, armes et munitions mentionnés dans la lettre dont il était porteur, de requérir des chevaux de poste en poste, de trois lieues en trois lieues de temps, auprès des municipalités, pour le transport des approvisionnements qu’il accompagnerait et de déclarer aux dites municipalités qu’en cas de négligence ou de refus elles seraient responsables des suites 4.
Deux compagnies du bataillon organisé à Coutances devaient marcher contre les Rebelles ?.
Le District ordonnait à tous les citoyens capables de porter les armes de partir, à l’exception des membres de la
municipalité et du Comité’de surveillance. Cette dernière
. Arch. Manche, L 50, Reg. Conseil départemental, fo 93. Ibid., L 50, fo 94.
Ibid., L 50, fo 96.
Arch, municipales Saint-Lo délib. Conseil général Saint-Lo, D 31, f° 16. . Arch. Manche, L 50, fc 96.
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clause indisposa les citoyens d’Amigny qui déclarèrent qu'ils ne partiraient pas si les officiers municipaux et les membres du Comité de surveillance ne partaient également. L'auteur du trouble se jeta sur l’une des autorités avec brutalité. Les officiers municipaux, criait-il, étaient des bougres et il se f...tait des ordres du District. I fut d’ailleurs le 18 frimaire déclaré rebelle à la loi et suspect.
Le 14° jour du 2° mois, les Vendéens pénétraient dans Fougères !. Le 24 brumaire, ils allaient se trouver sous les murs de Granville ?. Dès le 7° jour, le représentant du peuple réclamait 600 hommes ; il s’en présenta 200 de la garde nationale de Saint-Lo. Torigni en fournit 400. Ils se dirigèrent sur Vire et sur Condé-sur-Noireau.
Le 11° jour, conformément aux ordres de la Commission administrative, toute la mitraille possible était requise sous les trois jours ?.
Le 13° jour, dans la crainte de voir les Vendéens se porter sur Granville le commandant temporaire du lieu réclamait des armes et des vivres et invitait à sonner le tocsin.
Le Conseil du district le 14° jour prit alors un arrêté impératif. Copie de Ia lettre du commandant temporaire de Granville serait adressée de suite par des courriers extraordinaires aux administrateurs des districts de Carentan, Valognes et Cherbourg. Les détachements destinés à Vire et Mortain se dirigeraient vers Granville. Le Préposé aux subsistances militaires réunirait de la farine et du pain prêts à être expédiés au premier ordre. Le garde de larsenal fournirait 50.000 cartouches à balle. Les municipalités allaient être
requises de réquisitionner chevaux et voitures pour le trans-
4. P. de la Gorce: Hist. religieuse de la Révolution française, t. IT, p. 206. 2Ibid.,-p, 212.
3. Arch. Manche, L IT 1006, Reg, Conseil district, fos 85, 86.
port des armes et munitions. Les chefs de légion de la garde nationale feraient marcher à l'ennemi les hommes robustes qui à défaut de fusils seraient armés de faux, piques, fourches «et de tous autres instruments les plus terribles ».
Ces mesures furent exécutées. Le commandant de Granville fut informé de ces dispositions. L'administration du district de Vire fut instruite du changement de direction des troupes qui lui étaient destinées. On l’inviia à faire remettre à Condé les souliers et les 4.000 cartouches envoyés au détachement de la garde nationale du district de Saint-Lo. Elle expédierait à Mortain les 10.000 autres cartouches.
Le Payeur général s'était retiré vers le nord du département pour soustraire sa caisse à la voracité des Rebelles. Cette caisse, décida le Département, serait déposée à Coutances f!.
Ce même 14° jour, le Conseil du district avait décidé d'envoyer à Mortain une pièce de canon servant de modèle, la plus grande quantité de munitions possible et un détachement de canonniers. Il serait donné à la municipalité de chaque commune les ordres nécessaires pour réunir fusils de chasse, sabres, pistolets, faux, fourches, dans le cas d'avance des Brigands. La 4° compagnie du contingent équipée, allait être armée pour se rendre à Mortain avec la 1"° compagnie de la réquisition organisée et armée ?. :
Pris de panique, un grand nombre de citoyens du canton d'Esglandes allaient arriver à Saint-Lo. Le District fut informé de leur venue imminente #. À cette nouvelle de nature à répandre la terreur, le Conseil du district envoya aux municipalités l'adresse suivante : « Allons, citoyens, il faut marcher tous à la
fois ; il faut exterminer les restes des Brigands, qui, chassés de
1. Arch. Manche, L 50, Reg. Conseil général département, fo 117, 2. Ibid., L II 1006, Reg. cité f?s 87, 88, 3, Ibid. à
PTT Te. à
leur repaire cherchent en fuyant à pénétrer dans nos foyers. Il est temps que la République soit enfin purgée de ces monstres qui pillent, ravagent, massacrent tout dans leur passage lorsque on ne leur oppose pas une vigoureuse résistance. Arrétons-les promptement dans leur marche ; accourez tous armés de faux, couteaux, sabres, fusils de chasse, pistolets, etc... »
L'adresse recommandait aux citoyens d’emporter avec eux des vivres pour huit jours. Ils devaient se rendre au chef-lieu du district pour aller de là à Coutances. « Bientôt, ajoutait l'Administration, vous reviendrez avec la gloire d’avoir délivré entièrement de ces brigands la terre de la Liberté. C’en est fait. Nous ne voulons plus de rois, de seigneurs et de dîmes, de gabelle, de commis aux aides, de treizièmes, rentes seigneuriales, corvées et enfin de tous les fléaux de l'Ancien Régime. Force, courage et vive la République ! »f.
Dès le 12° jour le Conseil de ia commune de Saint-Lo avait adressé de son côté une proclamation à la population ?.
Le magasin militaire manquait de sacs pour le transport de la farine. Le Conseil du district arrêta que la municipalité de Saint-Lo mettrait de suite en réquisition tous les sacs disponibles dans la ville 3.
Les appels avaient été entendus. Les citoyens de tout âge se rendirent au chef-lieu armés de fusils de chasse, de faulx, fourches, ete. [ls avaient abandonné la culture et le battage des grains. Les cordonniers, les tanneurs, les maréchaux quittaient leurs ateliers « pour voler où le danger est le plus pressant )».
Considérant « que la précipitation fausse les mesures et
1. Arch. Manche L IT 1006, Reg. Conseil district, fos 90, 91, 89.
2. Arch. municipales Saint-Lo, Reg. délibérations Conseil géneral, Saint-Lo DES TM TE