CHAPITRE Ii
Les grandes crises politiques dans le district
1. 1790-1792. — II. La Patrie en danger. — III. La Terreur. — IV. Les Comités de surveillance. — V. Le Fédéralisme. — VI. La Réaction thermidorienne. — VII. La Chouannerie. — VIII. Les fêtes de la Révolution.
RE Ur
De la Fédération à la fuite du Roi, l'agitation et le trouble ne cessèrent de grandir. Participant à l'atmosphère générale, l'esprit public du district de Saint-Lo ne différait point de celui de la France entière. Il suivait le même cours. Chaque jour ici ou là se produisaient des incidents plus ou moins graves qui tenaient en éveil la vigilance des autorités et réclamaient leur intervention.
Le 13 février 1790 le Conseil de la commune de Torigni doit interdire la fête du carnaval. Les déguisements dans le «temps actuel avec la licence qui en résulte pouvaient être dangereux » !. La garde nationale fut chargée de veiller au respect de cette interdiction.
Le 29 octobre, le Directoire du district envoya des détachements de la garde nationale, des troupes de ligne et de la
moaréchaussée pour protéger la perception des impositions
. Arch. Municipales Torigni, reg. Cons. gl Torigni, D I n° 1, fo 8.
indirectes aux foires du Bourguais, de Cerisy-l’Abbaye et de la Saint-Martin à Torrgni !.
La moindre parole prenait un caractère grave. Le vicaire de Notre-Dame de Saint-Lo, Cauchard, dans les Annales patriotiques du 26 septembre 1790, avait écrit « de redoubler encore de surveillance contre les ennemis de notre sainte révolution, que le pays en fourmillait ». Il fut invité à s'expliquer au sujet de cette accusation injurieuse ponr la cité, devant le Conseil de la commune. Faisant amende honorable il déclara n'avoir pas «entendu désigner particulièrement la ville de Saint-Lo. Le mot pays s’entendait génériquement des villes du canton aussi bien de Valognes, de Cherbourg et de toutes les autres villes de la ci-devant province de Normandie ».
Un officier municipal lui fit remarquer qu'il avait voulu expressément désigner Saint-Lo, qu'il s'était proposé de mettre en cause le receveur des tailles du district. Finalement le Conseil décida de ne pas suivre l’affaire. Le procureur de la commune se contenta d'inviter l’inculpé à se montrer plus circonspect à l'avenir. « Afin de faire connaître à l’Europe entière que la ville de Saint-Lo doit être à l'abri de tout soupçon, le Conseil ordonna que la présente sentence füt adressée à M. Lemercier pour lui démontrer que la commune de Saint-Lo a justement improuvé la lettre de M. Cauchard en tant qu’elle peut frapper sur la ville de Saint-o et qu’il est prié d’en faire mention dans le prochain numéro des Annales patriotiques » ?.
Le 7 septembre 1790, le Conseil de Saint-Lo assista à l’église Notre-Dame au service pour le repos de lâme des « guerriers citoyens » morts à la journée de Nancy et se rendit
1. Arch. Manche, L II 101%, reg. Délibérations Directoire district fos 17, 18, 22.
2. Arch. Municipales Saint-Lo, reg. Police Municipale du 19 juin 1790 au 30 mars 1791, non folioté.
à la maison commune où s’étaient réunis la garde nationale et le régiment d'Angoulême. Le maire prononça un discours dans lequel il célébra la discipline militaire. « Je n’ajoute qu’un mot, disait-il, et ce mot doit suffire à des guerriers français. Depuis que nous avons brisé nos fers, il nous est permis de nous comparer à des peuples libres. Tant que Sparte et Athènes furent soumises à la discipline militaire, Sparte et Athènes furent l’effroi et l'admiration du monde connu. Ce fut l’exacte observation de la discipline militaire qui éleva Rome sur le trône de l'Univers. Au moment où linsubordination prit la place de l’obéissance, Rome devint l’esclave et le jouet des tyrans. Si nous voulons fonder la Constitution sur une base inébranlable, souvenons-nous qu'après l’honneur de conquérir la liberté, le sort le plus glorieux qui puisse tenter lPambition d’un soldat vraiment français est de mourir pour la conserver». Ensuile sur la proposition du maire, on arrêta de présenter une adresse à l'Assemblée nationale pour la remercier d’avoir par la sagesse et la fermeté de ses décrets rétabli le calme dans la ville de Nancy et la supplier de faire ériger sur le champ de bataille un monument à la mémoire des frères d'armes morts à la journée du 31 août. On y graverait cette inscription : « Ils moururent pour le rétablissement de la discipline militaire »! Une autre adresse serait envoyée au roi pour avoir donné sa confiance au « général patriote », qui s’est montré le digne défenseur de la Constitution ». Enfin on écrirait au département de la Meurthe et aux municipalités de Nancy et de Lunéville, pour les complimenter sur leur courage héroïque {.
Les élections municipales eurent lieu le 15 novembre dans
le calme. Le 4, Courtin de la Gervaisière avait été élu procu-
1. Arch. Manche, L II 1077. Administration et police générale.
reur syndic de la commune de Saint-Lo par 121 voix sur 210 votants en remplacèment de Foucher élu juge au tribunal du district !, Parmi les 6 officiers municipaux élus on comptait : Letellier, Culleron et Gonfrey. Il y avait seulement 210 votants? Au nombre des trente notables destinés à remplacer les dix sortis par la voie du sort ou décédés et les trois démissionnaires figuraient le curé Moriet, ses deux vicaires Giffard et Cauchard, l’ancien juge de l'élection Lair?.
Le 16 novembre, comme orateur de la députation, Vieillard présenta les nouveaux ofliciers municipaux et notables. Après les compliments d'usage il fit allusioh aux difficultés qu’ils rencontreraient nécessairement. « Ils goûteront, bientôt, dit-il, les douceurs de la nouvelle Constitution, de cette Constitution qui régénère l’Empire, ouvrage immortel qui étonne actuellement l'Univers et qui sera incroyable dans les siècles à venir ».... « Mais elle a encore beaucoup d’ennemis, impuissants à la vérité, mais qui font les derniers efforts du désespoir dans la retraite de l’égoisme où ils se sont séparés du nombre des bons citoyens ». Il faudra cependant les contenir etles réprimer à l’occasion, mais on a la force publique.
L'orateur prit en particulier à partie ceux qui ne veulent pas renoncer à leurs richesses et essayent de confondre leur cause avec celle de la religion : « Nous n'avons donc rien à craindre, mais deux motifs peuvent cependant afiliger encore des cœurs vertueux. De riches impies, serviles adorateurs de l'or qui procure la volupté et alimente l’orgueil, ne sont pas assez courageux pour abandonner leur idole. Ils osent en blasphémant identifier leur honteuse passion avec notre religion
qu'ils déshonorent. Elle ne commande cette sainte religion
1. Arch. Manche. Saint-Lo, Reg. délibérations Conseil général, Saint-Lo, D: 28, 10%;