‹ Le District de Saint-Lo Pendant la Révolution 1787 – An IVChapitre 84 sur 314 · Cahen et Guyot, opus cit., p · texte numérisé non relu

Cahen et Guyot, opus cit., p

du corps législatif invitant tous les citoyens à respecter les droits de l’homme èt les propriétés, était envoyé aux municipalités !. |

Le 16, le maire, les officiers municipaux et notables de Saint-Lo réunis en Coùseïl, au milieu de détachements de la garde nationale, en présence du peuple assemblé devant les églises, sur les places et en particulier sur le Champ-de-\ars, donnèrent lecture de l’adresse de l’Assemblée Nationale aux Français, de la loi relative à la suspension du pouvoir exécutif et de deux actes du corps législatif du 10 août 1792 ?.

Le 20 août, le Conseil de la commune de Saint-Lo à la suite du décret de l’Assemblée Nationale décidant que les femmes, enfants et parents des émigrés seraient consignés dans les limites de leurs municipalités respectives, arrêta qu’il ne leur serait délivré aucun passeport. Ils seraient retenus, provisoirement comme otages dans la municipalité. Cet arrêté devait être affiché dans la ville entière 2.

Le 22 août, les maire, officiers municipaux et notables de cette même commune prêtèrent le serment de maintenir la liberté et légalité ou de mourir en les défendant. Le 23, le président, les juges du tribunal de district, le commissaire du roi, le greffier et les huissiers de service de ce tribunal le prétèrent à leur tour #. Parmi les autorités du reste du district, il n’y eut pas un refus.

Peu à peu la méfiance contre les partisans de l’Ancien régime sourdement s’accentuait. Le soupçon « d’incivisme » naissait vite et on épiait les paroles dans la petite ville de Sant-Lo déjà plus émotive, plus fiévreuse que les communes

rurales absorbées par les travaux des champs. Le 4 septembre,

. Arch. Manche, L II 1016, Reg. direct. district, fo 26. . Arch. Municipales Saint-Lo, D 99, Reg. 42, Fo 94,

. Ibid,

. Ibid, fo 93 à 99 passim.

un maçon du chef-lieu avait déposé une plainte contre l'un de ses concitoyens. Ce dernier aurait tenu ce propos : « Je vou- drais que la première bataille fût perdue... Si j'étais obligé de tirer sur les prêtres réfractaires, je me donnerais bien de garde de tirer sur eux. Je tirerais sur les patriotes » Une enquête fut faite. Des témoins déclarèrent avoir entendu dire au prévenu : « L'Assemblée Nationale a décrété la liberté. On devrait laisser les prêtres libres dans leurs opinions. Si l’on prenait les armes contre eux, lui les porterait plutôt contre les patriotes ! ». On ignore comment se termina l’aflaire.

Cette effervescence latente, cette fièvre faillit transformer les Saint-Lois en septembriseurs. Ce même 4 septembre, à propos d’un fait insignifiant, l'insurrection éclata. Saint-Lo était un centre de Volontaires dont la présence constituait plutôt une cause de désordres qu’une sauvegarde. Leur civisme exalté dont la violence bravait souvent la discipline, rendit plus d’une fois la ville le théâtre d’émeutes. Ce jour-là, leur fureur se tourna contre les fleurs de lys d’un balcon et ils entrainèrent si bien la foule que l’on put craindre une effusion de sang. Il ne s'agissait pourtant point d’une manifestation contre-révolutionnaire du propriétaire du balcon séditieux puisque ce citoyen avait déjà recouvert de planches plusieurs de ses balcons dans le but de les peindre aux trois couleurs de la nation. Quoiqu'il en soit, un attroupement se forma et une vingtaine de citoyens accompagnés de volontaires de la garde soldée pénétrèrent dans la maison et arrachèrent le balcon. La municipalité fit de vains efforts pour réprimer l’émeute. Les manifestants devenaient à chaque instant plus nombreux. « Nombre de voix s’élevaient insolemment, mêlées d’outrages,

de propos incendiaires et insubordonnés » et couvraient les

1. Arch. municipales Saint-Lo, Reg. de la police municipale n° 32, fo 18.

paroles des autorités qui rappelaient la foule au respect de la loi. On dût arrêter tn volontaire pris en flagrant délit de casser les vitres et de briser les balcons. L’émeute se transporta devant la prison où on l'avait enfermé. La foule réclamait à grands cris le coupable ; il y avait là au moins une centaine d'hommes. Devant les gestes outrageants, les menaces, dans l'impossibilité de contenir les révoltés avec huit hommes armés, la municipalité se sentant « exposée » battit en retraite. Le prisonnier fut délivré. Toute résistance était impossible. Il aurait fallu verser beaucoup de sang. Le peuple se retira vers les casernes. Tout paraissait terminé. Mais ce n’était qu’une accalmie.

Au moment même où les officiers municipaux recommandaient aux capitaines des Volontaires d'éclairer leurs hommes le lendemain « parce qu'il vaut mieux instruire qu'écraser », une troupe d’une centaine de Volontaires arriva à la prison avec un capitaine à leur tête. En vain, la municipalité s’efforça de les ramener au respect de la loi. « Ce n’est pas à la municipalité de nous mener, s’écriaient-ils. Nous verrons donc si elle nous mènera. Nous sommes Volontaires, nous sommes libres. C’est à nous qu’il appartient de juger en pareil cas. Nous n'avons pas de chefs à écouter. C’est à notre capitaine à faire le rapport et à nous de juger ». Impuissante, la municipalité, une fois encore, se retira. Les Volontaires ne se calmaient pas. Parmi les groupes, plusieurs voix avaient crié : « Ces bougres-là veulent que nous restions tranquilles, mais ça ne sera pas. Cette nuit, les couvents, les prêtres non assermentés et les aristocrates vont avoir leur tour. » La ville de Saint-Lo allait-elle connaître en petit les massacres qui salissaient Paris ? Les autorités municipales le redoutèrent. Peu disposées à l’héroïsme par elles-mêmes ou par la force des

choses, elles avaient cependant, — tousleurs actes le prouvent,

— le souci de la légalité et de l’ordre. Prudentes, elles prirent des mesures de sûreté. Elles renforcérent les postes de la garde nationale, organisèrent des patrouilles en particulier autour des maisons religieuses, prescrivirent d'arrêter les Volontaires qui seraient trouvés dans la rue. La nuit se passa tranquillement. Mais pour prévenir le retour de pareils désordres, la municipalité saisit de ces faits l'administration du district et l'administration du département !.

Le décret du 28 août autorisait les municipalités à désarmer les citoyens suspects. Le 17 septembre, celle de Torigni arrêtait que dix personnes dénoncées comme suspectes seraient désarmées le jour même. Le 19, elle prenait la même mesure contre six autres suspects ?.

Au milieu des secousses qui ébranlaient l'Etat, le district de Saint-Lo avait en somme conservé la tranquillité. Les lois y avaient été exécutées. Le devoir patriotique était rempli. Le dernier mot, dans les heures troublées, était resté aux repré-

sentants de l’ordre. L'ère de la Convention allait commencer.

Par le décret du 10 août 1792, les fonctions de la police de sûreté générale étaient attribuées aux municipalités 5; celui

du 26 mars 1793 ordonnait le désarmement des suspects #;

celui du 27 mars 1793 mettait hors la loi les aristocrates et les ennemis de la Révolution®. Enfin la Convention, le 28 mars 1793

décrétait des peines contre les émigrés et leurs complicesf. Le

4. Arch. Municip. Saint-Lo, D 29, Reg. 42, fo 101, 102, 103, 104. Les reg. du Département et du District ne contiennent rien à ce sujet. . Arch. Manche, L 271.

Paul Mautouchet. Le gouvernement révolutionnaire, p. 142. Ibid., p. 155.

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décret du 29 mars concernait les écrits séditieux. Le 6 avril était établi le Comité du Salut Public!. Le décret du 28 juillet confirmait les mesures prises par le Comité du Salut Public contre les conspirateurs ?; celui du 12 août ordonnait l’arrestation des suspects; celui du 17 septembre réglait le mode d'exécution de cette opération *. Enfin le décret du 19 vendémiaire an II déclarait le gouvernement provisoire de la France révolutionnaire jusqu’à la paix.

Les Archives livrent assez peu de secrets sur cette période. Les registres des municipalités sont généralement laconiques et se bornent à enregistrer les lois dont le District a fait l'envoi.

Dès le9 octobre l’ancien seigneur d'Amigny fut désarmé #. Le 19 octobre 1792, le maire de Torigni adressait à ses administrés, les citoyens ét citoyennes de Torigni, une proclamation à l’occasion des succès remportés sur l'ennemi : « Une fête civique se prépare, disait-il, en l'honneur des braves Français qui combattent pour la Liberté, l’'Egalité et la tépublique destructive de la Royauté quitransforme en hommes libres les esclaves. Citoyens et citoyennes, écoutez la voix de la Patrie. Pesez vos destinées. La lave des temps a détruit la servitude sous le poids de laquelle vos ancêtres, vos aïeux, vos pères, vos mères ont gémi et sous laquelle vous seriez conune eux impitoyablement réduits depuis le berceau jusqu’à la tombe. La main de l’homme libre effacera jusqu'aux derniers vestiges du despotisme usurpateur de ses droits. Vous jouirez dans son sein d’une pleine sécurite. Ah! Citoyens! Les tyrans n'auraient pas respecté votre âge, votre innocence, vos biens,

votre sang même. Rien n'est sacré pour eux ! Les féroces

1. Paul Mautouchet. Le gouvernement révolutionnaire p. 173. 2 Mbide, Ep. 183:

3 Mbide sp 104

. Arch. Municip. Amigny, 1°r Reg. municipalité d'Amigny, fo 121.

tentaient de dépeupler le sol de la Liberté. Ils auraient étouffé jusqu'aux jeunes plantes qui doivent la propager »!.

Un citoyen de Torigni avait été désarmé comme suspect. Il organisa une pétition en sa faveur (novembre 1792). Sur une soixantaine de témoins, presque tous se rétractèrent, désavouèrent leur signature ou déclarèrent avoir signé sans lire ?.

Une société populaire avait été créée en octobre au pDérert:.

Le 3 décembre 1792, eut lieu le renouvellement de la municipalité de Saint-Lo. Le maire était Antoine Vieillard.

Parmi les officiers municipaux se trouvent les noms de Courtin la Briaudière, Burnel, Oury, Gaugain #. Lors de leur installation il fat recommandé aux citoyens «de leur porter l'honneur et le respect dûs aux dépositaires de lautorité publique » °.

Quelques cocardes aux trois couleurs avec les inscriptions « Vive la Nation, la Loi, le Roi » étaient encore en usage ; les officiers municipaux firent connaitre aux habitants de Saint-Lo qu'il était défendu de porter et de vendre de pareilles cocardes 6.

Cerisy veillait au maintien de l’union en rapportant la mesure de désarmement d’un citoyen dont le patriotisme était le plus pur. Le procureur de la commune avait montré, disaiton, de l'hostilité contre cet habitant 7.

A Saint-Lo, les certificats de civisme exigés par la loi du

4. Arch. Municip, Torigni-sur-Vire, Reg. conseil général Torigni, D I. No II, fo 442.

2. {bid., Torigni-sur Vire, Reg, conseil général Torigni, D I. N° If, fo 465 à fo 179.

3. Arch. Municip Dézert, Reg. municipalité Dézert. . Ibid., Saint-Lo, D 30, Reg. 46, fo 12.

. Ibid., Saint-Lo, Reg. délibérations du conseil général Saint-Lo, D 80,

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