LA MESSE DANS SES RAPPORTS AVEC LA PASSION
(Suite.)
|e Sacrifice eucharistique, mémorial du Sacrifice de la Croix, est, nous l’avons dit, le centre du culte catholique. Il commande toute la liturgie, comme il en explique tous les rites.
Dans un rapide examen, nous avons essayé de pénétrer le symbolisme du Saint Sacrifice de la Messe, par lequel se perpétue, au milieu des chrétiens, le bienfait du Sacrifice de la Croix qui a sauvé le monde. Nous avons brièvement rappelé les saints mystères de l’autel et les cérémonies qui les accompagnent, dans leurs rapports avec la Passion du Sauveur, et nous avons vu qu’ils en reproduisent toutes les scènes.
Ainsi envisagé, le Sacrifice de nos autels nous est apparu dans toute son excellence et son efficacité plénière.
Nous en comprendrons mieux encore les grandeurs et la divine économie, en voyant qu’ilrépond aux besoins intimes de Ja nature,, qu’il a été annoncé dès l’origine des temps, symbolisé et préfiguré dans les temps de l’ancienne loi.
Depuis que le monde a été souillé par la faute originelle et s’est reconnu coupable, il a cherché à racheter cette grande souillure et celles qui en furent la conséquence par un acte extérieur, une immolation solennelle faite en vue d’apaiser la divinité, et qu’on a nommée sacrifice.
Cette coutume, aussi ancienne que le monde, faisait partie du culte et en était comme le principal élément. Tous les peuples l’ont connue, tous l’ont pratiquée, et comme c’est dans le sang que réside la vie, c’est par l’effusion du sang que s’accomplissait cet acte religieux. Mais comme on ne pouvait verser le sang humain, bien que certains peuples l’aient fait, on choisissait les animaux les plus précieux qu’on immolait avec des rites particuliers, et dans le plus solennel appareil.
C’est sur cette réparation qu’était fondée toute la religion juive? qui avait inscrit en tête de son code cette maxime qu’a résumée l’apôtre saint Paul : Sans effusion de sang, nulle rémission des péchés. Sine sanguine non fît remissic (Hebr. ix, 22).
Le Sacrifice est devenu ainsi l’essence même du culte, de telle sorte que l’on ne peut concevoir de religion qui ne soit fondée sur
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le dogme réparateur. Aussi lorsque Jésus-Christ voulut sauver l’humanité, c’est par l’effusion de son Sang, c’est par le Sacrifice suprême de la Croix, dont tous les autres étaient la prophétie et la figure, qu’il accomplit le grand acte de la Rédemption, selon ces paroles de l’apôtre : qu’il a plu à Dieu de réconcilier toutes choses par celui qui est le principe de la vie, et le premier-né entre les morts, ayant pacifié, par le Sang qu’il a versé sur la Croix, tant ce qui est sur la terre que ce qui est au ciel (II Coloss., i, 20, Eph.y i, 10).
Ce grand Sacrifice, offert une fois d’une manière sanglante par le Prêtre éternel, Jésus-Christ, Pontife de la loi nouvelle, devint non seulement le rachat de l’humanité, mais encore le fondement de son culte.
Et voyez l’admirable élévation de cette doctrine. Jésus-Christ a trouvé, dans les incompréhensibles desseins de son amour, le moyen de perpétuer jusqu’à la fin du monde ce Sacrifice auguste, afin que le monde puisse offrir à Dieu la seule victime digne de Lui, la victime une fois immolée sur la Croix, mais qui, après s’être immolée pour nous, veut s’offrir par nous jusqu’à la Consommation des siècles, tandis qu’il s’offre par lui-même dans les Cieux.
Ainsi perpétuellement offert par les prêtres qui couvrent la surface du globe, depuis les premières lueurs de l’aurore jusqu'aux dernières ombres de la nuit, l’Agneau de Dieu efface sans cesse les péchés du monde, sans cesse il expie par son immolation nos crimes et nos iniquités, il rend sans cesse au monde la paix, l’espérance et la vie.
0 abîme de l’amour de Jésus, s’il nous était permis de vous sonder, si nous pouvions contempler dans toutes ses splendeurs la mystérieuse harmonie de vos desseins, nous verrions comment tous ces sacrifices montent de la terre aux Cieux, et se changent pour elle en rosée de grâces, de bienfaits et d’amour.
Jésus-Christ ne s’est pas contenté de donner au monde un Sacrifice d’une valeur infinie, il veut par la Communion Eucharistique parfaire la consommation des liens qui unissent Dieu à l’homme, et il a choisi le symbole de la nourriture corporelle, pour nous montrer combien étroite, combien intime est l’union qu’il veut contracter avec nous. Pain vivant descendu des Cieux, il ne se transforme pas en nous, mais nous nous transformons en lui, c’est-à-dire il nous anime de son esprit, nous fait vivre de sa vie et dépose en notre âme le germe de la vie éternelle, comme Jésus- Christ l’avait annoncé : Celui qui mange ma Chair et boit mon Sang demeure en moi et moi en lui. Et encore : Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Ainsi par cette double action sur le monde, comme Sacrifice et comme Sacrement, l’Eucharistie est un immense bienfait dont nous ne pourrons jamais assez célébrer
la grandeur et comprendre l’étendue; elle est, suivant cette belle parole d’un penseur chrétien, le dernier anneau de la chaîne qui unit la terre aux Cieux.
Pour s’élever à la hauteur de ce Mystère, il faudrait comprendre^ ce qui ne nous sera jamais donné ici-bas, toute la largeur, toute la sublimité, toute la profondeur de l’amour de Jésus-Christ qui, étant, comme Dieu, l’amour même, n’a pas voulu rester éternellement en face de l’homme capable d’amour sans s’unir à sa créature de l’union la plus intime. Jésus-Christ a voulu atteindre, par son amour dans l’humanité, le centre de chaque cœur et répéter ainsi à tous cette prière qu’il adressait à son Père la veille de sa mort : « qu'ils soient un tous ensemble, comme vous, mon Père, vous êtes en moi et moi en vous, que de même ils soient un en nous. Je suis en eux, vous êtes en moi afin qu’ils soient consommés dans l’unité. Mon Père, je veux que là où je suis, tous ceux que vous m'avez donnés y soient aussi ; Père Juste, je leur ai fait connaître votre nom et je le leur ferai connaître, afin que l’amour dont vous m’avez aimé soit en eux, et que je sois moi-même en eux. »
Voilà les propres paroles de Jésus-Christ, voilà les accents de son cœur! N’expliquent-ils pas l’Eucharistie! Car l’essence de l’amour c’est de se répandre. L'essence de l’amour infini sera donc de se répandre infiniment, suivant la belle définition de l’Ange de l’école : Car il as est virtus diffusiva sui. La charité est une vertu qui aime à se communiquer.
L’Eucharistie, d’après le plan divin, est la dernière et la plus complète manifestation de l’amour de Jésus-Christ, dans l’œuvre qu’il a achevée ici-bas, et, autant que le permet la rigueur théologique, le résumé de toutes ses œuvres et leur suprême couronnement.
(A suivre.)
Stanislas de Holland.
lie Crucifiement véritable
Il n’y a que Jésus Crucifié qui sache bien crucifier. Lorsque nous voulons nous crucifier nous-mêmes, nous nous y prenons de manière à ce que la croix ne nous fasse point de mal ; et puis, lorsqu’elle nous blesse, nous avons toujours la satisfaction bien intime de faire notre volonté en faisant ainsi.
Quant à Jésus-Christ, lorsqu’il nous crucifie, c’est pour tout de bon : la croix est de bon bois, bien dur ; les clous sont pointus et piquent réellement; et nous restons étendus là, non parce que telle est notre volonté, mais parce que telle est la sienne.
Le crucifiement de la volonté, voilà le crucifiement véritable.
Mgr DE SÉGUR.
(A ceux qui souffrent.)
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La Sainte-faee de flotre-Seigneur Jésus-Christ
d’après le Saint-Suaire de Joseph d’Arimathie vénéré à Turin
PREMIERE FJLÎRTTIB Le Suaire de Joseph d’Arimathie vénéré à Turin.