CHAPITRE TREIZIÈME (suite
Les preuves scientifiques de l’authenticité du Saint-Suaire.
ous allons examiner, d’après le travail de M. Vignon, comment s’est faite, sur le Suaire, l’empreinte de la Sainte-Face.
Le drap devait s’appuyer, de part et d’autre du visage, sur des objets équivalents à des coussins, sans doute sur les menus linges que saint Jean vit dans le Sépulcre, au matin de la Résur-
La Sainte-Face du Saint-Suairt
Image négative. ' Image 'positive.
rectiun, et qu’il signale dans son Évangile, en même temps que le Suaire. Le Linceul perdait ainsi tout contact avec la figure à partir Mes pommettes ; il restait loin des oreilles, du cou et des épaules. Par contre, il reposait largement sur le front dont la forme se lit assez bien sur l’empreinte, abstraction faite de toute une série de taches dont la signification reste obscure.
REVUE DE LA SAINTE-FACE
Ces brusques renforcements ou atténuations du modelé se rencontrent, de la sorte, sur la totalité des empreintes ; ces accidents sont évidemment en rapport avec des irrégularités dans l'état, soit du corps, soit du drap. Le fait que ces irrégularités se manifestent avec tant de brusquerie, indique des conditions réelles d’une impression mécanique spontanée excluant toute œuvre artistique. Rien, dans cette empreinte, ne révèle l’effort d’un ouvrier; en revanche la part du hasard est assez facile à reconnaître.
Il serait difficile de dire quelle partie de l’empreinte appartient au front lui-même, et quelle autre aux cheveux qui, dans le plus grand désordre, pouvaient le recouvrir partiellement, parce que les cheveux ont fait leur image au même titre que la peau : c’est ce que l’on constate encore en examinant la moustache, la barbe ou encore, les mèches qui pendent latéralement.
C’est pour cette raison encore que l’arcade sourcilière ne se distingue du front que par son relief progressivement accentué : il serait impossible de tracer la ligne même des sourcils.
Immédiatement au-dessous des sourcils, le drap s’est brusquement écarté de la figure : le creux qui régne circulairement autour des globes oculaires était suffisamment prononcé pour ne donner presque aucune image. C’est la preuve que l’action chimique décroissait très rapidement à mesure que la distance augmentait, et que toute action cessait, aussitôt que l’écart atteignait environ un centimètre.
Les globes oculaires eux-mêmes ont produit une empreinte beaucoup plus faible que le front ou les pommettes ; cependant cette empreinte est encore sensible. Sur l’un et l’autre des deux yeux, il est assez facile d’indiquer le rebord de la paupière supérieure : au dessous de ce rebord saillant, se trouve, en effet, une zone plus faiblement impressionnée. L’œil droit est tout à fait fermé ; le gauche, c’est-à-dire celui qui correspond à la grosse goutte de sang très visible sur le front, est resté très faiblement entr’ouvert.
Le nez est reproduit d’une façon très remarquable. C’est un nez long et un peu aquilin, s’infléchissant vers la bouche, le nez des races orientales. Les yeux s’en trouvent très rapprochés, comme chez les peuples sémitiques. Ce nez est loin d'être intact. Fortement pincé près de son attache supérieure, ainsi qu’au -dessus des narines, il montre, dans la région moyenne, une tuméfaction très prononcée, récélant un coup reçu qui dut être rude. L’enflure, localisée du côté gauche, a gagné la face latérale du nez jusqu’à la joue. L’angle interne de l’œil se trouve, en conséquence, sensiblement enfoncé en arrière de cette partie gonflée qui relie le nez avec la joue.
Au-dessous du nez, la moustache s’est imprimée très fortement.
Elle était tout à fait en désordre : à droite, on sent qu’elle rejoint la barbe en contournant la bouche dont elle recouvre un peu l’angle externe; à gauche elle est en partie relevée et appliquée contre la joue. Elle marque, de la sorte, le sillon qui, normalement, sépare les joues de la région buccale.
La joue gauche n’a donné qu’une empreinte relativement faible dans son ensemble : le drap ne l’a probablement pas touchée. On a cependant le sentiment d’un sillon qui s’était creusé entre la pommette et la joue. l)e plus le dégradé externe de la Face, du côté gauche, ne s’est pas réalisé d’une façon normale ainsi qu’il l’est du côté droit. Cela tient à ce qu’à partir d'un de ces fils de la trame qu’on voit courir verticalement sur toute la longeur du Suaire, la toile ne s'est pas trouvée dans l’état chimique convenable, soit pour recevoir, soit pour conserver l’empreinte.
La joue droite, au contraire est représentée avec un extrême réalisme, et le modelé en est très détaillé. Tout d’abord, au-dessous de l’œil, la pommette s’est trouvée largement en contact avec le drap. Plus visiblement encore que du côté gauche, on s’aperçoit que les chairs s’étaient creusées au-dessous de la pommette. Au contraire la joue était fortement tuméfiée, constituant la zone claire qui descend obliquement, après avoir pris naissance audessus de la narine, et qui s'incurve autour de la région buccale. Il faut, sans doute, attribuer à quelque coup reçu cette tuméfaction considérable. Dans cette région également, le drap s’est appliqué directement contre la peau.
La bouche' est très nettement, et admirablement dessinée. La lèvre supérieure, toutefois, n’a donné qu’une empreinte faible, mais la lèvre inférieure s’est, au contraire, marquée dans son entier. Ce modelé très exact, doit être attribué à un avancement relatif de la lèvre inférieure, avancement produit par la chute de la tête, quand le Christ Payant inclinée sur sa poitrine, rendit l’esprit : Et inclinato cnpite , emisit spiritum. La tête étant restée dans cette position jusqu’au moment de la descente de la croix, la lèvre inférieure garda l’espèce de lippe qui en était résultée. Mais combien cette bouche est impressionnante dans son amertume et sa majesté ! Elle donne à la tête un grand sentiment de tristesse, mais de tristesse supérieure, sans colère, sans haine, parce que c’est la tristesse d’un Dieu mort apitoyé sur ceux qui ont repoussé son grand amour...
Au-dessous de la bouche, l'attache du mentoii est parfaitement modelée, surtout à. gauche ; à droite, en effet, se voit une tache, sans doute accidentelle, et qui produit l’impression d’un creux d'une profondeur excessive. Le drap a reposé d'une façon intime sur le menton, comme sur le front, sur le nez, sur les pommettes et sur la région tuméfiée de la joue droite. Le modelé du menton
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s’interrompt nettement à partir du pli transversal que formait le drap au moment où M. le chevalier Piaa exécuté sa photographie. Plus bas, on aperçoit une région assez claire et très vaguement délimitée, mais il s'agit là d’une salissure de la toile et non pas, comme on a paru le croire, de l’empreinte d’une longue barbe. Celle-ci, au contraire, était maintenue courte et taillée à peu près en carré.
L’ensemble de cette figure appelle une réflexion générale : il ne s’y trouve aucune symétrie. Le sourcil gauche est normal, le droit est détendu et abaissé dans sa région moyenne, en même temps qu’il se relève du côté du nez. La barbe et la moustache ont subi une torsion : la bouche est reportée un peu à gauche de l’axe du visage: le coin gauche se relève et le coin droit s’abaisse. Des irégularités se remarquent dans la forme du nez. Nous sommes loin du hiératisme et de la monotonie de toutes les peintures exécutées sans modèle, loin du parallélisme que le peintre aurait donné aux traits de sa figure, parce que la chose lui. aurait été plus facile, étant habituelle, et qu’il aurait jugé produire une impression plus imposante par une symétrie complète.
A mesuré donc que l’on perçoit plus clairement toute la distance qui sépare cette Image des œuvres picturales, on comprend bien que c’est la nature même qui s’y trouve reproduite : ce Visage porte des marques d’une souffrance indicible, et la mort a fixé la contraction inégale des traits, tout en leur laissant une Majesté souveraine qui ne peut être que la Majesté d’un Dieu.
(A suivre.) Emmanuel Faure.
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au “ Dix/in Crueiîié ”
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Nous adressons aux donateurs l’expression de nos remerciements au nom de Jésus et de ses Prêtres bien-aimés, en les assurant des prières deTOEuvre, et de la reconnaissance des vénérés bénéficiaires.
JVIaFie et le Calvaire
œ’ÉGLiSE est pour Jésus la plus chère de ses œuvres, l’institution vivante qu’il a extraite de son cœur, à laquelle il a confié la clef de son royaume, la distribution de son sang, de ses grâces, de ses pardons et de sa gloire. Elle est non seulement son épouse, mais encore son corps mystique et vivant. Chaque fidèle de l’Eglise est un membre de Jésus, chaque prêtre est la voix, la main de Jésus. « Vous me demandez ce qu’est l’Eglise, s’écrie Bossuet, l’Eglise c’est Jésus répandu et communiqué, c’est Jésus tout entier, c’est Jésus homme parfait, Jésus dans sa plénitude (1). » C’est en effet Jésus, puisque le sang qui coule dans ses veines est le sang de Jésus, puisque l’esprit qui l’anime est l’esprit de Jésus, puisque la science qui la guide est la science de Jésus, puisque enfin la volonté qui la meut est la volonté de Jésus.
A cause de cela, Marie, Mère de Jésus, est donc aussi Mère de la société des rachetés, des vrais chrétiens, c’est-à-dire de l’Eglise. Et en effet, cette maternité spirituelle de Marie a été proclamée par Jésus lui-même au Calvaire où l’Eglise naquit des plaies et du sang du Sauveur, et où Marie entendit de la bouche de son Fils de mystérieuses paroles. « Femme, lui dit Jésus, en lui montrant le disciple bien-aimé, Jean, qui représentait la multitude des fidèles, voilà votre Fils : Mulier, ecce filius tuus. » Ce qui signifie, Femme, vous n’avez qu’un seul (ils et c'est moi ; mais comme en vertu du mystère que j’accomplis en ce moment, Jean représente l'humanité tout entière que je veux sauver, pour laquelle je verse tout mon Sang et que je m’incorpore en quelque sorte, vous avez donc, ô Femme, en la personne de Jean, votre Jésus que vous avez engendré. Voyez en lui les effets de ma Rédemption, les traces de mon Sang, la communication ineffable de mes grâces, la participation même à ma nature divine.
Ainsi donc, à titre de chrétiens, de vrais disciples de Jésus, unis et incorporés à lui, nous sommes les fils de Marie, comme l’est Jésus. Nous ne sommes plus distincts de lui et comme nous ne formons avec lui qu’un même corps, nous ne sommes avec lui qu’un même fils. Par conséquent, bien que Marie ait sous un rapport autant d’enfants qu’il y a de vrais chrétiens, il n’est pas moins vrai de dire qu’elle n’a qu’un seul fils, Jésus, puisque Jésus vit en nous quand nous lui sommes vraiment unis par l’état de
(1) Bossuet : Lettres à une demoiselle de Metz, XXVIII.
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grâce, puisque tous les fidèles ne forment avec lui qu’un seul et même Jésus, l’Eglise, dont Marie est la véritable Mère.
Ce n’était pas sans doute la première fois que Marie recevait de Jésus la promesse de devenir un jour la Mère de l’Eglise. Il semble, en effet, qu’en la saluant : « bénie entre toutes les. femmes », l’ange a fait allusion à sa merveilleuse fécondité et au nombre immense des enfants qu’elle aurait en concevant un Fils, puisqu’il ajoute que la postérité de ce Fils sera éternelle comme son règne. « Et regnabit in domo Jacob in æternurn et regni ejus non erit finis. »
En faveur de cette maternité spirituelle de Marie, nous pouvons invoquer un témoignage des plus précieux. Dans une de ses Encycliques sur le Rosaire, Léon XIII, parlant de la miséricordieuse bonté de la Bienheureuse Vierge, notre universelle intermédiaire auprès de son divin Fils, ajoute : « C’est ainsi que Dieu nous l’a préparée. Par cela même qu’il l’a donnée comme Mère à son Fils unique, il lui a inculqué des sentiments maternels, qui ne respirent que l’amour et le pardon... C’est telle aussi que Jésus l’a proclamée du haut de la Croix, quand il a commis à ses soins, à son amour, l’universalité du genre humain dans la personne de Jean son disciple bien-aimé ; c’est telle enfin qu’elle s’est donnée elle-même lorsque recueillant d’un cœur viril l’héritage d'immense labeur que lui laissait son Fils mourant, elle commença sans retard à remplir tous ses devoirs de mère. Et ce dessein de miséricorde réalisé en Marie par Dieu et confirmé par le Testament du Christ, les apôtres et les premiers fidèles en eurent, dès le principe, le sentiment joyeux. Ils le sentirent aussi, les Vénérables Pères de l’Eglise et toutes les nations chrétiennes de tout âge. Et quand même leurs paroles et leurs écrits se tairaient, une voix qui s'échappe de toute poitrine chrétienne nous le rappellerait encore éloquemment. Et la raison en est que la foi divine, par une impulsion très puissante et très douce, nous pousse et nous entraîne vers Marie... Ils sont donc à plaindre ceux qui, participant à notre foi sainte, osent traiter parfois d’excessif et d’extrême notre culte pour la Vierge Mère ; car ils blessent grandement en cela la piété filiale (1). »
Le même Pontife, dans une autre Encyclique, parle encore de cette dévotion filiale des chrétiens pour Marie, comme d’un sentiment qui leur est en quelque sorte naturel. Il avait rappelé la scène du Calvaire ; comment, dans la personne de Jean, Jésus avait assigné Marie pour Mère au genre humain tout entier, mais surtout aux fidèles ; comment, après avoir été la coopératrice de la ■Rédemption, la Vierge a reçu un pouvoir immense pour en dis-
(1) LÉON XIII, Encycl. Octobri mense (22 sept. 1891) .
penser les fruits de grâce : « Voilà pourquoi, continue Léon XIII, les âmes chrétiennes, mues par une espèce d’impulsion native, se portent vers Marie, c’est pour cela qu’elles lui communiquent avec confiance leurs projets, leurs œuvres, leurs joies et leurs peines ; et qu’elles se recommandent elles-mêmes avec tout ce qui est à elles, à sa sollicitude, à sa bonté, comme des fils, more filiorurti (1). »
Ainsi encore, d’après les solennelles affirmations de Léon XIII, les paroles de Jésus ont un sens très élevé. Le disciple bien-aimé, est à ses yeux l’Eglise entière, l’assemblée de ses fidèles, de ses amis. Lorsqu'il dit à sa Mère : Voilà votre Fils, il crée en elle une maternité universelle ; il l’associe à l’œuvre de la Rédemption. D'autre part, en s’immolant à la volonté de Dieu qui lui demandait le sacrifice de son Fils, Marie est devenue l’un des auteurs du salut commun. Or elle continue son œuvre invisiblement par son action maternelle dans l’Eglise. Tous ceux qui suivent Jésus sont pour elle des fils ; et ceux qui aiment Jésus, imitent Jean, ils la reçoivent pour leur Mère.
Si en la fêle de l’Assomption, le ciel acclame une Reine, nous, les pèlerins de la terre, les voyageurs du temps, nous saluons, nous acclamons une Mère; une Mère qui nous suit du regard au milieu de toutes les épreuves de la vie, qui plaide notre pardon, alors qu’enfants ingrats, nous errons sur les mille chemins de l’erreur et du vice ; une Mère qui, par ses prières, sollicite notre retour et notre persévérance ; une Mère, enfin, qui obtient tout ce qu’elle veut et dont l’amour n’a d’égal que la grandeur de son pouvoir. En contemplant dans le ciel auprès du trône de Dieu, cette Mère toute bonne et toute puissante, l’Eglise se fait donc vraiment l’écho de tous nos sentiments chrétiens lorsqu’elle chante, dans l’enthousiasme de sa joie et de sa reconnaissance : « Gaudeamus omnes in Domino ». Réjouissons-nous tous dans le Seigneur.
Charles Bihel.
(1) LÉON XIII, Encycl. Adjulricem populi (15 sept. 1895).
MESSE DES ABONNÉS
Pendant le mois d’Août la Messe des abonnés et zélateurs sera célébrée tous les vendredis, à l'autel de la Sainte-Face. Nous serions heureux de voir doubler les offrandes offertes dans ce but, afin de pouvoir multiplier les suffrages en faveur de toutes les nombreuses intentions recommandées, par l’établissement d’une seconde Messe hebdomadaire.
NOTES BIOGRAPHIQUES
sur la Sœur Maria Benedetta, moniale Cistercienne de Viterbe.
1836-1913 (suite).
— te — ; i —
Un grand honneur et une grande joie étaient réservés au Monastère délia Duchessa et à la jeune novice Sœur Maria Benedetta pendant l’année 1857. Ce fut la visite du Souverain Pontife.
Du 5 mai au 5 septembre, Pie IX entreprit un voyage à travers ses Etats. Ce fut un long triomphe. Partout la foule s'inclinait avec foi sous la main bénissante du Pontife et saluait le Souverain avec les acclamations de l’amour et du respect. La presse européenne retentit des échos de ces fêtes populaires. Les révolutionnaires italiens n’en parurent pas moins déconcertés que les catholiques ne s’en montrèrent joyeux. Dans les Bomagnes, à Bologne, dans ces Légations dontCavour avait prétendu exprimer les doléances et défendre les intérêts au Congrès de Paris, l’enthousiasme, loin de diminuer, ne fit que s’accroître. Pie IX voyageait souvent à pied au milieu de son peuple ; tous pouvaient l’aborder et lui parler librement.
Ce ne fut qu’à la fin d’août que le Saint Père, au terme de son long voyage, arriva à Viterbe. Pie IX ne manqua pas, comme dans les autres villes qu’il avait parcourues, d’y visiter les communautés et de donner aux saintes recluses le bonheur de le voir et de recevoir sa bénédiction apostolique.
Le 1er 'septembre au matin, le Saint-Père célébra la sainte Messe dans l’église de la Duchessa et se fit conduire ensuite au chapitre. Quelle joie pour la Sœur Maria Benedetta de revoir l’auguste Pontife dont elle avait salué l’élection à Rome même, et qui l’avait si paternellement bénie à son départ pour le cloître ! Sans se soucier du protocole, avec l’élan de sa nature simple et ardente, la jeune novice, se précipita aux pieds du Pape et lui dit avec allégresse : « Très Saint Père, voyez votre petite romaine en train de devenir une vraie Cistercienne. » Pie IX repartit joyeusement : « Je vous reconnais bien sous votre manteau blanc. Vous ne serez jamais que V enfant des limbes. » — « Elle est pour aujourd’hui au Paradis >q reprit vivement la Sœur.
Et vite, elle retourna vers les moniales un peu stupéfaites de l’audace de leur benjamine. Elle-même dirigea lé chœur pour chanter une cantate dont les paroles et la musique étaient de sa composition.
Charmé, souriant et bénissant, le Saint-Père recommanda aux prières des Sœurs les besoins de l’Eglise et ses préoccupations universelles et ne se retira qu’après avoir accordé de larges faveurs spirituelles à l'église du monastère.
Puis le silence revint sous les blancs cloîtres et dans l’âme épanouie de la novice qui arriva bientôt à la fin de l’année canonique de son épreuve.
Le 2 juillet 1858 eut lieu la Profession solennelle dans l’église du monastère. La touchante cérémonie fut présidée par Son Eminence le
LE DIVIN CRUCIFTE
Cardinal Gaspard-Bernard Pianetti. Les anciennes moniales se rapT pellent encore avec quelle ferveur et quel angélique accent la jeune épouse du Christ chanta, à la grille du chœur ouverte, la formule de sa Profession et entonna à trois reprises différentes ce beau verset du Psaume cxvme :
Suscipe me, Domine, secundum eloquium et vivam ;
El non confundas me ab exspeclatione mea.
C’est-à-dire :
Recevez-moi, Seigneur, selon votre parole et je vivrai;
Ne permettez pas que je sois trompé dans mon espérance.
Désormais le sacrifice est complet et définitif. La victime est immolée sur l’autel de la vie religieuse. Les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, comme trois clous mystérieux, selon la pensée de saint Bonaventure, l’attachent à la Croix du Sauveur. Le vœu de stabilité , qui est propre à l’ordre bénédictin (1) et fixe pour toujours la moniale au monastère où elle a fait profession, achève et consomme l’holocauste.
C’est avec une âme saintement joyeuse, une volonté généreuse et active, un élan plein d’ardeur que la Sœur Maria Benedetta s’était livrée sans réserve à son divin Epoux crucifié. Sans connaître l’avenir extraordinaire qui l’attend, sans apercevoir le calice amer de la terrible agonie qu'elle devra subir, sans deviner la croix longue et douloureuse qu’elle devra traîner et sur laquelle, après cinquante-deux ans de martyre patient et résigné, elle devra mourir, elle se donne, elle s’abandonne, elle se confie absolument au Dieu qui a ravi son cœur.
Les sacrifices de la vie religieuse, elle les embrasse courageusement pour la joie du Cœur de Jésus, la consolation et le secours de l’Eglise, et le salut’ des âmes. C’est ainsi que la vie de cette religieuse, inconnue du monde, sera féconde et produira d’admirables fruits.
« Une âme, écrit le Chanoine Vaudon, fût-elle cachée dans un cloître, ignorée de tous, va, quand elle le veut, toucher Dieu, et de là, de ce centre lumineux, de ce foyer d’amour, par je ne sais quel rayonnement, elle va toucher d'autres âmes. »
Après le prêtre, j’entends le converti Huysmans nous dire non moins éloquemment : « Le monde ne conçoit pas même que les austérités des abbayes puissent lui profiter. La doctrine de la suppléance -mystique lui échappe complètement. 11 ne peut se figurer la susblitution de l’innocent au coupalrle, alors qu’il s’agit de subir une peine méritée et nécessaire. 11 ne s’explique pas davantage qu’en voulant pâtir pour les autres, les moines détournent les colères du ciel et établissent une solidarité dans le bien, qui fait contrepoids à la fédération du mal. Et Dieu sait pourtant de quels cataclysmes ce monde inconscient serait menacé, si, par suite d’une disparition soudaine de tous les cloîtres, cet équilibre qui le sauve venait à être rompu. »
(1) On sait que les Cisterciens sent des Bénédictins réformés et pratiquent dans toute sa rigueur la règle de saint Benoît, à laquelle ils ont ajouté la Otarie de charité de saint Étienne. .
REVUE DE LA SAINTE-FACE
Voilà le rôle admirable auquel s’est voué dans la fleur de sa jeunesse notre héroïne. Dans quelle large mesure et avec quelle merveilleuse constance elle va le remplir, nous allons bientôt le voir. C’est à une mission spéciale de souffrance et de réparation que rappelle son divin Epoux.
(A suivre.)
Le Chapelet de François Coppée
Prenant le Chapelet qui s’use sous mes doigts.
Ce soir y j’ai récité /’Ave cinquante fois.
Ayant péché, j’étais d’une tristesse amère.
Mais simplement, ainsi qu’un fils devant sa mère,
Mains jointes, à genoux , les yeux mouillés de pleurs, J’ai répété : « Priez pour nous, pauvres pécheurs ! »
Et déjà, dans mon cœur, je sens la paix renaître.
Je crois, j’espère en Dieu. Je sais qu’ Il est un maître Miséricordieux, bon, clément, paternel ;
Pourtant 11 est aussi, sur son trône éternel,
Un juge et, quand je songe à ma vie, il me semble Que je suis bien souillé, bien coupable et je tremble.
Oui, mais la Bonne Vierge est là qui me défend. Souvenez-vous. Jadis, quand vous étiez enfant,
Et pour vous châtier de quelque grave faute,
Quand le père irrité, se levait la main haute,
Votre mère arrêtait le bras prêt à frapper.
Or, dans le saint récit qui ne peut nous tromper, Jésus-Christ sur la Croix donnant Jean à Marie,
Lui dit : « Voilà ton fils. » C’est pourquoi je la prie,
A l’heure de ma mort, d’implorer mon pardon.
Car, quand Jésus lui fit ce mystérieux don,
Il lui léguait ainsi l’humanité chrétienne
Tout entière, et ta mère, ô Seigneur, est la mienne.
Ma mère, intercédez donc pour moi, s’il vous plaît,
Dans le creux de ma main, je vois mon chapelet ,
Et pour moi, ses grains noirs sont comme une semence Qu’avec un grand espoir je jette au ciel immense, Chaque Ave va bientôt, miracle merveilleux,
S’épanouir aux pieds de la Reine des deux,
Et suave parfum, ma prière fleurie Montera doucement vers la Vierge Marie.
François Coppée.