LA MORT DE JÉSUS
’appel suprême adressé, sur la Croix, par Jésus à son Père, avait provoqué, dans la foule, des mouvements divers. Ce grand cri de détresse : « Père, mon Père, pourquoi m’avez-vous abandonné », emprunté à un psaume de David, ajoutait encore un trait sublime au caractère prophétique de la Passion. Les chefs sacerdotaux des Juifs avaient feint d’y trouver un autre sens, et, à la faveur d’une équivoque de mot, relevée par eux, le bruit courait parmi les assistants que le supplicié appelait Élie, le dernier secours des désespérés.
A cette perfidie ou à cette méprise, la divine Victime répond en faisant accomplir sur elle par les Juifs une dernière prophétiemessianique. Dans le psaume entonné par Jésus sur la croix, le Messie dit, par la bouche de David : « Mon être se dessèche comme l’argile et ma langue s’attache à mon palais. » Dans un autre psaume, il dit encore : « Dans ma soif, ils m’ont donné à boire du vinaigre. » C’était le trait final de sa Passion.
Un des plus grands tourments des crucifiés, auxquels on avait cloué les pieds et les mains, était l’horrible soif que leur causait la violente fièvre traumatique qui les dévorait. Il eût manqué quelque chose au supplice de l’Homme-Dieu, on n’aurait pas vu assez en lui l’humanité, s’il n’avait éprouvé aussi ce cruel tourment, qui était comme le sceau de ses atroces souffrances; et c’était aussi la preuve de la réalité de sa nature corporelle, pour les hérétiques docétistes et leurs successeurs, qui n’ont voulu voir en lui qu’un corps de fantôme.
Le Christ devait ressentir le tourment de la soif pour montrer qn’il était réellement homme et qu’il avait été jusqu’au bout des douleurs, avant de mourir. Avec cela, comme le marque l’évangéliste saint Jean, tout était consommé et la prophétique parole de l’Écriture Sainte allait être accomplie.
Après le cri d’invocation à Dieu son père, Jésus, épuisé de douleur et sur le point d’expirer, cria donc encore : « J’ai soif ! » Les deux paroles, en se suivant, eurent un même effet sur ceux des assistants qui avaient fini par être émus de compassion. A proximité de la croix se trouvait un vase rempli ou de boisson acidulée pour l’usage des soldats qui étaient de garde, ou plutôt d’une potion acide stupéfiante pour celui des suppliciés. Plusieurs des
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assistants y coururent et, trempant une éponge dans le liquide, ils la fixèrent au bout d’un roseau d’hysope qu’ils arrachèrent dans le voisinage. Mais, pendant ce temps-là, d’autres, voyant les apprêts du breuvage, disaient, par moquerie ou par curiosité, à ces zélés : « Attendez donc pour voir si Élie va venir le délivrer. »
L’évocation étrange d’un Élie qu’ils ne connaissaient pas avait saisi les soldats. Ils laissèrent faire les assistants. Les sentiments étaient partagés dans la foule. Les uns craignaient qu’on n’empêchât l’apparition d'Élie en donnant à boire au supplicié, les autres voulaient, au contraire, se hâter de soulager le patient altéré, pour laisser le temps à Élie de venir. La scène devenait de plus en plus dramatique ; l’émotion, l’angoisse gagnait tous les spectateurs.
Il y avait près de trois heures que le Christ était en croix. Les ténèbres qui avaient commencé, au moment de la crucifixion, à obscurcir Je ciel, augmentaient d’heure en heure. C’étaient des ténèbres inattendues, extraordinaires, car on était alors à l’époque de la pleine lune pascale, et aucune éclipse de soleil ne pouvait se produire dans cette conjonction de la lune, de la terre et du soleil. Cet obscurcissement du ciel dut paraître à beaucoup le signal de l’apparition d’Élie.
Le premier prêt parmi ceux qui avaient été chercher à boire pour le crucifié, courut à lui, devançant les autres, et lui présenta l’éponge imbibée au bout de sa baguette d’hysope. La croix était peu élevée au-dessus de terre et, dès lors, on pouvait facilement atteindre la bouche du patient, en allongeant le bras, avec cette simple tige de roseau, qui atteint rarement plus d'un pied de haut. Cette fois, Jésus accepta le breuvage qu’on lui présentait, pour que fut accomplie la prophétie davidique.
Trois heures durant, le divin Crucifié avait gardé, dans la fièvre des plus atroces tourments, sa sublime patience. Pour ses bourreaux il n’eut pas, pendant ces trois heures d’affreuse agonie, d'autre parole que celle du commencement : « Père, pardonnezleur, car ils ne savent ce qu'ils font. » Tout était fini pour lui. Quand il sentit que son sacrifice était achevé et que la vie allait l’abandonner, ramassant ses dernières forces, il s’écria à haute voix, pour prendre le ciel et la terre à témoin qu’il avait rempli sa mission de rédempteur : « Tout est consommé ! », et, plus bas, il se dit comme à lui-même, cette parole, que la Vierge Marie, la Mère qui lui avait donné la vie, fut peut-être la seule à entendre, car l’évangéliste saint Luc est le seul à la rapporter, d’après elle, sans doute : « Père, je remets mon âme entre vos mains. »
Puis, sa tête retomba sur sa poitrine et il expira. C’était la neuvième du jour, nos trois heures de l’après-midi. Mais alors, l’horreur des ténèbres fut soudain aggravée par un soulèvement de la
nature indignée. Des secousses profondes se firent sentir ; le voile du Temple, celui du « Saint des Saints », se déchira en deux, du haut en bas; la terre trembla, les rochers se fendirent. Au milieu de cette commotion générale, les tombeaux qui entouraient Jérusalem s’ouvrirent et un grand nombre de justes d’Israël, qui y dormaient le sommeil de la mort, s’y dressèrent debout avec leur corps, comme pour protester contre leurs descendants déicides et ensuite, ils apparurent dans la cité sainte elle-même à beaucoup de fidèles du Christ.
Pendant ce temps-là, les spectateurs du Calvaire étaient frappés de stupeur. A la vue des prodiges qui avaient accompagné la mort du crucifié, le centurion chargé de l'exécution du supplice, qui était resté en face de la Croix à la tête de ses soldats, comprit que celui dont le trépas ébranlait ainsi la nature était plus qu’un homme et il confessa tout haut que ce juste était vraiment le Fils de Dieu, comme le condamné s’était dit lui-même. Peu à peu, la foule épouvantée se retira, chacun se frappant la poitrine en signe de remords.
Seuls les Princes des Prêtres, les Pharisiens, les Scribes du Sanhédrin restaient dans leur endurcissement. Ni le cri sublime de Jésus expirant, ni les ténèbres du ciel, ni les convulsions de la terre, ni le Temple lui-même qui avait déchiré son plus saint vêtement en signe de deuil, rien n’avait touché leur cœur de pierre. Ils avaient crucifié Jésus, ils le voyaient mort, ils en étaient satisfaits. Maintenant, il ne s’agissait plus pour eux que de faire disparaître au plus vite le cadavre, pour pouvoir célébrer, sans manquer à la loi et sans se donner de remords, leur Pâque, dont le soleil couchant allait bientôt donner le signal.
Mais la loi romaine voulait qu’on laissât les condamnés mourir sur la croix et leur corps se décomposer sur l’instrument de leur supplice. On achevait quelquefois les condamnés, quand leur supplice avait duré assez longtemps, en leur brisant les jambes à coups de barres de fer, ou en leur assénant sur la poitrine un ■coup de massue, ou en allumant un feu sous le gibet ; mais leur ■cadavre était laissé sur la Croix jusqu’à 'ce qu’il tombât en putréfaction ou que les bêtes sauvages, loups, hyènes ou oiseaux de proie, vinssent le dévorer. Il fallait une autorisation du juge romain pour qu’il en fût autrement.
Les chefs de la nation juive vinrent donc trouver Pilate pour lui demander de faire rompre les jambes aux trois crucifiés et enlever tout de suite leur corps, alléguant la loi du Deutéronome, d'après laquelle le cadavre d’un supplicié ou d’un pendu ne devait pas rester la nuit sur le gibet, mais devait être enseveli le jour même; ils firent valoir aussi qu’on était au jour de la Préparation et qu’il fallait se hâter, parce que le soir du grand Sabbat, celui de Toc-
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tave de la Pâque, approchait et que l’on ne pouvait, sans profaner la solennité, laisser en croix le corps des suppliciés, ni l’en détacher ce jour-là.
Le. gouverneur romain qui avait toujours, dans l’intérêt de la paix et de l’ordre, à ménageries susceptibilités juives, accéda à la demande des principaux de la nation, et envoya des soldats pour donner le coup de grâce aux suppliciés et enlever leur corps de la Croix.
En arrivant au Calvaire, les soldats purent constater qu’un des trois était déjà mort; ils commencèrent donc par briser les jambes du premier de ses compagnons de supplice, puis celles du second. Devant Jésus, ils durent hésiter, trouvant l’opération inutile. Toutefois, pour s’assurer qu’il était réellement mort et pour aller plus vite, le chef dut donner l’ordre à un de ses hommes de lui plonger sa lance dans le flanc. C’était un ordre providentiel. Les Livres Saints, comme le constate l’évangéliste saint Jean, contenaient cette parole prophétique concernant la divine Victime : « Vous ne briserez aucun de ses os », et cette autre : « Ils reconnaîtront celui qu’ils auront transpercé. »
L’image du divin crucifié, sur son linceul conservé à Turin, montre, conformément à la plus ancienne tradition chrétienne, que l’exécuteur de l’ordre porta de biais, à droite, son coup de lance, dont la pointe atteignit le cœur et en fit jaillir les dernières gouttes de sang, avec l’eau formée du fluide gazéiforme du péricarde, quand cette enveloppe du cœur est percée.
Et il était bien l’instrument de la Providence, ce grossier soldat dont la lance a démontré que le corps de Jésus était bien un corps humain et a rédigé, en quelque sorte, le procès-verbal de la mort du Rédempteur, en faisant jaillir l’eau avec le sang, en même temps qu’il mettait à nu pour les chrétiens, le grand mystère de l’amour de Jésus, en ouvrant ce cœur qui devait être l’objet de leur culte.
Arthur Loth.
DlJVTAHCfiE DE UK SEXAGÉSIMALE
(15 février)
" Levez-Vous, Seigneur, pourquoi dormez-Vous? Levez-Vous et ne nous repoussez pas à jamais.
« Pourquoi détournez-Vous de nous votre Visage, et oubliez-Vous notre tribulation ?
« Notre corps est attaché à la terre, levez-Vous Seigneur, secoureznous et délivrez-nous (Ps. 43).
(. Introït de la Messe du jour.)
Autour de la Revue “ lie Divin Crucifié ”
Comment on aime la Revue et ce que disent nos lecteurs en se réabonnant.
Massonnens Suisse). — « Je renouvelle avec le plus grand plaisir mon abonnement à la Revue le « Divin Crucifié ». Je suis heureux de la recommander à tous mes amis et de la passer en seconde lecture aux personnes pieuses de la paroisse. Pour l’amour de noire Divin Rédempteur et le plus grand bien des âmes, je souhaite une immense diffusion de votre excellente et doctrinale Revue, rédigée d’une manière si intéressante et si pieuse. »
A. G., député.
Paris. — « Conformément à votre désir, j'anticipe de quelques semaines mon réabonnement à votre superbe Pævue de la Sainte-Face. Elle dépasse par ses documents inédits aussi bien que par sa rédaction soutenue et son style limpide et imagé toutes les autres revues. De plus, elle nous fait comprendre admirablement les souffrances insondables qu’a souffertes pour nous le divin Crucifié ; et, à la contemplation de ce divin Visage si ravagé par la douleur, toutes les douleurs humaines semblent s’apaiser peu à peu... »
Chalain-la-Potherie. — « Veuillez renouveler mon abonnement à votre belle Revue. Ce serait pour moi une bien grande et intime joie de vous procurer de nombreux abonnés, votre Revue est si pieuse et si bonne... Comme chaque mot est profond et parle à l’âme! Quels beaux sujets y sont traités ! Quel amour débordant ressort de l’explication de la vraie souffrance! Quelle source féconde de consolations ! 11 n’est pas possible qu’après avoir lu et médité de semblables pensées, un cœur chrétien, pieux et fervent ne se sente pas tout embrasé et plus aimant pour Jésus dans sa Sainte-Face et sa douloureuse Passion... » C. R.
Entremont-le- Vieux. — « 11 me tarde de vous adresser le montant de mon abonnement pour 1914, à la chère Revue du « Divin Crucifié ». Pour ma part, je suis avide de cette divine et précieuse nourriture qui me donne, dans le besoin, lumière, force et courage. Elle tient toujours fidèle compagnie à la pauvre petite zélatrice, clouée depuis trois ans sur son lit de douleurs, d’où elle remercie Jésus Crucifié de l’avoir, par sa Croix, introduite sous les rayons de sa Face adorable et adorée. Je collectionne comme un trésor de prix chaque année de la Revue, et j’attends le numéro de Décembre pour terminer mon 3e volume. Par mes pauvres prières et mes souffrances, je demande au bon Dieu d’orienter beaucoup d’âmes de bonne volonté vers la chère Revue, afin qu’elles y puisent un amour grandissant pour Jésus qui a tant souffert pour notre amour. » S. P.
Privas. — « Plus j’apprends à connaître votre pieuse Revue « Le Divin Crucifié », plus j’en goûte la doctrine substantielle et le charme profond. Après en avoir joui depuis deux ans, je ne saurais plus m’en passer. Je vous envoie donc ci-inclus le montant de mon abonnement pour 1914, en faisant tous mes vœux pour son abondante diffusion. » Sr E.
Brive. — « C’est bien volontiers que je vous adresse dès aujourd’hui le montant de mon réabonnement à votre intéressante Revue du « Divin Crucifié ». Je trouve dans cette pieuse lecture un aliment vraiment substantiel; elle me sert de lecture spirituelle et de méditation. La vie de Notre-Seigneur, ses souffrances, sa passion, sa mort : tout n’est-il pas là pour le chrétien? Votre Revue qui éclaire si vivement ces grandes questions est donc destinée à faire un bien immense dans les âmes. » Sr A.-M. D.
REVUE DE LA SAINTE-FACE
lia Sainte-face de flotte-Seigneur Jésus-Christ
d’après le Saint-Suaire de Joseph d’Arimathie vénéré à Turin
PREMIÈRE FJLKLTr©
Le Suaire de Joseph d’Arimathie vénéré à Turin