LA CLOTURE DES FÊTES CONSTANTINIENNES A ROME
Le Tri du ii in de Sainte-Mari e-Majeure.
’est dans la plus célèbre des églises dédiée à la Très Sainte Vierge que sê clôturèrent les cérémonies du jubilé de Constantin. A vrai dire, Sainte-Marie Majeure n’est pas une des basiliques fondées par l’empereur converti ; mais on a justement pensé que, pour ces fêtes d’actions de grâces, aucun temple n’était mieux indiqué que le premier des sanctuaires, consacré dès le lendemain du triomphe de la Croix, à la Vierge Marie, coréclemptrice du genre humain. Et n’est-ce pas sous ses voûtes vénérables que se conservent et se vénèrent les reliques de la Crèche , qui reçut le Rédempteur à son entrée dans le monde? Ici, la santa cùila soutient pour ainsi dire l’autel eucharistique, l’autel papal, dominé par le crucifix et sur lequel se perpétue le sacrifice auguste de la Rédemption.
Le Triduum s’est ouvert le vendredi, 5 décembre, par l’exposition de la Madone de saint Luc, honorée sous le titre de Salus populi Romani. Ce tableau vénéré se trouve dans la chapelle Borghese, la plus somptueuse des chapelles de Rome, que le pape Paul V érigea pour en faire le reliquaire de cette sainte image. Comme la chapelle n’est pas assez vaste pour contenir les pèlerinages annoncés, le Chapitre a obtenu du Pape la permission d’exposer l’image miraculeuse dans le centre de la basilique, au-dessus d’un autel préparé à cet effet.
Des tribunes ont été construites tout à l’entour de la Confession et la décoration est des plus magnifiques. Des milliers de lampes électriques font resplendir toutes les merveilles d’art qui enrichissent ce premier temple de Marie.
Chacun des trois jours du Triduum, il y a eu le matin, un pèlerinage des instituts religieux de femmes. Des délégations de tous les couvents et de leurs élèves sont venues assister et communier à la messe matinale, célébrée par l’un des évêques-chanoines de la basilique, au cours de laquelle ont prêché les orateurs les plus renommés de Rome. Ce pèlerinage des religieuses à Sainte-Marie-Majeuré répond heureusement à celui des Ordres religieux d’hommes, qui fut si remarquable pendant l’octave jubilaire à Saint-Jean-de-Latran. Autour de Marie Immaculée, la Reine des Vierges , qui a relevé la femme de son abjection et lui a rendu la place d’honneur au foyer et dans la société, sont venues se ranger ces troupes virginales, cette armée de tous les dévouements et de toutes les vertus. Par Marie, elles glorifient Jésus. Adducentur Régi virgines post Eam... Afferentur in lætitiæ et exultatione ; adducentur in templum Regis. ( Ps . xlii, 16.)
Ce fut un admirable spectable. Dès six heures du matin, la basilique se remplit de religieuses des très nombreuses Congrégations de Rome. Elles sont de toutes les nations, parlent toutes les langues, portent les costumes les plus variés, se dépensent à toutes les œuvres de charité
et de miséricorde, d’éducation et d’enseignement, mais se fondent dans l’unité d’un même amour pour Jésus et pour Marie. Le secret de leur force, de leur fécondité, de leur sainteté, est dans la Croix de Jésus, dans l'Hostie du Tabernacle que leur offre chaque matin la Mère du bel amour, Notre-Dame du Très-Saint- Sacrement.
La messe du premier jour fut célébrée par S. G. Mgr Pardeni, Ev. titul. de Zama, et le sermon donné par le R. P. Balestra, S. J. Il montra les bienfaits que la croix a produits dans le monde, en faisant d’abord le tableau de l’état de la société païenne, spécialement de la condition misérable où la femme y était réduite, puis en rappelant tout ce que le triomphe du christianisme avec Constantin fit régner de respect pour les faibles et notamment pour la dignité de la femme. Rien d’étonnant, puisqu’à l’œuvre de la Rédemption avait collaboré à un degré si éminent une femme belle et sainte entre toutes, la Vierge Marie, qui, debout au pied de la croix, mérita lant de grâces au genre humain et spécialement à son sexe.
Le soir, le sermon fut prêché par le P. Gianferri, des Salésiens de Dom Bosco. Il montra comment la Sainte Vierge a éclairé, soutenu, consolé, fait triompher l’Eglise à travers tous les siècles, depuis le temps des apôtres et l’ère des persécutions jusqu’à nos jours, suscitant, au fur et à mesure des besoins nouveaux, des secours appropriés, spécialement par l’élan qu’elle venait imprimer, par sa présence souvent visible, aux fondateurs et fondatrices d’Ordres et de Congrégations religieuses.
La bénédiction du Saint-Sacrement fut ensuite donnée par S. Em. le cardinal Caggiano de Azevedo, préfet de la Congrégation des Religieux, qui fut jadis chanoine de Sainte-Marie Majeure. Il était entouré à l’autel par le Chapitre et les nombreux élèves du Séminaire espagnol, représentant la nation qui a des relations séculaires avec le temple de l’Esquilin.
L’illumination à travers toute la basilique était magnifique, entourant d’une splendide auréole) l’image de la Madone, éclairée ellemême de feux plus éclatants.
Dimanche, 7 décembre, S. G. M^r Virili, Ev. titul. de Troade qui a célébré le Saint Sacrifice et le R. P. Severino, 0. M. qui a chanté les gloires de l’immaculée et ses triomphes dans les âmes religieuses par les vertus qu’Elle y fait fleurir.
Le sermon du soir fut donné par l’éloquent M^r Rosa, Substitut à la Consistoriale, qui parla sur la liberté que Marie a apportée au monde én lui donnant Jésus, le vrai Libérateur du genre humain.
S. Em. le cardinal Rampolla, assisté du Chapitre Libérien et du Collège de la Propagande, donna la triple bénédiction. Rien ne faisait alors présager que le très digne et très pieux Prince de l’Eglise présidait aux pieds de la Vierge sa dernière fonction publique. Six jour% après, il était subitement appelé au tribunal de Dieu. Une longue et féconde carrière, toute au service de Jésus-Christ et de son Vicaire sur la terre, l’y avait précédé.
Le jour de l’Immaculée-Conception, un soleil splendide éclairait le beau ciel de Rome et favorisait l’affluence du peuple à Sainte-Marie- Majeure.
REVUE DE LA SAINTE-FACE
La première messe solennelle fut célébrée par S. G. M®T Gallucci, Arch. titul. de Constance. Le R. P. Zucchi, des Frères-Prêcheurs, prononça un discours très élevé sur la Vierge Immaculée, Reine de l’Eglise et espoir de son définitif triomphe sur tous ses ennemis.
A dix heures, en vertu d’un induit apostolique spécial, S. Em. le Cardinal V. Vannutelli officia pontificalement à l’autel papal. Les trois Chapitres des basiliques majeures assistaient en corps, ainsi que les membres du Conseil supérieur des fêtes constantiniennes. La musique fut ravissante, la foule immense.
De nouveau, à quatre heures, la basilique se remplit d’une assistance fervente qui vient entendre un magnifique discours de S. G. M§r l.a Fontaine, Ev. titul. de Cariste. Il chante en un langage ardent l’hymne de reconnaissence de tout le peuple chrétien envers Dieu pour les bienfaits et les grâces du jubilé qui se termine.
Une magnifique procession des membres du Comité des fêtes, des Associations des paroisses de l’Esquilin et de nombreux dignitaires, chanoines, prélats, évêques, précédant l’Eminentissime Cardinal Cassetta, se déroule dans la grande nef et arrive à l’autel papal, où la bénédiction est donnée après un enthousiaste et fervent Te Deum.
Quand la foule énorme quitta le sanctuaire privilégié de Marie, ce fut pour le voir resplendir dans la nuit des milles feux qui lui dessinaient une merveilleuse auréole. La façade si belle et si originale, les dômes si harmonieux, le campanile élancé et fier, rayonnaient au-dessus de Rome la lumière, l’espérance et la joie...
Du Vatican solitaire et plongé dans la nuit, l’auguste Pie X a-t-il pu contempler de loin le triomphe de la Vierge sans tache et cette clôture de ce jubilé qu’il a daigné accorder à la Ville et au Monde?..
C’est au Saint-Siège, à un autre Pie que Marie doit la définition dogmatique de son glorieux privilège. En retour, ne lui a-t-elle pas permis, au milieu de difficultés humainement insurmontables, de proclamer l’infaillibilité du Pontife suprême ?
Que la Viérge Immaculée, qui a écrasé la tête du serpent infernal, que la divine Mère, qui nous a donné le Sauveur, daigne compléter son œuvre et obtenir du Sacré-Cœur que le Souverain Pontife recouvre, avec la liberté de l’Eglise, l'indépendance temporelle et la pleine autonomie qui lui est nécessaire ! Fiat ! Fiat U
L’inauguration de la basilique Sainte-Croix.
Le, premier acte des fêtes commémoratives de la paix constantinienne s’est accompli le 17 octobre 1912 : ce fut la pose de la première pierre de l’église Sainte-Croix, sur les rives du Tibre, au pied du Monte-Mario, à l’endroit historique de la défaite de Maxence.
Aujourd’hui même, 30 décembre, grâce à la munificence de Pie X et à la générosité des fidèles du monde entier, le monument a pu être inauguré après treize mois de travaux menés activement. Il ressemble par le style basilical, à l’église de Saint-Laurent-hors-les-Murs. Quoiqu’encore inachevé, il laisse deviner ce qu’il sera bientôt : un des joyaux de cette Rome, si riche en merveilles.
L’église, dont le plan a été dressé par le célèbre ingénieur Leonari,
est précédée d’un large portique soutenu par six colonnes de granit et deux gros pilastres. Ses dimensions sont de 53 mètres sur 30. Les trois nefs sont séparées entre elles par douze colonnes de granit qui supportent les archivoltes, sur lesquelles s’ouvrent des fenêtres élégantes. Au dessus, tout à l’entour de l’église, se déploiera bientôt une immense frise en mosaïque, qui rappellera l’événement historique en mémoire duquel est construit ce monument.
Chacune des trois nefs se termine par une abside, qui renferme un autel monumental : le principal est dédié à la Croix, le deuxième à sainte Hélène, le troisième à saint Georges, patron des armées.
Tout à côté de l’église se dressera un campanile du style de la meilleure époque byzantine, semblable à ces nombreux clochers qui conviennent si bien au ciel italien.
La fête d’inauguration a parfaitement réussi. Un firmament d’une transparence profonde, tel qu’il était sans doute quand Constantin y vit briller le signe de la Rédemption, le Labarum, répandait une lumière très douce sur le quartier populaire où se déroulait la pieuse cérémonie. Elle commença par une imposante procession composée des séminaires de toutes les nations établies à Rome. Excellente idée, qui démontre le caractère vraiment catholique de ce temple et du grand fait qu'il rappelle et immortalise ! Les étudiants américains portaient une très grande croix de bronze de trois mètres, artistiquement dessinée, qui fut fixée àu sommet de l'autel majeur, avant la messe pontificale chantée par S. Em. le Cardinal Cassetta. Don des fidèles de l’Amérique du Nord, ce crucifix monumental explique tout le symbolisme de la nouvelle basilique et résume la grande idée du jubilé constantinien.
A seize siècles de distance, l’édifice religieux dédié à la Croix commentera à jamais, avec une éloquence singulière, l’édit de Milan dont les évêques lombards reproduisaient le texte dans leur récent mandement collectif : « Nous voulons simplement, y disent Constantin et Licinius, que chacun de ceux qui veulent suivre la religion chrétienne puisse le faire sans aucune crainte d’être molesté. »
En 1913, des paroles semblables dans la bouche des gouvernants, ne manqueraient pas d’actualité!...
Elles répondraient aux légitimes revendications. des catholiques du monde entier et de leur Chef auguste, qui souhaitait, il y a quelques mois, « de voir revenir le temps où il était permis aux chrétiens de jouir de la liberté qui est nécessaire à l’Eglise pour exercer fructueusement son ministère pour le bien des âmes et de la société (1) ».
F. Rernard des Ronces.
Home , 30 décembre 1913.
(1) Discours de Sa Sainteté Pie X aux pèlerins de Milan, de Lyon et du Mans, le 4 avril
Les seules causes qui meurent sont les causes pour lesquelles on ne meurt pas. Souffrant et mourant pour V Eglise, les chrétiens assurent sa vie. (Louis Vecillot.)
REVUE DE LA SAINTE-FACE
Saint François d’flssise et le Divin Crucifié
|iEu ne s’est pas contenté de nous intimer sa loi et de nous jeter de loin et de haut l’aumône de son pardon ; il s’est approché de nous. Le Verbe fait chair, en effet, s’est engagé dans le chemin de la vie humaine, laissant sur la terre la trace de ses pas. Il est arrivé par l’humiliation, le travail et la douleur, par l’amour immolé, au terme de cette béatitude qu’il nous réserve et se retournant alors vers les malheureux qui s'égaraient dans les sentiers perdus, il leur a dit : « Si vous voulez être parfaits, allez, vendez ce que vous avez, donnez-en le prix aux pauvres et suivez-moi (1). » Or tous les Saints ont entendu cette voix du divin Crucifié et tous se sont placés humblement à son école ; et pour ne parler que de saint François d’Assise, y eut-il jamais une copie plus fidèle, un portrait plus vivant de Jésus, que celui qu’on appelait le Pauvre d’Assise?
Selon une tradition presque universelle, François naquit dans une étable, comme l’enfant de Bethléem, au milieu des concerts angéliques, et comme lui encore, il fut l'objet d’une étrange prédiction qui projeta sur son berceau les premières lueurs d’une mission providentielle. Au retour du baptistère, en effet, un inconnu, un envoyé du Ciel demanda à voir le gracieux enfant et tout heureux d’être exaucé, il le prit dans ses bras comme un autre Siméon, salua en lui un enfant de Dieu et le rendit à sa mère en lui annonçant que cet enfant deviendrait un grand saint.
Pourtant François n’était point né pauvre ; il était fils d’un riche marchand et sa jeunesse s’était écoulée dans les plaisirs et les fêtes de l’esprit. Entouré d’une troupe brillante, il charmait tous ses concitoyens par les séductions de sa personne lorsqu’un jour la grâce de Dieu l’attire, le détache et lui inspire le dessein d’un dépouillement complet, une ambition étrange d’humiliation et d’opprobre. Des ce moment, commença sa conversion et, chose admirable, Jésus lui-même daigna se faire son précepteur et son guide dans la science des choses spirituelles et lorsque, par des voies mystérieuses, il lui eut fait aimer la Pauvreté il le récompensa en se montrant à lui attaché à la Croix. Un tel spectacle, en effet, remplit de joie et d’amour le cœur du disciple, mais aussi le souvenir de la Passion s’imprima si avant dans son âme qu’à dater de ce jour, à la seule pensée de Jésus crucifié, il ne pouvait retenir ses larmes et ses sanglots. Cette apparition fut bientôt suivie d’une autre qui acheva de le confirmer dans sa vocation. Un matin