LE CRUCIFIX
« Dieu m’a donné un extraordinaire désir de planter en tous les cœurs des enfants de la sainte Église la révérence et l'amour delà divine Croix deNotre- Seigneur Jésus-Christ. »
(S. François de Sales.)
Cet « extraordinaire désir» du saint Évêque de Genève, c’est aussi le nôtre, âmes chrétiennes, à qui nous voudrions révéler de plus en plus le Crucifix par ces petites « Fleurs du Calvaire » que nous groupons à votre intention.
— Mais peut-il donc croître des fleurs sur le sol aride du Golgotha?
— Oui, depuis que Jésus l'a arrosé de son sang, le dur rocher s’est attendri, s’est couvert d’une riche végétation et a laissé croître des plantes merveilleuses de fraîcheur et de beauté. Leurs parfums austères jet bienfaisants ont la vertu de sanctifier les âmes, d’adoucir leurs plaies et de cicatriser leurs blessures.
Depuis l’Évangile, livre divin, depuis saint Paul que Bossuet nomme <> le docteur du Crucifix, » jusqu’à saint François d’Assise, jusqu’à sainte Thérèse jusqu’au Bienheureux Curé d'Ars, brûlants d’amour pour la Croix, des pages pleines de science et d’amour ont été écrites sur Jésus crucifié. Mais combien de fidèles les ont sous la main ? Beaucoup de ces ouvrages sont rares, volumineux ou coûteux.
Profitant des trésors du passé, nous voulons condenser en ces modestes petites feuilles la moelle de ce que les saints et les ascètes ont écrit sur le Crucifix , avec l’espoir d’atteindre, par une rapide et facile diffusion, le plus grand nombre d'âmes possible...
Nous pensons aux justes qui doixenideveniv plus justes 21 2, mais plus, etencore
(1) Voir aux annonces.
(2) Apoc, xxn, 11.
REVUE DE LA SAINTE-FaCE
aux pécheurs -vers lesquels le divin Crucifié tend- ses bras miséricordieux répétant en leur faveur la sublime prière du Calvaire : « Mon Père , pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (1).
En faisant cette « cueillette » à travers les champs si riches des saints auteurs, notre pensée s’en est allée bien souvent aussi vers tant d’âmes qui souffrent, qui sont accablées, qui agonisent, et qui hélas ! ne savent pas utiliser leurs souffrances, porter chrétiennement leurs fardeaux, sanctifier leurs agonies, en un mot, diviniser leur douleur.
Ah! chers affligés, pauvres endoloris, et vous aussi, vous surtout, bienaimés découragés, venez au Calvaire, regardez le Crucifix vivant, lisez ce vrai livre de vie, et reprenez-vous à l’espérance. A travers vos larmes qui se mêlent au Sang précieux de la douce et compatissante Victime, du sein de la nuit qui enveloppe votre âme d’horribles ténèbres, semblables à celles qui couvrirent le Golgotha, n’entrevoyez -vous pas l’aube des jours meilleurs, l’aurore de la consolation et du salut qui se lève ?...
Voyez et comprenez : la Croix du Calvaire fut enfoncée tout près du tombeau de la Résurrection ; le Vendredi-Saint annonçait le saint jour de Pâques, le Consummatun est n’était que le prélude de l’éternel Alléluia.
Vos croix , ah! venez donc les planter près de la Croix de Jésus. Sous la rosée de pourpre qui découle de ses membres déchirés, vous les verrez, vos croix, prendre racine sur la sainte montagne, reverdir et donner des fleurs. C’est une pensée chère au Vénérable Eymard et qu’il exprime souvent dans ses lettres de direction à des âmes affligées : « Votre croix n’a pas encore fleuri, mais ayez confiance !... elle fleurira. »
Pour vous tous qui aurez été généreusement surnaturels dans la souffrance, ces fleurs deviendront bientôt des fruits de relèvement, de grâce et de bonheur.
Au contact de la Croix du Maître, écrit l’abbé Buathier, nos humaines blessures se cicatrisent, l’apaisement descend sur nos douleurs, le calme sur nos révoltes, et les traverses de la vie présente s’imprégnent, pour la vie future, d’éternels mérites. »
Courage ! Après les épreuves nécessaires de cette vie, sanctifiées et consolées par Jésus en Croix, notre modèle, notre chef, notre caution, notre réparateur et notre salut, la parole merveilleusement douce qu’il a dite à sainte Gertrude se réalisera sur vous : « Si quelqu’un regarde amoureusement le Crucifix pendant sa vie, le Crucifix le regardera amoureuseument â l'heure de sa mort. »
O Sauveur bien aimé, ô Jésus , qui avez racheté le monde par votre sainte Croix, du haut de ce trône de miséricorde et d’amour sur lequel vous dominez le temps et l'éternité, je vous en conjure , en faveur de tous mes frères à qui parviendront ces pages détachées du grand livre de votre douloureuse Passion, laissez tomber sur chacune d'elles un regard de vos yeux compatissants, une goutte de votre sang rédempteur , une flamme de votre « Cœur qui a tant aimé les hommes » afin quelle soient pour tous une occasion de repentir et de contrition, un secours et un réconfort, un rayon d'espérance et de consolation, une semence de bonheur et un gage de Paradis.
(1) Luc, XXIII, 24.
Diffusion de la Revue “ Le Divin Grueifié ”