LA MESSE DANS SES RAPPORTS AVEC LA PASSION
M’auguste sacrifice de dos autels est le centre et la vie de tout le culte chrétien. L’immolation et la présence réelle du Sauveur vivifient toute notre liturgie, et lui donnent une dignité et une sainteté incomparables. Toutes les cérémonies de l’Église convergent vers ce centre de grâces, l’autel et le tabernacle, de même que, dans les temples construits par le génie chrétien, toutes les lignes d’architecture sont coordonnées au sanctuaire.
Animé et divinisé par le sacrifice eucharistique, le culte catholique, expression d’un immense amour, comme le monde extérieur est le relief de la puissance infinie, émeut le cœur aussi vivement que les magnificences de la nature enchantent et ravissent les sens.
O admirable sacrifice, ô calice du salut, ô sang précieux dont une seule goutte peut sauver l’univers et racheter les iniquités l
Cujus una stilla salvum faeere Totum quit ab omni mundum scelere.
Puissions-nous en bien comprendre les grandeurs, les enseignements, les consolations. Essayons donc de pénétrer le sens des cérémonies qui accompagnent le Saint-Sacrifice de nos autels.
On divise la Messe en six parties. La première ou préparation qui se fait au bas de l'autel ; la deuxième, depuis YIntroït jusqu’à l’Offertoire; la troisième, depuis l’Offertoire jusqu’au Canon ; la quatrième, depuis le Canon jusqu’au Pater ; la cinquième, depuis Libéra nos jusqu’à la Communion ; la sixième, depuis la Communion jusqu’à la fin de la Messe.
Depuis de longs siècles la piété catholique aime à voir, dans les cérémonies de l'auguste sacrifice de nos autels, les diverses circonstances du sacrifice de la Croix.
Elle aime à suivre pas à pas la grande Victime marchant lentement à l’autel sanglant, depuis le Jardin de Gethsémani jusqu’au Calvaire.
La Messe va reproduire toutes ces grandes scènes que nous n’étudierons pas dans leur divine économie, ce qui nous entraînerait trop loin, mais dont nous nous bornerons à rappeler très brièvement , très simplement et très succintement le symbolisme..
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En entrant à l’autel, le prêtre représente Jésus entrant au Jardin des Oliviers, et les premières prières qu’il récite nous montrent Jésus en oraison dans ce même jardin. Le Confîteor ensuite rappelle Jésus prosterné le visage contre terre, accablé sous le fardeau des iniquités qu'il va expier pour le salut du genre humain.
Puis après avoir monté les degrés de l'autel, le prêtre le baise, figurant par là Jésus recevant le baiser de Judas ; après quoi, il se dirige du coté de l’Epitre, nous représentant Jésus emmené prisonnier. A Y Introït, le prêtre dans ses prières rappelle Jésus entrant chez Anne et Caïphe où il est souffleté ; au Kyrie , Jésus renié par Pierre ; au Dominus vobiscum , Jésus se tournant vers saint Pierre; à l’Epître (1), Jésus mené chez Pilate ; puis se rendant au milieu de l’Autel, Jésus conduit chez Hérode ; à l’Évangile Jésus moqué et ramené chez Pilate.
Nous voici à l’Offertoire. Le prêtre étend le Corporal : c’est le linceul de Jésus-Christ; il découvre le Calice, c’est Jésus dépouillé de ses vêtements ; il fait l’offertoire, c’est Jésus flagellé ; il recouvre le Calice, c’est Jésus couronné d’épines. Quand il se lave les mains, c’est Pilate se lavant les mains ; puis se tournant vers le le peuple en disant Orate fratres , c’est Pilate disant : Kcce Homo.
Nous sommes au Canon de la Messe. Le prêtre dit la préface : c’est Jésus condamné ; le memento , c’est Jésus qui porte sa croix ; le canon, c’est Jésus au Calvaire. Le prêtre s’essuie les mains : on essuie la Sainte-Face de Jésus ; il bénit les offrandes : c’est Jésus attaché à la Croix. Enfin l’élévation de l’Hostie nous représente le crucifiement du Sauveur, et l’élévation du calice, son sang versé pour le salut du monde. Au memento des morts, c’est Jésus priant pour ses bourreaux, et le nobis quoque peccatoribus nous retrace la scène du bon larron.
Le Pater (2), qui est la préparation à la Communion, est, comme on le sait, composé de sept demandes. Sur les lèvres du prêtre, il rappelle Jésus du haut de la croix prononçant les sept paroles qui forment son testament.
Puis le prêtre divise l’Hostie et exprime par là la division de l’âme et du corps de Jésus-Christ. Il en met une parcelle dans le calice, ce qui figure l’âme de Jésus descendant aux Limbes. Enfin c’est la Communion qui nous représente l’ensevelissement de Notre-Seigneur.
Dans la dernière partie de la messe les ablutions du prêtre nous rappellent que Jésus est embaumé. Ensuite le prêtre revient
(1) C’est saint Jérôme qui a distribué les épitres et les évangiles pour toute l’année.
(2) En Orient, le Pater est récité par tout le monde; chez les Latins, les fidèles, à la fin de la prière, répondent Libéra nos a malo.
du côté de l’Épitre : c’est Jésus ressuscité. Se tournant vers le peuple, il dit : Dominus vobiscum : c’est Jésus qui apparaît à ses disciples. Dans la Postcommunion, Jésus converse avec eux et leur fait ses adieux dans Vite missa est. La bénédiction du prêtre symbolise la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres, le jour de la Pentecôte. Enfin le dernier Évangile nous dit que Jésus est triomphant et qu’il veille sur son Eglise.
Tel est, succintement rapporté et dans ses grandes lignes, le symbolisme du Saint Sacrifice de la Messe, par lequel se perpétue au milieu des Chrétiens le bienfait du Sacrifice de la Croix, qui a sauvé le monde. N’y a-t-il pas là de quoi nous pénétrer d’un sentiment de profonde vénération pour les saints mystères de l’autel, quand nous avons le bonheur d’assister au Saint Sacrifice de la Messe, pour lequel cependant tant d’hommes ignorants ne témoignent que froideur et indifférence !
C’est tout le drame de la Passion qui se renouvelle sur l’autel, et combien ne voient dans ces rites sacrés qu’un formalisme dont ils ne peuvent pénétrer le sens, et qui ne dit rien à leur cœur!
Pour nous qui avons l’insigne bonheur de comprendre et de goûter les ineffables bienfaits de l’autel, il ne nous reste plus qu’à dire, avec l’auteur de l’Imitation : « O très bon et très doux Jésus! quel respect, quelles actions de grâces et quelles louanges devonsnous vous rendre sans cesse pour la réception de votre Sacré €orps dont nul homme n’est capable d’exprimer l’excellence. Oh! que vos œuvres sont admirables, Seigneur ! que votre vertu est puissante ! que votre vérité est ineffable ! O vous le Seigneur de toutes choses qui n’ayant besoin de personne, avez voulu habiter en nous par votre Sacrement, conservez sans tache mon âme et mon corps afin que je puisse célébrer plus souvent vos mystères avec joie et pureté de conscience, et recevoir, pour mon salut éternel, ce que vous avez ordonné et institué principalement pour votre gloire et pour l’éternelle mémoire de vos bienfaits. »
L’Eucharistie est une immense charité faite à une immense misère. Ce fut dans le Cœur de Jésus-Christ l’effet naturel d’un amour surnaturel. Après l’incarnation et la rédemption, ce Sacrement fut comme une conséquence nécessaire et le dernier développement de la tendresse et de la miséricorde infinies. En amour le Sauveur voulut aller jusqu’aux dernières limites. Après s’être offert une fois pour nous d’une manière sanglante sur la Croix, il renouvelle tous les jours par le Sacrifice de la Messe sa première immolation. Comme aussi après s’être uni une fois à la nature humaine par l’Incarnation, il a voulu par l’Eucharistie s’unir perpétuellement non-seulement à l’humanité en général, mais à chaque homme en particulier. C’est par là qu’il comblait
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les desseins de l’amour parfait comme lui-même, qu’il a brisé toute limite, toute séparation, tout obstacle, de manière à ne plus faire qu’un réellement et substantiellement avec l’objet aimé.
Mais ce mystère on ne peut le comprendre et le goûter qu’avec son cœur. Là est le seul vrai bonheur laissé à l’homme ici-bas. Les douleurs, les déceptions, les illusions, la pauvreté, les souvenirs amers, les fautes même disparaissent dans ce feu de l’amour eucharistique. Puissions-nous tous nous abîmer dans la miséricorde de Jésus et goûter dès ici-bas les joies de son Cœur.
0 Sainte Communion, soyez nos plus chères délices, soyeznous le baume de nos blessures, le repos de nos aspirations, lo présage des joies célestes. O Hostie Sainte, fleur de l’amoür dont la Croix est le fruit, embaumez notre vie, cette tente dressée pour un jour, et sous les ombres du mystère donnez-nous le Bien- Aimé et avec lui toute la joie concédée à l’exil, en attendant le jour où il nous sera donné de voir dans sa gloire Celui que nous avons tant aimé dans son Sacrement.
(. A suivre.) Stanislas de Holland.
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