‹ Le Divin CrucifiéChapitre 99 sur 167 · HAUT LES CROIX · texte numérisé non relu

HAUT LES CROIX

ous avons relaté, souvent hélas ! dans notre Revue, les profanations qui ont atteint, dans nos églises et sur les chemins de France, les croix et les calvaires. La liste des croix renversées par l’impiété et la haine est déjà longue, et rien n’est plus triste que cet amas de ruines sur un vieux sol catholique qui fit pousser, comme des fleurs de foi, de piété et d’amour, tous ces calvaires qui constituent, avec nos églises, la physionomie morale, ancestrale de la France.

Qu’on ne s’y trompe pas, les abatteurs de croix ne sont pas d’inoffensifs démolisseurs ; leur pioche ne vise pas des pierres encombrantes, mais elle entend atteindre Dieu, l’Église, la religion, en faisant disparaître ces signes matériels de la pensée chrétienne. Et, le plus déplorable, c’est que leurs actes sont inspirés par l’athéisme officiel qui tend à déchristianiser notre pays. Le peuple de France a le sens religieux trop profond pour commettre gratuitement et de lui-même de tel crimes, mais ses maîtres d’aujourd’hui ont tout fait pour pervertir son âme, et nous voyons les tristes résultats chez quelques malheureux.

Est-il vraiment étrange qu’il se soit trouvé des bras barbares pour faire l’iconoclaste besogne d’esprits apostats qui n’osent point la réaliser eux-mêmes? Mais ces exécuteurs misérables ne sont pas le peuple de France qui, lui, réprouve avec indignation de pareils attentats.

Que faire contre la cruelle laïcité organisée et maîtresse de l’heure qui abat, ici, nos monuments catholiques, les laisse tomber lentement, là-bas, sans les secourir, ou s’oppose stupidement, ailleurs, à leur relèvement!

Que faire? La Jeunesse Catholique de France a répondu en entreprenant une œuvre grandiose de réparation dont nous allons parler dans cet article.

Tout le monde connaît Y Association catholique de la Jeunesse Française, cette vaillante armée de jeunes qu’on voit toujours au premier rang pour la défense des intérêts de l’Église. Ces chevaliers de la croix qui arborent à leur boutonnière ce signe sacré de notre rédemption, ont pensé qu'il leur appartenait de soutenir et de relever de leurs mains filiales les croix des chemins. Ils se sont mis à la besogne courageusement depuis bientôt deux ans, comme des braves qu’ils sont, et ils sont restés maîtres, un peu

partout, du champ de bataille où, jusqu’ici, il leur a été possible de combattre.

Il est bon de faire le récit de leurs exploits afin que nos lecteurs puissent chanter le Magnificat , comme ils ont douloureusement récité le Parce Domine quand nous leur relations, dans le « Divin Crucifié », les profanations de calvaires.

Nous extrayons ce qui va suivre d’un fort bel article paru dans « La Vie Nouvelle », organe de la Jeunesse Catholique, sous le titre : Le relèvement des croix : Premiers effets d'une campagne de VA. C. J. F.

Pourquoi notre campagne

Si quelqu’un demandait le pourquoi de cette campagne, je lui répondrais avec un de nos amis : «... Pour affirmer notre attachement au Christ... pour maintenir les traditions du passé... les fils doivent continuer leurs pères. »

Nos pères avaient la foi et nous tenons à n’en pas perdre le souvenir. Comme eux, nous voulons que le Christ étende ses bras sur nos villes et nos campagnes pour y mettre la paix ; que sa croix élève notre pensée au-dessus des soucis quotidiens et du terre à terre de la vie, qu’aux déshérités elle prêche la patience, aux riches la miséricordieuse justice, et que le désespéré se souvienne à temps des suprêmes espoirs qu’engendre le pardon.

Nous relevons nos calvaires pour rechristianiser la France, lui rendre son antique parure et « hâter le jour où son visage aimé resplendira à l’unisson de son âme redevenue chrétienne ».

L’appel de l’A. C. J. F.

Le mot d’ordre n’était pas encore lancé qu’un groupe du Haut-Vivarais travaillait déjà à cette restauration. « A 800 mètres d’Arlebosc, lisons-nous dans une publication de l’Union, s’élevait une de ces croix, bien modeste, un peu chétive, usée par le temps, lavée par les pluies, ébranlée par les bises. Une nuit d’orage la tomba. C’était en 1908. Les jours suivants, devant le socle vide et les débris épars, les gens continuaient de saluer comme jadis ».

Ce salut comme jadis, devant le socle vide et les débris épars, ce bel acte de foi en suscitait un autre, et quelques mois plus tard, une nouvelle croix tendait ses deux bras vers le ciel, portée triomphalement par les Jeunes jusqu’à la pierre où elle devait être scellée.

Quatre années après, en août 1912, consacrant une initiative prise par l’Union des Ardennes, l’Association adressait un appel à tous ses groupes. Elle avait encouragé les initiatives privées, elle jugeait opportun de les voir se généraliser et de mener campagne à la fois pour la conservation de nos églises et celle de nos calvaires. « Où serait le progrès, où serait la conquête, écrivait notre ami de Gailhard-Bancel, si les chants de fierté qui accompagnent la remise des insignes sont interrompus par le bruit sourd d’une croix qui tombe dans le moindre de nos villages ? »

Les Croix se relèvent

La réponse ne se fait pas attendre. On dresse un plan de combat, et de tous les coins de la France on se met à l’ouvrage. En mai 1912, à Yic (Hautes-Pyrénées), nos amis replacent une croix renversée par la rafale ; à Lauzet (Basses-Alpes), ils redressent deux croix de mission ; en juillet, les Ardennais restaurent deux calvaires au Waridon et à Maure ; les jeunes de la Marne en relèvent un à Caurel, ceux de l’Yonne à Collon ; au mois de septembre, ceux de Clamecÿ (Nièvre),, érigent une croix dans un village voisin. Le groupe de Ville-emTardenois (Marne) à lui seul relève sept calvaires de la région.

De plus en plus, lisons-nous dans le dernier bulletin des Ardennes, l’idée fait son chemin, de plus en plus la croix du Christ triomphe. Et, en effet, c’est bien une marche triomphale que nos amis des Ardennes font faire à la croix : l’Echelle, Perthes, Saint-Menges, Monclin et Tourteron, en l’espace d’un mois, en marquent les étapes glorieuses.

Partout, ce geste trouve des imitateurs : à Chemiré-le-Gaudin (Sarthe), on procède le 7 décembre à la bénédiction d’une croix ; à Saint-Mathurin (Maine-et-Loire), les jeunes deviennent « frères quêteurs », et pour clôturer le jubilé, un nouveau calvaire se dressait au chevet de l’église. D’autres se font bâtisseurs : « On se fait des muscles et l’on sait s’en servir », écrit l’Avant-Garde de Bollène (Vaucluse), et sur l’initiative du Président, on redresse une croix démolie sur le chemin qui mène au football...

Dans un coin de nos Cévennes, il y avait jadis sur la bordure d’un chemin une croix de bois vermoulue qui penchait vers sa ruine. La Jeunesse Catholique existait depuis peu; elle eut l’intuition de tout ce que représenterait d’abaissement pour le nom chrétien, la chute définitive de ce bois façonné par la foi des anciens. La décision est vite prise : on rétablira la croix ; les uns fourniront les matériaux, les autres les instruments de transport. Quelques semaines après, la paroisse inaugurait solennellement une croix de pierre sur le socle de laquelle demeure comme un perpétuel enseignement cette mention* glorieuse : Croix relevée par la Jeunesse Catholique.

Le jour qui vient...

Est-il besoin de m’étendre davantage? Que nous faut-il de plus pour vivre dans la confiance? Sur un simple mot d’ordre, nos amis ont fait surgir une « forêt de calvaires » ; ce signe répété du nord au sud et de l’est à l’ouest, n’est-ce pas la formule du pardon prononcé par le Sauveur sur la France, et ne vous semble-t-il pas que peu à peu le Christ reprenne possession « chez nous » ?

Il revient « chez nous » par les Jeunes. Hier, grâce à eux, son image bénie ornait à nouveau la mairie d’Escornebœuf (Gers) ; aujourd’hui, voici que nos solides gars lui font un cortège d’honneur, en chargent leurs épaules et scellent avec la croix la foi de leur baptême...

En relisant le compte-rendu de ces fêtes multiples, en constatant le réveil de la foi suscité par elles, il me semblait voir ces charpentiers, catholiques dont parle Louis Yeuillot, se substituant, dans la crainte d’une profanation, à des ouvriers protestants pour arracher une croix..

REVUE DE LA SAINTE-FACE

-« Lorsque la croix fut étendue sur le pavé, ils l’adorèrent de nouveau, baisant les mains, les pieds et le flanc ouvert du Sauveur. Puis, ayant chargé sur leurs épaules ce précieux fardeau, ils le portèrent processionnellement à l’endroit où il devait être déposé et conservé dans la cathédrale en attendant le jour qui viendra. »

En attendant le jour qui viendra... Et le jour est venu du triomphe de la croix. Nous ne sommes qu’à l’aube, mais le foi de ces jeunes, l’amour qui les pousse à relever le signe de notre rédemption, à le charger sur leurs épaules, tout nous permet de croire qu’au soleil de midi la croix se dressera rayonnante, peut-être pour jamais, en attendant cet autre jour qui viendra de l’éternel triomphe.

(. Maurice Auger.)

Nous sommes heureux d'adresser à ces vaillants et pieux chevaliers de la croix l’expression de notre vive admiration et de notre reconnaissance. Leur conduite, pleine de noblesse, soulage la conscience catholique et réconforte les cœurs. Elle exprime le caractère du vrai peuple de France. Avec une pareille jeunesse, la France des Croisades a tout à espérer. Elle résistera aux assauts de l’impiété et assurera, sur son sol battu par la tempête satanique, le triomphe du Christ.

Ayons confiance et ne nous décourageons pas quand nous apercevons, éparses sur notre territoire, les ruines de quelques œuvres, mais travaillons à les relever comme les croix de nos chemins.

Oui, haut les croix! dans nos cœurs d’abord, celles dont Dieu nous gratifie pour nous élever jusqu’à Lui, sur nos poitrines et dans nos maisons, ensuite, comme un signe d’honneur et de gloire, et enfin, au dehors, partout, pour la reconnaissance, pour la paix, pour l’espérance et pour l’amour.

Emmanuel Faure.

. âX^ SXft Gxz. G)& GX^ GX^ GX^ GX £ 6X^ 6X^ GX=, Gx^ 6X^ GX^ GX^ 6X^ 6X^ 6X^ 6X^ GX^ GX=>

fiistoire d’une Croix

Les croix de nos chemins, dans les campagnès, ont leur histoire. Elle est parfois touchante.

Dernièrement, à Ghitenay (Loir-et-Cher), une croix, jetée bas par des gens sans aveu, a été relevée dans les circonstances que la Croix de Loir-et-Cher rapporte en ces termes :

« Sur la demande qui nous en a été faite, nous avions inséré une lettre, écho des pensées d’un habitant du hameau de Franchépine, et demandant le rétablissement de la croix brisée.

» Nous proposions même une souscription, et nous savons que plusieurs ont offert généreusement d’y participer... Mais, chose extraordinaire, on dut refuser l’argent.

» Une bonne volonté généreuse donna la croix, une autre la scella, une autre se chargea de la peindre, une autre . etc., et c’est ainsi que, spontané¬

ment, par l’éclosion même de toutes ces bonnes volontés réunies, la croix se trouva remise en place, une croix plus élégante, plus gracieuse que la première et qui est du plus bel effet dans ce joli coin de Franchépine. »

Ne laissons pas tomber les croix des chemins !

Les Faits Eucharistiques de Gonques (Aude).

Page 1