‹ Le divin, expériences et hypothèses: études psychologiquesChapitre 11 sur 119 · Rev.phil., nov. 1902, p · texte numérisé non relu

Rev.phil., nov. 1902, p

2. Saint Jean do la Croix. — Sainte Térèse. Cfr. Rev. phil. d'octobre 1903, p. 391.

Mais cela ne répond point aux cas cités plus haut (transverbéralion de sainte Térèse) auxquels le corps, comme elle le disait elle-même, ce participe grandement ».

Montmorand accepte d'ailleurs la thèse de Leuba avec quelques restrictions. « Sa définition de Térotomanie, dit-il, est trop large et trop peu précise pour rester caractéristique. S'il était vrai qu'en vertu des relations existant entre les différentes parties du système nerveux, toute émotion tendre éveillât les centres sexuels, s'il était vrai que l'organisme sexuel eût sa part dans les plus chastes épanchemeiits de l'amour maternel ou de l'amour filial, et jusque dans les joies que nous donnent la nature et l'art, la qualification d'érotomanes ne devrait pas être réservée aux mystiques : elle s'appliquerait à tous les hommes par cela seul qu'ils ont un corps. J'ajoute que, pour rester humaine et ne pas échapper à la loi commune, qui mêle, à ce que prétend M. Leuba, l'organisme sexuel à toutes nos jouissances, les jouissances mystiques ne m'en apparaîtraient ni moins hautes ni moins pures. Ces jouissances, d'ailleurs — M. Leuba semble l'oublier — ne sont, dans la vie des mystiques toute d'abnégation, de sacrifice, qu'un épisode transitoire et préliminaire. Elles font bientôt place à des a aridités », à des « sécheresses », à des souffrances physiques et morales « intolérables » (sainte Térèse), indéfiniment prolongées et tout à fait incompatibles, au moins

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dans la plupart des cas, avec les émotions sensuelles. »

«... J'inclinerais même à penser que, chez quelques-uns d'entre eux, fort rares, il est vrai, l'organisme sexuel n'a jamais fonctionné. On remarque, parmi les individus anormaux, un groupe spécial, celui des cérébraux antérieurs, ou psychiques — ainsi l'a baptisé Magnan*. Chez les cérébraux antérieurs^ dit-il, la moelle n'agit point, l'instinct de la génération est aboli. Le cérébral antérieur « reste cantonné en pleine région frontale, dans le domaine de ridéation... Il n'a pour son idole que de chastes et respectueux hommages... C'est Tamour sans désirs vénériens^ en dehors de toute préoccupation charnelle. » Il en est, parmi les mystiques, ou plus généralement parmi les saints — un Louis de Gonzague, par exemple, peut-être même une sainte Térèse dont le cas reste douteux — qui répondent à cette description »^

C'est avec raison que Montmorand insiste sur le caractère « transitoire et préliminaire » des jouissances mystiques; elles ne conviennent qu'aux débuts de la vie spirituelle, à ce que Ruysbroeck appelle poétiquement « le mois de mai de la vie intérieure* ».

1. Leçons cliniques sur les maladies mentales. T. I, p. 327. — T. II, p. 52.

3. Orn. des noces spintuelles, L. III, ch. xx. — C'est « le plus infime degré de la vie contemplative. » XU Béguines^ ch. x.

2i PRÉDOMINANCE DE L'ÉLÉMENT ÉMOTIF

Mais Leuba est moins absolu que ne le prétend cet auteur : « Comme on pourrait conclure, dit-il, des pages précédentes, que nous assignons une origine sexuelle à toutes les jouissances mystiques ici désignées par le terme : organiques, il faut que nous complétions notre pensée. Il est bien entendu que les jouissances calmes et paisibles sont pour le moment hors de cause. 11 s'agit seulement de ces plaisirs souvent intenses qui sont dans une dépendance évidente et plus directe du corps, et nous disons qu'ils ne se rattachent pas tous à la vie sexuelle. Nous sommes ici sur un terrain mal connu, car la physiologie du plaisir est encore dans le vague '. »

A ces paroles, M. Hibot fait écho : « Je pense que la psychologie des auteurs qui réduisent tout à un érotisme dévié est beaucoup trop simpliste et nullement applicable à tous les cas^

Quelles que soient les lacunes et insuffisances actuelles des observations scientifiques, les faits ne manquent point qui, permettant d'assigner aux délices mystiques des causes naturelles, rendent l'explication surnaturelle (du moins dans le sens de miraculeuse) pour le moins gratuite.

Leuba ^ raconte une expérience personnelle où des extensions musculaires — et elles existent tou-

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