‹ Le divin, expériences et hypothèses: études psychologiquesChapitre 14 sur 119 · RUYSBROECK : LES DÉLIGES MYSTIQUES · texte numérisé non relu

RUYSBROECK : LES DÉLIGES MYSTIQUES

malade qui était autrefois dans le service deCharcot: elle était franchement hystérique et avait des attaques graves de contractures généralisées, tous les muscles de la vie volontaire étaient immobilisés par la contracture et elle restait indéfiniment dans cet état de raideur, si on ne défaisait pas ces contractures par un massage approprié. Toutes les fois que Ton mobilisait ainsi ses membres et qu'on la réveillait de cette torpeur, elle gémissait et se fâchait contre nous en disant qu'on la retirait de force d'un état absolument délicieux où elle aurait voulu rester indéfiniment. Depuis, j'ai observé le fait à plusieurs reprises dans des attaques de catalepsie hystérique. Ce sentiment de béatitude a également été décrit d'une manière très intéressante dans certains évanouissements profonds et même dans les instants qui précèdent la mort^ Mais ils sont plutôt exceptionnels dans ces divers états, tandis qu'ils sont la

règle dans l'extase et que l'on peut les considérer

comme tout à fait caractéristiques de cet état^ »

Nous n'avons en aucune manière la prétention d'assimiler les extatiques à telle ou telle catégorie de malades. Notre argumentation ne porte que sur un point : du seul caractère ineffable, inexprimable, débordant, des délices intérieures, onn'est en aucune mamèj^e aut07isé à conclure à une causalité miraculeuse.

1. Egger : Le moi des mourants, Kevue philosophique, 1896, p. 28.

2. D' P. Janet : Une extatique. Bullet. de V Instit. psychologique international, J90i, p.230. *

Si la physiologie, d'une part, nous permet de conjecturer Torigine des délices mystiques, de Tau- Ire, la psychologie cherche à expliquer ce qui se passe dans l'esprit du mystique ; elle fait de l'imagination mystique un cas de Y « imagination créatrice affective » qui rassemble des états affectifs, émotionnels comme l'imagination créatrice ordinaire rassemble des sensations et fragments de sensations : lignes, couleurs, sons, etc., pour créer des combinaisons et constructions nouvelles. M. Ribot cite d'abord l'imagination du musicien* — puis, plus assujettie aux limitations que lui impose la forme matérielle, celle des « symbolistes » en art — enfin, celle des mystiques dans l'invention de leur a roman d'amour ». Mais dans ce dernier cas, « la matière affective est monocorde : l'amour, toujours l'amour et le même espèce d'amour : élans et dépressions, périodes d'ardeur ou de sécheresse avec leurs variables degrés : en dehors, il n'y a guère de ressources possibles. Quelle différence avec la position du compositeur génial et vibrant qui a sous sa main tout le clavier des émotions humaines avec leurs nuances infinies I »

L'expérience prouve, néanmoins, qu'il est une intime analogie entre le musicien et le mystique cherchant à déclancher en eux tous les ressorts de la vie émotionnelle, à en déchaîner les torrents, à s'enivrer de ces délices intérieures jusqu'au plus

Page 1