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OBJECTION DE L'EXISTENCE DU MAL

« La parole sur la bonté de Dieu, qui est disposé à nourrir les hommes comme il nourrit les passereaux, n'est guère plus susceptible aujourd'hui d'interprétation littérale querelle qui promet à la génération contemporaine de Jésus le spectacle du grand avènement. >

Abbé I.oisy.

V Evangile et l'Eglise, p. 101.

« L'homme est de moins en moins porté à reconnaître la main de Dieu dans les jeux brutaux et capricieux de la nnture ; de plus en plus il rencontre au dedans de soi l'idéal vivant et persuasif. »

Abbé Pierre Vignot.

La vie meilleure, p. 80.

Le vieux mythe de Zeus distribuant le bonheur et le malheur aux hommes, selon qu'au hasard il les

tire d^un tonneau, ne pouvait satisfaire longtemps les intelligences grecques \ Dès le vi® siècle avant notre ère, nous entendons les gémissements du poète Tlîéognis :

« Zeus, dieu aimé, tu me remplis d'étonnement. Quoi! lu règnes sur tous les êtres, unique possesseur d'une dignité et d'une puissance sans bornes ; tu connais bien Tesprit et le cœur de chaque homme, et ton pouvoir, q roi, domine tous les autres : comment donc alors, ô fils de Cronos, ta pensée peut-elle mettre au même rang les hommes coupables et le juste, celui dont Tesprit incline à la modération, et ceux qui, obéissant à Tiniquité, sont entraînés vers la violence? Zeus père, s'il plaît aux dieux que les scélérats aiment la violence, que ne leur plaît-il aussi que Thomme au cœur arrogant, qui a accompli des actes criminels au mépris des dieux, expie ensuite lui-même ses forfaits, sans que les enfants d'un père injuste, qui pensent et qui agissent, eux, selon la justice, qui craignent ta colère, ô fils de Cronos, et qui se sont toujours distingués entre leurs concitoyens par leur amour de l'équité , aient à payer les crimes paternels ? Voilà ce qui devrait plaire aux divinités bienheureuses. Mais en réalité le coupable échappe, et c'est un autre qui plus tard porte le poids du châtiment.

1. La critique des traditions religieuses chez les Grecs, des origines au temps de Plutarque, par P. Decharme (Paris ; Picard, 4984) ; p. 20; •91, 92 ; 120 ; 229 : 251 ; 431, 435, 463 ; etc.

iôO PRÉDOMINANCE DE L'ÉLÉMENT INTELLECTUEL

Comment donc« ô roi des immortels, comment est-il juste que Thomme qui s'abstient des actions iniques, ne transgressant jamais les lois, ne violant point son serment, que le juste enfin ne soit pas traité justement ? Lequel des autres mortels, à ce spectacle, révérerait encore les Immortels? Que penser, quand Thomme injuste et scélérat, que n'arrête ni la crainte des hommes ni celle des dieux, étale rinsolence de la richesse dont il regorge : tandis que les justes sont accablés sous la dure pauvreté qui les écrase ? »

La réponse ne vint pas. La conscience humaine tourna dans les éternelles hypothèses : il n'y a pas de providence, dira Epicure ; il y a une Providence, et, à priori, tout est conforme à l'éternelle Raison âme du monde, diront les Stoïciens; Plutarque essaiera la conciliation grâce à l'hypothèse dualiste.

Une immense facilité résultait pour la pensée antique de l'ignorance de l'idée de création. En face du Dieu de Platon ou d'Aristote, de l'Epicurien ou du Stoïcien, il y a toujours une matière première indépendante — donc un bouc émissaire que Ton peut charger des misères et iniquités du monde. Le mai a sa source dans cet être essentiellement imparfait, non en Dieu.

Mais avec le christianisme, cet expédient commode s'évanouit. Le théologien chrétien, le métaphysicien chrétien, ne peuvent plus éviter le dilemme :

Si Deus est, unde malum? Si Deus non est, unde bonum \ ?

La subtilité leibnizîenne % ou spinoziste , la transmutation du mal en un moindre bien n'a jamais calmé les réclamations des consciences. Oa se demande même comment ces prétendues solutions ont pu satisfaire certains esprits. C'est qu'elles sont construites d'après un procédé autrement pénétrant et puissant que la logique ordinaire : la logique des sentiments. L'intensité du sentiment du Parfait est telle dans certaines natures, que les répugnances soulevées en eux par la vue du mal leur paraissent chose négligeable ; ils en arrivent à nier la réalité du mal.

On peut citer en exemple la secte la plus radicale des miîid-curers américains, celle de Mrs Eddy. La « Science » dont ils parlent est un pur mysticisme, l'intuition que Dieu est la Vie, l'Amour, la Vérité. Grâce à un curieux mélange d'idéalisme ^ de monisme, de sentimentalité et de moralité chrétiennes, Mrs Eddy en arrive à conclure que le mal, l'opposé de Dieu qui est réel, est donc irréel*. Péché, erreur, maladie, txiori^ semblent réels"^ : illusion, « fausse croyance »!'

1. La discussion Bayle-Leibniz est bien résumée dans Religion, critique et philosophie chez Pierre Bayle par J. Delvolvé (Alcan, 1906).

2. Elle se trouve déjà dans le pseudo-Denys : Des noms divins y ch. iv, § 27, qui la tenait de Plotin. Gfr. Guyot. L'Infinité divine y p. 217.

3. Science and Health par Mrs. Mary-Eddy. Boston, Armstrong ; Glossary (ch. xvii) : « Matter : mythology, illusion. »

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