‹ Le divin, expériences et hypothèses: études psychologiquesChapitre 66 sur 119 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

3. Ce qui explique la prodigieuse vogue ô.q^ mindcurers en Amérique. L'exemplaire de Scieîice and Health (1905) que j'ai entre les mains fait partie du 3à9* mille.

4. « Drugs and hygiène oppose llie supremacy of the divine Mind. Certain results, supposed to proeed from tliem, are really caused by that faith in them which the false human consciousness is educated to feel. » p. 484 — « God is the creatop of man, and the divine Principle of man remaining perfect, His idea, or reflection — man, remains perfect. Man is the expression of God'sbeing. If ever there was a moment when man expresscd not this perfection, hc could not hâve expressed God : an there would hâve been a time when Deity was unexpressed, without entity. » p. 470.

Voici, plus près de nous, quelques exemples des procédés divers grâce auxquels les tempéraments optimistes, écartant ce qui les gêne, escamotent inconsciemment l'objection . L'élimination peut avoir lieu par rapport à Tun ou l'autre des deux termes du problème.

1° Elimination du terme : Dieu, — Nous la trouvons pratiquement réalisée dans l'observation IV du D'^ Flournoy. Il s'agit d'une femme instruite, intelligente, d'excellente santé, mère de plusieurs enfants tous bien^portants. Le problème de la souffrance, des horreurs de la lutte pour la vie. Ta hantée dès son enfance. Élevée dans l'idée que rien ne nous arrive sans la volonté de Dieu, elle s'est appuyée sur cette croyance, sur les textes de l'Évangile qui la confirment, comme sur un bâton de pèlerin. Mais les faits n'ont cessé de « donner un démenti »aux textes consolants. Elle ne peut s'arrêter non plus à l'idée que ce soit des (( châtiments », car ces châtiments sont trop souvent marqués au coin de l'absurdité, même de l'immoralité, pour être vraiment et toujours voulus de Dieu. Et puis, ajoute-t-elle, à considérer iios douleurs comme des châtiments, cela nous conduit à faire de même pour les douleurs ou les chagrins, ou les privations des autres; ce qui mène vite à l'orgueil et ce qui donne à notre sympathie un arrièregoût de « ça te vient bien » peu propre à la rendre bienfaisante. » Soudain, à l'âge de quarante ans, son esprrt est illuminé par une idée qui est pour elle

le salut : c'est que ce Dieu est absent du monde*. » (( Il est bien le Créateur admirable dont la louange s'étend d'une extrémité de la terre à l'autre, dont les cieux racontent la grandeur. Il est bien le Père de l'Humanité, Père tendre qui nous a aimés le premier... Si quelque malin est venu semer de l'ivraie dans la moisson, c'est que le maître était absent. » (( Dieu absent du monde, tout s'explique alors. Et nos devoirs n'en sont pas moins évidents, car sî le maître nous a confié quelques talents, nous devons les faire fructifier en son absence avec plus de conscience et d*ardeur encore que si nous travaillions sous ses yeux... Si Dieu était vraiment dans le monde, il n'y serait pas oisif, laissant ses créatures, ses enfants, exposés à tous les ennemis intérieurs et extérieurs ; il n'y serait pas aveugle et injuste, faisant tomber la tour de Siloé sur des passants ni plus ni moins coupables que d'autres... Dieu est le père indifférent^ presque barbare, ou il est le père absent. Cette dernière hypothèse enlève de dessus mon cœur une pesante amertume; elle y met le baume de la compassion divine, puisqu'un père absent n'en est pas moins un père. » Si Dieu n'a pas empêché le mal d'exister, c'est, sans doute, pour nous élever plus haut moralem ent, « pour faire de nous des êtres libres et actifs à la recherche du bien et du

1. Lazare meurt quand Jésus est absent Jo. Xî, 32 ; le mattre part en voyage, ses serviteurs aussi sont absents et dorment. Math., XHI, 25 ; XXV, 5.

PROBLEMEDE LAFINALITE ET DE LA PROVIDENCE 155

bonheur, et non des êtres passifs... Tel un père de famille envoie son fils ou sa fille à Técole ou l'étranger, mais n'est point l'auteur des tribulations qu'ils y rencontrent et qui serviront à former leur caractère ^ »

2"* Elimination du tei^me : le mal. — C'est toute la théorie leibnizienne qu'il faudrait exposer ici. Elle est suffisamment connue. Qu'il me suffise de rappeler que, pour Leibniz, le mal n'est qu'une « privation de l'être. » Or aucun psychologue n'accepterait aujourd'hui ce paradoxe de la douleur considérée comme quelque chose de purement négatif. Il ne manque pas de physiologistes qui ont attribué unebase physique, des nerfs spéciaux, à la douleur. Qu'elle soit une réalité psychique^ cela d'ailleurs suffit (quand même elle ne serait pas une réalité métaphysique). Dieu étant considéré par les créationistes comme cause du monde psychique.

Il est intéressant de constater la persistance d'explications de ce genre chez des auteurs qui, sans admettre les subtilités de Leibniz, ne s'en tirent pas moins par des tours de main d'une égale habileté et étrangeté ^ :

Page 1