UN DIEU D AMOUR INFINI POUVAIT SEUL NOUS AIMER A CE POINT
L'Apôtre appelle excessif l'amour que Dieu fit éclater en rendant aux hommes, par la mort de son Fils unique, la vie de la grâce qu'ils avaient perdue par leurs péchés. Propter nimiam siiam charitaiem qua dilexit nos, et cura essemus mortui peccatiSy convivificavit nos in Chrisio (1).
Mais non, dit saint Jean, cet amour ne fut point excessif pour un Dieu qui est l'amour môme. Beus charitas est (2). Et l'apôtre ajoute qu'en envoyant son divin Fils sur la terre, pour nous mériter par sa mort le pardon de nos péchés et la vie éternelle, Dieu le Père a voulu nous montrer jusqu'à quel point il nous aimait (3).
Par le péché, nous étions morts à la vie de la grâce, et Jésus, par sa mort, nous a rendu la vie. Nous étions misérables, hideux et abominables; mais, « par les mérites de Jésus-Crist, son Fils bien-aimé, Dieu nous a rendus beaux et chers à ses yeux. » Suivant ces paroles de saint Paul : Gratificavit nos in dilecto Filio suo (4). De là cette réflexion de saint Jean Chrysostome : S'il y avait quelque part un pauvre lépreux, tout couvert d'ulcères, d'un aspect repoussant, et que quelqu'un le guérît de sa lèpre, lui donnât beauté et richesse,
1) Eph., 2, 4.
[2 /. Jo., 4, 16.
;{) In hoc apparuit cHîiritas Dei in nobis, quoniam Filium suiim unigonituni niisit Deus in nuindiim, iit vivamiis per eum. (/. Jo., 4. 9.)
(4) Èph., 1, 6.
quelle reconnaissance ce lépreux n'aurait-il pas pour son bienfaiteur! — Combien plus ne sommesnous pas redevables à Dieu pour avoir, par le moyen de Jésus-Christ, délivré nos âmes du péché qui les défigurait et les rendait haïssables; pour les avoir ensuite rendues belles, riches et dignes de son amour?
Saint Paul ajoute qn'en Jésus-Christ Dieu nous a bénis de toutes sortes de bénédictions spirituelles pour le ciel (1). Suivant le commentaire de Corneille Lapierre, ces paroles signifient que Dieu nous enrichit de tout bien spirituel ; car bénir, de la part de Dieu, c'est faire du bien. Ainsi donc, en nous donnant Jésus-Christ, le Père éternel nous a comblés, non pas de biens terrestres pour l'avantage du corps, mais de dons célestes et spirituels pour la richesse et la beauté de nos âmes en cette vie; et c'est encore par Jésus-Christ qu'il veut nous communiquer sa gloire et sa félicité dans le ciel.
AFFECTIONS ET PRIÈRES
0 Dieu d'amour! comment avez-vous pu user envers nous d'une miséricorde si admirable? Qui pourra jamais comprendre cet excès d'amour : avoir consenti, pour racheter un esclave, à livrer votre Fils unique? 0 Bonté infinie I ô Miséricorde infinie! ô Amour infini! ô Dieu de mon âme! puisque vous avez bien voulu, pour mon amour, livrer à la mort Jésus, l'objet le plus cher à votre cœur, je vous offre pour moi le sacrifice infiniment précieux que votre divin Fils vous a fait de lui-
(1) Benedixit nos in omni benedictione spirituali in cœlestibus in Christo. [Eph.t 1, 3.)
même, et je vous prie, par ses mérites, de m'accorder le pardon de mes péchés, votre amour, votre paradis. Elles sont grandes, ces grâces que je vous demande, mais plus grand encore est le prix que je vous offre. 0 mon Père, pour l'amour de Jésus-Christ, pardonnez-moi et sauvez-moi. Si je vous ai autrefois offensé, je le regrette plus que tous les malheurs qui auraient pu me frapper; maintenant je vous estime et je vous aime souverainement.
Puisque vous m'avez donné le plus précieux de tous vos biens, ô mon Dieu, il est juste que je vous donne aussi tout ce que j'ai de meilleur. Vous me demandez mon amour, et moi, je ne vous demande que la grâce de vous aimer. Voici mon pauvre cœur, je le consacre tout entier à votre amour. — Viles créatures, sortez toutes de mon cœur; faites place à mon Dieu, qui le mérite tout entier et qui veut le posséder sans rival. Je vous aime, ô Dieu d'amour, je vous aime pardessus toutes choses, et je ne veux aimer que vous, mon Créateur, mon trésor et mon tout.
0 Marie! Fille] bien-aimée du Père éternel, aimez-le pour moi, et faites que, moi aussi, je l'aime de tout mon cœur.
JESUS EST LE SUPREME ET SOUVERAIN PRESENT QUE LE PÈRE ETERNEL AIT PU NOUS FAIRE.
« Dieu a tellement aimé les hommes, nous dit saint Jean dans son Évangile, que pour eux, il a livré son Fils unique. » Sic Dms dilexit mundum,
ut Filium suum unigenitum daret (1). Considérons quel est l'auteur de ce don, et ce qu'est le don lui-même.
La grandeur d'un présent se mesure tout d'abord sur la dignité de celui qui le fait. Si une personne reçoit une fleur de la main d'un roi, cette fleur est pour elle un vrai trésor. Combien ne devons-nous donc pas estimer un don qui nous est fait par Dieu lui-même! — Mais quel est ce don que Dieu daigne nous faire? — Rien moins que son propre Fils. Non content de nous avoir créés et de nous avoir comblés de toutes sortes de biens, Dieu a poussé l'amour envers nous jusqu'à se donner lui-même dans la personne de son Verbe incarné. Ainsi, dit saint Jean Chrysostome, pour nous sauver, nous délivrer de l'enfer. Dieu ne nous a pas donné un de ses serviteurs, un ange du ciel, mais son propre Fils. Voilà le don de Dieu.
« Le divin Roi, disait l'Épouse sacrée, m'a introduite dans son cellier. » Introduxit me rex in cellam vinariam, c'est-à-dire, il m'a mis sous les yeux tous les bienfaits dont il m'a comblée pour m'engager à l'aimer ; « il a de plus réglé en moi la charité. » Ordinavit in me charitatem (2). Un pieux auteur commente ainsi ces paroles : « il m'a assiégée des preuves de sa charité (3). » En effet, dit-il, en vue de conquérir notre amour. Dieu a pour ainsi dire lancé toute une armée de bienfaits, fruits de son amour. Mais, ajoute le cardinal Hugues de Saint-Cher, Jésus-Christ fut la flèche
(1) Jo., 3, IG.
(2) Cant., 2, 4.
(3) histriixit contra mft charitatem tanquam exercitum, (G. Sanhap. Corn, ac, Lap.)
choisie et tenue en réserve, selon la prédiction d'Isaïe : Posuit me sicut sagittam eleciam, m phareira sua abscondit me (1). vc II a fait de moi comme une flèche choisie qu'il a tenue cachée dans son carquois. )> « Dieu, ajoute ce pieux écrivain, fit comme le chasseur, qui réserve la meilleure de ses flèches pour rendre plus décisif le coup qu'il veut porter : pour mettre le comble à tous ses bienfaits, il tint en réserve son divin Fils jusqu'à ce qu'arrivât le temps de la grâce ; alors il l'envoya comme pour porter le dernier coup au cœur de l'homme, et le blesser victorieusement de son amour (2). » Saint Pierre sentait ce trait vainqueur, dit saint Jean Chrysostome, quand il répondit au divin Maître : Domine, tu scis quia amo te (3). « Seigneur vous savez que je vous aime. »
AFFECTIONS ET PRIÈRES
Ah ! mon Dieu, je me vois environné de toutes parts des marques de votre tendre amour; je voudrais pouvoir vous témoigner une reconnaissance égale à vos bienfaits. Vous avez dit : J'aime ceux qui m'aiment. Mon Dieu, je sais que vous m'aimez, car moi aussi, je sens que je vous aime. Qui donc pourrait désormais me séparer de votre amour? Le péché seul pourrait me causer ce malheur. Mais c'est à vous de me délivrer, par votre miséricorde, de ce monstre infernal. J'aime mieux subir n'importe quel mal, la mort la plus cruelle et
(2) Siigitta electa rcservatur; ita Chhstus quasi reservatus est in sinu Patris, donoc vciiit plenitudo temporis, et tune missus est aJ vulnerandum corda lideliuni.
(3) Jo., 21, 15.
même l'anéantissement de tout mon être, plutôt que d'avoir le malheur de vous offenser par un seul péché mortel. Vous connaissez mes chutes passées; vous connaissez par conséquent ma faiblesse. 0 mon Dieu, secourez-moi, pour l'amour de Jésus-Christ. Je suis l'ouvrage de vos mains; vous m'avez créé; ne m'abandonnez pas.
Si, par mes péchés, j'ai mérité d'être abandonné de vous, je mérite néanmoins que vous ayez pitié de moi, en considération de votre divin Fils, qui a sacrifié sa vie pour mon salut. Je vous off*re ses mérites, qui sont tous à moi ; à ce titre, je vous demande et j'espère que vous m'accorderez la sainte persévérance, une bonne mort, et, en attendant cette heureuse fm, la grâce d'employer pour votre gloire tout le reste de ma vie Je vous ai bien assez offensé, ô mon Père; je m'en repens maintenant de tout mon cœur, et je veux vous aimer de toutes mes forces. Non, je ne veux plus résister à votre amour; je me rends et m'abandonne entièrement à vous. Accordez-moi votre grâce, puis faites de moi ce qu'il vous plaît. Mon Dieu, je vous aime et je désire vous aimer toujours; je vous demande cette grâce : exaucez-moi en considération des mérites de Jésus-Christ,
0 Marie, ma Mère, priez Dieu pour moi. Amen. Ainsi soit-il.