C EST UNIQUEMENT PAR AMOUR QUE LE PERE ÉTERNEL NOUS A DONNE SON FILS
Dieu nous a donné son Fils. Pourquoi nous l'a-t-il donné? Uniquement parce qu'il nous aimait. Pilate condamna Jésus et le livra aux Juifs, parce qu'il les craignait; mais le Père éternel nous a donné son divin Fils uniquement par amour. Sic Deus dilexit mundum (1). et « il l'a livré pour nous tous, » dit saint Paul : Pro uohis omnibus tradidil illum (2). Dans un présent qui uuus est
(1) Jo., 3, IG.
(2) Rom., 8, 32.
fait nous voyons avant tout Taffection du donateur, dont le présent n'est pour ainsi dire que le gage. Car, dit saint Thomas, « l'unique raison de tout don gratuit, c'est l'amour (1). » Tout autre motif l'empêcherait d'être un véritable don. Or, c'est un don véritable que le Père éternel nous a fait de son Fils, don purement gratuit, sans le moindre mérite de notre part. Voilà pourquoi l'Incarnation du Verbe est attribuée à l'opération du Saint-Esprit; ce qui revient à dire qu'elle s'est faite par amour, comme l'assure le Docteur angélique quand il dit : « La cause de l'Incarnation du Fils de Dieu n'est autre que l'immense amour de Dieu pour nous (2). »
Non seulement Dieu nous a donné son Fils par un pur effet de son amour, mais ce fut un amour immense, maximo amore. C'est là précisément ce que Jésus a voulu nous faire entendre quand il a dit : Bieu a tellement aimé le monde qu'il lui a donné son Fils unique. Sic Deus dilexit. « Ce mot. Sic, tellement, remarque saint Jean Chrysostome, exprime l'immense amour avec lequel Dieu nous a fait ce don ineffable (3). » En effet. Dieu pouvait-il mieux nous montrer sa tendresse qu'en livrant à la mort son Fils innocent, pour nous sauver, misérables pécheurs que nous sommes?
Représentons-nous donc le Père éternel tenant entre ses bras Jésus mort pour nous et disant : « 0 hommes, voici mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toutes mes complaisances ; voyez à quel
(1) Amor habet rationem primi doni. (P. 1, q, 38, a. 2.)
(2) Ex maximo Dei amore provenit, ut Filius Dei carnem sibi assumeret. (P. 3, q. 32, a. 1.)
(3) Verbum SIC significat amoris Tehementiam. [InJo.^ hom., 26.)
état je l'ai réduit. Or, sachez-le, je Tai frappé à cause du crime de mon peuple. Oui, c'est à cause de vos péchés, c'est pour les expier, que je l'ai condamné à mourir sur la croix, dans une mer d'alllictions, abandonné même de moi, qui l'aime si tendrement. Ce sacrifice, je l'ai fait pour gagner votre cœur.
AFFECTIONS ET PRIÈRES
Je vous remercie, ô Père éternel, de m'avoir donné votre Fils pour Rédempteur. Je vous rends grâces, ô adorable Fils de Dieu, de m'avoir racheté au prix de tant de souffrances assumées avec tant d'amour. Où en serais-je, hélas! moi coupable de mille péchés, si vous n'étiez mort pour moi? Ah ! que n'ai-je quitté cette vie avant de vous offenser, ô mon Sauveur! De grâce, communiquez-moi cette horreur que, durant votre vie mortelle, vous avez ressentie de mes péchés, et pardonnez-moi. Mais je vous demande plus que le pardon : ne permettez pas que je vive un seul instant sans vous aimer, 6 vous qui méritez tout mon cœur. Vous m'avez aimé jusqu'à la mort; jusqu'à la mort aussi je veux vous aimer.
Oui, ô Bonté infinie, je vous aime de toute mon âme; je vous aime plus que ma pauvre personne, et je veux mettre en vous seul toutes mes affections. Daignez m'assister; ne permettez pas que, comme autrefois, je traîne ma vie dans l'ingratitude. Que voulez-vous de moi? Parlez; avec l'aide de votre grâce, je veux faire tout ce que je saurai vous être agréable; je veux vous rendre amour pour amour. Mon Jésus, je vous aime, et je veux
vous aimer à jamais, vous, mon trésor et ma vie, mon amour et tout mon bien.
0 Marie, aidez-moi, faites que j'aime de tout mon cœur un Dieu qui m'a tant aimé.
POUR SAUVER DES ESCLAVES REBELLES, LE MEILLEUR DES PERES A LIVRE A LA MORT LE MEILLEUR DES FILS.
L'homme, par son péché, avait outragé l'infinie Majesté, encouru les rigueurs de la divine justice et mérité la damnation éternelle. Or, que fit Dieu le Père? Pour sauver l'homme sans frustrer les droits de sa justice, il condamna son propre Fils à la vie la plus pénible et à la mort la plus cruelle. C'est un article de notre foi que saint Paul formule en ces termes : Proprio Filio suo non pepercit DeuSf sed pro nobis omnibus tradidit illum (1). Dieu n'a pas épargné son propre Fils, mais il l'a livré pour nous tous. » Et Jésus-Christ l'a déclaré lui-même : Sic Deus dilexit mundum, ut Filium suum unigenitum darei (2). « Dieu a tant aimé le monde qu'il a livré son Fils unique. »
Méditons bien ces paroles du Sauveur : Sic Dem dilexit : Dieu a tant aimé. Elles ont pour but, dit saint Jean Chrysostome, d'exprimer l'immense amour de Dieu pour nous. Quoi! un Dieu daigne aimer les hommes, misérables vers de terre, qui ont poussé jusqu'à la révolte leur ingratitude envers lui ; et il les aime au point de donner pour eux son Fils unique ! Ce n'est pas un de ses servi-
(1) Rom., 8, 32.
leurs que la Majesté infinie a daigné leur substituer, ajoute le saint Docteur; ce n'est pas un ange, ni un archange, c'est son propre Fils, son Fils unique, celui que l'Apùtre appelle « saint, innocent et sans tache » Sanctus^ innocens^ impollutus (1). Disons mieux : la sainteté même, l'innocence môme, la pureté même, en sa qualité de Fils de Dieu. Il est en effet vrai Dieu, comme son Père, et tellement cher à son Père que, sur les eaux du Jourdain, ce divin Père déclara qu'il avait mis en lui toutes ses complaisances. C'est ce fils qu'il a donné au monde, et en quel état l'a-t-il donné? pauvre, humilié, méconnu; il l'a livré aux mains des bourreaux, le laissant traiter comme un malfaiteur et mettre à mort sur un infâme gibet.
« 0 grâce, ô force de l'amour de Dieu! s'écrie saint Bernard (2). » Ah ! qui ne serait attendri en apprenant qu'un roi, pour délivrer son esclave, s'est astreint à condamner à mort son fils unique, l'objet de toutes ses affections, un fils qu'il aimait autant que lui-même? Dieu, dit saint Jean Chrysostome, nous a donc donné ce que le cœur de l'homme n'aurait pu désirer, ce que son esprit n'eût môme pu imaginer (3).
AFFECTIONS ET PRIÈRES
Il est donc vrai, o mon Dieu, que pour nous racheter vous avez envoyé sur la terre votre Fils unique, se revêtir de notre chair souillée par le péché! Il est donc vrai que Jésus-Christ a bien
(1) Heb., 7, 26.
(2) 0 gratiam, ô amoris vim !
(S) In I Tint. hom. 4.
voulu paraître ici-bas sous les dehors d'un criminel, chargé du poids de la malédiction et qu'il s'est laissé volontairement clouer sur la croix pour nous délivrer de l'éternelle malédiction!
0 Père éternel, pour l'amour de ce fils qui vous est si cher, ayez pitié de moi. Et vous, ô Jésus, mon Rédempteur, qui, par votre mort, m'avez délivré de la servitude du péché dans lequel je suis né et des péchés que j'ai commis après mon baptême, de grâce, changez ces funestes chaînes qui me tenaient autrefois sous le joug de Satan, en chaînes d'amour divin, chaînes d'or, qui m'attacheront éternellement à vous. Je vous en conjure, faites éclater votre puissance et la vertu de votre sang divin, en me changeant de pécheur en saint. Depuis bien des années je devrais brûler dans l'enfer; mais, par votre infinie miséricorde et pour la gloire de votre nom, j'espère brûler du feu de votre amour et être tout à vous.
Que mon cœur n'aime que vous! Adveniat regnum tuum. Que votre règne arrive. Régnez, ô Jésus, régnez sur toute mon âme. Faites qu'elle n'obéisse qu'à vous, ne cherche que vous, ne soupire qu'après vous. Sortez de mon cœur, affections terrestres; et vous, ô flammes du divin amour, venez en moi, demeurez-y, consumez-moi d'amour pour ce Dieu d'amour qui a bien voulu mourir tout consumé de douleur pour moi. Je vous aime, mon Jésus, je vous aime, ô aimable Infini, véritable ami de mon âme. Nul ne m'a aimé plus que vous ; c'est pourquoi je me donne et me consacre tout à vous, mon trésor et mon tout.
0 ma Mère, Marie, attachez-moi à Dieu et à vous par les douces chaînes de l'amour.