JÉSUS CRUCIFIÉ KNFLAM.ME LES CŒURS
S'cntretenant un jour familièrement avec ses disciples, notre tendre Rédempteur leur révéla le motif de sa venue en ce monde : Ignem veni miltere hi terrain, et qaid volo, iiisi ut accendatur (2). « Je suis venu jeter le feu sur la terre; et qu'est-ce que je veux, sinon qu'il s'enllamme et qu'il embrase
(1) Ps., 72,26.
(2) LuCy 12, 49.
tous les cœurs? » De fait, combien d'âmes ont eu le bonheur de s'enflammer tellement à la vue de leur Dieu crucifié, qu'elles ont tout quitté pour se vouer entièrement à son amour! Voulant gagner notre amour, que pouvait-il faire de plus, que de donner sa vie en mourant de douleur sur une croix pour l'amour de nous? Saint François de Paule avait donc bien raison de s'écrier, dans une extase d'amour, en considérant Jésus crucifié : 0 Dieu charité ! ô Dieu charité ! ô Dieu charité !
Mais, hélas! comment se fait-il après cela que la plupart des hommes vivent dans l'oubli de ce Dieu si aimant? Si le dernier des hommes, si un esclave avait fait et souffert pour moi ce qu'a fait et souffert Jésus-Christ, comment pourrais-je vivre sans l'aimer? Quel est donc cet homme que je vois attaché à la croix? C'est mon Dieu, lui-même; c'est celui qui m'a créé ; et voilà qu'il meurt pour moi! J'entends cette croix, ces épines, ces clous, instruments de la Passion de mon divin Rédempteur; j'entends surtout ses plaies sanglantes; comme autant de voix suppliantes, elles me demandent mon amour; oseirais-je le refuser à Celui qui m'a aimé d'un amour infini?
Mon Jésus! s'écriait saint François d'Assise, que je meure pour l'amour de votre amour, puisque vous êtes mort pour l'amour de mon amour. Moriar amore amons tui, qui amore amoris mei dignatus es mori. — Pour compenser l'amour d'un Dieu qui meurt pour les hommes, il faudrait qu'un autre Dieu mourût pour lui. Ce serait donc peu; ce ne serait encore rien, si nous donnions tous et chacun mille vies pour l'amour de Jésus-Christ. Mais Jésus ne demande que notre cœur; toutefois,
il ne serait pas satisfait si nous ne le lui donnions tout entier.
AFFECTIONS ET PRIÈRES
Vous aviez raison, ô mon Jésus, de dire qu'une fois élevé en croix vous attireriez tout à vous : El ego si exaltatus fuero a terra^ omnia traham ad me ipsum (1). Assurément vous n'avez rien omis pour gagner Tamour de tous les cœurs. Aussi, combien d'âmes heureuses, en vous voyant crucifié et mort pour leur amour, ont renoncé à tout, richesses, dignités, patrie, parents, et ont eu le courage de braver les tortures et la mort pour se donner entièrement à vous! Malheur à ceux qui rejettent les grâces que vous leur avez procurées par tant de travaux et de souffrances! Ah! leur plus grand tourment dans Tenter, ce sera de penser qu'un Dieu est mort en croix pour les attirer à son amour et qu'eux, de leur plein gré, se sont perdus, qu'ils se sont voués à une ruine irréparable, pour toute l'éternité.
Mon doux Rédempteur, moi-même je vous ai olfensé et j'ai mérité de tomber dans ce malheur. Hélas! combien de fois n'ai-je pas résisté à votre grâce et à tout ce que vous avez imaginé pour m'attacher à vous! Combien de fois, méprisant votre amour, ne me suis-je pas éloigné de vous pour suivre mes inclinations perverses ! Ah ! que ne suis-je mort avant de vous offenser! que ne vous ai-je toujours aimé! Je vous rends grâces, ô mon amour, do m'avoir supporté avec tant do patience, ol mrmo, Mil lion do m'abandonnor commo je le
il; Jo.. 12, 3i.
méritais, d'être revenu me solliciter par vos appels, vos traits de lumière et vos charitables inspirations. Éternellement, ô mon bon Maître, je veux vous remercier de vos infinies miséricordes. Mon Sauveur et mon espérance, je vous en conjure, ne cessez pas de m'attirer à vous; comblez les désirs de mon cœur et embrasez-le de votre pur amour, afin que dans le ciel je puisse vous aimer plus ardemment, en me rappelant toutes vos miséricordes envers moi, malgré tous les déplaisirs que je vous ai causés. J'espère tout, par les mérites de ce sang précieux que vous avez répandu et de cette mort douloureuse que vous avez endurée pour moi.
Sainte Vierge Marie, protégez-moi, priez Jésus pour moi.
l'amour provoque l'amour; jésus seul échappe a cette loi.
Pour racheter un esclave, le Père n'a pas épargné son Fils, et le Fils ne s'est pas épargné luimême, dit saint Bernard. Nec Pater Filio, nec sibi Filius ipse pepercit (1). Voilà jusqu'où s'est porté l'amour de Dieu pour les hommes ; et après cela, y aura-t-il au monde un seul homme qui n'aime pas un Dieu si aimant? « Jésus-Christ est mort pour nous tous, dit l'Apôtre, afin que tous nous vivions pour lui seul et pour son amour. » Pro omnibus morluus est Christus, ut et qui vivunl jam non sibi vivant, sed ei qui pro ipsis mortuus est (2). Mais,
{[) S. de Pass. D.
(2) //. Cor., 5, 15.
hûlas! après qu'un Dieu est mort pour eux, la plupart des hommes vivent pour le péché, pour faire l'œuvre du démon, au lieu de s'employer tout entiers à aimer et servir ce Dieu, leur Sauveur.
Un païen a dit que l'amour est l'aimant qui attire l'amour; et un autre, qu'il faut aimer, si l'on veut être aimé. Or, en mourantpournous, Jésus semble nous avoir aimés jusqu'à la folie, comme le remarque saint Grégoire : « Aux yeux des Gentils, dit-il, c'était folie dans l'Auteur de la vie, que de mourir pour les hommes (1). Gomment donc un tel prodige d'amour n'a-t-il pas encore réussi à gagner nos cœurs? Comment, après nous avoir tant aimés, Dieu n'est-il pas encore parvenu à se faire aimer de nous? « 0 chrétien, s'écrie saint Cyprien, Dieu t'aime au point de te sacrifier sa vie pour gagner ton amour, et toi, tu aimeras un autre objet que ton divin Maître? » « Dieu se contente de toi, et toi, tu ne te contenteras pas de ton Dieu (2)? » Quel aveuglement! quelle ingratitude!
AFFECTIONS ET PRIÈRES
Mon bien-aimé Jésus, je vous le promets, vous serez désormais l'unique objet de toutes les affections de mon cœur. Votre amour seul me suffit; je renonce à tout autre. Seigneur, je vous entends me dire : « Place-moi comme un sceau sur ton cœur. » Pone me ut signaculum super cor luuni (3). Oui, mon Jésus crucifié, je vous place, ou plutôt je vous
(1) Stiiltiim visuMi est ut pro hominibus Auctor yHm moreretur. {fn Evang., Iioiii., 0.)
(2) Conteiitus est te Deus, et tu non eris contentus Deo tuo? {Contens. 1. 10. il. 4. c. i. sp 1).
(3) Cant., S, 6.
prie de vous placer comme un sceau sur mon cœur, afin qu'il demeure fermé à toute affection qui ne se rapporterait pas à vous. Par le passé je vous ai déplu, en m'attachant à d'autres objets; ah î je le regrette amèrement, et aujourd'hui la seule chose qui m'afflige, ô mon Sauveur, c'est d'avoir perdu votre amour en commettant le péché ; mais pour Tavenir, je veux dire et répéter avec saint Paul : Quu ergo nos separabit a charilate Chrisii (1). « Qui pourra jamais me séparer de l'amour de Jésus-Christ. »
Non, mon aimable Maître, instruit par vousmême de l'amour que vous m'avez porté, je ne saurais plus vivre sans vous aimer. Je vous aime, ô mon Amour crucifié, je vous aime de tout mon cœur ; à vous seul désormais cette âme que vous avez tant recherchée et tant aimée. Ah ! par les mérites de cette mort, qui sépara si douloureusement votre sainte âme de votre corps broyé dans les tourments, détachez-moi de toute affection qui pourrait m'empécher d'être tout à vous et de vous aimer de tout mon cœur.
Marie, mon espérance, aidez-moi à aimer Jésus, et lui seul, en sorte que je puisse toujours dire avec vérité, le reste de ma vie : Amo7' meus crucifixus est; mon Amour a été crucifié! Mon Amour a été crucifié ! Amen.
(1) Rom., 8, 33.
JÉSUS n'a tant souffert que pour gagner