‹ Le divin Sauveur (volume 2)Chapitre 21 sur 65 · LES BLESSURES DE JESUS BLESSENT LES CŒURS LES PLUS DURS · texte numérisé non relu

LES BLESSURES DE JESUS BLESSENT LES CŒURS LES PLUS DURS

Saint Bonaventure dit que les blessures de Jésus blessent les cœurs les plus durs et enflamment les âmes les plus glacées : « Vulnera saxea corda vidnerantia et mentes congelatas inflammantia (1). En effet, comment peut-on croire qu'un Dieu a voulu être souffleté, flagellé, couronné d'épines, mourir enfin pour l'amour de nous, et ne pas l'aimer? Saint François d'Assise parcourait la campagne en pleurant sur l'ingratitude des bornai) Slim, (liv. Il m. \i. 1. c. 1.

mes, ot en répétant : « L'Amour n'est pas aimé! L'Amour n'est pas aimé. »

La sainte Église, dans ses chants,- nous montre Jésus crucifié et nous dit : « Regarde, ô homme, regarde ce Dieu qui est mort pour ton amour : vois comme il a les bras étendus pour t'embrasser, la tête inclinée pour te donner le baiser de paix, la poitrine ouverte pour te recevoir dans son cœur, si tu veux l'aimer (1). »

« La charité de Jésus-Christ nous presse, » dit saint Paul. Charitas Christi urget nos (2). Mon cher Rédempteur vous êtes mort pour l'amour des hommes; comment se fait-il donc que la plupart des hommes ont si peu d'amour pour vous? Ah ! je le comprends : c'est qu'ils vivent sans pensera la mort que vous avez endurée pour leur amour. De fait, s'ils y pensaient, pourraient-ils vivre sans vous aimer? On lit dans saint François de Sales : u Sachant que Jésus-Christ, vrai Dieu, nous a aimés jusqu'à souffrir pour nous la mort, et la mort de la croix, n'est-ce pas cela avoir nos cœurs sous le pressoir, et les sentir pressés de force, et en sentir exprimer de l'amour, par une contrainte d'autant plus violente qu'elle est tout aimable (3)? >> Voilà précisément ce que voulait dire saint Paul par ces simples paroles : Charitas Christi urget nos. « l'amour de Jésus-Christ nous presse, nous contraint de l'aimer.

(1) Omnis flgura ejus ainorem sph*at et ad redamandiim piovocat. caput inclinntuni, manus cxpansrr, pectus apertiiin. '0/1'. Dot. n. r. Ufisp. 1.)

(2) //, Cor.. 5, 14.

(3) Am. de />.,!. VII ch. viii.

AFFECTIONS ET PRIERES

Mon Jésus je VOUS vois triste et désolé! Ah! vous n'avez que trop sujet de Têtre, en pensant que vous endurez tant de souffrances intérieures et extérieures pour être aimé des hommes, et que parmi ces hommes il y en aura si peu qui vous aimeront. 0 flammes d'amour, qui consumez la vie d'un Dieu, blessez mon pauvre cœur, pénétrezle, et consumez en moi toutes les affections terrestres ! Puissé-je brûler uniquement pour ce bon Maître, qui pour l'amour de moi a bien voulu souffrir, au point de sacrifier sa vie sur un gibet.

Mais, Seigneur, comment avez-vous pu tant souffrir et mourir pour moi, en prévoyant les injures que j'allais vous faire? Ah! vous n'avez écouté que votre amour et votre infinie miséricorde. 0 bon Sauveur, je le désire sincèrement, tirez vengeance de toutes mes infidélités, mais une vengeance salutaire : pénétrez-moi d'un repentir qui me rende inconsolable de rnes offenses à votre égard. — Venez, fouets, épines, clous, croix, qui avez si cruellement tourmenté mon Sauveur, venez blesser mon cœur; rappelez-moi sans cesse l'amour qu'il m'a porté. — Sauvez-moi, mon Jésus, sauvez-moi en m'accordant la grâce de vous aimer : vous aimer, c'est mon salut.

0 Marie, demandez à votre divin Fils qu'il blesse mon cœur et qu'il l'embrase du plus pur amour.

LA PASSION NOUS FAIT UNE RIGOUREUSE OBLI- GATION d'aimer JÉSUS-CHRIST.

Jésus-Christ se montre-t-il trop exigeant, en voulant que nous soyons à lui sans réserve : luimôme, en mourant sur la croix, nous ayant donné son sang, sa vie, absolument tout, sans aucune réserve? L'apôtre comprenait ce devoir de tout chrétien. « La charité de Jésus -Christ nous presse, » disait-il, CharUas Christl urget nos (1). Saint François de Sales le comprenait aussi, lorsqu'il disait : « Mon Jésus est tout à moi et je suis tout à lui; je vivrai et je mourrai sur sa poitrine : ni la mort ni la vie ne me séparera jamais de lui (2).

(( Jésus-Christ est mort pour tous, dit encore saint Paul, afin que ceux qui vivent ne vivent plus pour eux-mômes, mais pour celui qui a bien voulu mourir pour eux. « Pro nninihux morluus est Chrisfiis, ul et qui vivunt jam non sihi vivant, sed ei qui jn-o ipsis mortuus est (3). Celui qui vit pour luimôme cherche sa propre satisfaction; mais celui (\u[ vit pour Jésus-Christ ne cherche qu'à lui l)laire en tout; il ne craint que de lui déplaire; il ne se réjouit que de le voir aimé, et ne s'afilige ({uo de le voir méprisé. Voil^ ce que c'est que vivre pour Jésus-Christ, et voilà ce qu'il exige de chacun de nous. Oserait-on dire qu'il exige trop, ce Dieu qui n'a pas hésité à donner pour chacun

1) //, Cor.. 5, u

,1J /#, t,Or.. i), 14.

2 Am. de D., 1. VII, eh. viii, [3) //, Cor., r.. 15,

de nous son sang et sa vie? Nous aimons des créatures qui n'ont pas versé une seule goutte de sang, qui n'ont rien souffert pour nous ; et nous n'aimerions pas notre Créateur, notre Dieu, après que pour notre amour il est descendu du ciel sur la terre et s'est fait homme, après qu'il a répandu tout son sang dans les tortures, après qu'il est mort de douleur sur une croix pour gagner nos cœurs? Pouvait-il donc nous témoigner plus d'amour? Pouvait-il faire et souffrir davantage pour gagner notre amour?

AFFECTIONS ET PRIÈRES

0 Jésus, ô mon divin Maître, comment, après avoir reçu tant et de si éclatantes preuves de votre amour et de votre bonté, comment ai-je pu vous mépriser, comme vous me le reprochez avec justice par la bouche de votre prophète : Filios enutrivi et exaltavi; ipsi autem spreverunt me (1). « J'ai nourri des enfants, je les ai élevés avec soin, et ils m'ont méprisé. » Comment ai-je pu m'éloigner de vous, pour courir à la satisfaction de mes mauvais penchants? Comment ai-je pu vous chasser de mon âme et vous dire avec les pécheurs : recède a nobis (2). « Retirez- vous de moi! » Comment ai-je pu affliger votre cœur qui m'a tant aimé? — Mais, dois-je pour cela cesser d'espérer en votre miséricorde? Oh! non, mon aimable Sauveur; car je sais que vous avez promis le pardon au pécheur repentant, et de tout mon cœur je me repens de vous avoir ofiensé. Que

(2) Job., 21, 14.

ne suis-je mort mille fois plutôt que de vous causer le moindre déplaisir!

0 Agneau de Dieu, je vous rends grâces d'avoir versé votre sang pour purifier mon âme des souillures du péché! 0 pécheurs, que ne donneriezvous pas, au jour du jugement, pour une seule goutte de ce sang divin! Mon Jésus, ayez pitié de moi et pardonnez-moi. Vous connaissez ma faiblesse : rendez-vous donc maître de ma volonté, afin qu'elle ne se révolte plus contre vous. Chassez de mon cœur toute affection dont vous ne seriez pas le terme. Je vous choisis pour mon unique bien, mon unique trésor : vous seul me suffisez. Je ne désire que vous, ô Dieu de mon cœur, et mon partage pour l'éternité. Deus cordis mei et pars mea Deus m xternum (1).

0 Marie, recommandez-moi à votre divin Fils. Après Jésus vous êtes mon espérance, car vous êtes l'espérance des pécheurs; je remets donc entre vos mains mon salut éternel.

Page 1