‹ Le divin Sauveur (volume 2)Chapitre 37 sur 65 · LA PASSION DE JESUS-CHRIST EST UNE ECOLE DE PATIENCE · texte numérisé non relu

LA PASSION DE JESUS-CHRIST EST UNE ECOLE DE PATIENCE

Parler de patience et de souffrance, c'est tenir un langage dont n'usent guère les partisans du monde; il n'est à la portée et à l'usage que des âmes qui aiment Dieu. « Seigneur, disait saint Jean de la Croix à Jésus-Christ, je ne vous demande pas autre chose que de souffrir et d'être méprisé pour vous. » Sainte Thérèse s'écriait

souvent : « Mon Jésus, ou souffrir ou mourir! » Et sainte Madeleine de Pazzi : « Souffrir et ne pas mourir! » Ainsi parlent les âmes éprises d'amour pour Dieu; c'est qu'elles savent qu'entre toutes les preuves d'amour qu'il se puisse donner à Dieu, la plus certaine est de souffrir volontiers pour lui plaire. Telle est aussi la plus évidente preuve que Jésus-Christ nous ait donnée de son amour. Comme Dieu, il nous l'a témoigné en nous créant, en nous comblant de biens, en nous appelant à partager sa gloire dans le ciel; mais rien n'a fait éclater sa bonté à notre égard comme son incarnation, sa vie pénible, cette mort cruelle et ignominieuse qu'il a soufferte pour nous. Et comment témoigner notre amour et notre reconnaissance à ce bon Sauveur? Est-ce en menant une vie de plaisirs et en nous procurant ici-bas jouissances sur jouissances?

Gardons-nous de penser que Dieu prenne plaTsir à nous voir souflrir. Non, ce n'est pas qu'il se plaise à voir les souffrances, à entendre les gémissements de ses créatures. Dieu, dit le Psalmiste, est un Maître d'une bonté infinie, dont tout le désir est de nous voir parfaitement heureux; il se montre plein de tendresse et de compassion pour tous ceux qui recourent à lui. Quoniam tUy Domine^ suavis et mitis, et multœ misericordiœ omnibus invocantibus te (1). Mais notre malheureux état de pécheurs et nos obligations envers Jésus- Christ nous font un devoir de renoncer pour son amour aux plaisirs d'ici-bas, et d'embrasser de bon cœur la croix qu'il nous donne à porter en cette

(1) PS.y 85, 5.

vie à sa suite. Non encore, Dieu ne se plaît pas à nous voir souffrir; mais, comme il est infiniment juste et infiniment sage, il veut nous faire expier nos fautes, il veut que par la patience nous acquittions nos dettes envers sa souveraine justice; il veut enfin que, par cette môme patience unie à celle de Jésus-Christ, nous méritions le bonheur de l'éternité.

AFFECTIONS ET PRIÈRES

0 mon amour crucifié, mon doux Jésus, faites que je vous dise en toute vérité avec votre grand serviteur saint Jean de la Croix : « Seigneur, je ne vous demande pas autre chose que de souffrir et d'être méprisé pour vous. » 0 précieuses souffrances ! ô heureuses chaînes, qui attachez les âmes à Dieu! de grâce, liez-moi aussi, unissezmoi à mon Dieu et serrez-moi tellement que jamais je ne puisse plus me séparer de son amour. Mon Jésus, je vous aime; oui, je vous aime, ô trésor, ô vie de mon âme, je m'attache à vous, je me donne tout à vous. Ah! mon bien-aimé Seigneur, je ne veux plus cesser de vous aimer. Vous qui, pour expier mes péchés, avez consenti à être garrotté comme un criminel et conduit à la mort, vous qui avez bien voulu être cloué sur la croix et n'en descendre qu'après y avoir laissé votre vie, je vous en conjure par le mérite de tani (le souffrances endurées pour mon salut, attachez-moi indissolublement â vous. Je me repens (le mes péchés, et je suis prêt à supporter patiemment toutes les peines et la mort même pour vous rester fidèle.

0 mon Jésus, je m'abandonne à vous; je vous

aime de tout mon cœur, plus que moi-même. Je vous ai outragé, je le reconnais; mais je m'en repens et je voudrais en mourir de douleur. Attirez-moi entièrement à vous. Je renonce à toutes les satisfactions, à toutes les consolations ; je ne veux que vous et rien de plus. Faites que je vous aime, et puis disposez de moi comme il vous plaît. 0 Marie, mon espérance, unissez-moi à Jésus ; faites que je passe toute ma vie et que je meure étroitement uni à lui, pour aller ensuite dans la bienheureuse patrie, où je n'aurai plus à craindre de me voir privé de son saint amour.

DU HAUT DE LA CROIX JESUS NOUS ENSEIGNE SURTOUT LA PATIENCE ET l'aMOUR.

Le prophète Isaïe, de la part de Dieu, fit aux hommes cette promesse, qu'ils verraient le Maître chargé de les instruire : Erunt oculi tui videntes prœceptorem tuum (1). Toute la vie de Jésus-Christ fut un exemple et une école de perfection ; mais nulle part il ne nous enseigne mieux les plus belles vertus que du haut de cette chaire, je veux dire du haut de la croix, où il voulut mourir pour nous. Oh! comme il nous enseigne bien la patience, spécialement dans les maladies, par l'admirable patience avec laquelle il endure les douleurs de sa cruelle agonie. Il faut souffrir : c'est la condition de l'homme en cette vie. Quoi qu'il fasse, en quelque lieu qu'il porte ses pas,

partout il trouvera la croix. Le moyen alors de porter facilement et avantageusement ces croix auxquelles nous ne pouvons nous soustraire, c'est de les embrasser courageusement par la patience, en union avec notre divin modèle. La croix n'est lourde que pour celui qui la traîne, dit sainte Thérèse; mais pour celui qui l'embrasse avec joie, par amour pour Jésus-Christ, elle est toujours légère ; il y trouve la vie et le salut : in cruce vila^ in cruce salus.

Du haut de la croix aussi, Jésus-Christ nous enseigne par son exemple une filiale obéissance aux préceptes divins, une parfaite conformité à la volonté de Dieu. Surtout il nous apprend comment on aime. Le P. Paul Segneri conseilla un jour à une de ses pénitentes d'écrire au pied de son crucifix ces mots : « Voilà comme on aime! » — Voilà comme on aime! N'est-ce pas là ce que semble nous dire à tous du haut de la croix notre Sauveur lui-môme, lorsque pour nous épargner une peine, une souffrance, nous abandonnons les œuvres qui lui sont agréables, allant ainsi parfois jusqu'à renoncer à sa grâce et à son amour? Pour lui, il nous a aimés jusqu'à la mort, et il n'est descendu de la croix qu'après y avoir laissé sa vie. Comment pouvons-nous donc dire que nous aimons Jésus-Christ, si nous refusons de souffrir pour l'amour de ce môme Jésus-Christ, qui a tant souffert pour l'amour de nous?

AFFECTIONS ET PRIÈRES

Mon Jésus, vous m'avez aimé jusqu'à la mort; jusqu'à la mort aussi je veux vous aimer. Par le

passé je vous ai mille fois offensé et trahi. Seigneur, vengez-vous de moi, mais que ce soit une vengeance de miséricorde et d'amour. Donnez-moi une profonde douleur de mes péchés ; que le souvenir des déplaisirs que je vous ai causés remplisse mon cœur d'un regret sincère pour tout le reste de ma vie. Je suis déterminé à souffrir désormais tous les maux plutôt que de vous offenser encore. Eh! pourrait-il m'arriver un malheur plus grand que celui de vous déplaire, à vous, mon Dieu, mon Rédempteur, mon espérance, mon trésor et mon unique bien?

Venez, fouets, épines, clous et croix, qui avez tant fait souffrir mon innocent et miséricordieux Sauveur, venez me percer le cœur. Rappelez-moi sans cesse, ô Jésus, que toutes les grâces dont vous m'avez déjà comblé, et toutes celles que jo puis encore espérer, je les devrai toujours aux seuls mérites de votre douloureuse Passion. 0 bon Maître ! que vous êtes éloquent pour nous enseigner la divine charité! Les autres maîtres enseignent par des paroles; mais vous, sur ce lit de mort, vous enseignez par vos souffrances; les autres maîtres enseignent par intérêt, vous, par dévouement et par amour. Nul doute que vous ne soyez satisfait si, pour vous témoigner ma reconnaissance, je m'applique sérieusement à la grande affaire de mon salut. Sauvez-moi donc, ô mon amour, et pour cela accordez-moi la grâce de toujours vous aimer, de toujours vous plaire : vous aimer, c'est pour moi le ciel, en cette vie et dans l'éternité.

0 Marie, mon espérance, recommandez-moi à Jésus.

POUR SE SAUVER IL FAUT SE FAIRE VIOLENCE, ET LA PASSION DE JESUS-CHRIST NOUS A MÉRITÉ LA FORCE NÉCESSAIRE.

Le Seigneur nous averti que pour nous sauver nous devons être prêts à sub r outes es épreuves, voire même la mort, s'il était nécessaire Mais il promet en même temps de combattre pour quiconque est ainsi disposé, et de ui a ssurer la victoire sur tous ses ennemis : Et Deus expugnabil pro te inimicos tuos (1). Saint Jean a vu devant le trône de Dieu une grande multitude de saints vêtus de robes blanches, car rien de souillé ne peut entrer dans le ciel, et portant tous à la main la palme, symbole du martyre : Et palmœ in manibus corum (2). Quoi! tous les saints seraient-ils donc martyrs? Oui, tous les adultes qui se sauvent, s'ils ne sont pas martyrs de sang, doivent être au moins martyrs de patience, en résistant aux attaques du démon et aux appétits déréglés de la cbair. Les plaisirs des sens entraînent en enfer un grand nombre d'âmes; il faut donc les mépriser avec une constance invincible; car si l'âme ne dompte le corps, c'est le corps qui subjuguera l'âme.

Pour se sauver, il faut se faire violence; Notre- Soignour lui-même nous en avertit : Regnum cœlornmvimpatilur, et violenti rapiuntillud. Mais, dira quelqu'un, je n'en suis pas capable si Dieu ne me

(1) Eccli., 4, 33.

[2) Apoc, 7, 9.

fortifie par sa grâce. — Saint Ambroise lui répond : Vous dites vrai, mon frère; si vous n'envisagez que vos propres forces, vous ne pouvez rien; mais si vous mettez votre confiance en Dieu et si vous le priez de vous aider, il vous donnera la force de résister à tous vos ennemis, à la chair, au monde et à l'enfer (1). Toutefois cela ne se peut faire sans souffrir ; il n'y a aucun moyen d'échapper à cette nécessité. L'Apôtre nous le déclare : Per multas tribulationes oportet nos intrare in regnum Dei (2). tt Si nous voulons entrer dans le royaume de Dieu, il faut qu'auparavant nous supportions avec patience beaucoup de peines et de tribulations. » Or, cette patience, cette force qui nous est indispensable, notre divin Sauveur nous l'a méritée par ses souffrances et par sa mort; mais nous ne pouvons l'obtenir de Dieu qu'en la lui demandant, au nom et par les mérites de Jésus-Christ.

AFFECTIONS ET PRIERES

Mon Dieu et mon tout, je vous entends : malgré mes ingratitudes et mes négligences dans votre service, vous continuez de m'appeler à votre amour. Me voici, je ne veux plus résister. Je veux renoncer à tout pour être tout à vous. Je ne veux plus vivre pour moi-même : vous m'avez trop obligé à vous aimer. Mon âme s'est éprise d'amour pour vous, mon Jésus; elle soupire après vous. Comment pourrais-je encore aimer quelque autre que vous, après vous avoir vu mourir de douleur

(1) Si te respiois, nihil poteris, sed si in Domino conûdis, dabitiir tibi fortitiulo.

(2) Act.y 14, 21.

sur une croix pour me sauver; comment pourrais-je vous y considérer mort pour moi, tout réduit par les souffrances, et ne pas vous aimer de tout mon cœur! Oui, je vous aime, mon Rédempteur, je vous aime de toute mon âme, et je n'ai point de désir plus vif que de vous aimer beaucoup en cette vie et durant toute l'éternité. 0 mon amour, mon espérance, ma force et ma consolation, faites que je vous sois fidèle. Éclairez-moi, afin que je connaisse quel détachement vous demandez de moi, et donnez-moi la force de le réaliser, car je veux vous obéir en tout.

Divin Époux de mon âme, je m'offre, je me donne tout à vous, pour contenter le désir que vous avez de vous unir à moi afin de m'unir entièrement à vous, mon Dieu et mon tout. Ahî venez, mon Jésus, prenez possession de tout mon être; fixez en vous toutes mes pensées et toutes mes affections. Je renonce à toutes mes inclinations naturelles, à toutes les consolations, à toute créature; vous seul me suffisez. Accordez-moi la grâce de ne penser qu'à vous, de ne désirer que vous, de ne chercher que vous, ô mon unique bien et mon unique amour!

Et vous, ô Marie, Mère de mon Dieu, obtenezmoi la persévérance.

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