‹ Le divin Sauveur (volume 2)Chapitre 46 sur 65 · LA SAINTE COMMUNION NOUS FAIT PERSÉVÉRER DANS LA GRACE DE DIEU · texte numérisé non relu

LA SAINTE COMMUNION NOUS FAIT PERSÉVÉRER DANS LA GRACE DE DIEU

Jésus, notre généreux bienfaiteur, ne vient jamais dans une âme par la sainte communion sans avoir en quelque sorte les mains pleines des grâces les plus précieuses, dont il veut l'enrichir; et parmi ces grâces se trouve la plus précieuse d( toutes, la persévérance dans son saint amour.

La sainte communion bien reçue a pour effet principal, en nourrissant l'âme qui la reçoit, de lui communiquer par cet aliment de vie une grande

vigueur, qui lui permet de tendre à la perfection, de résister eflicacement aux ennemis conjurés pour la perdre à jamais. Aussi, Jésus dans l'Eucharistie se nomme-t-il lui-même le pain céleste qui procure aux âmes la vie éternelle. Ego sum panis vivus, qui de cœlo descendi; si quis manducaveril ex hoc jjane, vivet in œternum (1). « Je suis le pain vivant descendu du ciel ; celui qui mangera de ce pain vivra éternellement ». De même donc que le pain terrestre entretient la vie du corps, ainsi le pain céleste entretient la vie de l'âme, en la faisant persévérer dans la grâce de Dieu.

Le saint concile de Trente nous enseigne que la communion est un antidote qui nous délivre des fautes vénielles et nous préserve des péchés mortels (2). — Par sa Passion, dit le pape Innocent III, Jésus nous a délivrés des péchés que nous avons eu le malheur de commettre (3). Aussi saint Bernard donne-t-il à tous les pauvres pécheurs ce précieux conseil : Vous ne devez pas vous éloigner de la sainte Table parce que vous êtes pécheurs, mais au contraire vous en approcher plus souvent avec de bonnes dispositions; car,, plus vous vous sentez malades, plus vous avez besoin du médecin (4).

AFFECTIONS ET PRIÈRES

J'ai eu tort, 6 mon Dieu, de rejeter sur ma faililcsso les nombreux péchés par lesquels je vous ai

m 7o., 6, ni.

(2) Antidotum. quo liheremiir a culpis ((uotidianis, et a pccoatis mortalibus pnescrveniur. [Ses., 13, cau.^ 2).

(:n Du Alt. Mi/sL, \. 4, c. 44.

(4) Tanto niagis .eger necesse habet roquirere mcdicum, quanio inagis senserit se îegrotum. (De prof, rel., I. 2, 11.)

malheureusement offensé. Comment aurais-je pu résister aux assauts de l'enfer, en m'éloignant de vous, qui êtes toute ma force? Si je m'étais approché plus souvent de la sainte Table, si j'avais communié plus souvent, je n'aurais pas été tant de fois vaincu par mes ennemis. Mais à l'avenir je vous le promets, ô mon Jésus, il n'en sera plus ainsi; je ne veux plus mettre ma confiance dans mes résolutions.

Vous êtes mon espérance et c'est de vous que j'attends la force dont j'ai besoin pour ne plus retomber dans le péché. In te, Domine spermi, non confundar in œternum (1). « En vous j'ai mis toute ma confiance. Seigneur; je ne serai pas éternellement confondu. » Je suis faible, mais par la sainte communion vous me rendrez fort contre toutes les tentations, et alors je pourrai dire en toute assurance avec saint Paul : Omnia possum in eo qui m> confortât (2). a Je puis tout en Celui qui me fortifie. » Mon Jésus, pardonnez-moi toutes les injures dont je me suis rendu coupable envers vous. Je m'en repens de toute mon âme ; plutôt mouri que de vous ofïenser encore. Plein de confianc dans les mérites de votre Passion, j'espère qu^ vous me donnerez la force de persévérer dai votre grâce jusqu'à la mort. « En vous j'ai espéra Seigneur; je ne serai donc pas éternellement coi fondu. »

0 Marie, ma Mère, permettez qu'avec saint B( naventure je vous tienne aussi ce doux langage « En vous, ô ma Reine, j'ai mis ma confiance ; je n^

1) Ps.. 30, 2.

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serai donc pas éternellement confondu. » In If Domine, speravi, non confundar in iciernuni.

H" Méditation

DE I.A PRÉPARATION A LA SAINTE COMMUNION ET DE l'action DE GRACES.

D'où vient, se demande le cardinal Bona, que tant d'âmes, malgré de fréquentes communions, avancent si peu dans les voies spirituelles, font si peu de progrès dans l'amour de Dieu? Et il répond : Le défaut n'est pas dans la nourriture, laquelle aura toujours sa vertu toute divine, mais dans les dispositions de celui qui la prend. Defeclus non in ciho est, sed in edentis disposilione (1). Le feu enflamme à l'instant le bois sec, mais non le bois vert, parce que celui-ci est mal disposé à brûler. Si les saints ont retiré beaucoup de fruits de leurs communions, c'est qu'ils avaient à cœur de s'y bien préparer.

Pour rendre très profitable la sainte communion, il est nécessaire d'y apporter deux dispositions principales. La première est le détacbement des créatures; elle consiste à bannir de notre cœur tout ce qui n'est pas Dieu, ou n'est pas pour Dieu. Lors même que l'âme est en état de grâce, si elle nourrit certaines affections trop naturelles, ces alîections sont un obstacle aux fruits de la communion; car, plus les créatures tiennent de place dans un cœur, moins il en reste pour l'amour divin. Sainte Gertrude, ayant un jour demandé â

(1) hc Sacr. J/., c. •;, «5 ti.

Jésus quelle préparation il exigeait d'elle pour la sainte communion, en reçut cette réponse : « Ce que je te demande, c'est de venir à moi vide de toi-même (1). »

La seconde disposition nécessaire pour communier avec beaucoup de fruit, c'est le désir de recevoir Jésus-Christ afin de l'aimer davantage. « Dans ce divin banquet, dit Gerson, les affamés seuls sont rassasiés (2) ». Au jugement de saint François de Sales, la principale intention d'une âme qui communie doit être de croître dans l'amour de Dieu, u Vous devez, dit-il, recevoir pour l'amour ce que le seul amour nous fait donner (3) ». Notre- Seigneur lui-même donna à sainte Mechtilde ce précieux avis : « Ma fille, quand vous communiez, souhaitez d'avoir dans le cœur tout l'amour qu'ont eu pour moi les âmes les plus ferventes; j'agréerai votre désir comme si cet amour était réellement dans votre cœur (4).

L'action de grâces doit nécessairement suivre la communion; car il n'y a point d'oraison plus agréable à Notre-Seigneur que celle qui se fait dans un si précieux moment. On doit donc passer ce temps en affections et en prières. Les pieuses affections ont alors un plus grand mérite auprès de Dieu que celles que nous pourrions faire en tout autre temps, parce qu'alors la présence de Jésus- Christ, qui est uni à l'âme, lui donne plus de prix. Quant aux prières, voici ce qu'en pense sainte Thérèse : a Après la communion, dit-elle, Jésus

'Ij Insin., 1. 4, c. 26.

2) Sup. Afagn.. tr. 9, p. 1.

(3) hitrod., p. 2, ch. 21.

(4) Spir. Grat,, 1. 3, c. 22.

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