Mt-dilation
l'amour divin est un feu qui enflamme.
Dieu avait ordonné, dans l'ancienne loi, que le feu brûlât continuellement sur l'autel : Ignis in allari semper ardeint (1). Saint Grégoire dit que l'autel de Dieu, ce sont nos cœurs, où il veut que sans cesse brûle le feu de son amour. Aussi, non content de nous avoir donné Jésus-Christ, son Fils unique, pour nous sauver par sa mort, le Père éternel a voulu nous donner encore le Saint-Esprit, afin qu'il habitât dans les âmes et les tînt constamment embrasées du saint amour.
Notre Sauveur a aussi déclaré qu'il était venu apporter sur la terre le feu de l'amour divin, et que son grand désir était de voir tous les cœurs embrasés de ce feu sacré. Ignem veni mittevp in terrain, etquidvolo, nislul accendatur{^l). Oubliant donc toutes les injures et toutes les ingratitudes
(1) Leiy, (i, \2.
(ii) Luc, 12, 4y.
dont les hommes avaient jusque-là payé son amour et ses bienfaits, à peine remonté au ciel, il mit le comble à ses bienfaits en nous envoyant le Saint- Esprit. Ainsi, ô très aimant Rédempteur, dans la gloire comme dans les humiliations et les souffrances, vous nous prodiguez les plus éclatantes marques d'amour.
Enfin, l'Esprit-Saint lui-même, pour nous prouver son amour infini, voulut apparaître dans le Cénacle sous la forme de langues de feu. Et apparueimnt illis dispertiiœ linguœ tanquam ignis (1). Cette merveille d'amour des trois personnes de la Sainte Trinité, l'Église la rappelle par cette prière qu'elle met sur les lèvres de ses prêtres ; Seigneur, par votre Esprit-Saint, enflammez-nous de ce feu que Jésus-Christ est venu apporter sur la terre et dont il voulait voir tous nos cœurs embrasés (2).
Les saints brûlaient des ardeurs de ce feu divin quand ils faisaient de si grandes choses pour Dieu, aimant leurs ennemis, recherchant les humiliations, se dépouillant de tous les biens de ce monde, subissant avec joie les tourments et la mort. L'amour ne sait pas rester oisif; il ne dit jamais : c'est assez. Plus une âme fait pour son bien-aimé, plus elle veut faire, pour lui plaire davantage et en être elle-même plus aimée. Or, dit le Psalmiste, l'oraison est l'h^eureuse fournaise où le cœur puise ces célestes ardeurs : In meditatione mea exardescet ignis (3).
(1) Act.. 2, [\.
(2) /n Suhb. Penl.
(3) Ps.y 38, 4.
AFFECTIONS ET PRIERES
0 Mon Dieu, jusqu'ici je n'ai rien fait pour vous, et cependant vous m'avez donné de si grandes preuves de votre bonté et de votre amour! Ah! combien ma froideur doit vous porter à me rejeter î 0 Esprit-Saint, réchauftez-moi. Fove quod est fri~ rjidum. Réchauffez ce cœur glacé; allumez-y un vif désir de vous plaire. Je renonce à toutes mes satisfactions et je désire mourir plutôt que de vous causer encore le moindre déplaisir. En vous montrant sous la forme de langues de feu, vous m'invitez à vous consacrer ma langue. Eh bien, je vous la consacre alln qu'elle ne vous offense plus.
Mon Dieu, vous m'avez donné cette langue pour vous louer; et je m'en suis servi pour vous outrager et pour engager aussi les autres à vous offenser ; je m'en repens de tout mon cœur. Ah! pour l'amour de Jésus-Christ qui durant sa vie en ce monde vous a tant honoré et glorifié par ses divines paroles, faites que désormais ma langue ne me serve plus qu'à vous honorer par des prières pleines de confiance et à vous glorifier en proclamanl votre bonté et l'amour que vous méritez (le la part de tous les hommes, de moi en particulier. Je vous aime, mon souverain bien; je vous aime, ô Dieu d'amour.
0 Marie, vous êtes la plus chère épouse du Saint-Esprit : obtenez-moi le feu ilivin de la charité.
2« Méditatiou
l'amour est une lumière qui éclaire.
Un des plus grands dommages que nous ait causés le péché d'Adam, c'est sans doute Tobscurcissement de notre raison, par l'effet des passions qui aveuglent notre esprit. Une âme est bien malheureuse, quand elle se laisse dominer par quelque passion. La passion est un nuage, un voile qui nous empêche de voir la vérité. Alo^s, comment fuir le mal, puisqu'on ne le voit plus à la faveur de cette divine lumière qui nous en inspirait de l'horreur? Pour comble de malheur, cet obscurcissement de notre raison s'accroît en proportion du nombre de nos péchés.
Or, l'Esprit-Saint ne se contente pas d'embraser nos cœurs du saint Amour; justifiant son nom de Lumière bienfaisante : Lux beatissima, il dissipe encore nos ténèbres et découvre à nos yeux la vanité des biens terrestres, la valeur des biens éternels, l'importance du salut, le prix de la grâce, la bonté de Dieu, l'immense amour qu'il nous porte, l'amour infini qu'il mérite et, par suite, celui que nous lui devons en retour de ses immenses bienfaits.
« L'homme animal ne conçoit point les choses qui sont de l'Esprit de Dieu », dit saint Paul: Animalis homo non percipit ea quœ sunt Spiritus Dei (i). Plongé dans la fange des plaisirs terrestres, il connaît à peine les vérités de l'ordre surnaturel ; c'est pourquoi, le malheureux! if aime ce qu'il devrait
^1) /, Cor., 2, 14.
haïr, il hait ce qu'il devrait aimer. De là cette exclamation de sainte Madeleine de Pazzi : « 0 Amour méconnu! 0 Amour non aimé! « Sainte Thérèse disait pareillement que Dieu n'est pas aimé, parce qu'il n'est pas connu. Aussi les saints demandaient-ils sans cesse à Dieu les lumières de son Saint-Esprit; sans cesse ils répétaient ces paroles de David : Emilie lucem luam (1). « Envoyez votre lumière. » — Illumina tenebras meas (2). « Que la splendeur de votre lumière dissipe mes ténèbres. » — Révéla oculos meos (3). « Otezle bandeau qui couvre mes yeux. » C'est que sans la lumière du Saint-Esprit, on ne peut éviter les occasions de péché ni trouver Dieu.
AFFECTIONS ET PRIÈRES
0 saint et divin Esprit, je crois que vous êtes véritablement Dieu, un seul Dieu avec le Père et le Fils. Je vous adore, je vous reconnais pour l'auteur de tous les dons célestes. De vous je tiens ces lumières, grâce auxquelles j'ai compris quel mal j'ai fait en vous offensant et combien je suis obligé de vous aimer. Je vous remercie et je me repens souverainement de vous avoir offensé. Je mériterais d'être abandonné dans mes ténèbres, mais je vois que vous ne m'avez pas encore abandonné.
0 Esprit divin, continuez de m'éclairer; lai les moi connaître de mieux en mieux votre bonté infinie et donnez-moi la force de vous aimer à
(1) Ps., 42, 3.
(2) PS., n, 29.
l'avenir de tout mon cœur. Multipliez vos grâces afin que, cédant à vos puissants attraits, je me voie doucement contraint de vous aimer exclusivement : je vous en supplie par les mérites de Jésus-Christ. Je vous aime, mon souverain bien» je vous aime plus que moi-même. Je veux être tout à vous; recevez-moi et ne permettez pas que je m'éloigne encore de vous.
0 Marie, ma Mère, assistez-moi toujours de votre puissante intercession.
3« Méditation
l'amour est une eau qui désaltère.
L'amour est encore appelé une source d'eau vive : Fons vivus. Notre Rédempteur disait à la Samaritaine : a Celui qui boira de l'eau que je lui donnerai, n'aura plus jamais soif. » Qui biberit ex hac aqua quant ego dabo ei, non sitiet in œternum{i). L'amour est donc une eau qui désaltère, qui éteint complètement la soif : celui qui aime Dieu de tout son cœur ne cherche et ne désire plus rien, car il trouve en Dieu tous les biens. Ainsi, content de posséder Dieu, il répète sans cesse avec le séraphique saint François son joyeux refrain : Deus meus et omnia! Mon Dieu et mon touti
Dieu se plaint de ces âmes si nombreuses qui vont mendier auprès des créatures quelque misérable satisfaction, des plaisirs courts et empoisonnés, et qui l'abandonnent, lui, le bien infini, la source de toute vraie joie. Ils m'ont délaissé, dit-il,
(1) Jo„ 4, 13.
ïnoi, la fontaine d'eau vive, et ils se sont creusé des citernes crevassées^ qui ne peuvent retenir les eaux (1). C'est pourquoi le Seigneur, qui nous aime et désire nous rendre heureux, nous crie ù tous : Si quis sitit, veniat ad me et bibat (2). « Si quelqu'un a soif de bonheur, qu'il vienne donc à 'moi et qu'il boive, car je veux lui donner mon saint Esprit, la source d'eau vive. Possesseur de ce trésor, il sera heureux en cette vie et dans l'éternité. Celui qui croit en moi sera rempli des eaux de ma grâce; il en deviendra lui-même comme une source intarissable {3). Celui donc qui croit en Jésus-Christ et qui l'aime, sera enrichi de tant de grâces, que de son cœur ou de sa volonté sortiront des sources de. saintes vertus; il sera alors en état, non seulement de conserver on lui-môme la vie de la gruce, mais encore de la communiquer aux autres, — L'eau mystérieuse dont parle Notre-Seigneur est précisément l'Esprit-Saint, l'Amour substantiel qu'il a promis de nous envoyer du ciel après son Ascension. Or, la clef qui ouvre les canaux de cette eau bienfaisante, c'est la prière. « Demandez et vous recevrez » a dit Jésus. ]*elilt; et accipietis (4). « Quiconque demande reçoit. » Omnis qui petit accipit (5). Dieu veut nous donner ses grâces, mais il veut en (Mre prié.
(1) Mt; dereliquenint, fontem aqu.R vlv.p, ot fo«lerunt sibi nisternas, (Mstenias dissipatas qu:i^ continore non val<»nt aquas. {Jer., 'J, 13.)
{2) Jo., 1, 31.
(3) Qui crodit in ino. . Ilumiim iW vonlro *jus Huent iuiu;e \lva\ [Ju., 7, :{s.)
(4) Jo., 10. 2\ (".) Mullh., -. S.
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AFFECTIONS ET PRIERES
0 mon Jésus, je m'adresse à vous en toute confiance et je dis avec la Samaritaine. Da mihi hanc aquam (4). « Donnez-moi de cette eau, » de votre amour, afin qu'oubliant la terre je vive désormais pour le ciel, pour vous seul, ô aimable Infini. Biga quod est aridum, a Arrosez ce qui est aride. » Mon âme est comme une terre desséchée : elle ne produit que les ronces et les épines du péché. Ah ! daignez l'inonder des eaux de votre grâce, afin qu'elle produise quelque fruit pour votre gloire avant que la mort m'enlève de ce monde. 0 source d'eau vive, ô Bien suprême, que de fois je vous ai délaissé pour étancher la soif de mes passions dans les eaux bourbeuses qui ont étouffé mon amour! Ah! que ne suis-je mort avant de vous offenser. Mais à l'avenir je ne veux plus rien rechercher hors de vous, mon Dieu et mon tout. Secourez-moi, et faites que je vous sois fidèle.
Marie, mon espérance, tenez-moi toujours sous le manteau de votre protection.
4^" Méditation
l'amour est une rosée qui féconde.
Que r Esprit-Saint descende dans nos cœurs, qu'il les purifie et les rende féconds en les pénétrant de sa céleste rosée : Sancii spirilm corda nostra mundct infusio^ et sui roris intima aspersione
fœciindet. Ainsi devons-nous prier avoc la sainte Église. L'amour divin féconde les âmes en y faisant germer de bons désirs, de saintes résolutions et des œuvres agréables à Dieu; et c'est pour cela qu'il est appelé une bienfaisante rosée.
L'amour divin est aussi appelé rosée, parce qu'i tempère l'ardeur des mauvaises passions et la fureur des tentations. C'est dans cette conviction que l'Église adresse à l'Esprit-Saint ces invocations : Venez à notre secours, ô vous qui tempérez les trop vives ardeurs et qui procurez à nos âmes un délicieux rafraîchissement. In œstu temperiesy dulce refrigerium.
C'est pendant l'oraison, que cette bienfaisante osée descend dans nos âmes. Un quart d'heure d'oraison suffît, nous disent les saints, pour éteindre le feu de la haine ou de l'amour déréglé, si ardent fùt-il. La méditation est ce cellier mystérieux dont parle l'Épouse des Cantiques quand elle dit : « Mon céleste Époux m'a introduite dans son cellier; il a réglé en moi la charité. » Introduxit me in cellam vinariam; ordinavil in me charitatem (1). C'est en effet dans l'oraison que notre âme s'enivre du vin céleste de la charité bien ordonnée, par laquelle nous aimons notre prochain comme nous-mêmes et Dieu par-dessus tout. Quiconque veut aimer Dieu et le s-ervir doit aimer l'oraison, car, sans l'oraison, il nous est moralement impossible de plaire à Dieu et de vaincre nos passions.
(1) Canl., L», 4.
AFFECTIONS ET PRIERES
0 saint et divin Esprit, je proteste que je ne veux plus vivre pour nioi-même mais pour vous seul. C'est à vous aimer et à vous plaire que je veux employer tout ,1e temps qui me reste encore à passer sur la terre. Je vous prie donc de m'accorder le don de l'oraison. Venez dans mon cœur; enseignez-moi vous-même à faire Toraison et à la bien faire. Donnez-moi le courage de m'y appliquer, même dans les temps d'aridité et malgré tout ce que le démon pourrait faire pour m'en détourner, ï)onnez-moi l'esprit de prière, c'est-àdire la grâce de toujours prier, la grâce de vous adresser toujours les prières les plus agréables à votre coeur. Déjà, vu mes péchés, je m'étais condamné à l'enfer. Aussi, je comprends que si vous ni'avez traité avec tant de bonté, c'est que vous voulez mon salut et ma sanctification. Moi aussi, ô mon Dieu, je veux me sanctifier pour vous plaire et pour aimer davantage votre infinie bonté. Je vous aime, mon souverain bien, mon amour, mon tout; et parce que je vous aime, je me donne tout à vous.
0 Marie, mon espérance, protégez-moi, priez pou r moi .
5* Méditation
l'amour est un rï:pos qui récrée.
L'Église, dans ses chants de la Pentecôte, nous révèle un autre merveilleux effet de l'amour divin dans les âmes : In labore requies, in fletu solathim.
Il nous soulage dans nos peines, il nous console dans nos larmes. Le saint amour nous soulage dans nos peines, car son effet principal dans les âmes, c'est d'unir la volonté de la personne qui aime à celle de la personne aimée. Pour se consoler de toutes les humiliations qui lui arrivent, des souffrances qu'elle endure, de toutes les épreuves qu'elle subit, une âme qui aime Dieu se résigne facilement, quand elle se dit ; u je reconnais ici la volonté de mon Bien-Aimé ; oui, c'est lui qui veut que je supporte cette peine. » Rien qu'à dire : Dieu le veut, l'âme trouve la paix et la joie au milieu même des plus grandes tribulations; elle trouve cette paix dont parle l'Apôtre, laquelle surpasse tous les plaisirs des sens : Pax Dei quw exmperai omnem sensum (1). Rien qu'à prononcer ce mot : « volonté de Dieu, » sainte Madeleine de Pazzi éprouvait une indicible joie.
\']n cette vie, chacun doit porter sa croix; mais, comme le dit sainte Thérèse, la croix est lourde pour celui qui la traîne, légère au contraire pour celui qui l'embrasse courageusement « Le Sei.gneur blesse et guérit, » dit Job : Ipse vulnerul et medeiur (2). C'est-à-dire que l'Esprit-Saint, par sa I douce onction, allège le fardeau qu'il a mis sur nos j épaules; il nous fait môme trouver la joie dans les souffrances et les humiliations.
î « Qu'il en soit ainsi, disait Jésus à son divin Père, puisque vous l'avez ainsi voulu. » Itu Pater ^ quoniam sic fuit placitum ante te (3), Ces paroles, iil importe que nous les répétions chaque fois que
' (1) Phil., 4, 1.
(2) Job., 5, 18.
MaUh., 11, 26.
— ;iOi —
nous avons quelque sujet de peine ou de contrariété : Qu'il en soit ainsi, Seigneur, puisque vousmême l'avez voulu! — Lorsque nous redoutons quelque malheur temporel, bien vite redisons cette parole consolante : « Mon Dieu, que votre volonté se fasse; j'accepte dès maintenant cetr épreuve, si vous permettez qu'elle m'arrive. » - Il est même très utile de s'oflrir à Dieu chaque jour et souvent dans le cours de la journée pour faire en tout sa sainte volonté.
AFFECTIONS ET PRIÈRES
Oh! mon Dieu, combien de fois ai-je fait ma propre volonté au détriment et même au mépris de la vôtre ! J'en suis affligé plus que de tout autre mal, et je m'en repens de tout mon cœur. Désormais, Seigneur, tout ce que je désire, c'est de vous aimer et d'accomplir en tout votre sainte volonté. « Parlez, car votre serviteur écoute. » Loquere Domine, quia audit servus tuus. Parle/ dites ce que vous voulez de moi; car je veux faire tout ce qui peut vous être agréable. Votre volonté sera toujours mon unique désir et mon uniqu amour.
0 Saint-Esprit, vous qui êtes la bonté mêm» venez en aide à ma faiblesse ; fortifiez mes résolutions afin que j'y sois fidèle; ne permettez pas qin j'aime un autre bien que vous. Je vous en coiijun attirez à vous toutes mes affections par les douces chaînes de votre amour. Je renonce à tout pour me donner tout à vous et n'aimer plus que vou< Acceptez-moi et soutenez-moi toujours de votr^ grâce toute- puissante; je veux toujours mettre e vous ma confiance.
0 Mario, (lai.uiH'z aussi me protéger; je compte sur votre maternelle protection.
6° Méditation
i/amouh divin est une force qui triomphe