LE PÈRE ÉTERNEL NOUS A DONNE SON FILS
Tel est l'amour dont Dieu aime les hommes qu'après nous avoir déjà comblés de bien des grâces, il en est venu jusqu'à nous donner son propre Fils. Sic Deus dilexit mundum, ut Filium suum unigeniium daret (1). « Dieu, dit saint Jean, nous a tant aimés, qu'il nous a fait don de son Fils unique. » Oui, c'est pour nous, misérables et indignes créatures, que le Père éternel a livré son Fils bien-aimé. Il décréta que notre Sauveur mènerait sur la terre une vie pauvre et sans éclat ; il a fini par l'abandonner à la mort la plus ignominieuse et la plus douloureuse que jamais homme ait endurée, une mort accompagnée des plus grandes souffrances intérieures et extérieures qui se puissent imaginer; à tel point que Jésus, avant d'expirer, poussa ce cri d'extrême désolation : Drus meus, Doits meus, ut quid dereliquisti me (2). ' Mou Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné? »
(1) Jo., 3, 16.
(2) Rom., 21, 46.
Ainsi, dit saint Paul, « Dieu n'a pas épargné son Fils, mais il l'a livré pour nous tous. » Proprio Filio suo non pepercit Deus, sed pro nobis omnibus iradidit illum (1). Et pourtant, ô Dieu éternel, ce divin Fils dont vous décrétez la mort est innocent ; il vous a toujours parfaitement obéi ; vous l'aimez autant que vous-même; comment donc se peut-il que vous le condamniez à mort pour nos péchés? — C'est précisément parce qu'il est mon Fils, répond le Père céleste ; c'est parce qu'il est innocent; c'est parce qu'il m'obéit en tout, que ma justice l'oblige à donner sa vie pour vous : c'est afin que vous compreniez l'amour dont le Père et le Fils vous aiment.
Le Dieu des miséricordes, dit encore saint Paul, nous voyant morts par le péché, n'a consulté que l'amour excessif qu'il nous portait ; il a bien voulu nous ressusciter dans le Christ (2). Mais non, pour une bonté infinie telle que la bonté de notre Dieu cet amour n'est point excessif. Infini dans ses perfections, il doit être infini dans son amour.
0 Dieu éternel ! qui jamais eût pu nous faire ce don d'une valeur infinie sinon vous, qui êtes un Dieu d'amour infini? Que toutes les créatures exaltent à jamais cette excessive bonté, ô mon Dieu, cette bienveillance si grande qui, pour affranchir des esclaves, a livré à la mort votre
(1) Matlh. 8, 52.
(2J Deus autem, qui dives est in f^isericordia, propter nimiam rharitatem suam quà dilexit ;ios, et cùm esseraus tnortui peccMis, conviviflcavit nos in cbristo. (£'/;A., 2, 4.)
propre Fils! Au nom de ce divin Fils, ayez pitié de moi, pardonnez-moi, et sauvez-moi. Vous aimer toujours, en cette vie et dans l'éternité, voilà ce que je désire uniquement; voilà mon salut et toute la vie de mon âme.
0 Dieu d'amour, comment se fait-il qu'après avoir donné aux hommes tant de preuves de votre amour vous trouviez si peu de cœurs qui vous aiment? Ah! du moins, je veux être de ce petit nombre. Moi aussi, hélas! je vous ai autrefois méconnu, ô Bien suprême, je vous ai abandonné; mais aujourd'hui je le déplore; je m'en repens de tout mon cœur et je vous aime. Et si tous les hommes vous abandonnaient, non jamais je ne me résoudrais à me séparer de vous, ô mon Dieu, mon amour et mon tout.
0 Marie, attachez-moi chaque jour plus étroitement à mon bien -aimé Seigneur.