AFFLICTION DU CŒUR DE JESUS DANS LE SEIN DE MARIE
Hostiam et oblalionem noluisti; corpus autem aptasli mihi (1).
m Vous avez rejeté les offrandes et les sacrifices, et vous m'avez formé un corps. »
Considérons quelle amère douleur ressentit le cœur de Jésus dès le premier instant de son existence dans le sein de Marie, alors que son Père lui mit devant les yeux cette longue série d'opprobres, de souffrances et d'angoisses qu'il devait endurer es sa vie pour délivrer les hommes des maux qu'ils s'étaient attirés par le péché.
Voici comment le prophète Isaïe fait parler Jésus : Dès le malin, la voix du Seigneur << frappé mon oreille. Dès le premier instant de mon incarnation, mon Père m'a fait connaître sa volonté de me voir embrasser une vie de souffrances <it de la terminer par la mort de la croix. Et moi) je n'ai
i iieb., 10, 6.
point résisté; j ai livré mon corps à ceux qui devaient le frapper (1). Pour votre salut, âmes bien chères, j'ai tout accepté : les fouets, les clous et la mort.
Ce que Jésus-Christ devait souffrir durant sa vie et dans le cours de sa Passion, lui fut mis sous les yeux dès le sein de sa mère, et il accepta tout avec amour ; mais pour se résigner à ce sacrifice et pour vaincre la répugnance de la nature, ô Dieu, quelles angoisses et quels déchirements n'éprouva pas le cœur innocent de Jésus! Il sut dès son premier instant ce qu'il devait d'abord souffrir en restant enfermé durant neuf mois dans cette obscure prison du sein de Marie; il sut à quelles humiliations et à quelles souffrances il devait s'attendre en naissant dans une froide caverne qui servait de refuge aux animaux; il connut les humiliations et les travaux pénibles qui devaient remplir sa vie durant les trente années qu'il passa dans l'atelier d'un pauvre artisan. 11 sut que les hommes le regarderaient et le traiteraient cpmme un ignorant, un homme de la plèbe, voire môme comme un séditieux et un criminel, méritant de subir le supplice infamant et cruel des insignes scélérats.
A chaque instant de sa vie, notre très aimant Rédempteur vit et accepta toutes ces peines qui l'attendaient; ainsi à chaque minute il endura simultanément tous les tourments et tous les opprobres de sa longue et douloureuse Passion, tout ce qu'il devait souffrir de son incarnation à sa mort. Pourquoi? Pour sauver ces misérables et ingrats pécheurs que nous sommes.
(1) Mane erigit mihi aurem... — Ego autem non contr.idico... Corpus meum dedi percutientibus. (/s., 50, 4.)
AFFECTIONS ET PRIERES
Mon bien-aimé Rédempteur, quiil vous en a coûté, dès votre entrée en ce monde, pour me tirer de l'abîme où mes péchés m'avaient plongé! A lin de me délivrer de l'esclavage du démon, que volontairement j'avais choisi pour maître en me livrant au péché, vous avez consenti à être traité comme le plus indigne des esclaves. Je savais cela. Néanmoins, que de fois, cédant aux perfides sollicitations de cet ennemi de mon âme, j'ai blessé voire cœur infiniment aimable, ce cœur, qui m'a tant aimé. Mais puisque vous, mon Dieu, l'innocence même, avez embrassé une vie si pénible, subi une mort si cruelle, par amour pour moi, à mon tour, o Jésus, par amour pour vous, j'accepte tontes les croix qui me viendront de votre main. Je les accepte et je les embrasse parce quelles me viennent de ces mains percées sur la croix pour me délivrer de l'enfer que j'ai tant de fois mérité. L'amour que vous m'avez témoigné, ù mon Rédempteur, en vous offrant à souffrir ainsi pour moi, m'impose l'obligation de me résigner, par amour pour vous, à toutes souffrances et à tout mépris.
De grâce, au nom de vos mérites, ô mon Jésus, donnez-moi votre amour; il me rendra douces et aimables toutes les souffrances et toutes les humiliations. Je vous aime souverainement, je vous aime de tout mon cœur, je vous aime plus que moi-môme. Durant loute votre vie, vous m'avez donné mille preuves de votre amour; et moi, ingrat, durant les nombreuses années déjà passées
en ce monde, quelle preuve d'amour vous ai-je donnée? Faites donc qu'avant de mourir je vous en donne quelqu'une. Aidez-moi, ô mon Jésus, par les mérites de vos souffrances et du sang que vous avez répandu pour moi, aidez-moi à vous aimer et à faire en tout point votre sainte volonté.
Très sainte Vierge, Marie, recommandez-moi à votre divin Fils; je vous en conjure par l'amour que vous lui portez.
3* Méditation. — 18 Décembre
jésus s'est fait enfant pour gagner notre confiance et notre amour.
Parvulus nalus est nobis, et Fitius datus est nobis (1).
* Un petit enfant nous est né, un Fils nous a été donné. »
De longs siècles se sont écoulés depuis la promesse d'un Rédempteur faite par Dieu à Adam pécheur. Pendant tout ce temps, les patriarches les prophètes, toutes les âmes justes ont soupiré après la venue du Messie, l'ont appelé par leurs ferventes prières. Enfin, il est venu, ce Messie l'attente des nations, le désir des collines éternelles*, il est venu et il est né pour nous : Puer natus est nobis.
Le Fils de Dieu s'est fait petit pour nous rendre grands ; il s'est donné à nous afin que nous nous donnions à lui; il est venu nous témoigner son amour afin que nous y correspondions par le notre. — Les petits enfants, dit saint Bernard, don-
nont facilement ce qu'on leur demande; Jésus est venu sous la forme d'un petit enfant pour nous faire comprendre combien il désire nous enrichir de ses trésors. Or, « tous les trésors sont en lui, » dit saint Paul : In quo sunt omnes thesauri (1). « Son Père a tout remis entre ses mains, » dit saint Jean : Omnia dédit in manu ejus (2). Voulonsnous des lumières? il est venu nous éclairer. La force de résister à nos ennemis? il est venu nous fortifier. Désirons-nous le pardon et le salut? il est venu pour nous pardonner et nous sauver. Enfin, désirons-nous le trésor de l'amour divin? c'est pour enflammer nos cœurs qu'il est venu, qu'il s'est fait petit enfant. Oui, s'il a bien voulu se montrer à nous si pauvre et si humble, c'est pour nous paraître plus aimable, c'est pour nous ôter toute crainte et gagner plus sûrement notre amour. Jésus-Christ a voulu se montrer à nous comme un tout petit et aimable enfant, pour que nous l'aimions non seulement par-dessus toutes choses, mais encore de toute la tendresse de notre cœur. Les petits enfants ravissent l'affection de ceux qui les approchent; qui donc n'aimerait pas de tout l'amour dont il est capable, un Dieu qu'il voit sous la forme d'un petit enfant, nourri d'un peu de lait, tremblant de froid, pauvre, délaissé, pleurant el gémissan! dans une crèche sur la paille? Ah! je comprends saint François s'écriant, plein d'amour : u Aimons l'Enfant de Bethléem! Aimons l'Enfant de Bethléem! » Nous aussi, aimons donc et de tout notre coeur ud Dieu fait enfant pour se donner tout à nous.
(l)'Co/., 2, 3.
(2) Jo., 3, 35.
AFFECTIONS ET PRIÈRES
Aimable Jésus, vous êtes descendu du ciel pour nous empêcher de tomber dans l'enfer, pour vous donner entièrement à nous. Comment donc avonsnous pu tant de fois vous mépriser et vous trahir? Les hommes ne sont généralement pas ingrats envers les créatures. Qu'une personne vienne de loin nous faire visite, nous faire quelque présent, nous donner quelque marque d'affection, nous en gardons le souvenir, nous sentons l'obligation d'en témoigner notre reconnaissance. Comment se fait-il donc, ô mon Dieu, que ces mêmes hommes ne soient ingrats qu'envers vous, envers vous qui les avez aimés jusqu'à donner pour eux votre sang et votre vie? Hélas! je me suis montré plus ingrat que tous les autres : plus vous avez été généreux envers moi, plus je me suis montré peu reconnaissant envers vous! Si vous eussiez prévenu un hérétique, un idolâtre, des grâces dont vous m'avez comblé, il serait devenu un saint, et moi, je n'ai fait que vous offenser!
Seigneur, pardonnez-moi toutes ces offenses. Vous avez promis d'oublier toutes les iniquités du pécheur qui se repent. Si donc par le passé je ne vous ai pas aimé, si je vous ai oftensé, vous daignerez me pardonner, car je me repens et je vous aime. Vous vous êtes donné tout à moi, il est juste que je me consacre tout à vous, pour vous aimer et pour accomplir toujours votre sainte volonté. Je vous aime, ô mon Jésus, oui, je vous aime de tout mon cœur; ce cri du cœur, puissé-je le répéter tant que je vivrai, et mourir en disant
encore : Mon Dieu, je vous aime, je vous aime ; puissé-je ainsi à mon dernier moment commencer de vous aimer sans mesure et sans fin d'un amour éternel. Aidez-moi par votre grâce à remplir ma résolution.
Ma clémente Reine, Marie, je me reconnais redevable à votre intercession de toutes les grâces que j'ai déjà reçues; ne cessez pas d'intercéder pour moi. 0 Mère de la persévérance, obtenez-moi la sainte persévérance.
4* Méditation. - 19 Décembre