NAISSANCE DE JESUS
La naissance de Jésus-Christ fut un sujet de joie pour tout l'univers. Il était le Messie promis à Adam, l'objet de tant de prières et de soupirs qu'il était appelé le Désiré des Nations, le Désir des collines éternelles. Ce Sauveur est enfin venu; il est né dans une étable. L'ange du Seigneur nous répète ce qu'il dit alors aux bergers de Bethléem : Evangelizo vobis gaudium magnum. « Je vous annonce un grand sujet de joie pour tous les hommes : c'est qu'aujourd'hui môme il vous est né un Sauveur. » Quia natus est vobis hodie Sal-
Vil loi' (i).
Quelle allégresse, dans un royaume à la nais Bance du royal enfant qui sera l'héritier du trône 1 Mais combien ne devons-nous pas nous réjouir
(i) Luc, J. 10.
davantage en apprenant que le Fils de Dieu vient du ciel pour régner sur nos cœurs par son amour, ainsi que l'annonça le prophète : Pressé par les entrailles de sa miséricorde, il a bien voulu descendre jusqu'à nous visiter. (1) Nous étions perdus, et il vient nous sauver. Le Pasteur vient à la recherche de ses brebis perdues, prêt à donner sa vie pour elles. Voici l'Agneau de Dieu : il vient s'immoler pour nous faire renaître à la vie de la grâce; il veut être notre libérateur, notre lumière, notre vie, et même notre nourriture dans le Saint-Sacrement.
Si Jésus naissant voulut qu'on le mît dans une crèche où les animaux prennent leur nourriture, c'est, dit saint Maxime, pour nous faire comprendre qu'il s'est fait homme non seulement afin de nous sauver par ses souffrances, mais encore pour nous donner en nourriture sa chair sacrée, aliment d'éternelle vie. Bien plus, il veut chaque jour, au saint Sacrifice de la Messe, naître entre les mains du prêtre, au moment de la consécration. L'autel est la crèche où le prêtre se rassasie de la chair de Jésus-Christ, la crèche où il prend cette divine nourriture pour la donner aux fidèles. Il y a des chrétiens qui souhaiteraient tenir Jésus entre leurs bras, comme le saint vieillard Siméon; mais la foi nous enseigne que, lorsque nous communions, nous avons non pas dans nos bras, mais dans notre poitrine, ce même Jésus que la foi nous montre aujourd'hui couché dans la crèche à Bethléem. Il y est né pour se donner entièrement à nous. Parvulus natus est nobis, et Filins datus est
(1) Per viscera misericordiœ Dei nostri, in quibus visitavit nos Oriens ex alto. (Luc, 1, 18.)
nobis(i). « Un petit Enfant nous est né; un Fils nous a été donné. »
AFFECTIONS ET PRIERES
Erravi sicut ovis quœ periit, quœre servum tuum (2). « J'ai erré comme une brebis loin du bercail, dit le Psalmiste; cherchez votre serviteur. » Seigneur, je suis cette pauvre brebis qui, pour suivre ses fantaisies et ses caprices, s'est malheureusement perdue; mais vous êtes mon Pasteur; vous êtes aussi l'Agneau divin venu du ciel me sauver en vous immolant sur la croix pour expier mes péchés. Si donc je veux me corriger, qu'ai-je à craindre? Ne dois-je pas au contraire me confier en vous, qui êtes descendu en ce monde tout exprès pour me sauver? Quelle plus grande preuve de miséricorde pouviez-vous me donner, mon doux Rédempteur, pour m'engager à me confier en vous, que de vous donner à moi?
0 cher Enfant, combien je regrette de vous avoir causé tant de douleur! Je vous ai fait pleurer (huis létable de Bethléem; mais sachant que vous y ôtes venu pour me chercher, je me jette à vos pieds plein de confiance. Je vous vois tout affligé et humilié dans la crèche, sur la paille; cependant je vous reconnais pour mon Roi et mon souverain Seigneur. J'entends vos tendres vagissements : ils m'invitent à vous aimer et réclament mon cœur. Le voici, ô Jésus; je me jette aujourd'hui à vos pieds pour vous l'offrir; changez-le, embrasez-le
tout entier du feu «le votre amour. Je vous entends
fj is . 9, <;.
me dire : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ion cœur (1). Mais si je ne vous aime pas, ô Jésus, vous mon Seigneur et mon Dieu, qui donc aimerai-je? Vous me dites que vous êtes tout à moi : de fait, c'est pour cela que vous vous êtes fait homme et petit enfant; et moi je refuserais d'être tout à vous! Oh! non, mon bien-aimé Seigneur : je me donne tout à vous, et je vous aime de tout mon cœur; ne permettez pas que je cesse jamais de vous aimer.
O ma Souveraine, ô Marie, je vous en conjure, par la joie qui remplit votre cœur lorsque pour la première fois vos yeux bénis purent contempler votre divin Fils, suppliez-le de m'attacher inséparablement à lui par les liens du plus pur amour.
26 Décembre JÉSUS NAIT PETIT ENFANT.
Considérons les paroles de l'Ange annonçant aux bergers la naissance du Messie et à quelles marques ils le reconnaîtront. Invenietis infantem pannis involutum et posiium in prœsepio (2). « Vous trouverez un petit enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche. » La petitesse des enfants est un attrait pour les cœurs; mais quel attrait ne doit pas avoir pour nos cœurs la petitesse de Jésus Enfant! car tout Dieu et immense qu'il est, le voilà devenu petit pour notre amour.
(1) Diliges Dominum Deum tuum ex toto corde tuo. {Matth., 22, 37.)
(2) Luc, 2, 12.
Adam parut au monde à l'âge parfait, mais le Verbe éternel voulut naître enfant : Parvulus nains est nobis. Pourquoi? sinon afin d'attirer plus irrésistiblement nos cœurs? Il ne vient pas pour inspirer la terreur, comme les conquérants de la terre, mais pour se faire aimer : voilà pourquoi il veut nous apparaître pauvre et tendre enfant. « Le Seigneur est grand et infiniment digne de louanges, » dit le Prophète. Magnus Dominus et laudubilis nimis. Oui, dit saint Bernard, c'est ainsi que je le vois dans le ciel ; mais il est devenu petit enfant dans l'étable de Bethléem, et en le contemplant j'ajoute : Parvus et amabilis nimis (1). Ce Dieu si grand mon souverain Seigneur, s'est fait petit pour moi, et ainsi je le trouve infiniment aimable.
Ah ! comment pourrions-nous ne pas aimer un Dieu fait enfant pour nous, si nous le considérons avec les yeux de la foi, pleurant et gémissant sur la paille, pour notre amour! Notre cœur, à cette vue, ne sera-t-il pas tout embrasé d'amour, comme celui d'un saint François d'Assise, qui allait par les rues et dans la campagne répétant : « Aimons l'Enfanl de Bethléem! aimons l'Enfant de Bethléem, » C'est un enfant, il ne parle point, il De lait entendre que des vagissements; mais ce sont autant de cris d'amour, par lesquels il nous <' à l'aimer et à lui donner notre coeur.
Consolons-nous donc, pauvres pécheurs : ce divin Enfant est venu du ciel, afin de nous rendre,
par sa Passion et par sa nioil. la grâce el le ciel, (pie nous avions perdus; ses mérites, si QOU9
(l) In, Cant.i s. 48.
savons en profiter, peuvent nous changer de pécheurs en saints. Oui, mettons toute notre confiance dans les mérites de Jésus, et au nom de ces mêmes mérites, demandons au Père éternel toutes les grâces dont nous avons besoin : elles nous seront sûrement accordées.
AFFECTIONS ET PRIERES
0 mon Dieu et mon Père, que puis-je vous offrir en expiation de mes péchés? Hélas î je n'ai de mon propre fonds que ma très grande misère; je suis un misérable pécheur qui mérite d'être jeté en enfer! Mais je vous offre les larmes, les prières, les souffrances et la mort de cet Enfant innocent, qui est votre Fils; au nom de ses mérites, j'implore votre miséricorde. Si je n'avais ce divin Fils à vous présenter, je serais perdu, et il n'y aurait plus d'espoir pour moi ; mais vous me l'avez donné, afin qu'en vous offrant ses mérites, je recouvre l'espérance du salut. Bien grande a été mon ingratitude, mais plus grande est votre miséricorde. De fait, quelle plus grande miséricorde pouvais-je attendre de vous, que le don de votre divin Fils, Rédempteur de mon âme et victime d'expiation pour mes péchés?
Au nom de Jésus-Christ, je vous en conjure, Bonté infinie, pardonnez-moi et accordez-moi la sainte persévérance dans votre grâce . Mon Dieu, ne permettez pas que je vous offense encore, que j'abuse ainsi de votre patience, de vos divines lumières et de cet amour si généreux que vous m'avez témoigné en me pardonnant; car alors il faudrait un enfer à part pour me punir d'une telle
ingratitude. De grâce, ô mon Père, ne m'abandonnez pas; ne permettez pas que j'aie encore le malheur de me séparer de vous; non, ne le permettez pas : Ne permittas me separari a te! Cette prière, je la répète et puissé-je la répéter jusqu'à mon dernier soupir; faites-moi la grâce de la redire sans cesse : Seigneur, ne permettez pas que je me sépare de vous! — 0 saint Enfant Jésus, attachez-moi à vous par les douces chaînes de votre amour; je vous aime, et je veux vous aimer éternellement; ne permettez pas que je vive jamais sans vous aimer.
Je vous aime aussi, ù sainte Vierge, Marie; aimez-moi, ô ma Mère, et comme gage de votre amour, obtenez-moi la grâce de ne jamais cesser d'aimer mon Dieu.
27 Décembre